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1925
Ou l'histoire d'un grand Secret...

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La pyramide de Nice - Rennes-le-Château Archive

La Grande Pyramide de Nice         
Une curiosité liée à Rennes-le-Château

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

    L'énigme des deux Rennes oblige les chercheurs à s'intéresser à l'archéologie, surtout si celle-ci ne correspond pas au modèle admis par les historiens et les scientifiques. La France et le monde fourmillent de cas où les réponses face à l'Histoire sont absentes, voire impossibles dans le cadre de nos connaissances actuelles. Un bel exemple est celui du Cercle des églises dans le Haut-Razès. Le sujet des pyramides mises à jour peu à peu dans le monde entier est un autre exemple très démonstratif prouvant combien nous sommes ignorants à propos des anciennes civilisations et de la réelle chronologie de notre Antiquité.

   En matière d’archéologie, si beaucoup de sites restent à explorer, nombreux sont ceux pour lesquels les archéologues et les scientifiques préfèrent attendre, souvent très longtemps, pour mieux les analyser. Les raisons sont simples à comprendre : manque de moyen ou d’effectif, pas ou peu de budget, pas de temps, terrains difficiles, sécurisés ou conflits armés, sans compter des outils encore inadaptés. Un autre choix est celui de laisser aux générations futures le soin de lancer les explorations. Pour préserver ces sites précieux, beaucoup restent enfouis lorsque c’est possible et sont tenus secrets afin d’éviter les pillages et les dégradations. Ceci est bien compréhensible.

    Néanmoins, il est beaucoup plus difficile d’admettre que des sites importants, connus des habitants locaux, soient détruits pour des raisons économiques ou pour de simples choix d’urbanisme, et sans qu'aucune étude historique ne soit faite. Il existe un cas d'école qui illustre parfaitement cette situation, et c'est grâce à l'incompréhension de la population locale relayée par quelques youtubeurs lanceurs d'alertes qu'une étrange affaire a pu remonter à la surface :
la Grande Pyramide de Nice…

 


La Grande Pyramide de Nice - Vue aérienne (photo rare)

 

    Cerise sur le gâteau, nous allons voir que cette anomalie archéologique possède un  lien très inattendu avec l'affaire de Rennes-le-Château, et pour comprendre cette relation discrète, il faut reprendre l'histoire de ND du Cros et d'un certain ermite marcheur : le Père Joseph Chiron...

 

Le pays de Provence et son Histoire
    Depuis longtemps, la région niçoise est connue pour son littoral, sa douceur de vivre, son ambiance festive, ses villes portuaires comme Villefranche-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Beaulieu-sur-Mer, Antibes, Juan-les-Pins. Il y a aussi Nice et son carnaval, la Baie des Anges, sans oublier Cannes et son célèbre festival du Cinéma...

Nice et la Baie des Anges

 

    L’arrière-pays ne manque pas non plus de charme avec une multitude de villages comme La Turbie célèbre par son Trophée des Alpes, l'un des deux derniers trophées romains avec celui situé en Roumanie ; le village de Peillon connu pour son aspect médiéval et en son sommet la chapelle des Pénitents blancs ; Eze posé sur un piton rocheux ; Peille et son église du XIIe siècle, son clocher lombard et les ruines d’un château qui appartenait aux comtes de Provence. Il y a aussi Falicon perché sur un mamelon rocheux et où se cache une autre pyramide… Nous y reviendrons.

La Turbie et le Trophée des Alpes (trophée d'Auguste) - La Toge et le Glaive
Symbole de la richesse historique du littoral niçois

 

   L’Histoire de la région est également très riche. Situé à l’extrémité sud-est de la France, au sud des Alpes et au bord de la mer Méditerranée, le Pays niçois n’est français que depuis 1860. Ancienne possession des comtes de Provence durant une partie du Moyen Âge, il appartint de 1388 à 1860 à la maison de Savoie (comté de Savoie, duché de Savoie puis États-Sardes) avec cependant une interruption française entre 1793 et 1814.

Appelé dans un premier temps « terres neuves de Provence » par les nouveaux souverains de Savoie, c’est en 1526 que ce territoire prend le nom de comté de Nice avant d’être annexé à la France en 1860.

 Mais l’histoire de la région niçoise s’inscrit dans une zone beaucoup plus vaste et trouve ses racines dans les âges les plus anciens.

Les armoiries du comté de Nice

 

   C’est un fait largement admis aujourd’hui ; toute la région provençale a été habitée dès le Paléolithique inférieur, et plusieurs grottes sont là pour nous le prouver. La grotte du Vallonnet au-dessus de la baie de Menton à Roquebrune cap-Martin était occupée il y a 1,15 million d'années, ce qui en fait l'un des sites préhistoriques les plus anciens de France. La grotte de l'Escale à Saint-Estève-Janson montre des traces de feu il y a plus de 700 000 ans. À Nice, les foyers de Terra Amata sur les pentes du Mont Boron datent de 400 000 ans.

   Des sépultures mégalithiques comme les Hypogées d'Arles-FontVieille (tombes collectives) et des habitats perchés munis d'enceintes à Miouvin et à Istres apparaissent au Néolithique et au début de l'âge des métaux. L'Hypogée de Cordes (Grotte des Fées, ou Hypogée des Fées de Cordes ou encore Épée de Roland) est l'un des plus impressionnants monuments mégalithiques de l'Europe occidentale situés en face du plateau du Castelet à côté d'Arles.


La pierre de la fée en Provence
à Draguignan
Période néolithique


L'Hypogée de Cordes sur le plateau du Castelet près d'Arles - Caveaux funéraires de plus de 5000 ans

 

    À partir du IVe siècle av. J.-C., des Celtes arrivent en Provence, laissant parfois subsister les tribus des anciens occupants. Dans la basse Provence, ce peuple celtique se mêle aux anciens habitants et forme une population celto-ligure. Quant aux Ligures autochtones, ils commercent avec des Étrusques et des colons grecs de Phocée. Mais c'est par Marseille que les sites gaulois de Provence entrent dans l'économie monétaire et que s'élabore l'écriture gallo-grecque. C’est aussi à cette époque que la colonie de Massalia est fondée par les Grecs, issue de la cité de Phocée.

    La colonie part implanter depuis Massalia des comptoirs étalés le long de la côte, de l'Espagne à l'Italie : Olbia (Hyères), Antipolis (Antibes), Nicoea (Nice), Rhodanousia (Arles) ; c'est le développement de l'empire massaliote. De l'an 185 av. J.-C. jusqu'en l'an 49 av. J.-C. Rome vient en aide à Massalia contre les Celto-Ligures qui ont envahi la Provence en l'an 400 av. J.-C.

    En 49 av. J.-C., Massalia est même annexée par les Romains de Jules César, la ville ayant pris le parti de Pompée. Mais c'est Auguste qui décide d'englober, entre l'an 27 av. J.-C. et l'an 14 ap. J.-C. la Provincia à l'Empire romain. La région actuelle Provence-Alpes-Côte d'Azur fait alors partie de la province romaine transalpine dénommée Gaule narbonnaise ou « Provincia Romana »

   Il étend aussi la Provence en créant de nouvelles colonies : Avignon, Arausio (Orange), Cavaillon... Arles devient alors la ville principale de la Provence. C'est la Pax Romana et les Romains construisent des ports, des voies routières (Via Domitia), des théâtres, des aqueducs, des thermes, des amphithéâtres, des forums.
   Cette période prospère durera jusqu'au IIIe siècle, début de la chute de l'Empire au profit des invasions germaniques, Ostrogoths, Burgondes, Francs, qui dureront jusqu'au VIe siècle. La Narbonnaise est toutefois épargnée par les Barbares qui ravagent la Gaule. Au milieu du IIIe siècle, la christianisation est en marche. Un évêque est en poste à Arles et la liste des Églises représentées au concile d'Arles en 314 atteste l'existence de communautés à Narbonne, Marseille, Nice, Apt, Orange et Vaison. Ces communautés ne connaissent pas les grandes persécutions.
   Le IVe siècle est aussi marqué par la conquête du pouvoir par Constantin. En l'an 309 ou 310, il met le siège devant Marseille où s'est réfugié l’usurpateur Maximilien qui doit se rendre. Enfin, c'est au VIe siècle que le dernier roi Ostrogoth donne la Provence au roi des Francs pour obtenir une alliance. Les Mérovingiens se partagent alors la Provence qui devient un véritable carrefour entre le Nord et le Sud et la route obligatoire entre l'Espagne et Rome. Des conflits éclatent, mais c'est Charles Martel puis son fils Pépin le Bref, premier roi carolingien qui ramèneront le calme et accrocheront la Provence à l'immense royaume de Charlemagne en 739.

    Il faudra attendre 1854 pour qu'enfin Frédéric Mistral contribue à la renaissance de l'Identité provençale en fondant le Félibrige. De nos jours, plusieurs associations tentent de faire reconnaître la culture provençale comme une culture à part entière, et demande à ce que la région se nomme Provence ou Pays de Provence... 

 

Une grande pyramide dans le pays niçois ?

    Comme nous le voyons, l’histoire de Nice est très riche. Ville frontière, elle a souvent changé de souveraineté devenant successivement ligure, grecque et romaine, avant de faire partie du Royaume ostrogoth d'Italie, puis de l'Empire romain d'Orient et du royaume d'Italie (Saint-Empire Romain), devenant ensuite génoise, provençale, savoyarde, piémontaise et enfin française.

    Cette courte parenthèse historique est obligatoire pour tenter de comprendre l'importance et les enjeux de l'anomalie archéologique qui va suivre. Car, qui oserait imaginer que l’on puisse insérer dans cette fresque historique bien rodée une grande pyramide en plein pays niçois ? Comment imaginer qu’une grande pyramide existait encore il y a un demi-siècle au nord-est de la ville touristique, une pyramide totalement oubliée ? Il est clair que si sa présence est avérée, son explication est particulièrement dérangeante. Les historiens et les archéologues auraient-ils raté un épisode ? Ou bien, fallait-il passer sous silence ce monument particulièrement gênant en le faisant discrètement disparaître ?

Une pyramide qui fait débat

    Sa présence sur le littoral ne cadre pas avec l'Histoire, c'est une évidence, et le nom de "pyramide" crée le débat. Pour certains, il s'agit d'un véritable scandale archéologique, la pyramide étant une preuve de l'existence d'une ancienne civilisation méconnue. Pour d'autres, elle n'est qu'une simple colline aménagée en terrasses de culture. Pour d'autres enfin, il s'agit d'une carrière de pierres abandonnée. Heureusement, quelques rares photos témoignent de son aspect impressionnant parfaitement incompatible avec une quelconque carrière. Mais qu'en est-il réellement ?

    Il existe très peu de traces de cette construction surprenante, et seules quelques images permettent d’apprécier ses dimensions en la comparant à des édifices immobiliers très proches. 


Une rare photo montre la pyramide sur ses côtés les plus remarquables
Pas moins de 20 marches sont nettement discernables

    Du fait de sa hauteur très importante, la construction que l’on nomme aussi « La Grande Pyramide de Saint-André » peut même être considérée, s’il s’agit bien d’une pyramide, comme l’une des plus grandes structures pyramidales édifiées sur le continent européen, semblable à celle de Barnenez en Bretagne, de Güímar sur l’Ile de Ténériffe aux Canaries, ou celle de Monte D'Accoddi en Sardaigne.  


L'immeuble à deux étages au pied de la pyramide permet une mesure approximative

   La pyramide n'était pas en pierres sèches comme on pourrait le penser, mais taillée dans la colline, et mesurait environ 60 m de haut, voire 70 m, s'étalant sur 200 m en épousant la face Est de la forte dénivellation. Présente encore il y a une cinquantaine d'années, elle était située à l'est de Nice , non pas sur la commune de Saint-André-de-la-Roche comme on peut le lire régulièrement, mais sur la commune de Nice, au confluent des vallées du Paillon et de la Banquière. D'ailleurs ces cours d'eau dessinent les frontières communales.

   Néanmoins,
il est inutile de se précipiter dans le secteur pour l’admirer. L’édifice a totalement disparu et il a malheureusement laissé la place à un vaste échangeur de l'autoroute A8 qui verrouille tous les accès à l'ancien site.

   À titre de comparaison, la grande pyramide de Kéops en Égypte s'élève à 150 m soit le double, sur une base carrée d'environ 230 m. Et pour témoigner des dimensions imposantes, quelques rares photographies prises par des témoins avertis nous la présentent peu de temps avant qu’elle ne soit démolie. Les deux faces ouest et sud étaient encore bien conservées, chacune étant constituée d'un escalier géant d'au moins 20 marches. Compte tenu de la hauteur totale, on peut en déduire facilement la hauteur moyenne d'une marche, entre 2,50 m et 3 m ce qui correspond à l'étage d'un immeuble.


La pyramide de Nice et la partie haute de sa face ouest

 

Comparons avec une pyramide à degrés égyptienne

    La structure en escalier de la Pyramide de Nice rappelle inévitablement les pyramides à degrés en Égypte. Considérées comme les premières pyramides de l'histoire égyptienne, elles furent construites durant la première période de l'ère des pyramides et elles se caractérisent par une succession de paliers-terrasses que l'on retrouve dans d'autres civilisations comme chez les Mayas.

     La toute première pyramide égyptienne est, selon les connaissances actuelles, la pyramide de Djeser au Caire. Nous sommes alors 2600 ans av. J.-C., mais il est difficile de connaître sa date exacte. C'est le pharaon Djeser qui la fit construire, premier pharaon de la IIIe dynastie. Ses successeurs continueront à édifier des complexes funéraires de grandes tailles basés sur une pyramide à degrés, et ce jusqu'au premier pharaon de la dynastie suivante, Snéfrou de la IVe dynastie, qui tentera un modèle de pyramide à faces lisses.  


La pyramide à degrés de Djeser en Égypte

 

   La Pyramide à degrés de Djeser Égypte est haute de 62 m et possède une base de 125 m sur 109 m. Composée de pierres calcaires, elle fut conçue par l'architecte Imhotep au 27e siècle av. J.-C.

   Si les proportions de la pyramide de Djeser se rapprochent de celles de Nice, cette dernière est beaucoup plus impressionnantes du point de vue de son nombre de marches... Mais peut-on les comparer ? Pas vraiment, car si la pyramide de Djeser est une construction faite de bloc calcaire, la pyramide de Nice n'est pas tout à fait une construction puisqu'elle a été taillée dans une colline préexistante, ce qui est très différent...

 

L'histoire d'une destruction annoncée...

   La mort lente de la pyramide commença en 1954, date à laquelle le monument fut acheté par une entreprise du bâtiment de travaux publics. Les vendeurs seraient une communauté religieuse rattachée à l'hôpital Sainte-Marie très proche.  L'ironie est double puisque non seulement cette transaction fut réalisée peu de temps après la redécouverte de la pyramide, mais la vente se fit sans tenir compte de sa valeur historique ni d'une quelconque expertise scientifique. Un comble...
   L'entreprise commence alors un chantier de démolition et se charge de déménager des tonnes de matériaux, de pierres et de roches. Dès lors, on peut se poser la question de l'intérêt de cette acquisition. L'entreprise a-t-elle vu dans cette colline en escalier un potentiel pour transformer les pierres en remblais ou en sable ? A-t-elle été mandatée pour effectuer une opération de démolition ? Nous n'en savons rien. Le fait est que la partie supérieure commença à fondre très rapidement alors que des wagonnets de matériaux étaient acheminés vers une destination inconnue. On distingue même sur une photo le chemin permettant aux camions d'accéder au sommet complètement dévasté. L'opération va d'ailleurs ajouter à la confusion puisque de nombreux témoins considéreront que ces travaux ne sont finalement que la partie visible d'une exploitation de carrière de pierres... A priori, rien d'anormal, et pourtant...  

La Grande Pyramide de Nice en cours de destruction
Une route (la route de l'Abadie) contournait l'édifice et permettait d'éliminer les matériaux

 

   La destruction est toutefois bloquée en 1955 du fait d'une partie de la population niçoise qui veut comprendre. Malheureusement, le chantier reprend et à la fin de l’année 1970, le couperet tombe. Malgré son importance évidente, les autorités locales décrètent que la pyramide devra être complètement détruite pour laisser la place à un échangeur autoroutier chargé de servir la ville de Nice.

   Finalement, elle disparaît entièrement en 1970 et l'espace laissé libre devient un vaste chantier destiné à transformer la zone en un complexe routier bétonné et bitumé. L'autoroute A8 peut poursuivre son chemin.


L'échangeur autoroutier de l'A8 où était située la Grande Pyramide

 

    Des photos satellites montrent clairement l’échangeur autoroutier construit exactement sur le site où se dressait l’ancienne grande pyramide de Nice. Pouvait-on faire autrement ? Certainement, mais la question a-t-elle été posée au moins une fois ? Il ne reste aujourd'hui pratiquement aucune trace de ce témoin du passé et son expertise est définitivement impossible.


En superposant une photo actuelle et une ancienne photo aérienne de 1953,
on peut voir l'emprise (en bleu) de la pyramide sur l'échangeur autoroutier

 

Un compte-rendu officiel intriguant...

    C’est en 2006 que le conseil municipal de la commune de Saint-André réagit et publie un compte rendu plutôt laconique. Il s’agit d’ailleurs d'un rare document officiel public provenant de la commune et attestant de la présence d’une structure historique importante. Fallait-il communiquer face à certaines questions issues de la population locale ?

  [...] La destruction du site du Mérindol, promontoire caractéristique au confluent des vallées du Paillon et de la Banquière qui possédait encore des vestiges d'une forteresse médiévale, citée à plusieurs reprises dans les documents depuis le XIe siècle, place forte des Huguenots durant les guerres de religions. Par ailleurs, sa structure de restanques en forme de pyramide aurait mérité un autre destin que celui que lui ont réservé les engins de démolition. 

Projet de contournement routier de Nice Extrait du compte rendu municipal de
Saint-André-de-la-Roche (janvier 2006 n°9)

Recto de la communication
du conseil municipal 2006

 


La Grande Pyramide près de Saint-André-de-la-Roche à droite nettement visible
Sa structure pyramidale est régulière et très bien dessinée

 

   Le communiqué a de quoi étonner… Nous serions en présence d’une forteresse médiévale qui serait citée dans des documents du XIe siècle et qui aurait été utilisée comme place forte par les huguenots. Rappelons que les huguenots sont les protestants du royaume de France et du royaume de Navarre pendant les guerres de Religion de la seconde moitié du XVIe siècle entre 1562 et 1598 et au cours desquelles ils étaient en conflit avec les catholiques. Les persécutions amèneront la triste Saint-Barthélemy, puis sous Louis XIV, les dragonnades. En 1685, la révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV supprime définitivement leur liberté de culte, et leur survie dépend de leur conversion au catholicisme. C’est alors la fuite des huguenots vers les pays protestants d'Europe (actuels Pays-Bas), l’Angleterre, la Suisse, l’Allemagne. Presque 300 000 personnes quitteront le royaume de France.

    Organisées par Louvois, alors secrétaire d'État de la Guerre de Louis XIV, les dragonnades dégénèrent en tortures, viols, violences, et dépouillement des protestants de leurs biens. Le procédé s'étend au Béarn, au Languedoc et à la Saintonge, jusqu'à sa généralisation en mars 1685, complétant les mesures discriminatoires. Fuir est puni par la pendaison ou les galères à vie. Pour les femmes c’est la prison à vie comme dans la Tour de Constance à Aigues-Mortes. En août 1686, 245 huguenots de l’Oisans sont arrêtés dans le duché de Savoie et jetés en prison ou envoyés au gibet.

    Il existait donc sur le sommet pyramidal de Nice une poche de résistance protestante installée dans le château ? L’histoire niçoise ne révèle en tout cas aucune rébellion ni guerre huguenote marquante pouvant justifier une telle place forte. Le comté de Nice qui n’appartenait pas encore à la France servait plutôt de base arrière pour fuir par voie de mer ou par voie de terre vers les États de Savoie (la Suisse), vers l’Allemagne, la Hollande ou l’Angleterre.

     Il est de plus très étonnant que des documents médiévaux soient cités sans référence... Dommage, ceux-ci auraient accrédité la communication du conseil municipal. Pyramide ou forteresse ? Le fait est que la commune semble faire son Mea Culpa à propos d'une bavure archéologique qui ne dit pas son nom et d'une démolition "qui aurait mérité un autre destin" dixit le communiqué...

La base de la Grande Pyramide sert aujourd'hui de carrefour autoroutier

 

    Autre curiosité selon ce même communiqué : la structure de restanques en forme de pyramide ferait partie du château. Mais, qu’est-ce que des restanques ?

    Ce terme utilisé en basse Provence désigne un mur de retenue en pierres sèches, parementé sur les deux côtés, et permettant de créer une terrasse de cultures dans des endroits escarpés. Cet aménagement permet aussi parfois de barrer le lit d'un torrent intermittent tout en laissant passer l'eau. Les restanques se généralisent en Provence à partir de la fin du XVIIIe siècle avec la conquête des terres incultes suscitée par l'accroissement démographique.


Restanques dans le Tarn

Autre exemple de restanques

 

    Les restanques et les cultures en terrasses sont en général édifiées sur des pentes douces et aménageables, et la première raison est simple à comprendre. Plus la pente est importante et plus la dangerosité augmente puisque les terrasses deviennent étroites et les murs hauts, ce qui est le cas des deux faces de la pyramide de Saint-André. D'autre part, les terrasses devenant étroites, elles offrent peu de surface cultivable rendant l'aménagement très peu rentable. Autre question : pourquoi avoir entrepris des travaux pharaoniques avec des restanques de 2 m à 3,50 m de haut alors que des espaces de cultures nettement plus accessibles et plus vastes existent autour de la pyramide ?   

    En clair, s’il s’agit de restanques, elles n’ont pu apparaître qu’à partir du XVIIIe siècle et ne peuvent donc faire partie d'une quelconque place forte utilisée au XVe siècle. Il n’existe d’ailleurs aucun exemple connu de château médiéval bâti sur des formes de restanques ou des terrasses en escalier. À ce stade on peut donc affirmer que les informations officielles fournies par le conseil municipal sont soit non vérifiées par des experts, soit destinée à éteindre une possible polémique. L’enjeu est de toute façon nul pour les autorités puisque tout a disparu et qu’aucune étude ne semble avoir été réalisée pour dater sérieusement le monument disparu de Saint-André.


Photo aérienne 1953 - L'angle sud-ouest est très bien dessiné

 

    Des témoins confirment que des terrasses étaient utilisées pour y produire de la vigne, mais rien ne prouve que ces terrasses aient été construites pour les cultures et qu'elles n'existaient pas déjà bien avant. Si l'hypothèse des restanques est envisageable, leurs structures extrêmement régulières, alignées et se terminant vers le haut en pointe posent problème. Les photos montrent en effet des arêtes très bien dessinées. Les terrasses étroites sont parfaitement parallèles et la partie visible sud-ouest forme un angle droit avec une pente rectiligne qui est difficilement justifiable pour une simple culture de vignes. De plus, il faut avoir à l'esprit le volume colossal du monument, sa hauteur et sa pente abrupte rendant très difficile et très périlleuse la construction de telles marches. Imaginez ce que peut représenter la taille de 20 murs en escalier sur chaque face, parfaitement parallèles, haut de 2,50 m à 3 m, formant un angle droit, et bâti en respectant une pente rectiligne. Pour quelle raison une simple mise en culture de vignes nécessiterait-elle de tels travaux pharaoniques et aussi précis ?
   Il ne faut pas non plus perdre de vue que s'il s'agit bien d'une ancienne pyramide, son érosion due aux saisons, son âge et la végétation pourrait largement expliquer son aspect actuel.

 

Un lien inattendu avec l'affaire de Rennes-le-Château
    Nous avons vu précédemment qu'une entreprise de BTP acheta le site de la Grande Pyramide en 1954 et que les anciens propriétaires étaient une communauté religieuse rattachée à l'hôpital Sainte-Marie situé à côté.

La Grande Pyramide de Saint-André-de-la-Roche nettement visible à droite
À gauche, l'un des bâtiments de l'hôpital. La partie centrale deviendra
un parking privé du centre hospitalier

 

    Or, il faut savoir que cet hôpital situé au 87 avenue Joseph Raybaud est aujourd'hui un hôpital psychiatrique, plus précisement un centre hospitalier. Or, chose étonnante... Son histoire est liée à l'affaire de Rennes-le-Château !

    Pour comprendre ce lien aujourd'hui oublié, il faut remonter le temps, et revenir au début du XIXe siècle, où un aumônier exerçant à la prison de Privas dans l'Ardèche découvre la maladie mentale dans le milieu carcéral. Cette prison comme beaucoup d'autres à cette époque faisait cohabiter les délinquants et les aliénés. Cet aumônier connu des aficionados de Rennes s'appelle Joseph Chiron, et il eut un parcours particulièrement atypique, devenant ermite de Galamus près du Bugarach et investissant dans l'immobilier pour créer des centres pour aliénés, sans que l'on comprenne réellement d'où il trouvait ses ressources financières. Il s'éteindra à ND du Cros, un lieu culte de l'énigme où se croisèrent Gaudéric Mêche et Henri Boudet...

    Reprenons très brièvement son parcours et voyons comment sa piste mène à la Pyramide de Nice (sa biographie complète est ici : ND du Cros)

 

Qui était Joseph Chiron ?

 

   Né à Bourg‑Saint‑Andéol dans l'Ardèche, le 19 novembre 1797, il est le fondateur de la Congrégation Sainte‑Marie de l'Assomption.

   Son parcours atypique et totalement méconnu fait partie des grands bienfaiteurs du XIXe siècle puisqu'il est à l'origine de la création des premiers asiles pour aliénés en France.  Il reste pourtant totalement oublié et absent des livres d'Histoire...

 

   Le Père Joseph Marie Chiron vers 1843 et son lourd Crucifix de un mètre de haut qu'il ne quitta
plus jusqu'à sa mort


   Il entre au grand séminaire de Viviers en 1819 et reçoit les ordres mineurs, un séminaire où il rencontre l'abbé Vernet. Or, ce dernier voue une véritable vénération pour Agnès de Langeac (1602‑1634) Supérieure des Dominicaines, une religieuse très proche d'Olier qui fonda Saint-Sulpice en 1646. D'autre part, des liens sont nombreux entre Viviers et Jean-Jacques Olier, disciple de Saint Vincent de Paul et qui connut si bien Nicolas Pavillon.

   Très vite, grâce à un charisme hors du commun, Joseph Chiron crée le  25 novembre 1824 la Congrégation Sainte‑Marie de l’Assomption soumise à la règle de Saint‑Augustin. Pour cela, il réunit une quarantaine de ses plus ardentes paroissiennes avec qui il fonde "Les enfants de Marie". Ces quelques jeunes filles du pays qu'il détermine à se consacrer à la Sainte Vierge sont baptisées" les Saintes Marie ".

 

   Le 1er janvier 1827, le Père Chiron est nommé aumônier de la prison de Privas dans l'Ardèche et cette nomination va être pour lui une révélation. Cette prison, comme beaucoup d'autres à cette époque, fait cohabiter les délinquants et les aliénés. Ces derniers, en l'absence totale de structure médicale et de soins adaptés, sont traités comme de vulgaires prisonniers de droit commun et internés sans le moindre soin eu égard à leur souffrance.

 

   Le hasard d'amis communs va faire rencontrer Joseph Chiron et Paul de Magallon d'Argens (1784-1859), restaurateur en France de l'ancien Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu créé par Juan Ciudad (1495-1550). 


Joseph Chiron à 44 ans
(Archives Gandon)

   Et c'est à partir d'une idée du R.P. de Magallon et du frère Hilarion que Joseph Chiron crée avec les Saintes Marie venues le rejoindre le premier asile Sainte Marie pour les femmes aliénées.

 

   Ainsi, le 1er mai 1827 né l’Hôpital Sainte Marie de Privas. Or, son idée fait du chemin et en 1836, l’Hôpital Sainte Marie de Clermont‑Ferrand (Puy‑de‑Dôme) ouvre ses portes.

 

   Le Père Joseph Marie Chiron est donc l'un des trois hommes d'Église qui fondèrent les maisons d'aliénés en France au XIXe siècle, avec le très fantasque frère Hilarion et le R.P. de Magallon.

 


L'asile Sainte-Marie à Privas créé par Joseph Chiron en 1827

 

   Néanmoins, le Père Chiron possède une caractéristique épuisante pour ses proches : il a la bougeotte, et toute sa vie n'est que déplacements et marches interminables.

1830 - Des ressources financières inexpliquées

   L'année 1830 marque toutefois un changement dans son comportement. Alors que jusque là le Père Chiron présente tous les signes d'une pauvreté exemplaire, certains faits à cette époque montrent qu'il détient tout d'un coup des ressources pécuniaires conséquentes permettant de poursuivre sereinement son œuvre en achetant des propriétés pour les convertir en hôpital.

   Un exemple concerne une offre ferme que Joseph Chiron fit d'un montant de 120 000 francs comptant, une somme énorme pour l’époque, au propriétaire de l’ancien monastère de St‑Alyre. La tractation secrète n’aboutit pas, mais laissèrent perplexes les historiens de la Congrégation Sainte‑Marie bien des années après la mort de son fondateur lorsqu’ils purent mettre la main sur sa volumineuse correspondance.

1839 - Le Père Chiron poursuit ses investissements

   Malgré un travail incessant, usé, poursuivant des marches interminables, fatigué par l'ascèse, le Père Chiron continue son oeuvre. En 1839, il installe à La Cellette en Corrèze une communauté de frères servants dans les bâtiments que Frère Hilarion avait réservés sept ans auparavant pour la création d'un asile en 1831. Un siècle plus tard, leur communauté deviendra l'Ordre de Saint Jean de Dieu. Il finira enfin par ouvrir l’Hôpital Sainte Marie dans le Puy en 1850.

 

1840 - La société civile Sainte Marie

 

    Afin de protéger les établissements appartenant à l'institution Sainte-Marie, le Père Chiron crée le 28 août 1840 la Société Civile Sainte Marie. Cette dernière est composée d’un administrateur aidé d’un conseil et de sociétaires. En 1843, le Père Chiron laisse la direction des établissements au Père Jean-Marie Bal et la Société Civile Sainte-Marie acquiert l'Asile de La Cellette (Corrèze) en 1842, Puy-en-Velay en 1850, l'Asile de Saint-Pons en 1862 à Nice, et l'Asile de Rodez situé à Cayssiols (Aveyron) en 1931.

 

    Nous y voilà... Le site de Nice Saint-André fut acheté en 1862 par la société civile Sainte Marie dont le fondateur est le Père Joseph Chiron, avec les terrains comprenant la fameuse colline pyramide aujourd'hui disparue...

 

1843 - Une pause à l'Ermitage de Galamus

   Le 24 février 1843 l'infatigable marcheur va effectuer un périple impensable : Valence, Avignon, Nîmes, Montpellier, Béziers et Narbonne, pour finalement aboutir un mois plus tard à l'Ermitage de Galamus le 24 mars 1843 à côté de St‑Paul de Fenouillet non loin du Bugarach, un lieu extraordinaire creusé dans la roche à flanc de falaise. Le Père Joseph Chiron s'y retire alors en tant qu'ermite anonyme sous le nom de Père Marie. Cette vie d'ermite ne l'empêchera pas de garder certaines relations repérées par les historiens comme un certain Mr Pasquier, orfèvre et spécialiste dans la reconversion d'objets précieux...

1852 - Joseph Chiron s'éteint à ND du Cros

 

   À 55 ans, Joseph Chiron est fatigué et usé. Affaibli par sa vie érémitique, ses privations et ses longues marches, il ressent une fin proche. Courant 1852, il prend alors la décision de rejoindre ND du Cros et il y arrive avec le Père Eugène de Potriés le 18 juin 1852. L'objectif officiel est de fonder un ermitage avec l'aide de Mgr de Bonnechose. Eugène de Potriés tombe sous le charme du lieu et fait les démarches auprès de l'évêque de Carcassonne pour obtenir la jouissance du sanctuaire.

 

   Mais, épuisé par une vie de peine et de sacrifices, terrassé par la maladie, le Père Joseph Chiron dit Père Marie s'éteint finalement en odeur de sainteté le 27 décembre de cette même année. Et c'est avec l'autorisation de l'évêque de Carcassonne Mgr de Bonnechose qu'il est inhumé sous le porche d'entrée du sanctuaire de ND du Cros. Ses obsèques auront lieu le 30 décembre 1852 et une foule innombrable rejoindra le sanctuaire dès l’annonce du décès. Sa tunique sera partagée entre les fidèles.

 

La sépulture de Joseph Chiron sous le porche à ND du Cros

 

Pourquoi le Père Joseph Chiron est‑il lié
à Rennes‑le‑Château ?

 

   Joseph Chiron est associé à ND du Cros, ce lieu représentant la dernière étape du prêtre marcheur. Or, l'église de ND du Cros est non seulement citée dans l'opuscule du Serpent Rouge, mais également par Henri Boudet dans son livre codé "La Vraie Langue Celtique". Il faut dire que la chapelle est sentimentalement importante pour Boudet puisque l'un de ses ancêtres, Antoine Boudet, sauva le sanctuaire de la destruction révolutionnaire.

 

   Ajoutons à ceci un épisode important : Gaudéric Mêche fut de 1831 à 1838 aumônier à ND de Marceille et son histoire fut remarquée pour avoir facilité de façon très mystérieuse la rénovation du sanctuaire de Limoux. En 1838, il quitta contre son gré ND de Marceille et devint chanoine à ND du Cros à partir de 1854. C'est alors qu'il engagea également des travaux de rénovation dans le sanctuaire sans que l'on connaisse ses ressources financières.

 

   Et à partir du 16 juin 1862, un évènement crucial pour l'histoire de Rennes‑le‑Château va se dérouler ici, car ce fut à cette époque qu'il reçut en formation un tout jeune prêtre, Henri Boudet, installé en tant que vicaire à quelques kilomètres, à l'abbaye de Caunes-Minervois.


    Or, ces liens n'auraient pas été faciles à mettre en évidence sans l'ingéniosité de l'abbé 
Boudet. En effet, il est passionnant de retrouver le Père Chiron déguisé en
Saint Antoine Ermite dans l'église de Rennes‑le‑Château ou sur la s
tation XIV du chemin de croix assimilé à Joseph d'Arimathie. Joseph Chiron fut en effet ermite à Saint Antoine de Galamus. Il était donc aisé de le mettre en scène en tant que saint Antoine Ermite. Quant à son effigie sur la station XIV, l'astuce du codage est de rapprocher Joseph Chiron de Joseph d'Arimathie.

Le Père Joseph Chiron

 

À gauche, Saint Antoine Ermite
en habit franciscain et son cochon (sanglier)
La ressemblance est criante

 

    A noter que de nombreuses références au livre culte de Boudet "La Vraie Langue Celtique" ont été glissées dans les ornements de l'église Marie-Madeleine. C'est le cas ici avec le cochon de Saint-Antoine déguisé en sanglier par l'ajout de deux défenses. Pour plus de détails sur la signification de ce codage, voir ND du Cros Joseph Chiron, et Boudet et ses écrits, le sanglier d'Hérymanthe. 

 


La station XIV dans l'église de
Rennes‑le‑Château et Joseph d'Arimathie portant Jésus

On retrouve le visage de
Saint Antoine Ermite
alias Joseph Chiron

 

L'hôpital Sainte Marie de Nice Saint-André

  
Nous voici donc en présence d'une connexion improbable, d'un point de rencontre étonnant entre deux histoires qui n'ont a priori aucun lien entre elles et pourtant... Qui aurait pu croire qu'un ermite marcheur, Joseph Chiron, codifié dans l'église de Rennes-le-Château, serait à l'origine d'une acquisition pour aliénés à Nice comprenant une curieuse structure pyramidale aujourd'hui disparue ?

   Une chose est sûre : la communauté religieuse Sainte Marie ex-propriétaire de la fameuse pyramide devait posséder quelques informations sur son histoire. Avouez que le sujet ne manque pas de sel. Il est surtout fascinant de voir ce qu'est devenue cette acquisition à Nice. Une ancienne gravure montre le vaste domaine médical Sainte Marie installé au bord du Paillon à l'époque, et on ne peut qu'être étonné de son importance... Comment la communauté a-t-elle pu être aussi prospère ?


Le centre hospitalier Sainte Marie à Nice Saint-André
La pyramide non visible sur la gravure se trouve à droite
en prolongation des bâtiments

 

    En comparant l'entrée principale actuelle du centre hospitalier et l'ancienne gravure, on peut facilement retrouver la façade du bâtiment perdue au milieu des nombreuses dépendances.

Le centre hospitalier Sainte Marie à Nice Saint-André
L'entrée principale aujourd'hui

 

    Le domaine Sainte-Marie était immense et s'étalait sur la rive du Paillon, englobant la mystérieuse colline pyramidale aujourd'hui remplacée par un vaste réseau autoroutier et un parking.

Vue actuelle du site de Saint-André à Nice
À gauche le centre hospitalier Saint-Marie
À droite, le parking privé de l'hôpital et le site de la Grande Pyramide

 

L'histoire de l'hôpital Sainte Marie de Nice

   En 1860, un certain Père BAL rencontre Mgr SOLA, évêque de Nice, en vue d’ouvrir un nouvel asile.
    Or, rappelez-vous... Afin de protéger les établissements de l'institution Sainte Marie, le Père Chiron crée le 28 août 1840 la Société Civile Sainte Marie. Et en 1843, le Père Chiron laisse la direction au Père Jean-Marie Bal et la Société Civile Sainte-Marie acquiert entre autres l'Asile de Saint-Pons en 1862 à Nice.

   Trois premières religieuses y arrivent le 7 décembre 1862 et elles baptisent les lieux « asile Saint-Michel-la Beaume ». L’inauguration a lieu le 8 mai 1867, mais pour les Niçois, il devient « L’asile de Saint-Pons » en raison de sa proximité avec le monastère de Saint-Pons.

   Plusieurs bâtiments sont construits pour répondre aux besoins. Malheureusement, le 3 avril 1875, un terrible incendie détruit le bâtiment principal. Il est alors reconstruit en 1876. Mais, soubresaut de l'Histoire, le 18 février 1944, l’Hôpital Sainte Marie de Nice est évacué pour se consacrer aux malades détenus politiques de décembre 1944 à novembre 1945.

Mgr Sola - Premier évêque de Nice

       A la fin de la guerre, l’activité médicale reprendra et les patients réintégreront les locaux le 1er mars 1946. À partir des années 1960, d'autres bâtiments seront construits donnant à l’hôpital son aspect actuel. Il finira par prendre en charge tous les patients du département des Alpes-Maritimes jusqu'en 1975. 

    Une rare photo montre le domaine Sainte Marie de Nice en 1930 avec sa mystérieuse pyramide nettement visible à droite.


La vallée du Paillon en 1930 - La pyramide est visible à droite
Le centre hospitalier Sainte-Marie au centre s'étale le long du Paillon
La communauté religieuse était propriétaire des terrains, Pyramide incluse...

 


Le centre hospitalier était auparavant l'asile des aliénés Saint-Pons à Nice
La pyramide qui fait partie du domaine est visible en arrière-plan à droite

 

    Finalement, la Loi du 22 novembre 1972 abroge les sociétés civiles non commerciales et oblige l’institution à changer de statut. C’est donc en 1974 que l’institution, alors Société Civile Sainte Marie fondée en 1827, devient l’Association Hospitalière Sainte Marie (AHSM).

   Depuis, elle assure dans le cadre de sa mission de service public, des activités de prévention, de soin, de post-cure en psychiatrie générale et infanto-juvénile, prenant ainsi en charge des publics divers : enfants, adolescents, adultes et personnes âgées.

    Aujourd'hui, l’Association Hospitalière Sainte Marie gère 46 établissements (sanitaires, sociaux, médico-sociaux, instituts de formation) répartis sur huit départements : Allier, Alpes-Maritimes, Ardèche, Aveyron, Drôme, Haute-Loire, Puy-de-Dôme et Rhône. De plus, cinq établissements psychiatriques dépendent de l'Association Sainte‑Marie : Privas (Ardèche), Clermont‑Ferrand (Puy‑de‑Dôme), Montredon (Le‑Puy‑en‑Velay, Haute‑Loire), Nice (Saint‑Pons, Alpes‑Maritimes) et Cayssiols près de Rodez (Aveyron)

    Le moins que l'on puisse affirmer c'est que Joseph Chiron, prêtre marcheur pratiquant l'ascèse et la pauvreté extrême, nous a laissé derrière lui des valeurs immobilières et un empire hospitalier insoupçonné... Malheureusement, qui s'en rappelle aujourd'hui ? 

 

Une pyramide méditerranéenne qui bouscule l'Histoire
Comment l'insérer dans l'Histoire ?

   S'agissait-il d'une pyramide ? L'intérêt que porte aujourd'hui le grand public sur l'archéologie dite "interdite" est grandissant, et la seule hypothèse de la présence d'une pyramide dans la région niçoise provoque réactions et controverses. Il est malheureusement trop tard pour qu'une analyse de terrain puisse être conduite.

   Sa disparition est choquante, inexplicable, incompréhensible, et soulève de nombreuses questions. Comment a-t-on pu laisser s’installer une telle indifférence de la part des historiens, des archéologues, des élus et des autorités ? Comment peut-on imaginer que les institutions de recherches archéologiques n'est pas été alertées lors de la mise en place du programme de destruction ? Car nous ne sommes pas en présence d'une simple ruine ou d'un chantier qui aurait mis à jour quelques vestiges. Le monument est immense, connu depuis longtemps par la population locale, et intégré dans le patrimoine de la région. Il présente deux faces caractéristiques qui ne peuvent passer inaperçues, et même si la qualification de « pyramide » est abusive, il s’agit bien d’une perte irremplaçable pour la science et l’Histoire en général.

   Quelques structures pyramidales existent en Europe comme celle de Barbenez en Bretagne. La construction date du Néolithique entre 4500 et 3500 ans av. J.-C. une période correspondant à la sédentarisation de l'Homme éleveur-agriculteur. Signalé comme tumulus en 1850, le site est redécouvert en 1955 lors d'une exploitation de carrière. Et de 1955 à 1968, les fouilles vont redonner son aspect d'origine. D'une longueur de 75 m, deux cairns en pierres sèches accolés recouvrent onze dolmens à couloir, et l'ensemble représente tout simplement le plus grand mausolée mégalithique après celui de Newgrange. L'édifice extérieur prend la forme de grands paliers en terrasse, et s'il avait été placé en Provence, on les aurait qualifiés de restanques.

Le cairn de Barnenez en Bretagne, un immense monument mégalithique
du Néolithique aux accents de pyramide

 

   Il y a aussi le site de Güímar sur l’Île de Ténériffe aux Canaries. Les pyramides se trouvent dans le village de Güímar situé sur la côte Est de l’Île de Tenerife, sur l’archipel des Îles Canaries en Espagne. Il existe au total six pyramides à marches en pierres sèches dont l'origine est inconnue. Leur construction pourrait remonter au XIXe siècle, mais rien ne le prouve.

L'une des pyramides de Güimar sur l'Île de Ténériffe aux Canaries

 

   Un autre exemple est celui de Monte d'Accoddi en Sardaigne ou une pyramide à marches déconcerte les archéologues. Le mont d'Accoddi est un site mégalithique situé en Sardaigne entre Sassari et Porto Torres. La première phase de construction est sans doute contemporaine de la culture d'Ozieri entre 4300 et 3700 av. J.-C.
   Le site fut découvert en
1947 et exploré en 1954. Diversement décrit comme un autel, un temple, ou une pyramide, il a été partiellement reconstruit pendant les années 1980. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la partie supérieure de la pyramide a malheureusement été endommagée.

La pyramide de Monte d'Accoddi en Sardaigne

 

    Selon des témoignages, au sommet de la pyramide de Nice se trouvait un grand dolmen, ce qui pourrait indiquer que le site était important, voire sacré. On peut aussi supposer que sa construction se situerait entre 4000 et 3500 ans av. J.-C. une période où l'on trouve d'autres pyramides européennes.

   La pyramide de Nice constituerait alors un témoignage important d'une civilisation européenne qui vécut sur le continent avant l’apparition de l’Empire romain et du christianisme. Elle rejoindrait alors le mythe des Pelasges appelés aussi "les peuples de la mer" qui auraient abandonné les terres fertiles du bassin de la Mer Noire pour s'installer sur la côte méditerranéene.


Photo aérienne 1953 (image Google Earth)
La pyramide est nettement visible sur ses deux faces sud-ouest

 

    La pyramide de Nice était sur le site de l'Abadie (l’Abadia ou la Badia) qui veut dire « l’Abbaye » en niçois, une vaste colline longtemps délaissée entre l’Observatoire de Nice et Rimiez, et dont la vue s'étend jusqu'à l'Estérel. Quatre communes se partagent encore son territoire : Nice, Saint André de la Roche, Tourrette-Levens et Cantaron. On y trouvait quelques cabanons pour y faire pousser des légumes. Après la Guerre, on y allait encore à pied chercher le lait chez "Tante Honorine", une des rares fermes qui demeuraient encore. D’abord jardin potager des moines, la colline était surtout consacrée à la culture de l’olivier à partir du XVIIe siècle. On y rencontre encore aujourd'hui de magnifiques spécimens au milieu des villas. Jardin potager des moines ? En effet, la Badia était une puissante abbaye, dépendance de l’Abbaye de Saint-Pons, dont on peut voir encore la très belle église sur la colline au-dessus de l’hôpital Pasteur. Nombre d’actes notariés et d’allégeances aux Princes de Savoie dont Nice dépendait l'attestent.


Peinture montrant l'abbaye de Saint-Pons au XVIIe siècle
Observez bien... On devine la pyramide et ses marches
en arrière-plan derrière la végétation...

   L’abbaye Saint-Pons est l'un des plus anciens monastères de la Côte d'Azur avec l’abbaye des îles de Lérins. Selon la tradition, la paroisse aurait été construite sur le tombeau du martyr Saint-Pons. L'église est classée au titre des monuments historiques depuis 1913.


La vallée du Paillon - L'hôpital Sainte-Marie à droite et la pyramide 

 

    La mystérieuse pyramide était située sur la première collinette de la montée de l'Abadie, au confluent du Paillon et de la Banquière, le Paillon de Saint-André. Avant d'être complètement détruite, elle servait de carrière au début du XXe siècle. Des camions venaient y extraire la roche pour la construction des immeubles niçois. Cette destruction programmée rappelle malheureusement celle du Trophée d’Auguste à la Turbie, dont les blocs récupérés servirent à l’édification de nombreuses maisons du village.

    La pyramide s'appelait "la pyramide du Merindol". Le nom lui a été donné il y a un millier d’années par le seigneur Rostaing, vicomte de Nice, qui fit donation du territoire saint-andréen et abadien à l’abbaye de Saint-Pons en 999. Il se prénommait Miron et son épouse Odile, d’où le nom de « merindol ». Faut-il en déduire que la pyramide existait déjà à cette époque, balayant l'hypothèse de restanques construites au 19e siècle ?

    Le site de l'Abadie possède aussi un passé antique important. La colline était en effet traversée par une voie dallée édifiée par les Romains. De plus, un oppidum existe à son sommet. Cette voie romaine qui reliait Cimiez aux Alpes passait par le site de la pyramide. Cette voie est devenue aujourd’hui le Vieux chemin de l’Abadie.

 


Sur la carte d'État Major 1820-1866, à l'emplacement de la pyramide (en jaune)
une forte surélévation a été notée avec un point culminant

 

D'autres curiosités dans le secteur de Saint André
La pyramide de Falicon et sa grotte
  
   Les alentours de Saint André de la Roche ne manque pas non plus d'intérêt puisqu'une autre pyramide très proche existe, celle de Falicon. La commune est située sur l'une des collines qui surplombent Nice, entre Aspremont, Saint André de la Roche et Tourrette-Levens, face au Mont Chauve. A une altitude de 434 m, sur les pentes du Mont Chauve, une petite pyramide très dégradée excite les imaginations depuis 1920.
   L'histoire débute en 1803 alors que l'ancien Comté de Nice est devenu un département français. Un curieux personnage à la fois poète et écrivain, passionné d'archéologie, se promène sur le terroir de Falicon. Il s'agit de Domenico Rossetti, un italien en vacances.

   Apprenant l’existence à flanc de colline d’une mystérieuse excavation d’où s’échappent le soir des chauves-souris (ratapignata), il décide d’explorer l'aven. La faille mène à une quinzaine de mètres de profondeur à une vaste grotte garnie de stalactites et de stalagmites, et une large colonne de calcite joint le sol au plafond. Mieux encore, dans un coin de la grotte, une ouverture au ras du sol donne accès à un puits vertical étroit qui débouche plus bas dans une autre excavation, une faille qui semble se prolonger dans les entrailles de la terre. Le fond est aujourd'hui évalué à 44 m de l’entrée. L'avocat, émerveillé par sa découverte, tient absolument à l’officialiser et écrit un livre en prose et en vers « La Grotta di Monte Calvo » qui sera édité à Turin un an plus tard en 1804.

La grotte de Falicon - Gravure extraite du livre de Rossetti

 

   Et ce n'est pas tout. L'entrée de la grotte des « Ratapignata » est surmontée par une structure pyramidale tronquée  actuellement en fort mauvais état. Sa forme pointue à l’origine ne devait pas excéder une hauteur de dix mètres. Construite à la romaine à l'aide de pierres liées par un mortier avec colmatage de briquettes et de morceaux de tuile, la pyramide était certainement recouverte jadis par un enduit dont il reste çà et là quelques vestiges.

   Quelle est la date de cette pyramide ? Personne ne le sait, mais une chose est sûre : dans son livre, Domenico Rossetti en fait mention au travers d'une gravure (ci-contre). On y voit l'auteur pointant l'édifice sous sa forme d'origine. Pourtant, son récit ne la mentionne pas.

Domenico Rossetti

    Faut-il en déduire qu'il serait l'artisan de l'édifice ? Rien ne le prouve, mais il est difficile d'imaginer que ce poète archéologue ait pu se lancer dans une telle entreprise dans un endroit aussi difficile d'accès... N'oublions pas que sa découverte date de 1803 et qu'il édita son livre en 1804. Le mystère est donc entier.
    Durant un siècle, des ouvrages ne manqueront pas de mentionner le site en décrivant tous les détails de la salle principale la plus visitée. Paradoxalement, rien n'est dit sur la curieuse construction protégeant l'entrée du gouffre. En 1901, un spéléologue, Jules Gavet, organise une exploration de la grotte. Des croquis et des mensurations sont produits. Par contre, aucun dessin ou aucune photo ne montre la pyramide. Il faudra attendre 1928 pour que l'étrange structure retienne toute l'attention, reléguant le gouffre au second plan. La pyramide de Falicon garde décidement son mystère...


La pyramide de Falicon proche de la pyramide de Nice

 

La grotte de Saint-André

   Autre curiosité, la présence d'une grotte remarquable : la grotte de Saint-André, une arche naturelle de 50 mètres constituée par une perte du torrent de la Banquière. Le pont naturel ainsi formé permet l'accès sud à la carrière de Saint-André. Près de l'entrée amont de la galerie, en rive gauche, une source délivre une eau tiède à température constante entre 17°C et 18°C qui est connue depuis le XIXe siècle. Lamartine lui dédiera même un poème...

La grotte de Saint André non loin de la Pyramide de Nice

 

 


La vallée du Paillon du temps où la pyramide existait encore

 

    Finalement, peut-on résumer la pyramide à degrés de Nice par un agencement de simples restanques provençales comme certains l'affirment ?
Ce dossier montre combien il est difficile de juger un fait d'Histoire
ou une curiosité hypothétiquement archéologique sans en apprécier
tous les contours, même improbables...

Qui aurait pu imaginer que la colline basse d'Abadie à Nice avait été acheté en 1862 par la société civile Sainte Marie, une communauté religieuse fondée par le Père Joseph Chiron, un prêtre ermite lié à l'affaire de Rennes-le-Château et codifié dans l'église Marie-Madeleine ? Qui aurait pu croire que ce monumental escalier pyramidal détruit en toute discrétion allait réveiller quelques consciences et soulever bien des questions ?

   Assurément, la pyramide de Nice demeure un mystère : qui l’a construite ? Quand ? Pourquoi ? Selon certains, elle aurait été érigée avant les invasions romaines, il y a plus de 2000 ans. On retrouve en effet des pyramides de ce type au Proche Orient, datées de trois ou quatre mille ans. D'autres la font remonter aux Ligures, des Celtes de l’Antiquité qui colonisaient la région niçoise. Et si cette structure était la trace d'une civilisation encore plus ancienne et méconnue ? Une civilisation capable de tels ouvrages ? Nous voici devant une véritable lacune historique que l'on aura beaucoup de mal à combler.

    Ce dossier devait être publié, une manière de montrer et de conserver la mémoire d'un lieu historique effacé à jamais. Dans quelques décennies, les témoins de sa présence auront aussi disparu et on ne saura plus rien de ce monument incroyable. La pyramide deviendra alors une légende liée à une autre, celle des deux Rennes...

   Pyramide ? Structure à degrés ? Ancienne forteresse ? Vestige antique ?
Traces celtes ? Anciennes terrasses de cultures ? Peu importe... Le fait est que ce témoin du passé n'aurait jamais dû disparaître sans un minimum d'étude et d'expertise. Mais voulait-on vraiment examiner de près cette anomalie niçoise au risque de stopper net un projet urbain d'envergure ?

 


Article du journal Nice-Matin paru en 2017