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Les salles des Croisades              8/8    
Un lieu réservé à un ordre... Malte

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

    Serait‑il possible qu'un lieu hautement historique, situé dans le plus célèbre château du monde, soit habituellement interdit au public ? Peut‑on imaginer un espace extraordinaire difficilement accessible et qui concerne les pages les plus passionnantes et les plus occultes de notre Histoire ? Plus incroyable encore, serait‑il envisageable que ce lieu concerne également l'énigme des deux Rennes ?

    La réponse est oui, car ce lieu existe et sa réputation est planétaire puisqu'il s'agit du Château de Versailles. Quant à l'endroit précis, il concerne une salle ; en fait 5 salles offrant un véritable trésor du passé. Mais il est inutile de se précipiter dans le château musée, vous trouverez certainement porte close... Ces salles sont en effet protégées, réservées, plus exactement dérobées au regard du public, et cela depuis plusieurs décennies... Elles furent malgré tout ouvertes durant la dernière exposition consacrée à Louis‑Philippe fin 2018. Difficile en effet d'occulter ce joyau qui fut tant choyé par le monarque...

    Alors que le public découvre certains pans occultes de notre Histoire suite au désastre de ND de Paris, les Salles des Croisades permettent de se replonger sur deux siècles tourmentés. Huit croisades vont effet se succéder entre 1096 et 1270 et marqueront l’Histoire de France et de l’Europe, des faits d’armes particulièrement violents qui sont aussi le symbole de l’intolérance religieuse et conquérante. Elles participèrent néanmoins à stabiliser le royaume de France en focalisant l’attention du peuple vers une quête lointaine et spirituelle. Elles contribuèrent aussi à développer les échanges entre l’Orient et l’Occident, apportant richesse et progrès.

    Quant à l'énigme de Rennes, il est maintenant sûr que les Croisades sont un axe de recherche majeur avec les Wisigoths et les Celtes. L'épisode des Chevaliers autour de Hugues de Payens entre 1102 et 1125 et surtout la chute de Saint-Jean-d'Acre sont autant d'évènements historiques qui trouvent parfaitement leur place dans la grande fresque des deux Rennes...

   Les Salles des Croisades furent exceptionnellement ouvertes à l'occasion
de l'exposition "Louis‑Philippe et Versailles" qui s'est tenue au musée
entre le 6 octobre 2018 et le 3 février 2019

 


Le Château de Versailles recèle un trésor historique méconnu :
"Les Salles des Croisades"

 

 


Les 5 salles des Croisades, un lieu très réservé

 

    Si l'accès du public aux 5 salles est extrêmement limité, ce n'est pas le cas pour tout le monde. Certes, face à cette restriction, on peut évoquer l'argument d'un lieu sensible, un espace troublant dédié plus à la gloire des Croisés qu'à un réel objectif pédagogique et historique. Le thème de l'Occident envahissant le monde musulman y est clairement effacé ; quant à la partialité des scènes présentées, elle est évidente. De plus, prétendre résumer les Croisades en une série de tableaux retraçant les faits marquants des ordres chevaleresques relève d'une véritable naïveté.

    Pourtant, il ne faut pas se tromper. Si cet espace reste historiquement sensible, il est aussi réservé à une élite, à un Ordre bien particulier : l'Ordre de Malte. De façon régulière, cette assemblée séculaire utilise en effet le cadre historique pour des réunions privées ou des manifestations d'un autre temps.

   À titre d'exemple, cette cérémonie d’admission qui se déroula dans les Salles des Croisades après une préparation spirituelle et la bénédiction des croix de nouveaux membres de l'Ordre. La cérémonie religieuse était dirigée par Mgr Thomazeau, chapelain général de l’Association française des membres de l’Ordre de Malte, en présence du Prince de La Rochefoucauld‑Montbel, Grand Hospitalier de l’Ordre à Rome.

 


L'une des cérémonies  de l'Ordre de Malte dans la chapelle de Versailles
après être passé par les Salles des Croisades juste à côté

 

 

L'Ordre de Malte

 


Frère Gérard
ou Gérard l'Hospitalier
(1047‑1120)
fondateur de l'Ordre de Malte

Ses origines   

    L'Ordre de Malte porte le nom officiel d'Ordre souverain militaire hospitalier de saint Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte.

    L'origine de l'Ordre de Malte (également appelé Ordre de Saint Jean de Jérusalem) se trouve au monastère Sainte‑Marie‑des‑Latins fondé à Jérusalem au milieu du XIe siècle par quelques marchands d'Amalfi.

    Le Supérieur, Gérard, crée vers 1080 à côté de son monastère un « hôpital » ou hospice, dédié à Saint‑Jean. Son rôle est d'accueillir et de soigner les chrétiens venus accomplir un pèlerinage en Terre Sainte. En ce temps-là, Jérusalem est sous domination musulmane.

 

    Il faudra attendre la première Croisade en 1099 pour que Jérusalem passe sous la domination chrétienne. Cette prise voulue par le pape Urbain II crée une importante insécurité dans la région, poussant les frères hospitaliers reconnus comme Ordre monastique le 15 février 1113 par le pape Pascal II, à devenir un ordre militaire, le deuxième en Terre Sainte après les Templiers.

   Le premier Grand maître et successeur de frère Gérard est Raymond du Puy, élu en 1120. Il organise l'Ordre et instaure une règle inspirée de celle de Saint‑Augustin en 1135. L'organisation est structurée en trois classes : les guerriers dits "bellafores", les religieux "sacerdotes", et les travailleurs "laboratores".

   Malgré la protestation de l'Église contre cette militarisation à vocation hospitalière, le statut est accepté après la prise de Jérusalem en 1187 par Saladin. Les membres de l'Ordre prennent comme cri de guerre : Saint‑Jean, Saint‑Jean !

Raymond Du Puy
(Versailles)

 

    Les premiers dons à l'Ordre de l'Hospital viennent de Godefroy de Bouillon qui va faire donation d'un casal à Hessilia et de deux tours à Jérusalem. Le premier patriarche d'Antioche cède un emplacement face à l'hôpital d'Antioche, puis le roi de Jérusalem Baudouin de Boulogne confirme en 1110 les possessions des Hospitaliers à Jérusalem, Naplouse, Jaffa, Acre, Ascalon, Azot, Césarée, Qaqoum, dans le Soeth, à Haïfa, Capharnaüm, Ramallah, Saint‑Georges, Saint‑Abraham et Jéricho.     

 

Raymond du Puy naquit vers 1080
et mourut entre 1158 et 1160.

Issu d'une famille noble du Dauphiné qui a pour berceau la terre de Peyrins et Montbrun près de Valence, Raymond du Puy fut le premier Grand maître de l'Hospital de Saint‑Jean de Jérusalem de 1121 à sa mort, après le fondateur Gérard de Martigues. Il s'illustra à la tête de ses chevaliers par ses exploits et sa prise d'Ascalon en 1153.

La famille
du Puy est l'une des plus anciennes et illustres maisons de France. Raymond du Puy mourut vers l’an 1159, dans l’hospice de Saint‑Jean.

 

        Sur la demande de Raymond du Puy, le pape Innocent II attribue aux Hospitaliers le drapeau rouge à croix blanche en 1130 pour les différencier des Templiers qui portent la croix rouge sur fond blanc. Mais c'est lors de la parution en 1496 des princeps de l'Ordre pour que la forme de la croix à quatre branches bifides trouve une signification spirituelles à travers les huit béatitudes du Christ. Avant cette date, les différentes illustrations montrent une croix pattée, potencée ou encore simple.   

 

    L'origine exacte de la croix de Malte reste inconnue. Toutefois, on la trouve utilisée pour la première fois par l'Ordre de Saint‑Jean de Jérusalem. La croix blanche à 8 pointes était alors apposée sur la tenue noire des desservants de l'hôpital de Saint‑Jean le Baptiste à Jérusalem.
   L'Ordre de Saint‑Jean de Jérusalem utilisa ensuite cette croix blanche, mais sur fond rouge, comme pavillon de la flotte de l'Ordre. Elle devint enfin un symbole chrétien servant à distinguer des ordres religieux comme pour l'Ordre de Saint‑Lazare de Jérusalem avec la même croix, mais verte.

    Il faut aussi noter la similitude géométrique de la croix de Malte avec le célèbre tracé de la dalle de Coume Sourde, une comparaison souvent évoquée dans les études castel rennaises qui mêlent également les deux petites croix pattées.


La dalle de Coume Sourde (relevé d'Ernest Cros)
Version telle que Gérard de Sède la publia en 1967

 

    Les Hospitaliers dérivent vite vers un ordre militaire à l'instar des Templiers, avec lesquels ils se disputent souvent l'issue des batailles et les conquêtes. Hospitaliers et Templiers jouent alors jusqu'au XIIIe siècle un rôle primordial auprès du royaume de Jérusalem. L'Hôpital construit aussi des châteaux en Terre Sainte comme Margat ou le Krak des Chevaliers. En 1137, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Bath‑Gibelin, et en 1142 celle du Krak des Chevaliers. Leur structure militaire et leurs places fortes font des Hospitaliers une armée très efficace, n'hésitant pas à s'ingérer dans la conduite du royaume, formant à la cour un véritable mouvement "de la guerre" qui s'oppose aux « poulains », seigneurs francs nés en Terre Sainte et plus favorables à une entente avec les musulmans.

    La puissance de l'Ordre vient surtout de ses possessions en Occident, sa vocation militaire et monastique attirant les faveurs de l'aristocratie qui se sent plus proche des moines‑chevaliers que des institutions ecclésiastiques. Cela est particulièrement frappant dans le Midi de la France et dans la péninsule ibérique. Le roi Alphonse Ier d'Aragon ira jusqu'à laisser le tiers de son royaume aux ordres militaires à sa mort en 1134. Les dons reçus d'Occident sont investis par les Hospitaliers en commanderies, elles‑mêmes regroupées en prieurés, puis en grands prieurés, dont les chefs, les prieurs, répondent directement au Grand‑maître, chef suprême de l'Ordre.

    Il faut attendre 1206 pour que paraissent les premiers statuts officiels de l'Ordre, en accord avec la structure médiévale, soit trois classes :

  • La classe combattante : chevaliers, nobles, et sergents roturiers destinés à défendre la Terre sainte par les armes. C'est parmi les chevaliers que l'on trouve les responsables de l'Ordre, commandeurs, prieurs et Grand‑maître.
  • La classe des religieux : les chapelains
  • La classe des travailleurs : les frères servants

    Tous sont soumis aux vœux religieux à la différence des confrères, chevaliers qui se joignent temporairement à l'Ordre ou font promesse de s'y joindre à l'article de la mort, pour bénéficier ainsi de sa protection spirituelle tout en menant une vie laïque. Les Hospitaliers doivent, en plus de leur action militaire, se consacrer aux soins des malades, entretenir les hôpitaux en Terre Sainte et en Occident, et accueillir les pèlerins. Entre le XIIe et le XIIIe siècle, c'est pourtant la fonction militaire qui prendra le dessus, au moins pour la Terre Sainte.   

 

 Chypre   

   L’Ordre se développe très rapidement avec des branches dans les différents pays d’Europe. Après la chute de Saint‑Jean d'Acre en 1291, il abandonne la Terre sainte en 1291 et s’installe à Chypre.

    Mais en 1291 la dernière ville chrétienne de Terre Sainte, Saint-Jean-d'Acre, défendue par les Templiers et les Hospitaliers, tombe, et le maître Hospitalier, Guillaume de Villiers est gravement blessé lors de la bataille. Alors que l'Ordre du Temple se réorganise en Occident, l'Ordre des Hospitaliers se replie vers Chypre où se trouve le roi titulaire de Jérusalem, Henri II de Lusignan, qui voit d'ailleurs d'un mauvais œil la venue en son royaume d'une organisation aussi puissante.

   En 1301, l'Ordre se réorganise et instaure une structure basée sur les Langues. Les groupements régionaux fondent de grand prieurés, eux-mêmes rassemblés en commanderies et qui sont au nombre de huit : la Provence (dont les prieurés de Toulouse et Saint-Gilles), l'Auvergne, le nord de la France, l'Espagne et le Portugal, l'Italie, l'Angleterre (dont les prieurés de l'Écosse et de l'Irlande), l'Allemagne (dont les prieurés de Bohême, de Danemark, de Haute-Germanie, de Basse-Germanie, de Hongrie, de Pologne et de Suède)

 

 Rhodes   

    La rivalité avec le roi de Chypre ne cesse de s'accentuer et l'Ordre finit par conquérir l'île de Rhodes entre 1307 et 1310. Au départ bysantine, l'île devient le nouveau siège des Hospitaliers. Leur position insulaire permet le développement d'une grande flotte qui fera leur réputation. C'est aussi à cette date que leur richesse va s'accroître par le transfert des biens des Templiers en 1312.

    L'Ordre « de Rhodes » affirme alors son pouvoir, attaquant même des bateaux chrétiens et pratiquant l'esclavage. Signe d'un enrichissement de l'Ordre en même temps que d'une conquête de souveraineté, les grands maîtres se mettent à battre monnaie à leur effigie. Mais, parallèlement à ce contrôle maritime qu'exercent les chevaliers de Rhodes sur la mer Égée, la dynastie ottomane prend peu à peu le dessus sur l'empire agonisant de Byzance et les États latins de Grèce nés de la quatrième Croisade.

    En 1396, une Croisade soutenue par l'Ordre essuie un échec sanglant à Nicopolis et le sultan Bajazet Ier a les mains libres dans les Balkans. Pour l'Ordre, le rêve de reconquête des Lieux Saints est définitivement perdu. En 1453 le sultan Mahomet II s'empare de Constantinople ; le Grand maître Jean de Lastic se prépare à un siège. Celui-ci n'arrive pourtant qu'en 1480 et le Gand maître Pierre d'Aubusson repousse à trois reprises l'assaut des troupes du pacha Misach, ancien prince byzantin converti à l'Islam, grâce à des secours en provenance de France, conduits par le propre frère du grand maître, Antoine d'Aubusson. Le siège décisif a lieu en 1522. Le sultan Soliman le Magnifique assiège pendant cinq mois la ville de Rhodes avec 200 000 hommes et ne parvient à la prendre qu'à la suite de la trahison du grand chancelier d'Amaral. Impressionné par la résistance héroïque du grand maître Philippe de Villiers de L'Isle-Adam, il accorde libre passage aux chevaliers rescapés. Emportant dans 30 navires leur trésor, leurs archives et leurs reliques, dont la précieuse icône de Philerme, l'un des symboles de l'Ordre, les chevaliers quittent définitivement la Méditerranée orientale et la proximité avec le monde musulman. 

 

Philippe de Villiers
de L'Isle-Adam
naquit à Beauvais en 1464 et mourut à Malte le 21  est le 44ème Grand maître des Hospitaliers. Il rejoignit Rhodes en août après avoir échappé au corsaire turc Curtogli. Il apportait avec lui d'importants renforts en hommes, en armes et en munitions. En 1522, il défendit avec 600 chevaliers et 4 500 hommes l'île de Rhodes attaquée par 200 000 hommes de Soliman le Magnifique.

Au terme d'un siège de six mois, Villiers de l'Isle-Adam dut capituler après une héroïque résistance, en .

 

 Malte   

    Finalement, le vaisseau amiral des Hospitaliers appareille avec d'autres navires à l'aube du pour une navigation de 7 ans vers Candie, Messine, Civitavecchia, Villefranche-sur-Mer et Nice. L'Ordre séjourna à Viterbe de 1523 à 1527. Après une longue période d'incertitude, durant laquelle Villiers de l'Isle-Adam voyage et séjourne à Rome, Charles Quint, sous la pression du pape, leur cède l'archipel maltais. L'Ordre s'y installe en 1530.

    Philippe Villiers de l'Isle-Adam meurt le . Il est enterré dans la chapelle Sainte-Anne du château Saint-Ange à Malte. En 1577, après la construction de la co-cathédrale Saint-Jean de La Valette, son corps est transféré dans la crypte de celle-ci où il repose depuis.

    L'Ordre restera à Malte jusqu’en 1800 lorsque les Anglais prennent l’île. Finalement, le siège de l'Ordre de Malte sera transféré à Rome en 1834.

Appelés Chevaliers de Rhodes à partir de 1309 et Chevaliers de Malte à partir de 1530, ils sont les héritiers des biens Templiers (bulle papale du 2 Mai 1312), excepté ceux confisqués par Philippe le Bel.

    L'Hôpital connaîtra toutefois dans le milieu du XIVe siècle une crise religieuse et économique due au système qui régit les commanderies. L'Ordre est alors menacé de se voir retirer les biens du Temple par le pape Innocent VI. La fin du Moyen‑Âge transformera l'Hôpital comme une principauté chrétienne défendant l'île de Rhodes.

 

 
L'Ordre de Saint‑Jean prend possession de l'île de Malte le 26 octobre 1530
avec le Grand‑Maître Villiers de l'Isle‑Adam
Salle des Croisades - Versailles

 

L'Ordre de Malte et les Templiers

   À la différence de l'Ordre de Malte, l’Ordre des Templiers était le seul ordre monastique et militaire exclusivement guerrier. il ne possédait aucune activité hospitalière et devint l’Ordre le plus puissant et le plus diversifié par son recrutement durant les 200 ans d'existence des États latins de Terre sainte.
   Avantagés par de nombreux privilèges comme la dispense de la dîme, les Templiers se développèrent de manière fulgurante et acquirent de nombreuses terres. Un patrimoine considérable s'amassera avec plus de 3500 châteaux, forteresses et maisons, le tout accompagné de richesses considérables. Sur le plan politique, l’Ordre prit une importance telle qu’au XIIIe siècle les Templiers apparaissent comme les vrais gouverneurs de l’Orient latin au détriment du pouvoir séculier, et iront jusqu’à s’opposer aux Hospitaliers dans leurs alliances.

   Mais la chute de Saint‑Jean‑d’Acre et la fin des États latins d’Orient en 1291 va marquer un tournant décisif dans l'avenir de l'Ordre. L’existence du Temple se trouve en effet remise en question : alors que sa mission est de combattre l’infidèle, l’Ordre est accusé de nombreux méfaits comme l'hérésie, la sodomie et le satanisme. Il s'agit en réalité d'une cabale montée exclusivement à charge contre un pouvoir Templier et guerrier devenu trop puissant au goût du roi Philippe le Bel et du pape.

   En 1312, le pape dissout l’Ordre du Temple par la bulle Vox clementis. Au moment de sa dissolution, tous les biens de l’Ordre des Templiers furent transférés aux Hospitaliers, et donc à l'Ordre de Malte.

 

L'Ordre de Malte aujourd'hui

   Même s'il ne possède plus d'armée, l'Ordre de Malte est toujours officiellement militaire et conserve sa souveraineté cinq siècles après la mort de Pierre d'Aubusson. Il peut émettre des timbres, battre monnaie, faire des passeports, et posséder des ambassadeurs. Malgré tout, c'est une souveraineté sans territoire et au pouvoir limité : l'Ordre est dépendant du Vatican et est toujours catholique. Le Grand‑maître est cardinal et pourtant, en 1961 Jean XXIII approuve la  nouvelle chartre de l'ordre qui confirme son indépendance vis-à-vis des états et de l'Église.

    L’Ordre de Malte appartient aux ordres hospitaliers, des organisations religieuses spécialisées qui apparaissent à la fin du XIe siècle et qui se consacrent au soin des malades. Sa fonction hospitalière est aujourd'hui bien réelle et fait de l'Ordre de Malte le plus ancien organisme humanitaire. Son 900e anniversaire a été fêté en 1999. L'Ordre de Malte représente la "Croix Rouge" catholique.

   La fête de l'Ordre de Malte a lieu le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste. Tous les ans, ce même jour, les chevaliers français se réunissent au château de Versailles. Jean Baptiste est en effet le saint protecteur de l'Ordre de Malte, mais il existe d'autres ordres de Saint Jean ayant tous la même croix dite de Malte.

 

 


Jehan Bonpar de Lastic (1371‑1454)
36ème Grand‑Maître de l'Ordre de Malte en 1437
(Salle des Croisades - Versailles)

 

L'île de Malte et La Valette

   C'est le 28 mars 1566 que Jean Parisot de La Valette posait la pierre fondatrice de la future base des célèbres « Chevaliers de Malte ». Aujourd'hui, Malte, ou République de Malte, est un État insulaire d'Europe situé au milieu de la Méditerranée. À 93 kilomètres au sud de la Sicile, il est constitué d'un archipel de huit îles dont quatre sont habitées. La capitale est "La Valette", véritable joyau baroque de la Méditerranée. La ville est en effet un concentré d’architecture et de monuments jamais égalés au monde. Classée patrimoine de l’UNESCO, ses palais, ses églises et ses musées renferment des trésors qu'il est difficile d'énumérer.

 


La Valette, son port et ses remparts ‑ Malte

 

La Co‑cathédrale Saint‑Jean

   La Co‑cathédrale Saint‑Jean située à La Valette est l'un de ses plus beaux joyaux. L'édifice catholique fut construit entre 1573 et 1577 par les Chevaliers de l'Ordre de Saint‑Jean de Jérusalem suivant les plans de l'architecte militaire maltais Ġlormu Cassar, déjà à l'origine de plusieurs édifices importants de La Valette. Financée et commandée en 1572 par Jean de La Cassière, Grand Maître de l'Ordre, il en fit l'église conventuelle des chevaliers et une cocathédrale, titre conféré par Pie VII en 1816 puisqu'elle partage ce titre avec la cathédrale Saint‑Pierre‑et‑Saint‑Paul de Mdina, l'ancienne capitale maltaise. L'église est dédiée au saint patron de l’Ordre de Saint‑Jean : saint Jean‑Baptiste ou saint Jean‑le‑Baptiste. Décidée sous le grand magistère de Pietro Ciocchi del Monte San Savino, sa construction débuta en 1573 sous le règne de Jean Levesque de La Cassière et s'acheva cinq années plus tard.

 


La Co‑cathédrale Saint‑Jean à La Valette ‑ Malte

 

   La co‑cathédrale Saint‑Jean est un chef-d'oeuvre de l'art baroque possédant un intérieur d'une richesse incomparable. Décorée par Mattia Preti, le sol tout de marbre est entièrement formé de cénotaphes, un pavement qui renferme 369 pierres tombales des Chevaliers de l'Ordre de Malte. Quant à la crypte, elle renferme les tombes de 12 Grands maîtres dont Philippe de Villiers de L'Isle‑Adam, Claude de La Sengle, Jean de Valette et Alof de Wignacourt.

 


La cathédrale Saint‑Jean à La Valette ‑ Malte
Le sol de marbre renferme les pierres tombales des Chevaliers de l'Ordre de Malte
 

 


La cathédrale Saint‑Jean à La Valette et l'une de ses chapelles ‑ Malte

 

   Si l’extérieur de la cathédrale Saint‑Jean est sobre et de style maniériste, l’intérieur est exceptionnellement riche et baroque, particulièrement dès le début du XVIIe et dans les années 1660 sous l’impulsion du Grand Maître Rafael Cottoner y de Oleza (1660‑1663). L’église fut continuellement embellie, grâce aux contributions des Grands Maîtres, des Chevaliers et des dignitaires étrangers ; jusqu’à devenir un des plus beaux sites baroques religieux : monuments, motifs sculpturaux, peintures, dorures, marbres, mausolées, boiseries…

   Tout comme à Mdina, le lieu est célèbre pour son pavement de pierres tombales des chevaliers les plus prestigieux de l’Ordre, toutes décorées de blasons héraldiques. Les épitaphes des illustres Chevaliers sont inscrites en latin sur chaque plaque et imagée par des blasons et des scènes allégoriques de la vie du défunt accompagnés de représentation de batailles, d’armes et de squelettes.

   Cette richesse largement exposée prouvent un fait : l'Ordre de Malte était immensément riche et l'une des explications se trouve dans l'héritage des biens Templiers après leur abolition par le pape en 1312.

 


La cathédrale Saint‑Jean à La Valette ‑ Malte
Du marbre en homage aux chevaliers de l'Ordre de saint Jean
 

 

Le supérieur de l'Ordre souverain de Malte porte le titre de Grand maître. Il est élu à vie par le chapitre général de l'Ordre et ce titre est la plus haute autorité de l’Ordre. Il possède les mêmes droits et le même rang que les cardinaux.

 

   Jean de La Valette Parisot (1494-1568) ou encore Jean de Valette, est le Grand maître le plus connu pour avoir notamment mené la défense lors du Grand Siège ottoman de 1565. Il est souvent qualifié de « plus grand homme de guerre de son temps » et meurt le 21 août 1568, à l’âge de 74 ans. Son corps repose dans la crypte de l’église conventuelle de l’Ordre (co-cathédrale Saint-Jean) avec 11 autres Grands maîtres.

 

L'Ordre de Malte et une élite

 


L'une des cérémonies  de l'Ordre de Malte dans la chapelle de Versailles
après être passé par les Salles des Croisades juste à côté

 

    Vous l'aurez compris, les Salles des Croisades sont préservées et occultées par l'Ordre de Malte. Suite à la cérémonie d’admission qui se déroula dans les Salles des Croisades, une messe solennelle fut ensuite célébrée dans la chapelle du Château de Versailles. Était aussi présents en cette fête de Saint-Jean-Baptiste, le Comte de Beaumont‑Beynac, Président de l’Association française des membres de l’Ordre Souverain de Malte et la princesse Marie Marguerite de Bourbon, duchesse d’Anjou dans l’Ordre Souverain de Malte en qualité de Dame Grand‑Croix d’Honneur et de Dévotion.

    Observez maintenant les dames en capes noires et croix de Malte. Avez‑vous reconnu l'une d'elle ?

 

 

Il s'agit bien sûr de Madame Chirac à gauche de la duchesse d’Anjou.

   L'Ordre de Malte, laïc et séculier, héritier des Hospitaliers, oeuvre aujourd'hui pour des missions humanitaires auprès des populations déshéritées.

 


Madame Chirac en cape noire de l'Ordre de Malte, à gauche de la duchesse d’Anjou

 

Quelques dates qui résument l'Ordre de Malte

XIe
Des Latins originaires d'Amalfi (Campanie) créent le monastère saint Jean Eleymon (saint Jean l'Aumonier) à Jérusalem avec hospice.
1095
Le pape Urbain II prêche la première Croisade et son appel connaît un très fort retentissement. Les pèlerinages sont très pratiqués et celui de Jérusalem qui est le plus important attire les chrétiens qui peuvent s'y rendre sans problème. La Palestine est sous l'autorité des Arabes depuis le VIIe siècle. La menace ne vient pas des Arabes, mais des Turcs alors convertis à l'Islam. Originaires de l'Asie, ils prennent le pouvoir en Perse et envahissent l'Asie Mineure à partir de 1067 (l'actuelle Turquie qui faisait alors partie de l'Empire byzantin). N'ayant pas les moyens de résister, l'empereur byzantin demande de l'aide au pape. L'appel à la défense de l'empire chrétien d'orient va alors susciter la reconquête du tombeau du Christ…
15 juillet 1099 Les Croisés conquiert Jérusalem lors de la première Croisade. Le supérieur du monastère latin, frère Gérard, crée l'hospice saint Jean en l'honneur de saint Jean Baptiste, plus connu par les Européens que saint Jean l'Aumonier. L'hospice deviendra un ordre monastique et militaire dont la fonction est de secourir et protéger les pèlerins.
1113 L'Ordre Hospitalier est approuvé par le pape. Son nom officiel est :
Ordo Equitum Hospitaliorum Sancti Iohannis Hierosolimitani.
1118 Un baron de Champagne, Hugues de Payens créée l'Ordre militaire des Templiers (situé dans le quartier du Temple de Salomon). Sa mission est aussi de protéger les pèlerins. Des commanderies sont fondées en Europe et regroupées en prieuré. Les possessions de terres permettent de récolter des fonds.
1291 Prise de Saint‑Jean d'Acre. Les Ordres sont chassés de Jérusalem et s'installent à Chypre. L'Ordre des Templiers retourne en Europe. L'Ordre de saint Jean reste en Orient avec l'espoir de retourner à Jérusalem. Chypre est sous la souveraineté des Lusignan, une famille originaire du Poitou, mais la cohabitation est difficile.
1310 L'Ordre de saint Jean s'empare de l'île de Rhodes. L'Ordre devient souverain et règne sur l'île. Il construit des fortifications et se dote d'une flotte.
1312 L'Ordre des Templiers est aboli par le pape. Ses biens reviennent à l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem.
1522 L'Ordre de saint Jean est chassé par les Turcs de Rhodes. Le Grand maître est alors Philippe Villiers de l'Isle‑Adam.
1530 Charles Quint offre l'île de Malte à l'Ordre de saint Jean et sa fonction militaire est de protéger l'Europe contre les Turcs. Malte, la Sicile et Naples font alors partie de l'Aragon : le roi d'Espagne Charles Ier est aussi empereur germanique sous le nom de Charles V ou Charles Quint). L'Ordre de Rhodes devient alors l'Ordre de Malte. Il est souverain de Malte et entreprend, comme à Rhodes, les fortifications de l'île.
XVIe Des commanderies allemandes deviennent luthériennes et l'Ordre allemand protestant est créé : Johanniter Orden. La branche anglaise devient le "Venerable Order of Saint John". L'ordre anglais est anglican.
1565

Les Turcs attaquent Malte. C'est le grand siège et la défaite des Turcs. Le Grand maître est alors Jean de la Valette‑Parisot. Il fonde la ville qui portera son nom : La Valette.  

1792 La Révolution française confisque les biens de l'Ordre de Malte, car l'Ordre recrute ses chevaliers parmi la noblesse et c'est contraire au principe de l'égalité de la République. L'Ordre perd ainsi les trois quarts de ses revenus.
1796 Napoléon Bonaparte triomphe dans les guerres d'Italie. Le grand maître Ferdinand von Hompesch craint la République française et demande au tsar de Russie, Paul Ier, de devenir le Protecteur de l'Ordre. L'Ordre perd ainsi sa neutralité et s'allie avec un ennemi de la France.
1798 Napoléon Bonaparte, en route pour l'Égypte, s'empare aisément de Malte et l'Ordre est chassé de l'île. La souveraineté de Malte revient à la République française puis à l'Angleterre en 1800.
1834 L'Ordre de Saint Jean s'installe à Rome, 68 via Condotti.
1863 La Croix Rouge est crée par le protestant genevois Henry Dunant. C'est un organisme non‑religieux et son essor va regénérer les différents ordres de Saint Jean qui chercheront à l'imiter.
1999 L'Ordre de Malte remet les pieds sur l'île. La République de Malte met à sa disposition le fort saint Ange.

 

 

 

 

    

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