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Les Bergers d'Arcadie               5/5

Le Triangle d'Or...

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

   Lorsque l'on évoque les tableaux liés à Rennes‑le‑Château, la première œuvre qui vient à l'esprit s'intitule "Les Bergers d'Arcadie" de Nicolas Poussin. Or il faut savoir qu'il existe non seulement deux versions du maître, mais aussi que le thème des Bergers arcadien inspira de nombreux artistes qui déclinèrent le chef‑d'œuvre sous différentes variantes et à différentes époques. Ainsi, le tableau culte de Poussin fut reproduit à Shugborough Hall en Angleterre, ou sur la stèle du maître des Andelys à Rome, un mémorial dressé par René de Chateaubriand.

 

   Fascinant à plus d'un titre, d'une intelligence rare, conçu sur la base d'un support géométrique complexe et sacré, le tableau possède plusieurs codages imbriqués. On sait aujourd'hui grâce à son histoire et par le profil montagneux en arrière‑plan que la toile est directement liée au Secret des deux Rennes et à un secteur précis du Haut‑Razès...

 


 

Les Bergers d'Arcadie - Version II ‑ par Nicolas Poussin
Faussement daté entre 1638 et 1640, plus vraisemblablement élaboré vers 1655

 

 

L'étude est composée des pages suivantes :

 

   Les Bergers d'Arcadie, un tableau très particulier

   Thèmes arcadiens

   Shugborough Hall et ses mystères

   Les Bergers d'Arcadie sous la lumière

   Le Triangle d'Or du Haut‑Razès

 

   Cette page est destinée à apprécier la complexité, la grandeur et le mystère de l'œuvre face à l'énigme, mais également à amener une fois pour toutes des éléments permettant d'établir les liens entre le tableau et les deux Rennes. Durant des années, et même encore aujourd'hui certains chercheurs et historiens de l'art refusent de rapprocher la scène d'Arcadie au Haut‑Razès. Dénie ? Méconnaissance de l'affaire de Rennes ? Manque de preuve ? Peu importe. Le moment est enfin venu de révéler certaines constatations, photos et topographie à l'appui. Ceci va permettre de relier définitivement ce tableau d'exception à un secteur précis des deux Rennes...

Un secteur qu'il convient d'appeler le Triangle d'Or d'Arcadie...

 

Cette étude est extraite du livre "La Rennes d'Or ... là où dort la Reine" Tome 1

Pour une pleine compréhension de la démonstration et pour la situer dans son contexte historique, je ne peux que conseiller de se reporter au livre...

 

(Merci également à Patrick Merle pour sa précieuse contribution)

 

   Aussi surprenant que cela puisse paraître, on ne peut espérer décrypter la toile que si on la relie à la géographie du Haut‑Razès. Comme nous allons le voir, ce tableau est intimement lié à la région de Rhedae. Voici donc quelques révélations qui permettront je l'espère d'apprécier le fabuleux héritage que nous a laissé Nicolas Poussin...

 

 

     Le maître des Andelys avait un don : celui de sublimer son art. Or une grande partie de la beauté de son œuvre réside plus dans la construction que dans le résultat. Il ne faut pas pour autant occulter la volonté de Poussin de nous confier un secret exceptionnel au‑delà des siècles... Le pari est réussi...


Nicolas Poussin et l'œil du divin

   "[...] Luy et moy nous avons projetté de certaines choses dont je pourray vous entretenir à fond dans peu, qui vous donneront par M. Poussin les avantages (si vous ne les voulez pas méspriser) que les roys auroient grande peine à tirer de luy, et qu’après luy peut‑estre personne au monde ne recouvrera jamais dans les siècles advenir [...]"

 

Extrait d'une lettre datée du 17 avril 1656 et envoyée de Rome par l'abbé Louis Fouquet à Nicolas Fouquet, son frère, surintendant de Louis XIV

 

   Il y a des problèmes que l’on résout un peu au hasard, sans chercher.
Ce sont les événements qui nous mènent à la solution, et, parmi ces événements, on choisit inconsciemment, on démêle, on examine celui‑ci,
on écarte celui‑là, et, tout à coup, on aperçoit le but

 

Maurice Leblanc (extrait des aventures d'Arsène Lupin, Le Triangle d'Or)

 

Les Bergers d'Arcadie, une manipulation ratée

   Reprenons le sujet des repeints effectués sur la version originale des Bergers du Louvre. Comme nous l'avons vu précédemment, le premier objectif d'une restauration est de masquer l'usure du temps, ou les manques de matière picturale. Un tableau âgé de plus de trois siècles devient obligatoirement fragile. De plus il est souvent  nécessaire d'effectuer un nettoyage en profondeur en plus des retouches qui doivent être réalisées avec grand soin par des artistes expérimentés. Par contre, l'opération devient abusive et injustifiée si les repeints recouvrent des parties en bon état. Le sacrilège est d'autant plus grave si la réparation porte sur une œuvre du XVIIe siècle.

 

   Pourtant, ce fut le cas ici et la volonté de transformer légèrement certains détails ressemble fort à un maquillage en règle. Il existe plusieurs radiographies démontrant un important travail de restauration ; or certaines parties semblent avoir fait l'objet d'un soin tout particulier. L'exemple le plus démonstratif est celui du célèbre profil montagneux entièrement retouché. Est‑on en présence d'une volonté délibérée d'éloigner les quelques curieux qui oseraient s'aventurer par‑delà les montagnes d'Arcadie ? Ou bien est‑ce une maladresse des restaurateurs ? Toutes les données disponibles confirment en tout cas que les modifications sont très ciblées et dateraient des années 1900, une période durant laquelle l'énigme de Rennes était sans doute en pleine ébullition dans le Haut‑Razès et autour de Rennes‑le‑Château.

 

    De telles transformations picturales ne pouvaient apparaître plus tard, les règles déontologiques ayant été renforcées après la Première Guerre mondiale. Heureusement pour nous, cette manipulation maladroite va permettre une investigation plus fine et finalement révéler l'un des secrets du tableau. Poursuivons sur les fonds montagneux d'Arcadie, une piste particulièrement riche et démonstrative.


Les Bergers d'Arcadie II de Nicolas Poussin dans son cadre ‑ Musée du Louvre
Date officielle 1639 ‑ 1640 ‑ Date beaucoup plus probable 1655

 

Deux œuvres de référence

   Le tableau des Bergers d'Arcadie n'étant pas une œuvre comme les autres, il bénéficia du travail de plusieurs grands artistes qui voulurent immortaliser la scène culte de Nicolas Poussin. Parmi les nombreuses copies et gravures, il existe deux œuvres fondamentales qui furent préservées de toutes modifications et interprétations du fait de leur ancienneté et de leur rigueur d'exécution. Ce sont ces deux œuvres qui vont nous permettre de prouver la transformation et de révéler l'un des messages de Poussin.

 

La gravure de Bernard Picart ‑ 1696

 

   La gravure la plus importante concernant les Bergers d'Arcadie est certainement celle de Bernard Picart élaborée vers 1696. Il s'agit de la copie la plus ancienne connue à ce jour et très probablement la plus fidèle. L'artiste était en effet connu pour sa rigueur d'exécution et sa minutie. Le tableau de Poussin ayant été certainement peint vers 1655, la gravure Picart aurait donc été conçue 41 ans plus tard, ce qui la rend extrêmement fiable. Ceci est d'autant plus vrai qu'il est très difficile de maquiller le travail d'un graveur, la restauration ne trouvant plus de justification contrairement à une peinture.

Les Bergers d'Arcadie par Bernard Picart (1663‑1733) ‑ Gravure réalisée en 1696

 

Bernard Picart (1673‑1733)

 

   Bernard Picart naquit le 11 juin 1673 à Paris et disparu à 59 ans le 8 mai 1733 à Amsterdam. C'était un graveur, un dessinateur, et un miniaturiste français très réputé. Formé par son père Étienne Picart (1632‑1721) dit le Romain, Bernard acquit une brillante réputation du fait de son habilité à manier le burin et la pointe. Son art l'amena à exécuter une foule de petits sujets dans lesquels il combinait avec adresse la gravure et le dessin. 

 

   Autre talent, il imitait à la perfection les traits de divers maîtres, à tel point que les copies de Rembrandt déjouèrent plus d'une fois l'analyse des connaisseurs et des experts. Il appelait d'ailleurs ses œuvres "des impostures innocentes".

 

   À noter que l'ensemble de ses copies ne parut qu'après sa mort, en un seul volume in‑fol.

Bernard Picart (1673‑1733)
d'après une peinture de
Jean‑Marc Nattier (1709)

   Publié en 1738 et accompagné de 78 planches auquel était joint le Catalogue général de son œuvre, l'ensemble était composé de plus de 1300 planches.

 

   Lorsque son père choisit Amsterdam pour son séjour, les libraires s'empressèrent de lui commander une multitude de travaux, ce qui fit baisser la qualité de sa production. Mais cela correspondait au goût du public, un moyen de gagner de l'argent. Laborieux et minutieux il s'appliquait avec un soin particulier. Il était aussi fréquent qu'il utilise ses propres dessins pour exécuter les gravures. Son œuvre est connue pour être très variée et curieuse.

 

   Parmi les planches qu'il grava d'après différents maîtres, deux furent remarquées : "le Temps qui découvre la Vérité" et "les Bergers d'Arcadie"

 

   C'est aussi cette gravure exceptionnelle et unique qui permet aujourd'hui de connaître avec exactitude la taille du tableau conçu par Poussin, les opérations malheureuses d'agrandissement ayant modifié la taille d'origine. Il est aussi important de noter qu'il existe deux gravures Picart, l'une sans l'annotation et les dimensions d'origine, l'autre présentée ici avec l'annotation. Cette dernière version aurait dû rester confidentielle, mais par bonheur elle se retrouva publiée pour la plus grande joie des chercheurs.

 

   Pour permettre la comparaison avec le tableau d'origine, voici la même gravure Picart avec l'image inversée :

Les Bergers d'Arcadie par Bernard Picart (1663‑1733) ‑ Gravure réalisée en 1696

(image inversée)

 

La peinture d'Alcide Girault ‑ 1865

 

   Passons à la seconde œuvre de référence. Elle a été produite par Alcide Girault en 1865. Également réputée pour sa qualité et sa fidélité, l'œuvre offre une version de Poussin interprétée deux siècles plus tard.

Les Bergers d'Arcadie (d'après Nicolas Poussin) par Alcide Girault ‑ réalisé en 1865

Huile H.87 cm  x  L.128 cm (sans cadre) ‑ musée des Beaux‑arts de Bordeaux

(ancienne collection d'Alcide Girault puis don en 1865)

 

Alcide Nicolas‑Ennemond GIRAULT (1836)

 

   Peintre d'histoire et portraitiste, Alcide Girault naquit à Bordeaux le 1er avril 1836. Élève de Julien Pallière, de J.P. Alaux, et d'Oscar Gué à l'École des Beaux‑arts de Paris, il fut deux fois lauréat. Notons qu'il fut aussi l'élève d'Émile Signol, ce dernier étant connu dans l'énigme pour avoir peint les 4 fresques de l'église Saint‑Sulpice de Paris. Il reçut le premier prix de peinture à l'école de Bordeaux en 1860 et fut pensionnaire de la Ville de 1861 à 1865. Son travail largement reconnu fut très apprécié lors des expositions aux salons de Bordeaux en 1860, 1872, 1873, et 1876. Il participa également à l'exposition universelle de 1867, ses dessins d'art appliqués à l'industrie ayant obtenu une mention au salon de Paris 1870.

 

   Girault exécuta de nombreux travaux de peintures murales et des tableaux dans des églises de la région : église St‑Paul et chapelle St‑Jacques à Bordeaux, à St‑Estèphe (Médoc), Angoulême et Luçon. Il fut également professeur de dessin, après un concours aux classes de dessin des écoles communales de Paris de 1865 à 1872. Il travailla également à l'Association polytechnique entre 1866 et 1872, et à la Société philomathique de Bordeaux à partir de 1874 où il reçut une médaille d'argent. Il fut aussi membre du jury de l'exposition de Bordeaux en 1882 et membre de la Société archéologique de Bordeaux.

 

   Sa biographie révèle un artiste complet, largement récompensé pour ses œuvres et la qualité de ses dessins. La copie des Bergers d'Arcadie d'Alcide Girault n'est donc pas le résultat d'un travail d'amateur, et tout porte à croire que le peintre s'est appliqué à respecter la scène originale. Curieusement, il n'existe aucune reproduction couleur de son tableau, à croire que le musée de Bordeaux tient à conserver jalousement le chef d'œuvre dans ses archives...

 

Le fond montagneux révélé grâce à Picart et Girault

   Les deux œuvres de référence Picart et Girault vont permettre d'apprécier les transformations picturales qui se déroulèrent au fil des copies, des interprétations et des repeints. Les transformations sur la version Poussin sont d'autant plus incompréhensibles que la gravure Picart et la peinture Girault auraient pu être utilisées comme étalon. L'objectif n'était donc pas de retrouver la version primitive, mais plutôt de l'éloigner discrètement, suffisamment pour perdre les curieux avertis, ou en tout cas de rendre l'œuvre inoffensive. Ceci a effectivement bien fonctionné durant de nombreuses années.

 

Partie gauche

 

   Commençons par le fond gauche. Le tableau actuel de Poussin affiche une montagne floue, assez découpée et un profil ciselé sur la gauche. Le jeu de lumière donne l'impression d'un relief vertical, escarpé et abrupt. À ses pieds, un autre relief plus horizontal ressemble à une barre rocheuse.


Les Bergers d'Arcadie de Poussin ‑ détail du fond montagneux gauche
Image extraite du tableau sans son cadre (Louvre)

 

   Voici le même détail gauche interprété par Bernard Picart en 1696, 41 ans après Poussin, et par Alcide Girault en 1865. Les différences sont très nettes. Alors que sur le Poussin actuel le contour de la montagne est abrupt, Picart y voit un mont plus arrondi au sommet aiguisé. Deux siècles plus tard, Girault voit la même montagne adoucie et érodée. Observez les ombres et les lumières. Il s'agit bien du même massif, mais sans les parties escarpées au sommet vues par Picart.


Extrait de la gravure Picart ‑ 1696
Fond montagneux gauche
Le massif est ciselé


Extrait du tableau d'Alcide Girault ‑ 1865
Fond montagneux gauche
L'érosion a rendu le massif plus arrondi

 

   Le profil a‑t‑il été réactualisé 200 ans plus tard ? C'est fort possible. La montagne visée a certainement subi une légère érosion entre l'époque Poussin 1655 et l'époque Girault 1865, ce qui expliquerait ce contour moins ciselé et nettement plus doux interprété par Girault. L'objectif était donc au 19e siècle de préserver la mémoire des lieux. Sage précaution, car c'est sans doute vers la fin du 19e siècle que le Poussin devait subir quelques transformations incompréhensibles et des repeints abusifs.

 

Partie centrale

 

   Observons maintenant le fond montagneux central. Il s'agit du détail rocheux le plus célèbre du tableau, car son apparence est restée suffisamment précise pour être correctement analysée. Fort heureusement, les repeints ont épargné cette partie essentielle.


Les Bergers d'Arcadie de Poussin ‑ détail du fond montagneux central
Image extraite du tableau sans son cadre (Louvre)

 

   L'analyse des versions Picart et Girault (ci‑dessous) permettent de confirmer la forme rocheuse dessinée par Poussin. Nous allons voir que ces détails mis en relief par les ombres et les lumières sont suffisants pour déterminer avec exactitude la montagne visée.


Extrait de la gravure Picart ‑ 1696
Fond montagneux central


Extrait du tableau d'Alcide Girault ‑ 1865
Fond montagneux central

 

Partie droite

 

   Il s'agit de la partie du tableau probablement la plus malmenée. L'agrandissement de la toile et la somme de repeints transformèrent définitivement le relief et l'horizon voulu par Poussin. Les ombres et les lumières ont disparu pour former une tache grise et uniforme donnant au massif une apparence sombre, lourde, et peu détaillée. C'est cette manipulation qui perdit les chercheurs durant des années, chacun voulant désespérément associer le profil à une vue du Razès. Certains y virent au loin Rennes‑le‑Château, d'autres le Rocco Negro ou Blanchefort. L'étude qui suit va permettre de montrer le vrai visage de ce relief.


Les Bergers d'Arcadie de Poussin ‑ détail du fond montagneux droit
Image extraite du tableau sans son cadre (Louvre)

 

   Observons les versions Picart et Girault... Les deux œuvres révèlent le vrai relief dessiné à l'origine par Poussin. Le massif sombre et noir présenté par le Louvre est en réalité une belle falaise comportant une découpe très caractéristique. La version Picart prouve que Poussin avait tout particulièrement travaillé le profil pour que celui‑ci puisse être reconnu par des initiés ou des curieux avertis et connaissant bien le Razès. Malheureusement, trop facilement identifiable, ce détail pictural devait subir des repeints qui défigurèrent définitivement la toile. C'était sans compter sur des copies heureusement préservées.


Gravure Picart ‑ 1696
Fond montagneux droit
Le vrai relief enfin révélé... une falaise abrupte


Tableau d'Alcide Girault ‑ 1865
Fond montagneux droit
L'interprétation Girault est la même

 

Passons sur le terrain du Haut‑Razès

   Les versions Picart et Girault vont permettre d'identifier les montagnes ciblées par Poussin, mais avant il convient de faire une remarque importante. Le fond montagneux semble être la représentation d'un seul horizon, mais ce n'est qu'illusion. Les contours de l'horizon sont composés en réalité de trois reliefs très différents, habilement séparés par des arbres et leur feuillage. Aucune continuité dans le dessin ne permet d'affirmer qu'il s'agit d'un même paysage et pour cause. Avec grande intelligence Nicolas Poussin nous présente trois vues différentes, trois sommets pris depuis des lieux particuliers et distincts. L'observateur de ce panorama doit se diviser littéralement en trois pour espérer recomposer le fond et l'interpréter. Reprenons en détail...

 

Au centre... la Pique Grosse (Bugarach)

 

   Commençons par le massif le plus évident. Posté au centre de la toile, juste au‑dessus du tombeau, la masse rocheuse au relief très marqué affiche fièrement son côté abrupt, et son nom est célèbre pour ceux qui connaissent bien la région. Il s'agit du Bugarach, ou plus exactement du flanc escarpé de La Pique Grosse , le second sommet du Bugarach. Celui‑ci sert en effet de repère topographique à l'ensemble de la scène arcadienne.

 


La Pique Grosse aujourd'hui, une masse rocheuse très caractéristique
du Bugarach. C'est aussi le second sommet.


La Pique Grosse vue par Nicolas Poussin en 1655

   Observez bien les ombres et les lumières et comparez l'interprétation de Poussin avec la vue réelle. Tous les détails rocheux y sont, notamment la cassure à angle droit très caractéristique et la faille verticale à gauche du massif. Attention, la lumière sur la peinture vient de la gauche, alors que la photo a été  prise avec le soleil à droite.

 

À gauche... le Cardou

 

   À gauche sur la peinture de Girault, une montagne au sommet arrondi et usé par l'érosion se perd au loin. Il s'agit du Cardou, aux portes de Rennes‑les‑Bains.

Le Cardou vu depuis le Bézu. Devant, la Pique de Lavaldieu


Extrait du tableau d'Alcide Girault ‑ 1865
Fond montagneux gauche ‑ Le Cardou

Victime d'une rapide érosion, le Cardou a changé d'aspect au fil des siècles, notamment entre le XVIIe siècle et aujourd'hui.

 

Observez bien les ombres et vous arriverez à identifier les reliefs identiques entre la vue aujourd'hui et celle en 1865. On peut même deviner la barre rocheuse à ses pieds qui n'est autre que la Pique de Lavaldieu.

 

Mais attention, pour observer cette vue il faut impérativement regarder le Cardou depuis le château Templier du Bézu.

 

 

À droite... le château du Bézu

 

  À droite du tableau, l'autre massif rocheux formant une imposante barrière offre deux contreforts caractéristiques qu'il est facile de reconnaître lorsque l'on est familiarisé avec la région du Haut‑Razès.  Il s'agit de l'arête du Bézu au lieu‑dit « Les Tipliés », là où domine un château féodal ruiné. Anciennement nommé « Albedunum », il n'a jamais été une commanderie templière contrairement aux rumeurs touristiques. Il reste que certains de ses seigneurs faisaient partie de l'Ordre de la Milice du Temple.

 

   La vue classique du château perché sur sa falaise s'obtient en l'observant depuis la route qui mène à Bugarach.

Le château du Bézu dit des Templiers vu depuis la route vers Bugarach

 

   Mais pour espérer trouver la vue que Poussin a voulu représenter sur sa toile d'Arcadie, il faut observer le château et sa falaise depuis le Pech de Bugarach, ou plus exactement depuis la Pique Grosse. Le profil change alors complètement et se rapproche très nettement des dessins de Picart et Girault. C'est aussi dans cet exercice que l'on s'aperçoit de la profonde modification du Poussin qui a supprimé tous les reliefs de la falaise.

 

   Bien sûr, il faut imaginer le site du Bézu sans sa végétation actuelle et avec une découpe rocheuse moins érodée...

La vue depuis la Pique Grosse est comparable à celles de Picart et Girault

 


Extrait de la gravure Picart ‑ 1696
Fond montagneux droit
Le vrai relief enfin révélé... une belle falaise


Extrait du tableau d'Alcide Girault ‑ 1865
Fond montagneux droit
L'interprétation Girault est la même

 

Comment le fond montagneux a‑t‑il été composé ?

   Voici maintenant révélé le coup de génie de nos érudits codeurs. Car il s'agit bien d'une géniale idée. Comment mettre en relief une formation triangulaire topographique dans une peinture ? Comment expliquer dans un paysage que trois sommets forment un tout et qu'il faut les considérer dans une géométrie très particulière ? Comment transmettre la mémoire de cette configuration exceptionnelle sans trop attirer l'attention ? Voilà le défi qui dût être posé à ces érudits initiés du XVIIe siècle et notamment à Nicolas Poussin... La réponse réside dans la prise de vue elle‑même... et c'est là qu'est le coup de maître.

 

   Nous venons de voir précédemment que le décor en arrière‑plan désigne trois lieux, trois sites célèbres du Haut‑Razès parfaitement identifiable, trois montagnes chargées de baliser une zone. Pendant longtemps, quelques chercheurs avaient bien tenté de donner des noms à ce profil, mais comment imaginer qu'un artiste du XVIIe siècle, aussi génial qu'il fût, puisse aller jusqu'à recomposer un horizon à des fins de repérages ? Le secret serait‑il d'une telle importance qu'il faille justifier sans détour un travail si considérable et si précis ? Car nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Les points choisis pour la prise de vue ne sont pas tirés au hasard. Ils découlent d'un raisonnement, d'une logique permettant à un curieux averti d'avancer dans l'énigme.

 

 

Le tableau des Bergers d'Arcadie désigne 3 sommets précis du Haut‑Razès

 

   Observez maintenant chacun des monts et posez‑vous cette question élémentaire : à quel endroit doit‑on se placer pour admirer chacune de ces montagnes sous un angle identique ?

 

   Et si chacune de ces vues avait été élaborée, dessinée, peinte, depuis l'emplacement adjacent ? Le concept est tout simplement génial. Non seulement l'attention est portée sur des formes rocheuses typiques du Haut‑Razès, mais le procédé décrit un périmètre précis, un triangle repéré par trois sommets : le Cardou, le château Templier du Bézu et la Pique Grosse. Un triangle composé de trois sommets naturels...

 

 

   Voici de quoi rester humble et il convient de s'incliner devant un tel concentré d'érudition. Imaginez... À une époque où la photographie n'existait même pas dans les esprits, il fallut trouver les bonnes perspectives, les bons angles et les plus belles lumières pour décrire sur un même tableau un triangle monumental très particulier.

Voici donc un premier secret des Bergers arcadien :

 

La falaise du Bézu et son château sont représentés
depuis la Pique Grosse (Bugarach)

 

Le Cardou est représenté
depuis le château des Tipliés (le Bézu)

 

La Pique Grosse (Bugarach) est représentée
depuis le Cardou

 

Le Triangle d'Or d'Arcadie

   Venons en maintenant au plus merveilleux de cette configuration naturelle. La mise en lumière de ce triangle dessiné par les 3 sommets réserve bien sûr des surprises et pour les apprécier il faut revenir à quelques notions de Géométrie sacrée.

 

Rappelons tout d'abord la définition du Triangle d'Or, un triangle sacré basé sur le Nombre d'Or   φ = 1,618...

Le Triangle d'Or est un triangle rectangle ABC possédant 2 côtés adjacents à l'angle droit de longueur 1 et  φ  et un côté opposé de longueur φ 

Son périmètre est donc égal à 1 + φ + φ

 

Ce triangle découle d'une propriété remarquable du Nombre d'Or qui est : φ2 = φ + 1 et qui simplifie la formule de Pythagore puisque selon son théorème on a :  φ2 = (√φ)2 + 1

 

Prenons maintenant les distances entre les 3 sommets concernés :

 

Château Templiers ‑ Cardou   6,45 km  (grand côté GC)

Château Templiers ‑ Pique Grosse  5,56 km (petit côté PC)

Cardou ‑ Pique Grosse  8,53 km (hypoténuse HY)

 

(Les mesures ont été faites à partir de Google Earth avec une précision de 10 m et ont été validées sur le site Géoportail ainsi que sur la carte IGN 25000)

 

   Puis contrôlons la présence du triangle rectangle. Pour cela, il suffit de vérifier si le théorème de Pythagore s'applique. On doit donc avoir : GC 2 + PC 2 = HY 2

Vérifions si : 6,45 2 + 5,56 2 est égal à 8,53 2   (72,5161 égal à 72,7609 ?)

 

   La précision du calcul (72,5 ~ 72,8) montre un angle droit presque parfait. Une première conclusion s'impose : ces trois sommets naturels jouent avec la géométrie et dessinent un superbe triangle rectangle dont l'angle droit est situé au château Templier du Bézu.

 

   Ce triangle est‑il doré ? J'épargnerai ici le lecteur d'une petite démonstration mathématique permettant de contrôler l'existence du Triangle d'Or. Pour simplifier, il suffit de vérifier le rapport de l'hypoténuse sur le petit côté, ce rapport devant tendre vers le Nombre d'Or : φ = 1,618...

 

   Vérifions : HY / PC = 8,53 / 5,56 = 1,53... L'écart avec le Nombre d'Or est négligeable sur de telles distances. Ceci prouve également qu'il existe un point théorique très près du pic, posé sur l'axe château Templiers du Bézu / Pique Grosse, et qui rend le Triangle d'Or parfait. Ce point existe et n'est situé qu'à 500 m de la Pique Grosse. Après tout, un ensemble de trois sommets naturels qui respecteraient à 10 m près les règles dorées relèveraient de l'incroyable.

 

   Si la Pique Grosse s’applique à tout le massif rocheux comprenant le flanc abrupt Ouest du Bugarach, une partie représentée au centre des Bergers d’Arcadie, c’est aussi un sommet à 1081 m d’altitude, le second après le Pech.

 

Le triangle décrit par Nicolas Poussin est un Triangle d'Or
rectangle au château Templiers du Bézu - Copyright JP Garcia

 

   En résumé, les 3 sommets Cardou, Bézu et Pique Grosse représentés par Nicolas Poussin en fond de tableau arcadien décrivent un Triangle d'Or, un triangle sacré unique régi par le Nombre d'Or.

 

Quand Arsène nous murmure le Secret...

   La mise en lumière du Triangle d'Or au cœur du Haut‑Razès permet d'introduire un auteur hautement initié, Maurice Leblanc.

 

   Né à Rouen le 11 novembre 1864, Leblanc démarra très vite sa carrière littéraire malgré des débuts difficiles. Rapidement surnommé le Conan Doyle français, l'auteur va effectivement créer dès 1905 un personnage intemporel et fascinant qui emmènera plusieurs générations : Arsène Lupin, un gentleman cambrioleur...

 

   Fort de ce succès fulgurant, il écrira 17 aventures d'Arsène, 39 nouvelles, ainsi que 5 pièces de théâtre.

Maurice Leblanc (1864‑1941)

Auteur des Aventures
d'Arsène Lupin

   Son œuvre fourmille d'allusions, de jeux de mots, d'allégories et de paraboles que l'on ne cesse de découvrir au fur et à mesure que l'affaire des deux Rennes avance dans sa compréhension. Il est étonnant de relire par exemple "La comtesse de Cagliostro", véritable mine d'information où l'on retrouve la formule latine :

 

"ad lapidem currebat olim regina"

 

et qui se traduit ainsi : "Vers la pierre courrait jadis la REINE".

 

   Or la formule  "Ad Lapidem Currebat Olim Regina" est aussi un acrostiche donnant à l'aide des initiales ALCOR, le nom d'une étoile située dans la constellation de la Grande Ourse. ALCOR est aussi le nom d'une pierre longtemps recherchée par Pierre Plantard et finalement retrouvée à Rennes‑les‑Bains dans le Serbaïrou.

   Toutes les aventures d'Arsène sont de près ou de loin liées au Secret des deux Rennes, mais pour les décoder et comprendre les fabuleuses devinettes il faut connaître certains ressorts, quelques pièces importantes du puzzle, et surtout le terrain. Le Triangle d'Or est l'une de ces pièces fondamentales.

 

   Publiée en 1918, l'aventure du Triangle d'Or débute par une tentative d'enlèvement sur une infirmière. Cette tentative est déjouée par le capitaine Belval qui finira par découvrir que son mari a été sauvagement assassiné, un crime qu'il reliera à une conjuration consistant à vider la France de ses réserves d'Or.

 

   Arsène Lupin viendra à la rescousse pour démêler ce mystère. Le roman se termine par la découverte d'un triangle et d'une pyramide d'or...

 

 

 

Couverture originale "Le Triangle d'Or
1ère partie" par Maurice Leblanc
éditée en 1918

 

   En dehors de ses codages extrêmement subtils, Maurice Leblanc laisse parfois quelques balises afin d'exacerber la curiosité du lecteur. À titre d'exemple, voici deux extraits montrant comment Maurice Leblanc laisse entrevoir une seconde lecture...

   « Voyons, avouez qu’il y a là quelque chose d’inouï. Est‑ce l’appât de l’or qui lui a tourné la tête, le trésor prodigieux mis à sa disposition, du jour où il a pénétré le secret ? […]

Patrice, qui s’attendait à ce que toutes les énigmes fussent résolues en un tournemain par l’illustre aventurier, en concevait de l’humeur et de l’étonnement. Il fit une dernière tentative.

Et le triangle d’or ? Encore un mystère ? Car enfin, dans tout cela, pas de trace d’un triangle ! Où est‑il le triangle d’or ? Avez‑vous une idée à ce propos ?

 

Extrait « Le triangle d’or » par Maurice Leblanc 1918

 

   Où est‑il donc ce Triangle d'Or ?... Voici une belle invitation à aller le chercher... Mais à quel endroit ? La réponse est déguisée dans l'un des personnages répondant au nom d'Essarès...

   Le triangle d’or ! Il y a des problèmes que l’on résout un peu au hasard, sans chercher. Ce sont les événements qui nous mènent à la solution, et, parmi ces événements, on choisit inconsciemment, on démêle, on examine celui‑ci, on écarte celui‑là, et, tout à coup, on aperçoit le but… Donc ce matin, après vous avoir mené vers les tombes, et vous avoir enterré sous la dalle, Essarès bey revint à moi. Me croyant enfermé dans l’atelier du pavillon […]

 

 Extrait « Le triangle d’or » par Maurice Leblanc 1918

 

   Jouez avec les lettres et vous obtenez Rassès, ou dans le langage des Oiseaux... Razès. Il faut ajouter à ceci un vocabulaire bien castel rennais : Triangle d'Or, dalle, tombes, pavillon (Nicolas bien sûr)...

 

   Que faut‑il alors penser de cette aventure d'Arsène publiée en deux parties et dont l'une se termine par le chapitre « Vers le gouffre » et la seconde par « Que la lumière soit ! » ? Nul doute qu'Arsène Lupin connaît le secret du Triangle d'Or du Haut‑Razès, un triangle sacré que Nicolas Poussin codifia au XVIIe siècle...

 

   Maurice Leblanc reçut la Légion d'honneur, le 17 janvier 1908, des mains du sous‑secrétaire d'État aux Beaux‑arts, Dujardin‑Beaumetz, député radical de l'Aude. Coïncidence supplémentaire, le député était ami de Bérenger Saunière et aimait participer aux réunions mondaines de l'abbé. Il  disparut à Perpignan en 1941, la ville culte de Clovis Dardentor...

 

 

Cette étude est extraite de l'ouvrage "La Rennes d'Or ...là où dort la Reine" Tome 1

 

N’étudiez  le  beau  qu’à  genoux...       Ingres

 

 

 

    

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