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Le château du Bézu       1/2

Un lieu rempli de légendes et de mystères...

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

   Dans la région du HautRazès, il existe  un lieu parmi d'autres rempli d'histoire et de légendes : le château du Bézu, que l'on appelle aussi Albezu, Albezus ou d'Albedun. Situé à une altitude de 823 m sur une crête rocheuse, il domine deux vallées dont l'une est traversée par une très ancienne voie romaine...

 

Les ruines du château du Bézu au-dessus de la falaise, vues depuis le secteur de Lavaldieu

 

    La légende la plus célèbre concerne celle d'un puits situé dans les ruines de la métairie des Baruteaux. Cette cavité abriterait une cloche d'argent qui se mettrait à tinter chaque nuit du 12 au 13 octobre. La date n'est pas fortuite puisqu'elle fait référence à celle qui sonna le glas à un Ordre aujourd'hui célèbre: les Templiers. Les Chevaliers du Temple furent effectivement arrêtés dans tout le royaume de France le vendredi 13 octobre 1307. La légende ne s'arrête pas là, puisque suite au tintement de la cloche, des apparitions fantomatiques quitteraient le petit  cimetière pour se diriger vers le château... Si cette histoire populaire peut prêter à sourire, elle a au moins le mérite de dresser le décor... Templiers, château, et mystères sur fond des deux Rennes...

 

   Il est vrai que le château d'Albedun rassemble de nombreux faits intrigants liés à ses seigneurs et à la période tourmentée de la croisade albigeoise. Le plus surprenant concerne leur fortune. Les seigneurs d'Albedun disposaient en effet de ressources financières importantes sans que l'on connaisse vraiment la provenance. C'est un fait : ils prêtèrent à plusieurs occasions de l'argent aux Comtes de Carcassonne et firent des dons aux Templiers. D'autre part, ils n'eurent jamais besoin d'emprunter. Ce constat historique pose à lui seul un sérieux problème...

 

   Quel statut très particulier avait ces seigneurs pour qu'ils soient protégés par les Templiers et possesseurs d'une immunité durant la crise albigeoise ? Les récits autour du château  intègrent même une affaire de fausse monnaie...

 

 

L'étude du château du Bézu est composée de 2 volets :

 

   Le château du Bézu ‑ Un lieu rempli de légendes et de mystères

   Un instant de grâce au pied des ruines... Par delà les cimes...

 

De loin, le château est à peine visible, perché au plus haut sur sa crête rocheuse

 

Où est situé le château du Bézu ?

   Le château du Bézu se trouve à 7 km à l'Est de Quillan, tout près de la petite commune de Saint‑Just‑et‑le‑Bézu. La structure complète de l'édifice a bien sûr disparu, mais il reste de belles ruines qui témoignent de l'importance et de la majesté de la construction.

 

   Agrippée à une arête dorsale calcaire orientée Est‑ouest, la forteresse possède une position dominante hautement stratégique. De son nid d'aigle, la vue y est extraordinaire et on peut facilement imaginer en son temps une première fonction : surveiller les deux vallées qui l'entourent: la vallée de la Blanque et la vallée de Casserats. D'ailleurs une ancienne voie de communication romaine existe encore, et elle menait par delà les Pyrénées, vers l'Espagne.

 

 

Saint-Just-et-le-Bézu, le Bézu, et le château du Bézu... 3 sites différents

 

Un peu d'étymologie

   Quel curieux nom que "le Bézu"... Nombreux sont les auteurs qui tentèrent une explication sur les origines de cette appellation qui sonne presque avec "bizarre"... Si l'on remonte aux premiers temps romains et celtiques, le lieu du Bézu s'appelait Albedunum qui signifie "Fort", "Forteresse" ou "Château" d'Albios (de Al Bios). Ce procédé qui consiste à terminer les noms en "unum" est caractéristique des Romains qui eux‑mêmes s'en inspirèrent des Celtes.

 

   De siècle en siècle, le nom évolua pour devenir successivement Albesun, Albedin ou Albedine, Albedun, Al Bedu, Al Bezu, et enfin se francisa en "Le Bézu"...

 

   De même la commune toute proche, Saint‑Just‑et‑le‑Bézu, s'écrivait "Sanctus Justus Buzani". On y retrouve cette même consonance "Buzani" ou "Bezoni"... Bézu. Autre piste, le préfixe "Al" qui proviendrait des Sarazins... Al bedunum... Al Bedu... Finalement tout ceci montre le tiraillement des noms de lieu‑dit qui évoluèrent sans cesse selon les peuples et les invasions, qu'elles soient celtiques, romaines, wisigothes, sarrasines... et même mérovingiennes... N'oublions pas également que la langue utilisée dans la région ne cessa de basculer entre l'Hispanique et l'occitan.

 

La situation du château est exceptionnelle, une construction posée à flanc de falaise

 

Un peu d'histoire...

   Les Seigneurs d'Albedun occupaient le château au Moyen‑âge entre le XIe et le XIIIe siècle, et appartenaient au Comté du Razès et aux puissants comtes de Carcassonne. Ils possédaient et géraient les terres depuis le Bas‑Razès jusqu'au Fenouillèdes et au Pays de Sault.

 

   Leurs noms sont cités dans plusieurs chartes de la région et leur histoire commence en 1060 sous le règne du roi des Francs, Philippe Ier, quatrième de la dynastie dite des Capétiens directs. Rappelons que la première croisade date de 1099. Ces seigneurs se nomment Pierre Ier d'Albedun, Bernard Ier, Pierre II, Bernard Sermon Ier, Bernard II, Bertrand et Bernard Sermon II.

 

Les seigneurs d'Albedun et les Templiers

 

   Il est surtout passionnant d'analyser les rapports qu'ils entrainaient avec les Templiers. Certains seigneurs étaient en effet en étroite relation avec les Chevaliers de Campagne‑sur‑Aude. Ces liens privilégiés sont d'ailleurs très surprenants dans le contexte de l'époque. Plusieurs auteurs rejettent fermement cette relation. Même la carte IGN 1:25000 sème la confusion, indiquant le château du Bézu comme le château des Templiers... Pourtant ce n'est pas simple...

 

   Bernard Sermon 1er d'Albedun s'inscrit parfaitement dans ces particularités remarquables. En 1147, Bernard Sermon prêta au vicomte de Carcassonne 3000 sous ugoniens, avec comme gage Campagne‑sur‑Aude.

 

   Puis en 1151, il disparut au nom des Templiers et donna à l'Ordre une somme d'argent très importante. Quel pacte existait‑il entre Bernard Sermon et les Chevaliers du Temple ? Dans le recueil d'actes templiers un écrit exprime parfaitement ce compromis. A la date du 22 février 1151 on peut lire :

 

   "Bernard Sermon du Bézu donne son âme et son corps, et 1000 sous ugoniens pour subvenir aux besoins de la milice, aux frères de cette même milice du Temple, qui le reçoivent dans leur fraternité et lui remettent en viager un honneur qu'ils possédaient dans la "villa" d'Espéraza, que Bernard s'engage à faire valoir selon ce contrat".

 

   Ce n'est pas tout, puisque durant un demi‑siècle la famille de Bernard Sermon continuera à alimenter financièrement les Templiers comme s'il s'agissait d'un remboursement de dette, ou du prix à payer en échange d'un service... mais lequel ? On sait par exemple que Bernard Sermon et ses fils effectuèrent de nombreuses donations en faveur du monastère de Fontfroide entre les années 1160 et 1198. Etait‑ce pour financer la croisade ? Mais alors, d'où Bernard Sermon sortait‑il son argent ?

 

   Autre fait historique surprenant : Bernard Sermon Ier reçut des Templiers le village entier d'Espéraza, ainsi que ses environs. Que représentait pour les Templiers le seigneur d'Albedun pour qu'un tel cadeau lui soit fait ? A cette époque rien n'était engagé sans une monnaie d'échange... Le mystère est donc entier...

 

Les seigneurs d'Albedun et les seigneurs locaux

 

   Des actes officiels montrent que les seigneurs d'Albedun étaient témoins de serments de fidélité entre les seigneurs locaux du Pays de Sault, et les vicomtes de Carcassonne, Raimond de Trencavel en 1152, puis Roger de Béziers en 1176 et 1177.

 

   En effet, en 1067, Bernard Sermon, prêta fidélité au comte de Barcelone, Raymond Bérenger Ier, qui racheta les droits des comtés de Carcassonne et de Razès appartenant aux héritiers du défunt, le comte Roger de Carcassonne mort la même année. Et en 1147, Bernard Sermon prêta à Roger de Béziers, vicomte de Carcassonne, la somme de 3000 sous ugoniens avec comme gage Campagne‑sur‑Aude.

 

   Pourquoi le castrum d'Albedun était‑il systématiquement impliqué dans des accords seigneuriaux ?

 

Les seigneurs d'Albedun épargnés par les persécutions cathares

 

   Nous sommes en 1209 et toute la région est meurtrie par la crise albigeoise. Les cathares sont persécutés au nom de la foi chrétienne, et un vent de violence et de massacres souffle dans tout le Sud‑ouest. Pourtant, alors que la famille des seigneurs d'Albedun avait adopté la foi cathare, ceux‑ci furent comme préservés des conflits...

 

Plus on se rapproche et plus la falaise est impressionnante

 

LA CROISADE DES ALBIGEOIS

 

   Au XIIe et XIIIe siècle, l'Eglise catholique confie aux cisterciens et aux ordres mendiants, franciscains et dominicains, le soin de combattre l'hérésie. Les cathares sont en ligne de mire dans le Midi de la France.

 

   Face à l'échec de reconversion des cathares, et ceci malgré les prédications de Saint Dominique, le pape Innocent III lance en 1208 la première croisade contre les « Albigeois » ou cathares, qui se déroulera sur le territoire de la chrétienté occidentale. L'objectif est double : mater l'hérésie qui s'installe, et soumettre les seigneurs du Sud qui deviennent trop indépendants et autonomes. Le roi de France Philippe Auguste ne voudra jamais participer directement à cette croisade, mais il donnera le champ libre à ses vassaux d'agir.

 

   Béziers abrite alors des cathares et est tenue par les Trencavel, les vassaux des comtes de Toulouse excommuniés par le pape en raison de leur trop grande tolérance. Le 22 juillet 1209, la croisade contre les Albigeois et le catharisme est impitoyable. Elle se traduit par le sac et l'incendie de Béziers, et par le massacre d'une grande partie de sa population, femmes et enfants compris.

 

   La guerre devient alors inévitable et durera 20 ans entre 1209 et 1229. Le Duc de Bourgogne, le comte de Nevers, et le comte de Saint Pol prennent le commandement des troupes levées par le pape. Alors que des croisés regagnent leurs terres, un personnage va se distinguer suite à la prise de Carcassonne, Simon IV de Montfort. Il deviendra le chef de la croisade, une décision qui s'impose aussi par le fait que les comtes et le Duc de Bourgogne refusent de prendre les terres de Trencavel pour ne pas froisser le roi. Simon de Montfort s'attaquera à la conquête du pays d'oc et des années de terreur meurtriront à jamais la région. Des buchers s'allumeront un peu partout. 140 cathares périront en 1210 à Minerve.

 

   La guerre se poursuivra tout au long du XIIIe siècle dans le Midi, et une terrible institution créée en 1231 se mettra en place: l'inquisition, instrumentée par les dominicains. On ne comptera plus les procès, les tortures et les buchers.

 

   C'est à Villerouge‑Termenès que le « dernier Bon Homme » achèvera son ultime voyage par le feu en 1322. Les derniers hérétiques furent emprisonnés jusqu'à ce qu'à partir de 1329 on n'entendît plus parler de cathares en pays occitan...

L'itinéraire de Simon de Montfort en 1210 lors de la croisade albigeoise.
Coustaussa, Albedun (le Bézu) et Puivert sont les dernières étapes

 

   On aurait pu croire que les relations templières des seigneurs d'Albedun étaient épisodiques et limitées à une courte période. Il n'en est rien, car la crise albigeoise va encore démontrer la particularité de cette seigneurie.

 

   1209 est l'année où Simon de Montfort arrive avec ses troupes dans le pays d'oc. Après avoir assiégé le château de la Pomarède au diocèse de Toulouse, il entre dans la vallée de l'Aude. Le château de Coustaussa étant abandonné, il poursuit vers Albedun et trouve Bernard Sermon II prêt à abandonner sa forteresse. Mais contre toute attente, ce dernier sera autorisé à rester. Car l'enjeu est de taille, la famille des seigneurs d'Albedun se rapprochant peu à peu de la foi cathare. Bernard Sermon II laissa finalement son château à Simon de Montfort en 1210. La position stratégique de la fortification toute en hauteur et dominant les vallées fut sans doute l'une des raisons. Curieusement, Bernard Sermon II ne sera nullement inquiété et sera même autorisé à rejoindre son château.

 

   Ce dernier alla même jusqu'à cacher sur ses terres en 1229 un important évêque cathare, Guilhabert de Castres, ainsi qu'un Parfait, Guillaume Bernard Hunaud. Une première confiscation de ses biens intervint, mais lors d'un procès en 1229 les représentants du Pape et du Roi rendirent à Bernard Sermon tout ce qu'il possédait et que le vicomte de Béziers possédait à Espéraza. L'affaire continua malgré tout et en 1231, le Roi de France confisqua le château d'Albedun et le donna à Pierre de Voisins, lieutenant de Simon de Montfort. Cette donation sera confirmée en 1248. Pourtant Bernard Sermon ne fut jamais accusé d'hérésie et fut même autorisé à garder des terres.

 

 

 

Simon IV de Montfort

 

   Né entre 1164 et 1175, il trouva la mort le 25 juin 1218  

 

Seigneur de Montfort‑l'Amaury de 1188 à 1218, comte de Leicester en 1204, Vicomte d'Albi, de Béziers et de Carcassonne de 1213 à 1218, comte de Toulouse de 1215 à 1218.

   Simon de Montfort est issu d'une famille de rang baronnial d'Ile‑de‑France par son père et du baronnage anglo‑normand par sa mère. En 1202, il embarque pour la quatrième croisade. Il en ramènera un morceau de la sainte Croix qu'il offrira au monastère de Hautes Bruyères. En 1209 il fait partie des croisés contre les cathares, participant aux sièges de Béziers et de Carcassonne. Puis il ne tarde pas à devenir vicomte de Béziers et de Carcassonne. En 1213, il défait l'armée du roi Pierre II d'Aragon qui est tué à la bataille de Muret. Il meurt au cours du siège de Toulouse par une perrière. Sa cruauté envers les cathares reste célèbre.

 

   Guilhabert de Castres résida 3 ans, de 1229 à 1232, au château d'Albedun avant de se réfugier à Montségur. Il ne fut pas le seul, car d'autres représentants de la religion cathare se réfugièrent dans la forteresse réputée aussi imprenable que Peyrepertuse.

 

   Soufflant le chaud et le froid, Bernard Sermon II ne cessera de se rebeller en rejetant la suzeraineté de Simon de Montfort comme en 1211. Et à chaque fois, le seigneur d'Albedum réservera un épisode de soumission,  renouvelant son hommage à Simon de Montfort. Est‑ce l'intelligence de ce comportement qui le préservera de toute violence ? Tout aussi surprenant, il se distinguera aussi par ses nombreux pèlerinages à Montségur... de quoi agacer encore plus les persécuteurs. Bénéficiait‑il d'une protection particulière ?

 

   Il faut dire que le château servit aussi de repaire aux seigneurs d'Aniort, vicomtes de Sault, qui luttèrent vaillamment contre les armées de Simon de Montfort et durant la guerre de Trencavel.

 

   Bernard Sermon II ne fut jamais soupçonné d'hérésie, ni même de complicité avec des fugitifs cathares. Le fait est d'autant plus remarquable que nous sommes dans des moments forts de la crise albigeoise : encore deux ans et l'inquisition se mettait en place avec son cortège d'horreurs et les buchers. Bernard Simon alla même à Montségur en 1244 pour y recevoir la bénédiction de l'évêque cathare Guilhabert.

 

   Quel est donc le secret de cette seigneurie qui traversa la guerre contre l'hérésie cathare sans être accusé ou même soupçonné, et qui continua à vivre avec leurs familles sans qu'aucune terre ne soit réquisitionnée ?

 

   Fallait‑il finalement une monnaie d'échange ? Le fait est qu'en 1231, le roi de France donna le château d'Albedun à Pierre de Voisins, un croisé lieutenant de Simon de Monfort.

 

Bucher cathare durant l'inquisition

 

   Pierre Ier de Voisins (1177‑1233), fils de Guillaume de Voisins né vers 1155, était seigneur de Voisins‑le‑Bretonneux, de Limoux, d'Arques, d'Alet, de Reddes (Rennes‑le‑Château), de Caderonne, de Couiza et de Bugarach. En 1191, il participa à la troisième croisade, et en 1209 il prit part à la croisade contre les Albigeois. Il est alors lieutenant de Simon de Montfort. Après la chute du château de Termes, ce dernier lui confia plusieurs seigneuries dans la sénéchaussée de Carcassonne et dans le Razès. En 1226, il est baron d'Arques. Après la campagne, vers 1231, il reçoit d'autres seigneuries.

 

   1250 marquera la fin des seigneurs du Bézu puisque suite au partage de leurs biens entre Pierre de Voisins et les Templiers, ils perdirent toute influence. Leur règne dura pourtant deux siècles, alimenté par des revenus essentiellement basés sur leur production forestière et agricole. Ils étaient aussi de riches propriétaires, détenant des terres du Bas‑Razès jusqu'au Fenouillèdes et au Pays de Sault. Pourtant c'est un fait : ils possédaient aussi d'importants moyens financiers, une liquidité sonnante et trébuchante qui servait à octroyer des dons aux Templiers, et à accorder des prêts aux Comtes de Carcassonne. D'où venait la fortune des seigneurs d'Albedun ? Voilà la question qu'il faut retenir de cette période...

 

Le château a‑t‑il appartenu aux Templiers ?

 

   Si le château du Bézu a longtemps passionné les chercheurs, c'est sans aucun doute sa relation ambigüe avec l'Ordre Templier, et l'interrogation récurrente est la suivante : le château at‑il été une commanderie templière ?

   C'est en effet l'abbé Mazières qui consacra un livre à cette hypothèse controversée. Le château aurait été transformé vers 1290 par les Templiers venus du Mas‑Deu, une commanderie catalane, suite à la donation de Pierre de Voisins, seigneur de Rennes‑le‑Château.

 

   Selon une autre approche, le château aurait été la propriété du Temple entre 1292 et 1307, mais des thèses récentes montrent que l'hypothèse est loin de pouvoir être démontrée. Il est vrai que les historiens aiment les positions tranchées: château Templier ou non... Or la vérité est souvent plus nuancée, plus fuyante et plus complexe. Si aucune preuve n'existe sur l'appartenance ou non de la forteresse à l'Ordre, il n'en demeure pas moins que les seigneuries entretenaient des relations étroites avec les Chevaliers de Campagne‑sur‑Aude installés dans un fort (Templum) au milieu de la cité...

 

   D'ailleurs,  dans son livre « Rennes‑le‑Château et l'énigme de l'or maudit » Jean Markale indique que les Templiers du Bézu n'auraient pas été arrêtés le 13 octobre 1307 à la différence de tous les Templiers du royaume de France. Ils auraient été placés sous l'autorité du comte de Barcelone.

 

   Commanderie templière ou non, le fait est que la carte IGN de Quillan référence le site sous le nom de "Château Templiers" aidant ainsi à entretenir la confusion.

 

   Quoi qu'il en soit, l'important est ailleurs, car le site du Bézu possède une place toute particulière dans l'énigme. D'ailleurs, il suffit d'observer l'intérêt que la forteresse souleva en 1906 avec les excursionnistes de la S.E.S.A. (Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude) , ou en 1926 avec l'étude du Dr. Courrent.

 

   Pour comprendre son lien avec l'énigme, il faut commencer par observer un tableau de maitre. La falaise du Bézu et son château apparaissent en effet dans le tableau des Bergers d'Arcadie II de Nicolas Poussin...

Le Templum de Campagne-sur-Aude, un fort octogonal Templier au centre de la commune

 

De la fausse monnaie...

 

   Un autre épisode célèbre au Bézu est celui lié à de la fausse monnaie qui aurait été produite dans l'enceinte de la forteresse. Or, la curiosité débute par le fait qu'il existe en réalité deux évènements distincts et successifs :

 

   En 1307, un vassal du comte, Othon d'Aure, qui vivait dans le château d'Aldebun fut accusé de fabrication de fausse monnaie. Il s'était aussi rendu coupable d'avoir abusé de son droit de justice en faisant pendre plusieurs hommes et femmes de ladite baronnie. Le château du Bézu était‑il bien placé pour produire des pièces d'or ? Il faut croire que oui... car quelques années plus tard...

 

   En 1344, alors que la famille de Voisins était de nouveau installée dans le château, un certain Guillaume de Cathala (ou Catalani), beau‑fils de la femme de Jacques de Voisins, et neveu du pape Benoit XII, fut surpris en train de fabriquer de la fausse monnaie dans le château. Fait surprenant: alors qu'à cette époque les faux monnayeurs étaient condamnés à mort, lui et ses complices furent épargnés en 1347. Pour quelle raison ? On peut en effet lire dans le trésor de chartes du Languedoc :

 

   Au mois de juin 1347, Arras, confirmation de la rémission en faveur de Guillaume Cathala, chevalier, neveu de Benoît XII, de sa belle‑mère et d'autres, coupables d'assassinats et de fabrication de fausses monnaies dans le château du Bézu. (68, n° 348, fol. 482 ; Inventaire, III, 1, n°2631 publ. Vaissete, t. X, c. 950).

 

   Tout ceci pose évidemment une question essentielle: d'où provenait l'or qui servait à fabriquer les fausses pièces de monnaie ? S'agissait‑il en réalité d'écouler le métal précieux tout en dissimulant son origine ?

 

Le château ruiné... puis les Hautpoul...

 

   Le sort du château du Bézu à partir du XVIe siècle ne sera pas des plus glorieux. Convoité, puis pris d'assaut par les guerres de religion successives, il sera démoli pierre par pierre. Même l'église attenante au castrum disparaitra. Finalement, la citadelle imprenable sera déclarée ruinée en 1594, mais heureusement, il nous reste encore de belles ruines à visiter.

 

   L'histoire de Rennes est décidement incrustée dans chaque lieu du Razès. Après que les seigneurs d'Albedun aient cédé la place à Pierre de Voisin vers 1250, d'autres seigneuries s'installèrent au cours des siècles. Ce sont par exemple Pierre IV de Voisins en 1353, Jeanne de Voisins en 1371, Jacques de Malfranc en 1406, ou Jean Marquefave en 1452. Or voici que par le jeu des alliances la maison d'Hautpoul surgit au Bézu.

 

   Car il faut savoir que la pauvre baronnie d'Hautpoul possédait en plus de Rennes‑le‑Château, Rennes‑les‑Bains, Graves et Saint‑Just‑le‑Bézu. Autre fait: François d'Hautpoul possédait les terres du Bézu en 1730.

 

Le château du Bézu réserve encore aujourd'hui de nombreuses surprises.

Il est surtout impliqué dans l'énigme de Rennes comme

un repère topographique fondamental...

 

La suite page suivante...

 

 

 

    

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