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Van der Weyden                          2/2
Lorsqu'un triptyque mène à Arsène Lupin

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

   L'énigme des deux Rennes est aujourd'hui tournée vers deux tableaux fondateurs que sont "Les Bergers d'Arcadie II" de Nicolas Poussin et "Les 7 péchés capitaux" de Téniers le Jeune. Leur implication est largement démontrée aussi bien du point de vue historique que par leur composition. Or, il existe bien d'autres oeuvres intrigantes, souvent délaissées, car difficiles à analyser, où tout simplement oubliées par les chercheurs.

 

   Parmi les tableaux remarquables liés de près ou de loin à l'énigme, certains sont particulièrement étonnants et prennent de l'importance au fur et à mesure que les recherches se précisent. C'est le cas d'une toile élaborée par Van der Weyden, un maître flamand du XVe siècle, en fait un triptyque pour lequel des indices ont été insérés de façon criante et qui mène à Maurice Leblanc, alias Arsène Lupin, et à l'Aiguille creuse...

 

 

Sommaire

 

     Un maître du XVe siècle initié au secret

     Lorsqu'un triptyque mène à Arsène Lupin

 

Le retable de Sainte‑Colombe (1450‑1455)

Les panneaux latéraux

 

   Venons‑en aux liens avec l'affaire des deux Rennes. Parmi les triptyques peints par Van der Weyden, l'un d'eux présente des particularités incontestables. Ce triptyque dénommé "le Retable de Sainte‑Colombe" était destiné à l’église Sainte‑Colombe de Cologne. Actuellement conservé à Munich, il représente trois épisodes de la vie de la Vierge et de l’enfance du Christ. Sur le volet gauche, l’Annonciation : l’archange Gabriel annonce à Marie la venue du Christ. Sur le panneau central, l’Adoration des Mages : trois mages offrent à Jésus l’or, l’encens et la myrrhe. Ils symbolisent les trois fonctions du Christ :  roi du monde, prêtre et prophète. Sur le volet droit,  la présentation au Temple de Jésus, l'équivalent juif du baptême. Les scènes chrétiennes sont transposées au XVe siècle, aussi bien pour le mobilier que pour les architectures, un style réaliste typiquement flamand.

 


Triptyque de l'Adoration des Mages, appelé aussi "Retable de Sainte‑Colombe"
par Van der Weyden
, vers 1450‑1455
(Alte Pinakothek, Munich)

À gauche "l'Annonciation", au centre "l'Adoration", à droite "La présentation au Temple"
Huile sur bois, panneau central : 138×153 cm, chaque volet : 138×73 cm

 

   Rapportée par l’évangéliste Luc dans le Nouveau Testament (I,26‑38), l’Annonciation est le moment où l’ange Gabriel, envoyé de Dieu, annonce à Marie qu’elle a été choisie par Dieu pour porter son Fils et où s’opère la conception miraculeuse.

   Le nombre grandissant d’œuvres consacrées à Marie, en particulier à l’Annonciation, reflète la dévotion dont elle était l’objet à la fin du Moyen Âge. En l’absence de toute précision de lieu dans la Bible, les peintres flamands situaient leurs représentations de l’Annonciation dans une église ou dans un intérieur privé. Van der Weyden représente ici les personnages dans une maison bourgeoise du XVe siècle. Le lit nuptial fait allusion à l’union mystique entre le Christ et l’Église, incarnée par sa mère. Le lis évoque la pureté de Marie.

Le volet gauche (138×153 cm) présente
"l'Adoration"
par Van der Weyden

 

   Le volet droit affiche la scène de la présentation au Temple. Joseph, un cierge à la main, et Marie présente l'Enfant Jésus aux officiels religieux. Richement vêtue et présentée de trois quarts dos, légèrement en retrait, la femme en vert introduit par son regard le spectateur dans le tableau.
   Ce personnage aux cheveux roux et tressés n'est autre que Marie‑Madeleine basée sur le même modèle que celle du Triptyque Braque (voir plus haut). Elle porte dans sa main un panier contenant un couple de colombes, signe de paix.

   Van der Weyden a pris visiblement ici une liberté avec les Évangiles en affichant Marie‑Madeleine avec l'Enfant Jésus au Temple. 

   Quant à l’église qui sert de décor à la Présentation au Temple, elle semble être inspirée du transept roman de la cathédrale de Tournai.


 Le volet droit (138×153 cm) illustre "la présentation au Temple"
par Van der Weyden

 

   Le retable fut longtemps présenté à l'église Sainte‑Colombe de Cologne, une ville que l'artiste visita sans aucun doute, et aurait été commandé par un citoyen de Munich, Johann Dasse. C'est essentiellement un travail d'atelier pour lequel le maître serait intervenu ponctuellement sur un dessin sous‑jacent. C'est en tout cas ce que prétendent les critiques, mais nous allons voir que ce tableau est bien plus qu'un simple dessin achevé par des élèves.

  
La composition de ce retable eut une influence considérable, notamment sur Hans Memling qui aurait participé à son élaboration. Considéré comme l'un des points culminants de la maturité artistique de Rogier Van der Weyden, l’œuvre fait partie, avec le "Triptyque des Rois mages" de Lochner (vers 1440‑1445), des premiers triptyques de l’histoire de la peinture européenne dans lesquels ce thème est développé comme scène principale. Certaines concordances de motifs semblent en tout cas confirmer l’hypothèse selon laquelle Van der Weyden aurait vu l’œuvre de Lochner à Cologne. Le style plein d’aisance et la maîtrise de l’espace permettent de croire qu’il s’agit d’une des dernières œuvres du maître.

 

 

Le panneau central

Triptyque de l'Adoration des Mages, appelé aussi "Retable de Sainte‑Colombe"
par Van der Weyden
, vers 1450‑1455
Le volet central
"l'Adoration" 138×153 cm

 

   Le panneau central est de très loin le plus intéressant. Riche de détails, il comporte des anomalies et des curiosités indéniables.

   La scène est celle de la venue et de l'Adoration des trois rois mages face à l'Enfant Jésus arrivé au monde.
Le groupe principal est constitué de la Vierge à l’Enfant au centre. Agenouillé près d’elle et baisant la main de l'Enfant se trouve le mage Melchior. Derrière lui se tient Balthasar prêt aussi à s'agenouiller. Le plus jeune des mages, Gaspard, se trouve à droite. Les trois rois mages sont vêtus de riches manteaux en étoffes précieuses et chacun apporte un présent : un calice. À gauche, et habillé d'une tunique rouge, Joseph assiste à la scène.

 

   Une première curiosité réside dans le personnage debout à l’extrême droite, en pourpoint de brocard rouge et or, et qui a ôté son couvre-chef. Car il ne s'agit pas d'un roi mage, mais d'un portrait de Charles le Téméraire, fils et héritier de Philippe le Bon.

   Un autre portrait de Charles le Téméraire (ci‑contre) également effectué par Van der Weyden prouve la troublante ressemblance avec le triptyque. Charles le Téméraire est régulièrement représenté avec son collier de l'Ordre de la Toison d'or.

 

   Charles de Valois‑Bourgogne, dit Charles le Hardi, plus connu sous son surnom posthume de Charles le Téméraire, né le 10 ou à Dijon, mort le près de Nancy, est le quatrième et dernier duc de Bourgogne de la branche des Capétiens‑Valois (descendant de Saint‑Louis, par Charles de Valois)


Charles le Téméraire
(1433-1477)
par Van der Weyden

   L'indépendant duché de Bourgogne était extrêmement puissant entre le IXe et le XVe siècle avec Dijon comme capitale de ce fief féodal. La Bourgogne était alors un gouvernement du royaume de France. L’Ordre de la Toison d’Or, institué en 1430 par Philippe Le Bon, Duc de Bourgogne, était le plus illustre ordre de chevalerie de cette époque. Il a pour modèle Jason, symbolisant la bravoure et la vaillance de sa quête de la Toison d’or de Chrysomallos et représente un bélier ailé à la toison et aux cornes d'or.

 

   Derrière les personnages principaux, une étable, en fait une ruine faite d'arches et de briques rouges accueille la scène de la crèche. Son toit en parti détruit évoque une coupole. À l’intérieur de l’étable, se trouvent selon la tradition le bœuf et l’âne. En arrière-plan, on découvre un paysage urbain,  avec sur la gauche et au fond derrière l’étable, une ville flamande et sur la droite une cathédrale gothique. Derrière l’étable une prairie situe l’étable en dehors de la ville.
   Toujours en respectant la tradition, Venus, l'étoile du berger qui servit de guide aux rois mages éclaire le ciel.

   Or, noyés dans cette image d'Épinal, d'autres détails sont surprenants. Situées dans la partie inférieure gauche du panneau central, ces anomalies ont été insérées dans un parfait respect de la scène chrétienne, signe d'une intelligence artistique particulière.   

 


"Le retable de Sainte‑Colombe" de Van der Weyden ‑ Détail du panneau central

 

   Il y a tout d'abord aux pieds de Joseph et Marie une structure creuse suggérant une crypte ou une pièce souterraine. Il y a aussi l'abreuvoir gris recouvert de peau et qui suggère un tombeau, l'effet est saisissant. La simple étable devient alors un édifice plus complexe avec une partie à ciel ouvert et une autre sombre et mystérieuse. Au bord de cette cavité, le chapeau de Melchior jonche le sol et dessine avec son liseré blanc un M très lisible, M comme Marie, M comme Marie‑Madeleine. Le chapeau porte une couronne...
Symbole de la Reine couronnée... 

"Le retable de Sainte‑Colombe" de Van der Weyden
Une crypte et un chapeau couronné dessinant un M

 

   Parmi les détails étranges de ce triptyque, il faut signaler la présence d'une herbe-araignée derrière le talon de Joseph.

   En vieux languedocien, la prononciation "À Rennes" rappelle la phonétique du mot "Araignée", un jeu bien connu des experts de la langue des Oiseaux.

   Ce symbole a également été utilisé dans le tableau "Le Christ au lièvre" où une plante prend la forme d'une araignée.  
 

Aux pieds de Joseph, une araignée ?

   Pour rappel, deux détails rendirent célèbre le tableau. Pour qui sait la voir, juste au‑dessus du pied droit du Christ, une légère végétation prend la forme d'une araignée. Le symbole est pointé par la tunique bleue.

 

   Or, l'oeuvre présente un autre point commun : la présence d'un accès souterrain aux pieds du Christ.

 

   Quatre siècles séparent l'oeuvre de Van der Weyden de celle de l'église de Rennes‑les‑Bains, et pourtant des convergences existent.

 

Détail du tableau "Le Christ au lièvre"
(église de Rennes‑les‑Bains)

 

   Un personnage mystérieux se tient derrière Joseph. Situé à l'extérieur de l'étable, il adopte une position qui l'empêche d'observer la scène. Cette curieuse posture est d'ailleurs accentuée par l'aspect de son visage montrant un complet détachement à l'évènement sacré. Dans ses mains, un chapelet suggère que nous sommes en présence d'un homme d'Église.
  
Un personnage discret
tient un chapelet


Le chapelet s'apparente
à un fil à plomb et désigne
l'entrée d'une crypte
   Or, ce chapelet prend aussi la forme d'un fil à plomb qui marque une verticale, un fil rouge qu'il faut suivre du regard. Une verticalité qui mène directement à l'entrée d'une crypte située plus bas, et dont les marches sont repérées par l'araignée... À Rennes...
   La verticalité est aussi le signe du méridien, un méridien qui sert de guide et qui mène aussi aux deux Rennes. Quant au fil à plomb, il est également un symbole alchimique reliant le plomb à l'or. Ici le fil à plomb montre l'or...

 L'alchimie peut se définir comme un ensemble de pratiques en rapport avec la transmutation des métaux. L'un de ses objectifs est le grand œuvre, c'est‑à‑dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux « vils » comme le plomb, en métaux nobles comme l'argent ou l'or.

On ne peut alors s'empêcher de relire un extrait du Serpent Rouge :
   A ceci, Ami Lecteur, garde toi d'ajouter ou de retrancher un iota ... médite, Médite encore, le vil plomb de mon écrit contient peut‑être l'or le plus pur.

 

   La curiosité continue avec ce petit mobilier triangulaire sur lequel est posé le précieux calice de Melchior. Observez bien l'étrange objet couleur or. Sa forme oblongue se termine par une pointe acérée, une aiguille... L'objet qui est l'un des trois présents offerts à Jésus est censé contenir de l'or...

   Car il faut savoir que le prénom Melchior est cité dans le récit de la Nativité dans le Nouveau Testament et l'Évangile selon Matthieu. Considéré comme le roi des Perses, Melchior apporte comme présent symbolique de l'or à Jésus, signe de royauté.

   Une aiguille contenant de l'or posée sur un triangle... L'allusion est bien trop belle pour n'être qu'une simple image esthétique et artistique.

   Le chapelet "fil à plomb" dessinant une verticale, la petite table triangulaire et l'aiguille d'or posée dessus semblent être une invitation à un exercice de Géométrie sacrée basé sur une triangulation, le tout dirigé vers un mystérieux caveau.

Un curieux objet posé sur un tabouret triangulaire... Un calice rempli d'or et son aiguille
  On appelle traditionnellement Rois mages les visiteurs qui figurent dans un épisode de l'Évangile selon Matthieu, lesquels, ayant appris la naissance de Jésus, viennent de l'Orient guidé par une étoile pour rendre hommage « au roi des Juifs » et lui apporter à Bethléem des présents d’une grande richesse symbolique : or, myrrhe et encens. l'or évoque la royauté de Jésus, l'encens sa dimension sacerdotale et sa divinité, et la myrrhe, un parfum qui servait à embaumer les morts dans l'Antiquité.

 

   Enfin, comme pour attacher la scène de la Nativité à un évènement prédestiné, Van der Weyden crée une anomalie chronologique. Le destin et l'Histoire sont tracés d'avance par Dieu, un concept religieux classique.

   La prédestination est un concept théologique chrétien selon lequel Dieu aurait choisi de toute éternité, dans le secret de la foi, ceux qui seront graciés et auront droit à la vie éternelle. L'idée de prédestination est étroitement associée aux débats philosophiques concernant le déterminisme et le nécessitarisme.

Un crucifix au‑dessus de l'Enfant Jésus et dans la scène de la Nativité.
Une curiosité de plus...

 

 

Comparons le triptyque du maître
avec les oeuvres d'un élève, Hans Memling


   Observons maintenant un triptyque similaire et postérieur au retable de Sainte‑Colombe. Le triptyque "l'Adoration des mages" peint 20 ans plus tard par Hans Memling présente des similitudes évidentes et l'explication est simple : Van der Weyden est le maître de Memling.

Triptyque "l'Adoration des mages" par Hans Memling 1470
(musée du Prado à Madrid)

 

   Peintre primitif flamand, Hans Memling est un  né à Seligenstadt en Allemagne vers 1435‑1440 et mort à Bruges en 1494. Il est l'un des plus grands représentants de la peinture brugeoise du XVe siècle, aux côtés de Jan Van Eyck, Petrus Christus et Gérard David. Avant de s'installer à Bruges, Memling travaille dans l'atelier bruxellois de Van der Weyden, et il n'ouvrira son propre atelier qu'après la mort de Van der Weyden en 1464.


Triptyque "l'Adoration des mages" par Hans Memling 1470
Le panneau central

 

   Observez la scène et comparez avec le retable de Sainte‑Colombe. La Vierge à l'Enfant tient la même position centrale et l'étable est très similaire. Les Rois mages richement habillés sont dans la même adoration, et Joseph est toujours reconnaissable à sa tunique rouge.

   Pourtant, toutes les anomalies ont été estompées : le chapeau au M se fait très discret ; le crucifix a été effacé ; la crypte a pratiquement disparu et l'araignée n'est plus ; du fait des peaux qui ont disparues l'abreuvoir n'est plus un tombeau ; le meuble triangulaire n'est plus mis en valeur, et le calice d'or ne porte plus d'aiguille. Quant au personnage au chapelet, il se fond littéralement à gauche sans son chapelet. Hans Memling n'a visiblement retenu aucune anomalie de Van der Weyden. Était‑il initié comme son maître ? À l'évidence, non... Et cette analyse montre à quel point les indices fournis par Van der Weyden sont révélateurs d'un codage élaboré et très ciblé.


Chez Hans Memling,
le calice et son aiguille ont été remplacés par un style plus traditionnel, et le meuble triangulaire n'est plus
mis en valeur.

 

   Passons à une autre oeuvre plus tardive d'Hans Memling. Peint en 1479, le thème est repris sans grande modification, et comme dans la version précédente, toutes les anomalies ont été soigneusement écartées.



Le triptyque "la Nativité" par Hans Memling 1479
(musée Memling de l’hôpital Saint‑Jean à Bruges)

 


"La Nativité" par Hans Memling 1479 ‑ Panneau central
(musée Memling de l’hôpital Saint‑Jean à Bruges)
Les anomalies de Van der Weyden ont disparu

 

   Même constat sur une autre oeuvre présumée d'Hans Memling. Décidément, le triptyque de Van der Weyden est bien unique.


Version inspirée du retable de Sainte‑Colombe
par Hans Memling (artiste présumé) ‑ Musée du Prado

 

Le retable Bladelin par Van der Weyden

   Il existe un autre retable de Van der Weyden qui amène quelques remarques. Peint dix ans plus tôt, le maître évoque déjà un indice : la présence d'une crypte sous une chapelle ou une église en ruine qui sert d'étable. 

Triptyque de la Nativité, appelé aussi Retable de Bladelin
par Van der Weyden
, vers 1445‑1450
(Staatliche Museen, Berlin)

 

   Commandée par Pieter Bladelin, Receveur général des finances de Philippe le Bon, la partie centrale représente la naissance du Christ dans une ruine. Sur le volet gauche, la Sibylle de Tibur (divinité grecque jouant un rôle de prophète) montre l’apparition de la Vierge à l’empereur Auguste. Le volet droit représente l’apparition de l’Enfant Jésus aux Rois mages.

 


"Retable de la Nativité Bladelin" par Van der Weyden 1445‑1450

 

    Van der Weyden s’est inspiré, 20 ans plus tard, de la Nativité de Campin avec un même angle de vue pour la crèche, une même position de Saint Joseph protégeant la bougie de sa main. Pour la première fois dans l’Histoire de l’Art, est représentée la colonne à laquelle, selon les Apocryphes, Marie se serait adossée pendant l’accouchement. L'autre détail est cette crypte clairement indiquée aux pieds des personnages, et qui est dans cette première version une allusion au démon. C'est sans doute de cette version que Van der Weyden puisera quelques éléments qui serviront au codage.

 

Allons plus loin...

   C'est en analysant de près la scène qu'une composition astucieuse apparaît. Le personnage au chapelet ne regarde pas l'Enfant Jésus, mais le calice d'or. Le meuble triangulaire est orienté de façon à accentuer le regard de l'observateur vers les deux entrées de la crypte. La canne de Joseph est strictement alignée en haut sur l'Aiguille du calice et se prolonge vers la crypte. Quant au chapelet, sa verticale montre aussi l'entrée. Par ce jeu visuel subtil, le maître manipule notre inconscient pour nous amener vers une entrée souterraine.

 


"Le Retable de Sainte‑Colombe" par Van der Weyden ‑ Un premier décodage
Les regards et le meuble triangulaire montrent la crypte
La canne montre aussi le chemin à partir de l'Aiguille d'or

 

   Le message peut se lire ainsi : l'Aiguille contenant l'or (le calice) est posée sur une triangulation, le Triangle d'Or (le meuble triangulaire) près de Rennes (l'araignée) et il faut emprunter un escalier pour pénétrer dans la crypte, le tout repéré par un méridien (le chapelet). La Reine couronnée y est cachée (le chapeau couronné de Melchior signé d'un M).

Mais de quelle aiguille s'agit‑il ?

 

Quand Arsène Lupin nous murmure le secret

    C'est évident, le triptyque de Sainte‑Colombe cache un secret. Bien sûr, à ce stade, la possibilité d'une coïncidence entre la mouvance artistique d'un maître du XVe siècle, l'agencement de quelques objets peints sur un retable, et l'énigme de Rennes est toujours possible. Néanmoins, il reste encore un élément à prendre en considération, et pas des moindres. Compte tenu de l'implication aujourd'hui prouvée de Maucice Leblanc dans l'affaire de Rennes‑le‑Château, l'indice ne peut être pris à la légère...
    D'autant qu'il est question de son roman culte, celui sur lequel le mythe d'Arsène Lupin s'est construit... "L'Aiguille creuse" paru en 1909.

   Alors qu'Isidore Beautrelet est retenu par Arsène Lupin dans l'Aiguille creuse, ce dernier lui dévoile le secret des rois de France... Mais le temps presse, car Ganimard s'apprête à entrer... 

– Je perds mon temps. Jamais Ganimard ne saisira l’utilité de mes paroles historiques.
Il prit un morceau de craie rouge, approcha du mur un escabeau, et il inscrivit en grosses lettres :
Arsène Lupin lègue à la France tous les trésors de l’Aiguille creuse, à la seule condition que ces trésors soient installés au Musée du Louvre, dans des salles qui porteront le nom de « Salles Arsène Lupin ».

 

extrait "L'Aiguille creuse" par Maurice Leblanc

 

    Nous sommes presque à la fin de l'aventure du gentleman cambrioleur, et pourtant un détail va surgir sous la plume de Maurice Leblanc et nous être livré comme une véritable confidence. Une référence à la fois très précise et anodine, tellement innocente que tous les critiques et les fervents lupinistes n'y ont vu que du feu.

   Le triptyque des Rois mages de Sainte‑Colombe est bel et bien cité dans le roman "L'Aiguille creuse" et aucune confusion n'est possible...

Maurice Leblanc

   Il sauta sur la serrure et enleva la clef.
– Crac, mon vieux, cette porte‑là est solide... J’ai tout mon temps... Beautrelet, je te dis adieu... Et merci !... car vraiment tu aurais pu me compliquer l’attaque... mais tu es un délicat, toi !

 Il s’était dirigé vers un grand triptyque de Van den Weiden, qui représentait les Rois Mages. Il replia le volet de droite et découvrit ainsi une petite porte dont il saisit la poignée.
– Bonne chasse, Ganimard, et bien des choses chez toi !
Un coup de feu retentit. Il bondit en arrière.
– Ah canaille, en plein coeur ! T’as donc pris des leçons ? Fichu le roi mage ! En plein coeur ! Fracassé comme une pipe à la foire...

 

extrait "L'Aiguille creuse" par Maurice Leblanc

 

    On comprend alors que le retable sacré de Van der Weyden sert de décors à une scène policière et les panneaux dissimulent une entrée. Il faut donc plonger dans le roman avec un second degré de lecture et interpréter :
Le triptyque est la clé et il cache une porte, un accès vers l'Aiguille creuse
...

   Analysez la description et pesez ces mots : en "repliant le volet de droite" seule la scène gauche reste visible, celle où les anomalies se concentrent.
   Et en dégageant l'issue, un escalier apparaît... des marches signées par une araignée... À Règnes...

   ...la petite porte du triptyque, s’ouvrait en face de Ganimard.

 

Il avait reculé rapidement vers le triptyque. Tenant d’une main Beautrelet plaqué contre sa poitrine, de l’autre il dégagea l’issue et referma la petite porte. Il était sauvé... Tout de suite un escalier s’offrit à eux, qui descendait brusquement.

 

extrait "L'Aiguille creuse" par Maurice Leblanc

   En dégageant l'issue et en refermant la porte, un escalier apparaît... Les marches que l'on voit aux pieds de Joseph, et qui sont signées par une araignée... À Règnes... Ainsi, le calice rempli d'or amené par Melchior et portant une longue aiguille devient naturellement l'Aiguille creuse contenant les trésors. Elle est posée sur un triangle, le Triangle d'Or du Haut-Razès repéré par trois sommets : le Cardou, le Bézu et la Pique Grosse. C'est aussi le Triangle d'Or dessiné par le fond montagneux des Bergers d'Arcadie. C'est enfin "le Triangle d'Or" titre d'une aventure d'Arsène Lupin... Un Triangle d'Or que l'on appelle aussi le Triangle d'Isis...

   Comment et par qui Maurice Leblanc a‑t‑il été initié à propos du retable de Sainte‑Colombe ? Comment connaissait-il son existence ? Jean Jourde a‑t‑il informé le romancier de l'importance du triptyque à partir d'une connaissance occulte et lazariste ? Une connaissance transmise entre érudits depuis le XVsiècle ? Voilà des questions fondamentales qui restent encore aujourd'hui sans réponse...  

 


Étretat avec l'Aiguillle, l'Arche et ses grottes (Normandie)
le repère d'Arsène Lupin...

 

   « Ici, dans ce sanctuaire, tout est sacré. Rien que du choix, de l’essentiel, le meilleur du meilleur, de l’inappréciable. Regarde ces bijoux, Beautrelet, amulettes chaldéennes, colliers égyptiens, bracelets celtiques, chaînes arabes... Regarde ces statuettes, Beautrelet, cette Vénus grecque, cet Apollon de Corinthe... Regarde »

 

extrait "L'Aiguille creuse" par Maurice Leblanc

 

 

 

 

    

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