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Notre Dame de Marceille
Son histoire

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

   On pourrait supposer que le village de Rennes-Le-Château constitue le centre de l'affaire, le lieu où toutes les thèses convergent. Il n'en est rien.

 

   Pour comprendre la fabuleuse épopée qui au cours des siècles, permit de forger l'affaire des deux Rennes, il est indispensable d'enquêter également du côté de Notre Dame de Marceille, un sanctuaire bien particulier...

 

 

L'analyse de Notre Dame de Marceille est composée de 8 volets :

 

   Notre Dame de Marceille - Son histoire

   Son chemin de croix
   Ses médaillons
   Les autres aménagements
  
Le tableau de Saint Antoine (1) - Son histoire
   Le tableau de Saint Antoine (2) - Le récit d'une découverte
  
Le tableau de Saint Antoine (3) - Sa face cachée en couleur
   Les autres peintures et décorations

 

Un sanctuaire discret

   Cette église est méconnue car peu de publicité lui est consacrée et pourtant elle recèle de nombreux secrets et de nombreux destins qu'il faut resituer dans le temps pour comprendre son implication. ND de Marceille constitue certainement l'un des maillons les plus importants dans la compréhension de l'histoire de l'affaire Rennes-Le-Château.

 

   Je veux remercier ici Franck Daffos, auteur du livre "Le secret dérobé" aux éditions "l'Œil du Sphinx", sans qui ce thème n'aurait jamais vu le jour et n'aurait jamais été aussi détaillé...
(Découvrez aussi sa chronique...)

 

   ND de Marceille est située au nord-est de Limoux, au bord de l'Aude et à 20 km au nord de Rennes-Le-Château.

 

Rien ne pouvait supposer un quelconque lien avec Bérenger Saunière ou Henri Boudet, ...

 

Et pourtant...

 

 

   L'église se veut discrète et il faut gravir une petite route pour la découvrir, en haut d'une colline, cachée dans une végétation qui contraste avec les alentours.

 

   La première impression est que l'on se trouve en face d'une église un peu à part du fait de son caractère imposant et qui n'a rien à voir avec une église de campagne.

 

   De plus, de nombreux détails indiquent et prouvent qu'elle est impliquée dans cette affaire.


Notre-Dame de Marceille

 

   Mais le lien le plus évident est certainement celui de Henri Boudet qui lui consacre un chapitre entier dans son livre "La vraie Langue Celtique et le cromlech de Rennes-Les-Bains". Comme pour le cryptage de l'église de Saunière, la première lecture du livre de Boudet ne laisse paraître aucune anomalie, mis à part le style lourd et la thèse confuse. Mais quand on analyse de près ses phrases, un sens caché apparaît et nous interpelle.

 

   Cette église est aussi déroutante par le culte qui lui est réservé car elle jouit d'une popularité étonnante! En effet, elle est citée par Fulcaneli dans son ouvrage "Les demeures philosophales". D'autre part, Delteil, dans son "Saint Don Juan" nous présente un Don Juan dédié à Marie dés sa naissance. Ce même Don Juan est attiré de manière mystérieuse par l'église de Notre-Dame de Marceille. C'est dans cette même église que Don Juan se mariera …

 

   Enfin, et certainement le plus remarquable, elle fut le théâtre d'agissements historiques importants qui marqueront définitivement l'affaire du trésor de Rennes-Le-Château...

 


ND de Marceille vue de Limoux

 

La légende de la Vierge Noire

   Nous ignorons aujourd'hui les circonstances exactes de sa construction. Le lieu dit de "Marceille" semble remonter à des temps très anciens. Nous retrouvons sa trace dans son appartenance aux religieux de l'Abbaye de Lagrasse. A cette époque le lieu était un alleu (Au temps féodaux, un alleu est une terre libre pour laquelle le propriétaire ne doit aucune redevance et ne relève d'aucun seigneur). Cette concession aux religieux de Lagrasse fut déclarée par Charlemagne. Ses successeurs dont Charles le Chauve, confirmeront cet état.

 

   Il n'y a malheureusement plus de documents relatifs à l'élévation de l'église de Notre-Dame de Marceille. Toutefois, après plusieurs recoupements, un auteur spécialiste de Rennes-Le-Château, Louis Fédié, situe son élévation dans le début du XVe siècle.


Le porche de l'église construit en 1488

 

   Le porche construit en 1488 est formé par une clé de voûte ogivale et comprend le portail et la Vierge. Le portail avec ses deux vantaux en bois sculptés et en fers forgés sont inscrits aux monuments historiques et sont classés fin du XIVe siècle.

 

   Mais si la naissance de cette église reste historiquement un mystère, une légende nous raconte pourquoi elle fut bâtie en cet endroit :

 

   Un laboureur travaillait son champ situé dans cet ancien alleu. Tout à coup, les bœufs tirant le soc refusèrent d'avancer. Surpris et agacé, le laboureur constata que ses animaux semblaient craindre d'aller plus avant. Étonné, il regarda devant eux. Sans savoir pourquoi, il décida de creuser le sol juste devant ses animaux.

 

   Quelle ne fut pas sa surprise lorsque, émergeant de terre, il découvrit une statue de Vierge tenant un enfant et sculptée dans un bois sombre, presque noir. Très pieux, il porta la statue dans son humble demeure, pensant voir dans cette découverte l'action de la grâce de Dieu lui-même.


La Vierge Noire de ND de Marceille
(avant sa détérioration)

   Au matin, il fut frappé de stupéfaction ! La statue avait disparue. Il retourna sur les lieux de sa découverte et découvrit que la statue était revenue là où il l'avait trouvée. Voyant là une action divine, il en informa le curé de sa paroisse qui en référa au clergé. Certain du miracle on décida d'élever une église en ce lieu bénit de Dieu et de la Vierge. C'est ainsi que la chapelle Notre-Dame de Marceille fut créée.

 


La chapelle de la Vierge Miraculeuse dans NDM (Ancienne photo)

 

L'histoire du sanctuaire

   Pour comprendre l'enchaînement formidable des évènements qui relièrent les principaux acteurs de Rennes-Le-Château comme Bérenger Saunière, Boudet, et tant d'autres, il faut au préalable revenir sur l'histoire de ND de Marceille.

 

La période moyenâgeuse

 

   Au IXe siècle les terres de Notre Dame de Marceille étaient un simple alleu appartenant à l'abbaye de Lagrasse et selon une concession de Charlemagne. L'alleu passa ensuite à l'abbaye de Saint Hillaire en 980.  En 1137 un certain Géraud de Marceille effectua une donation de terres ce qui explique sans doute l'origine du nom.

 

   Durant la guerre de cent ans une anecdote historique permet de montrer l'importance du site : le 8 août 1381 Gaston de Phoebus, comte de Foix et son ennemi Jean de Berri s'y rencontrèrent pour une messe. 

 

   Mais au XVIe siècle les guerres de religions firent oublier le culte de la Vierge Noire au profit de l'église des Jacobins de Limoux, Notre Dame du Rosaire.

 

   C'est en 1660 qu'une période très importante dans la vie du sanctuaire intervient. En effet, de 1660 à 1673, date de sa mort, Mgr François Fouquet, évêque de Narbonne et frère du célèbre Nicolas Fouquet, fut responsable de ND de Marceille et géra seul le domaine. Cet épisode lui permit de réaliser certains aménagements très particuliers...

   Ce lien est éminemment important pour comprendre les relations étroites qui existent entre le Razès et le pouvoir. C'est aussi la preuve qu'une fois de plus, la famille Fouquet est impliquée dans l'affaire de Rennes et dans sa résurgence au XVIIe siècle.

 

Le pèlerinage est relancé

 

   C'est le cardinal Pierre de Bonzi (1630-1703), archevêque de Narbonne et successeur de Mgr Fouquet, qui décida en 1674 de restaurer la dévotion de la Vierge Noire à Notre Dame de Marceille. Il chargea pour cela la congrégation des pères doctrinaires d'Avignon de relancer le culte.

 

La mission fut une réussite et le succès du pèlerinage permis de démarrer toute une série de travaux destinés à l'embellissement du sanctuaire. Cette restauration dura plusieurs décennies tout au long du XVIIIe siècle et jusqu'à la révolution.


Le cardinal Pierre de Bonzi (1630-1703)

 

La révolution française crée l'incertitude

 

   La tempête révolutionnaire de 1789 gronde et cette période est marquée par le trouble et la refonte des institutions. Un nouveau découpage du diocèse fut proclamé et Notre-Dame de Marceille, jusqu'alors attachée au diocèse d'Alet, rejoignit le diocèse de Carcassonne. Heureusement pour les générations futures, le sanctuaire fut préservé miraculeusement de la tourmente, mis à part quelques vols et quelques dégradations comme la statue de la Vierge sur le porche qui fut décapitée.

 

   Comme pour la plupart des édifices religieux confisqués par la révolution, c'est en 1793 que Notre-Dame de Marceille fut mise en vente comme bien national. Et là, une première anecdote vient ajouter à la légende du site. Afin de protéger la statuette de la Vierge Noire de la vente et de la destruction révolutionnaire, une mystérieuse femme s'en empara et la confia à un  certain François Lasserre, ancien prieur de l'ordre des pénitents bleus. Ce fait est resté longtemps inexpliqué car, alors que l'église était fermée à clef, on put voir une jeune femme récupérer la Vierge Noire à l'intérieure et ressortir en bas du domaine près de l'Aude.

 

   ND de Marceille fut finalement vendu à Mr Martin Andrieu, ancien consul de Limoux pour 10300 livres. L'église fut ainsi sauvée de son premier destin qui était malheureusement de finir en carrière de pierre.

 

Notre Dame de Marceille reprend du service

 

   Le 21 février 1795 un décret autorisa les églises à s'ouvrir pour accueillir les paroissiens et Notre-Dame de Marceille n'échappa pas à la règle. Son pèlerinage reprit très rapidement.

 

   Le 24 juillet 1796 le propriétaire du domaine, Martin Andrieu, décida, sans doute pour sauver le site, de diviser sa propriété en 4 parts égales. Il  revendit 3 parts à 3 notables : Thélinge, Durand, et François Lasserre (celui qui protégea la Vierge Noire lors de la première vente).

 

   Cette opération permit de consolider l'affaire et un aumônier pouvait ainsi être nommé pour reprendre les pèlerinages. Mais l'évêché, désireux d'imposer son organisation, entra en conflit avec les propriétaires et l'église dut fermer temporairement en 1812.  Une ordonnance épiscopale du 13 août 1814  résolut le litige : "L'évêché nommera l'aumônier et un conseil d'administration  siègera avec les 4 propriétaires", ce qui fut fait.

 

2 aumôniers atypiques

 

   C'est ici que Franck Daffos nous indique une brochure pleine d'enseignements sur le sanctuaire : "Histoire du pèlerinage de Notre Dame de Marceille" écrite par un certain Joseph Théodore Lasserre, curé d'Alet-Les-Bains en 1891.

 

   Voici donc une belle coïncidence qui n'en est pas une : Joseph Théodore Lasserre descend directement par sa mère de Martin Andrieu (le premier acheteur de NDM) et directement par son père de François Lasserre (Le 4ème propriétaire protecteur de la vierge noire). Autant dire que sa brochure est une référence ...

 

   C'est ainsi que l'on apprend l'existence de deux aumôniers atypiques qui se succédèrent à la suite de l'ordonnance épiscopale de 1814 :

 

   L'abbé Gaudéric Mèche
mort en 1864 et qui fut en poste à ND de Marceille de 1815 à 1838

 

   L'abbé Henri Gasc
mort en 1882 et  qui fut en poste à ND de Marceille de 1838 à 1872

 

   Pourquoi ces 2 aumôniers ont-ils été soulignés par Joseph Théodore Lasserre ? C'est ici que l'histoire de Notre Dame de Marceille rejoint l'histoire de Rennes-Le-Château : Selon les parents de Lasserre, les propriétaires n'ont jamais pu comprendre d'où provenaient les ressources financières importantes des 2 aumôniers,  nécessaires à la rénovation et à l'embellissement de l'église...

 

   On devine ici une première anomalie. L'aumônier est nommé par l'évêché et reçoit uniquement une rémunération du ministère des cultes (environ 900 francs par an de l'époque). Tous les revenus provenant de messes, dons et quêtes sont gérés par les « marguilliers », c'est-à-dire des laïcs chargés de l’organisation temporelle du pèlerinage. L'aumônier a uniquement pour fonction d'organiser les messes et les sacrements, mais en aucun cas il peut intervenir dans des choix d'embellissements ou de travaux dans sa paroisse. Les propriétaires et les marguilliers sont les seuls habilités à prendre des décisions d'investissement.

 

   En fait, Gaudéric Mèche et Henri Gasc se comportèrent apparemment comme les propriétaires de Notre Dame de Marceille ce qui a dû fortement agacer les vrais propriétaires du lieu, ne comprenant pas l'origine exacte des ressources financières.

 

La période Gaudéric Mèche (1802 - 1864)

 

   Il fut donc aumônier à Notre Dame de Marceille probablement à partir de 1815, et jusqu'en 1838, soit environ 23 ans. Ses comportement furent inexpliqués et dépassèrent de loin ses attributions. Il acheta des terrains et lança des travaux de gros œuvre sur ses propres deniers. Il initia la plupart des grandes rénovations intérieures et extérieures. Ces agissements irritèrent sans aucun doute les propriétaires et le conseil d'administration obtinrent son départ en 1838. Il fut ensuite transféré à Notre Dame du Cros près de Caunes Minervois.

 

   Gaudéric Mèche, sentant sa fin proche, mourut à Limoux après avoir été le bienfaiteur de l’église Saint-Martin. Mais il faut savoir qu'il réussit durant son règne à acheter 1 quart de la propriété de NDM et que ce fut cette même part qu'il légua à sa mort à l'évêché de Carcassonne. C'est d'ailleurs ainsi que Mgr Billard devint pour un quart propriétaire de NDM à partir de 1881...

 

   Il existe très peu de document sur Gaudéric Mèche, mais son acte de décès fait à Limoux le 30 mai 1864 indique qu'il décéda le 29 mai à l'âge de 62 ans.

 

La période Henri Gasc (1806 - 1882)

 

   Henri Gasc naquit à Villefranche d'Aveyron en 1806 d'un père maître bottier. Il prit son poste de prêtre à NDM à l'âge de 32 ans et y fut aumônier de 1838 à 1872 soit 34 ans. Il succéda à Gaudéric Mèche. Contrairement à Mèche, il semble que Gasc géra plus intelligemment et plus discrètement le sanctuaire ce qui lui permit de rester une très longue période sans crainte. Les travaux continuèrent à l'intérieur et autour de l'église. Une fontaine fut même créée (20 000 francs) ce qui représentait sans aucun doute pour l'époque des travaux importants puisqu'il fallut installer une station de pompage depuis l'Aude. On peut encore l'admirer aujourd'hui devant l'entrée.  On connaît d'ailleurs beaucoup de détails sur Henri Gasc grâce à  Joseph Théodore Lasserre qui l'a bien connu.

 

   A son départ en 1872, l'évêque de Carcassonne, Monseigneur Leuilleux, mis en place 6 pères lazaristes à NDM, peut être pour éviter les mêmes erreurs et laisser le sanctuaire sous la responsabilité d'une seule tête... Henri Gasc décéda le 14 décembre 1882 à Limoux, 10 ans après son départ de NDM.

 


La fontaine construite par Henri Gasc devant l'entrée (ancienne photo)

 

   Nous n'avons pas d'idée aujourd'hui de la somme totale dépensée par ces 2 aumôniers à Notre Dame de Marceille mais elle fut certainement très importante compte tenu de la rénovation et des embellissements que l'on peut admirer de nos jours dans le sanctuaire.

 

Une mise en vente se prépare...

 

   Vers 1890 le sanctuaire Notre Dame de Marceille est partagé à parts égales entre 4 propriétaires sous le régime de l’indivision :

 

   Monseigneur Billard, évêque de Carcassonne (legs transmis par Mèche)

   L'abbé Joseph Théodore Lasserre, curé d'Alet-Les-Bains

   Mr Bourrel, banquier de l'Ariège

   Mr Andrieu, notable local

 

   Mais un imprévu fit son apparition à NDM. En 1889 Mr Bourrel déposa une instance en partage devant le tribunal de Limoux, ce qui devait obliger la vente du sanctuaire, le bien étant indivisible. Mais les juges imposèrent aussi que l’église conserve sa fonction de culte. Billard et Lasserre comprirent à ce stade que Bourrel, banquier de son état ne cherchait qu'une chose : racheter ensuite à lui seul NDM. Il faut dire que le succès des pèlerinages rendait l'affaire prometteuse.

 

Le 4 juin 1890 la vente du sanctuaire fut prononcée par le tribunal de Limoux.

 

Recherche de capitaux

 

   Mgr Billard et l'abbé Lasserre ne pouvait se résoudre à laisser le sanctuaire sortir du giron ecclésiastique (on connaît aujourd'hui les vraies raisons...). Il fallait donc trouver rapidement un capital permettant de déjouer les plans de Bourrel et de racheter l'église à tout prix.

 

   C'est ici que l'on comprend mieux cet épisode peu glorieux de la vie de Mgr Billard (révélé par Pierre Jarnac dans son livre "Les archives de Rennes-Le-Château"). Par on ne sait quel tour de passe-passe Billard réussit à détourner l'héritage d'une riche veuve de Coursan, Mme Hérail, à son profit et en son propre nom.

 

   Un procès s'en suivit, suite à la plainte de deux héritiers et  Mgr Billard finit par être condamné à 3 mois de suspense par le Vatican... Il est clair que l'évêque joua sa carrière sur ce coup, mais avait-il le choix ? Car il y avait urgence et il lui fallait un capital conséquent pour contrecarrer les offres du banquier...

 

Une vente épique

 

   Le 2 février 1892 le tribunal de Montpellier confirma la décision de celui de Limoux, mais l'obligation de culte à NDM fut annulée. Cette annulation peut paraître anodine mais pas pour Billard qui fut certainement à l'origine de cette décision.

 

   Le 17 janvier 1893, la salle aux enchères est comble et NDM est mise en vente au montant initial de 4000 francs. On peut imaginer la bataille pathétique et passionnée qu'on dut se livrer Billard et Bourrel devant le commissaire priseur. Finalement Bourrel l'emporta avec un montant de 51050 francs.

 

   Compte tenu de la non obligation du maintien du culte à NDM, Mgr Billard pris alors un savoureux plaisir à transporter la vierge noire de NDM à l'église de Limoux, le tout en grande pompe et au son du tocsin. NDM de Marceille, privée de sa relique, entraîna ainsi la suppression des pèlerinages et donc les profits espérés par le banquier. Ce fut pour Billard un coup de génie.

 

   Le 20 mai 1893 Mr Bourrel ne put se résoudre à conserver un édifice non rentable. Il revendit NDM à Mgr Billard pour 53 879 francs. En fait, par acte secret devant un notaire, Billard racheta en son propre nom Notre Dame de Marceille et paya une plus value au banquier de 18 000 francs (environ 120 000 Euros)

 

   C'est ainsi que Notre Dame de Marceille resta sous la maîtrise personnelle de l'évêque de Carcassonne. Ce fait scellera définitivement l'avenir du sanctuaire et permettra un premier rebondissement de l'affaire de Rennes-Le-Château comme nous le verrons par ailleurs.

 

   L'abbé Joseph Théodore Lasserre mourut le 12 février 1897 et sa tombe est visible à côté de celle de Nicolas Pavillon à Alet-Les-Bains.

 

Mgr Billard mourut le 3 décembre 1901. Les pères lazaristes partirent de Notre Dame de Marceille en 1905 pour ne revenir qu'en 1920.

 

    Le sanctuaire se retrouve aujourd’hui curieusement la propriété d'une association diocésaine alors que Mgr Billard l’avait par testament léguée à un de ses amis notaire dans la région rouennaise comme le signale Franck Daffos

 

Notre Dame de Marceille et Boudet

    Henri Boudet reste dans tous les cas le lien principal entre l'affaire de Rennes-Le-Château et Notre Dame de Marceille. Il nous présente cette église avec précision et allégorie et notamment la rampe conduisant au sanctuaire qui se nomme "Voie sacrée". Presque en haut, se trouve une fontaine laissant tomber, goutte à goutte, une eau limpide dans un bassin de marbre.

 

    Voici ce que nous dit l'abbé Boudet en page 276 de son livre "La Vraie Langue Celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains":

 

FONTAINE DE NOTRE-DAME DE MARCEILLE

 

Nous avons le bonheur de posséder dans nos contrées, à un kilomètre au nord de Limoux, un sanctuaire dédié à la Sainte Vierge, assidûment visité, et entouré d'une vénération qui ne s'est jamais démentie. [...] Le sanctuaire est gardé par les enfants de Saint Vincent de Paul, le saint dont le coeur appartenait aux orphelins et aux malheureux, et sous la direction de ses pieux et savants missionnaires, dignes héritiers des vertus et de la charité de leur bienheureux fondateur, [...]

 

A peu de distance, vers le haut de la rampe (voie sacrée) bordée d'arbres verts conduisant au sanctuaire, une fontaine laisse tomber goutte à goutte son eau limpide dans un bassin de marbre. Par les grandes pluies, la goutte d'eau continue de tomber avec uniformité, et les temps de grande sécheresse ne la tarissent point. Les innombrables chrétiens qui vont rendre hommage à la Sainte Vierge, s'arrêtent un instant à la fontaine, et après avoir fait une prière, puisent quelques gouttes de cette eau dont ils mouillent leurs paupières.

Pourquoi agissent-ils ainsi ? La plupart l'ignore; mais la mère de famille enseigne à son fils, et ceux ci transmettent à leurs enfants la pieuse pratique [...]
Au temps de l'occupation première des Gaules, cette fontaine, coulant goutte à goutte, avait dû rendre le terrain boueux, et par suite, rempli de joncs et de cette graminée que l'on retrouve dans tous les sols humides: c'était là ce que les Celtes appelaient le haum-moor [...]

 

La fontaine de Marceille dût, comme les autres, être ornée d'une statue de la Sainte Vierge. Est-ce celle qui, perdue au milieu des tourmentes des invasions Sarrasines, a été plus tard retrouvée et placée avec honneur dans le sanctuaire destiné à la recevoir ? Cela nous parait fort probable. Cette image de la Sainte Vierge, tenant sur ses bras son divin Fils et sculptée dans un bois noir, indique sa provenance orientale: sa position auprès d'une fontaine, et c'est bien dans un champ voisin de la petite source qu'on la retrouvée [...]

 

   Rien n'a changé entre le moment où Henri Boudet est allé sur les lieux et maintenant. Il nous fait remarquer que même par grande pluie ou par grande sécheresse, le débit reste constant. Boudet nous rapporte aussi que les vieux chroniqueurs connaissaient ce lieu sous le nom de "Fontaine de Marsilla".

   La fontaine sert aux pèlerins qui se frottent les paupières avec cette eau pour soigner les maux de leurs yeux.

 

   Pour Boudet, l'écoulement, goutte à goutte, de la fontaine avait fait du terrain environnant, un terrain marécageux au temps des celtes. Ce terrain, il le baptise haum-moor (Homme mort ?) Cette insinuation géographique ne veut-elle pas nous faire penser à l'ancien puits Celte sur lequel, l'église aurait été bâtie ?

 


La Voie sacrée et la fontaine de Marsilla


La fontaine de Marsilla

 

    Henri Boudet nous donne une explication sur l'origine de la statue de la Vierge se trouvant à l'intérieur de l'église. Pour lui, la fontaine de Marceille devait être décorée d'une statue de la vierge au temps de la première christianisation. Elle aurait été perdue puis retrouvée plus tard pour devenir la Vierge Noire que l'on connaît aujourd'hui dans l'église Notre-Dame de Marceille. De plus Boudet insiste sur le fait que cette statue a été sculptée dans un bois noir (il l'écrit en italique), pour indiquer sa provenance orientale.

 

   Pour Boudet, le terme de Marsilla vient du sens : "Notre-Dame de Marcilla, yeux gâtés, endommagés et fermés par la maladie". Il s'appuie pour cela sur l'une de ses fameuses constructions : To mar, gâter, endommager - To seel, Fermer les yeux faisant donc marseel, soit marceille avec l'érosion de la prononciation.

 

En résumé, Boudet insiste sur plusieurs points :

  • La constance du débit de l'eau de la fontaine

  • Le terrain de l'haum-moor

  • La couleur de la sculpture de la Vierge Noire et donc son origine

  • Grâce à l'eau de la fontaine on retrouve la vue

    L'homme mort (haum-moor) peut nous faire penser à la notion de cadavre et de décomposition. Cette piste nous ouvre plusieurs voies, soit celle de la mort symbolique par la mise en terre avant la renaissance du futur initié ou bien la notion de putréfaction alchimique, passage obligé à la réalisation du grand œuvre d'après les initiés à l'alchimie. Fulcaneli est-il si loin de Boudet ?

 

    Ensuite nous retrouvons la statue de bois noir. Sa couleur noire ne nous fait-elle pas penser à l'œuvre au noir, si chère encore aux alchimistes ? Ou bien ne doit-elle pas nous rappeler que cette vierge est orientale, tel que certains dépeignent Marie-Madeleine ? Ce lieu de culte d'une Vierge Noire semble être important sur la compréhension de Marie-Madeleine.

 

    D'ailleurs, le miracle de la fontaine de Marceille, n'est-il pas de rendre la vue à ceux qui l'on perdue, ou de façon plus allégorique, n'est-elle pas là pour nous apporter la lumière sur ce que l'on cache au commun des mortels ?

 

    Pour beaucoup d'auteurs, l'histoire du puits celte est une légende. Pourtant il existe des aménagements souterrains sous Notre Dame de Marceille et nous savons aujourd'hui que des cryptes existent. N'en déplaisent aux historiens, Boudet, dans son sous-entendu sur un puits celtique, nous invite à examiner les fondations du sanctuaire...

 


Vue aérienne de Notre Dame de Marceille

 

Quelques anciennes photographies de cette église hors du commun sont présentées dans son album

 


L'entrée principale en 1904 - On reconnaît le cadran solaire aujourd'hui presque disparu à gauche de l'entrée et les inscriptions sur la voûte du porche également disparues

 

 

   Notre Dame de Marceille est extrêmement chargée, aussi bien du point de vue historique qu'au travers de ses relations avec l'affaire de Rennes.
D'ailleurs le nombre de personnages célèbres qui ont gravité autour
du sanctuaire sur plusieurs siècles montre l'importance du lieu.
Les pages suivantes tentent de dresser un inventaire des aménagements qu'il convient d'étudier aujourd'hui et de mémoriser pour préserver
au mieux ce patrimoine exceptionnel...

 

     

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