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Notre Dame de Marceille            6/9
Le tableau de Saint Antoine, une découverte

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

   Rennes‑le‑Château est non seulement une merveilleuse histoire, mais aussi une source fabuleuse d’enrichissement personnel pour ceux qui décident de s’investir un peu dans l'énigme.

 

    Certaines pistes encore inexplorées ne demandent qu’à être défrichées, et de nombreuses surprises attendent encore les chercheurs pourvu que leur quête s’opère dans la bonne direction…

 

   Ce constat, j’en ai été le témoin et l’acteur. Qui n’a pas rêvé un jour de s’affubler du chapeau d’Indiana Jones pour quelques heures et de s’adonner à une vraie recherche de terrain, comme au cinéma…

   Voici l’histoire d’une découverte qui permettra, j’en suis convaincu, de réveiller de nouvelles passions et d’ouvrir encore quelques portes. Je dédie donc cette mémorable journée à mon ami chercheur Franck Daffos sans qui je n’aurais pu partager ces instants de réel bonheur dans les mystères de notre passé.

 

Cette étude inédite est le résultat de nombreuses heures de travail et de recherche.

C'est pourquoi elle est protégée ainsi que toutes les illustrations.

Je tiens aussi à remercier Franck Daffos qui a très gentiment accepté
de participer à cette présentation.

Copyright © RLC Archive ‑ Jean‑Pierre Garcia

 

 

 

L'histoire d'une découverte

   Ma passion pour le Razès et ses intrigues m’obligent à revisiter régulièrement certains lieux, et mon expérience m’a souvent démontré qu’une curiosité permanente sur le terrain donne souvent des résultats très différents de ceux que l’on peut lire chez certains auteurs. Un exemple classique est le I.X.O.Y.Σ   sur la tombe d'Henri Boudet, et qui s'est transformé au fil des écrits en I.X.O.I.Σ et même en I.X:O.I.Σ. Pourtant, une simple visite sur place à Axat permet de constater l'erreur...

 

   Toutes mes visites ont toujours été organisées en premier dans un but simple : sauvegarder sur matériel photographique les quelques témoignages du passé avant que les dégradations sauvages et touristiques ne fassent tout disparaître. L’été 2006 fut en tout cas le début d’une révélation qui devait en appeler bien d'autres...

 

   Courant août 2006, après avoir parcouru pendant quelques jours la région entre Limoux et Rennes‑le‑Château, un rendez‑vous pris avec Franck Daffos devait clôturer cette expédition. La rencontre s'opéra à Notre Dame de Marceille et après une nouvelle visite du Sanctuaire, nous nous retrouvâmes sous le célèbre tableau de Saint Antoine, objet phare de l’année 2005...

 

   Il faut rappeler que ce tableau focalise beaucoup de controverses et d'incertitudes. Si une première analyse visuelle semble évidente, la mise en lumière de son passé historique est un exercice très périlleux compte tenu de la confusion qui entoure l'œuvre. Ce tableau a certainement subi au fil du temps plusieurs restaurations plus ou moins habiles. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer avec une lumière rasante les nombreux raccords de vernis et la couche de bitume recouvrant le coin supérieur droit de la toile. Des reprises de peinture sont aussi visibles sur d'autres portions de la scène. Notons que devant un tableau si énigmatique, une analyse radiographique permettrait facilement d’apporter de précieuses indications.


Le tableau Saint Antoine
à ND de Marceille aujourd'hui

 

 

Une peinture de grande qualité
 

   C'est durant une belle matinée d’été que, devant cette œuvre chargée de mystère, armé d’un appareil performant, je me décidai à photographier quelques détails qui auraient pu nous échapper. Par chance, des travaux dans la nef nous permirent d’emprunter une échelle. Ce tableau d’une taille imposante est accroché à une hauteur telle qu'elle empêche tout examen détaillé. Me voici donc perché sur cette échelle providentielle avec un appareil photo à bout de bras. Alors que l'on maintenait mon perchoir vacillant, le reste de l’équipe était chargée d’éclairer à la torche certaines zones...

C'est ainsi que je réussis à prendre quelques clichés étonnants que je dévoile ici.

Remarquez par exemple la forme curieuse et dentelée qui se dégage sur l'épaule du Saint Antoine. Visiblement le bitume n'a pas tout recouvert...

Nous y reviendrons…


Tableau de Saint Antoine
Une dentelure apparaît au-dessus de l'épaule

 

    De mon poste d'observation, une constatation me sauta aux yeux et les photos le confirment.

 

    Le personnage est peint avec une qualité extrême et le tracé des mains et du visage ne peut que signifier le travail et le savoir-faire d'un grand artiste, ou en tout cas d'un élève ayant travaillé avec un grand maître.

 

Remarquez les détails de la main et la maîtrise de la lumière. Ces détails n'ont pu échapper à l'œil d'un artiste amateur comme le chanoine Gasc.

 

Assurément, cette peinture ne peut être que celle d'un grand peintre et ce constat laissait présager encore de belles découvertes.

 


Le visage du Saint Antoine est étonnant par son réalisme
et sa qualité picturale (photo prise sur le côté)

 

Une photo inespérée

 

   Une pierre en bas et gauche du tableau attira notre curiosité, une pierre qui ressemble d’ailleurs étonnamment à celle qui figure prés du tombeau des « Bergers d’Arcadie » de Nicolas Poussin et sur laquelle un berger pose son pied. Une très nette reprise de vernis sur la toile autour de cette pierre pouvait en effet signifier une modification par rapport à l’originale.

 

   Ce fut donc à bout de bras et en équilibre instable que je m’appliquai à saisir ces quelques centimètres carrés de peinture éclairés par la puissante torche que tenait Franck. Quelle curieuse sensation que d’immortaliser un détail peut‑être oublié depuis plus de 300 ans. De mon échelle, rien n’apparaissait concernant cette petite partie du tableau, mais je comptai bien sur les progrès du numérique pour figer tout nouvel élément. Conscient que cette occasion ne se renouvellerait peut-être pas aussi facilement, je m'attachai à prendre le plus de clichés possible.

 

L’image apparue sur mon appareil  fut surprenante :

 

Sur la pierre, une fine écriture manuscrite rendue visible par le puissant éclairage se confondait avec le feuillage.


Détail inférieur gauche du tableau de Saint Antoine

 

Première surprise...

 

   Je sentis Franck fébrile. Nous disposions peut-être sans l’avoir vraiment cherché d’un élément concernant les origines de la toile. 

 

   Je rappelle ici qu’une piste importante à Notre Dame de Marceille repose sur l'histoire de ce tableau de Saint Antoine et qui était probablement à la base une Tentation de Saint Antoine. Il aurait été transformé en Saint Augustin vers 1670 par Ambroise Frédeau sur les ordres de Mgr Fouquet, frère du célèbre Nicolas Fouquet, pour y coder l’entrée de la cache secrète du Sanctuaire. Il aurait ensuite subi une autre transformation en simple Saint Antoine vers 1860 par Gasc qui ne voulait pas laisser à la vue de tous un Saint Augustin bien trop explicite…

 

La signature de Mathieu Frédeau
sur le tableau de Saint Antoine

 

   La première vision de la photo fut pour nous une surprise inattendue et quelques secondes de silence nous plongèrent brutalement dans l’incompréhension. Alors que l’on pouvait lire distinctement le nom de Frédeau, le prénom n’était pas Ambroise comme nous le pensions, mais Mathieu
Comment avait‑on pu passer à côté d’une telle erreur ?

 

Il faut rappeler que le tableau est officiellement classé depuis 1964 par les Monuments Historiques de France, et on peut lire sur sa fiche :

 

Désignation

Tableau : Un moine en adoration, cadre

Localisation

Languedoc‑Roussillon ; 11 ; Limoux

Edifice

église Notre‑Dame de Marceille

Matériaux

toile (support)

Auteur(s)

Frédeau Ambroise ( peintre)

Siècle

17e siècle

Historique

Oeuvre exécutée par Ambroise Frédeau, frère lai (1589‑1673)

Date protection

1964/03/02 : classé au titre objet

Statut juridique

propriété d'une association diocésaine

Type d'étude

liste objets classés MH

Copyright

(c) Monuments historiques, 1992

Référence

PM11000157

 

    Nous étions frappés de stupéfaction. Qui était Mathieu Frédeau ? Et comment les Monuments Historiques avaient‑ils pu classer par erreur ce tableau en l’attribuant à un autre peintre ?

 

   Pourquoi surtout le chanoine Gasc qui était lui‑même peintre avait‑il signalé ce tableau dans sa « Notice sur le pèlerinage de N‑D de Marceille près de Limoux (Aude) » datant de 1876 en ces termes : « Ce tableau, du frère Ambroise Frédeau, représentant un moine de l’Ordre Saint Antoine… » ?

 

   Pourtant, il est impossible que Gasc n’ait pas eu connaissance  de la réelle signature de cette œuvre du XVIIsiècle puisque non seulement il effectua une rénovation profonde de ND de Marceille, mais il la modifia probablement dans les années 1860. À ce stade, nous étions loin de nous douter de l’implication importante qu’allait soulever cette petite découverte.

 

À propos d'une signature ...

 

   Il est toujours surprenant de voir comment un détail peut ouvrir des axes de recherches insoupçonnés. Après une première analyse, quelques constatations s'imposaient :

 

   L'écriture est fine et délicate, faite sans doute à l'aide d'un pinceau plume. L'assurance du trait prouve que le signataire s'est appliqué et qu'il a pris un soin tout particulier à rendre lisibles ces quelques mots.

   Certaines lettres ont été visiblement reprises, comme si l'on avait voulu corriger ou recouvrir une signature plus ancienne...

   La signature Mathieu Frédeau est claire et parfaitement lisible. Elle ne peut prêter à confusion.
   Reste à expliquer les lettres Jn et Fe :
Fe est l'abréviation du mot latin « fecit » qui se traduit par « a fait ceci » ou « fait par »
Jn
est utilisé dans certaines signatures comme abréviation de « Juvenis » qui se traduit par « le Jeune ». Notons que cette abréviation reste incompréhensible dans le cas de Mathieu Frédeau, à moins qu'il s'agît de ne pas le confondre avec son père, ce qui est très improbable.

 

Le chaînon manquant, Teniers et Frédeau

Qui était Mathieu Frédeau ?

 

   C'est ici que l'enquête devient passionnante, car voici comment à partir de la simple photo d'une signature, une histoire vieille de plus de trois siècles peut être recomposée.

   Nous avons extrêmement peu d’éléments sur Mathieu Frédeau qui fut le frère et très probablement l’aîné d’Ambroise. Les dates de sa vie ne nous sont pas connues même si l’on peut situer sa naissance vers 1580. On a une trace de lui assurément à Paris puis à Aix-en-Provence de 1629 à 1639. Ainsi, nous le retrouvons dans les correspondances publiées de 1888 à 1898 de celui qui fut probablement l'un des derniers esprits universels de tous les temps : Nicolas‑Claude Fabri de Peiresc (1580‑1637), historien, naturaliste, bibliophile, archéologue, numismate, généalogiste, médecin, astronome (il est le découvreur en 1610 de la nébuleuse d’Orion et était en étroite relation avec Galilée), jurisconsulte, grand voyageur, collectionneur (grand amateur de Rubens) et accessoirement Conseiller au Parlement de Provence qui le contacta en 1634 pour lui demander de peindre un atlas de la lune qu’il projetait de dresser. Le projet ne se fit pas, mais il nous permit d’avoir un des seuls documents relatifs au peintre Mathieu Frédeau dont on se demande s’il ne fut pas, comme son frère Ambroise, moine chez les Augustins.

 

Nicolas‑Claude Fabri de Peiresc (1580‑1637)

 

De son vrai nom Nicolas Claude FABRI, il naquit le 1er décembre 1580 à Belgentier dans le Var. Ses parents y vivaient sur les bords du Gapeau. Les Fabri étaient originaires de Pise, mais ils se fixèrent à Aix-en-Provence en 1254. Son père, Reynaud Fabri, était membre de la Cour des comptes, et son oncle était conseiller au Parlement. C’est la peste à Aix qui fit fuir ses parents pour se réfugier à Belgentier. Il perdit très vite sa mère après la naissance de son frère Palamède.
   Nicolas Claude fit ses études à Brignoles (1587), St‑Maximin (1588), Aix (1589) et Avignon (1590). Il revint à Aix (1595) pour y suivre des études de philosophie, puis du droit (1597) qu’il termine à Avignon (1598). 


Nicolas Fabri de Peiresc
conseiller au Parlement
de Provence devant son bureau
(par Cézanne)

 

   En 1599, il partit en Italie avec son frère où il suivit des études. En 1600, il visita Florence, Sienne, Rome où il fut présenté au pape. À Florence, il assista au mariage par procuration de Marie de Médicis et de Henri IV et fit la connaissance de Galilée. En 1602, il rentra en France à Montpellier pour continuer sa formation de Droit et revint à Aix en décembre 1603. A cette date, il présenta à Aix sa thèse de doctorat qui sera suivie par celle de son frère. Il reçut de son père des terres situées dans les actuelles Alpes-de-Haute-Provence (à proximité de la Colle St‑Michel) et devint seigneur de Peiresc.

 

   Après un voyage en Angleterre et aux Pays-Bas, il rentra en octobre 1606 à Aix et devint Conseiller au Parlement le 24 juin 1607, charge qu’il reçut de son oncle. Il fut dès lors partagé entre sa fonction de magistrat et son goût pour l'étude. Peiresc rencontra toutes les sommités du moment et entretint une correspondance peu commune. En 1618, il reçut de Louis XIII l’abbaye de Notre Dame de Guîtres, non loin de Libourne.

 

   C'est en 1634 que Peiresc projeta avec Gassendi de dresser un atlas de la Lune. Il fit d'abord appel au peintre Claude Salvat, puis l'année suivante, à Claude Mellan (1598‑1688) pour graver au burin les différentes phases de la Lune. Il s'adressa également au peintre parisien Mathieu Frédeau. Mais en 1636, Claude Mellan de retour de Rome observa chez Peiresc la Lune et la grava dans les premiers mois de 1637. Peiresc mourut le 24 juin 1637, entouré de Gassendi et il fut enterré dans le tombeau familial de l’actuelle église de la Madeleine à Aix‑en‑Provence.

 

   Peiresc, surnommé de son vivant "le Prince des curieux" était un humaniste et un esprit universel qui excellait dans de nombreux domaines. Il entretint une correspondance suivie avec quelque 500 contemporains (Galilée, Gassendi, Kepler, Hevelius, Malherbe, Mersenne, Rubens…). Il avait dans sa bibliothèque plus de 5000 ouvrages.

 

   Il était botaniste, physiologiste, naturaliste (il introduisit en France le chat angora), historien, astronome, généalogiste, numismate, médecin. Néanmoins, il ne laissa aucun ouvrage important, cause de son oubli. Un certain nombre de ses découvertes furent attribuées à d’autres, et il fallut attendre la lecture de sa correspondance pour en connaître le véritable inventeur... 

 

  Fait important, Mathieu Frédeau serait originaire d’Anvers, la patrie de Teniers père (1582‑1649)  et de Teniers fils dit le Jeune (1610‑1690) tous deux parfaitement contemporains des frères Frédeau.

 

   Il semble alors difficile de penser que les frères Frédeau, au vu de la maîtrise picturale dont ils ont fait preuve, n’aient pas fréquenté un temps à Anvers l’atelier des Teniers père et fils, figures emblématiques des peintres flamands de cette époque. De plus, il semble que leurs parcours passent par Paris du moins pour Mathieu vers la fin des années 1620.

 

   Mathieu Frédeau nous a laissé très peu de toiles, mais toutes dénotent un très grand talent, bien plus confirmé que chez son frère Ambroise. Des peintures à Tours, en Provence, et dans des collections particulières repoussent sa disparition jusqu’en 1642, peut‑être même jusqu'en 1654.

 

   Le tableau de Saint Antoine de ND de Marceille serait‑il l’œuvre d’un contemporain, d'un condisciple des Teniers père et fils comme Mathieu Frédeau ? Il vrai que le tableau semble avoir été conçu dans une logique d’école de maître, à la manière d’un Téniers. D'ailleurs on retrouve Saint Antoine avec un faciès tout  à fait récurrent dans l’œuvre de Teniers le jeune... Coïncidence ?

 


Saint Antoine (à gauche) et Saint Paul dans le désert (détail)
par David Teniers le jeune

 

Si on compare les visages de Saint Antoine et Saint Paul dans le désert, peint par Teniers le jeune avec le visage du Saint Antoine de Notre Dame de Marceille, la ressemblance est étonnante. On retrouve le même nez et les mêmes yeux.

 

Saint Antoine sur le tableau de Teniers le jeune est reconnaissable  grâce à son T (Thau) brodé sur l'épaule.

 

Mathieu Frédeau a-t-il été influencé par son maître ?

 

Un lien avec les Bergers d'Arcadie

 

   Revenons à la fin des années 1660 : Ambroise Frédeau, peintre et sculpteur, moine chez les Augustins, se partage entre son couvent de Toulouse et une possession de son Ordre entre Alet et Limoux où il installe son atelier plusieurs mois par an.

    Or, nous savons qu’il était aussi un grand ami de Nicolas Poussin qui souvent lui empruntait quelques élèves pour faire le fonds de ses tableaux. Ce fut probablement le cas du Toulousain Jean‑Pierre Rivalz (1625‑1706) qui eut ainsi l’honneur de travailler pour le maître des Andelys sur le fonds des Bergers d’Arcadie dans sa deuxième mouture, celle qui est à présent au Musée du Louvre.  


Les bergers d'Arcadie II

 

   Jean‑Pierre Rivalz, architecte et peintre à Toulouse, travaillait avec le sculpteur Marc Arcis et le dessinateur Raymond Lafage.

 

   Il est l'auteur des quatre vertus, peintures situées dans le chœur de la chapelle des carmélites à Toulouse, et il fut l'architecte de l'Hôtel de Ville (Capitole).

 

 

   Il eut un fils, Antoine Rivalz, un peintre également très célèbre de la région toulousaine.


Portrait de Jean‑Pierre Rivalz

 

Chronologie et résumé

   Après la découverte de la signature de Mathieu Frédeau, et d'après les différentes notes contradictoires de Gasc et la gravure de 1830, il est maintenant possible de recomposer une chronologie du tableau de Saint Antoine...

 

 

   En ce temps-là, Mgr Dagen, ancien secrétaire particulier de Mgr Nicolas Pavillon au diocèse d’Alet, était devenu le Vicaire Général de l’évêché de Narbonne qu’il gérait en lieu et place de Mgr François Fouquet, évêque en titre qui avait été assigné à résidence par Louis XIV auprès de Mgr Rouxel de Modavy à Rouen après l’arrestation de son frère Nicolas en septembre 1661.

 

   Pour honorer une commande spéciale de Mgr Dagen destinée au sanctuaire de ND de Marceille près de Limoux qui dépendait alors du diocèse de Narbonne, on peut penser qu’Ambroise Frédeau décida de réutiliser une Tentation de Saint Antoine de son frère Mathieu, très probablement disparu depuis plus d’une dizaine d’années, pour la transformer en un Saint Augustin porteur d’un message subtil voulu par le prélat de Narbonne.

 

   Ce message sous la forme d'un Saint Augustin trôna dans l’église jusqu’aux années 1860‑1862, date des grands travaux d’embellissement voulus, financés et réalisés par le chanoine Gasc qui lui permirent durant les longs mois où ce tableau fut retiré de la vue des fidèles, de le retransformer en un simple Saint Antoine, supprimant ainsi un message trop facile à déceler.

 

   En laissant la signature de Mathieu Frédeau qu’il ne pouvait ignorer sur ce tableau et en faisant passer son frère Ambroise pour son véritable auteur dans une édition de sa monographie consacrée à ND de Marceille, le chanoine Gasc voulait en fait nous préciser l’historique chronologique de cette toile. Par cette erreur volontaire de présentation de son auteur qu’il prend la peine de bien souligner en la morcelant au fur à mesure des éditions de son opuscule, il nous signifie tout simplement l’importance et la portée de ce tableau dans son sanctuaire.

 

   Mais le point le plus important de tout ceci est de retrouver dans le Razès, dans la seconde partie du 17e siècle et plus particulièrement entre Limoux et Alet, c'est‑à‑dire l’épicentre de cette affaire à cette époque, un peintre : Ambroise Frédeau. Or les attaches familiales et professionnelles de ce dernier nous confirment qu’il connaissait personnellement les deux peintres Teniers et Poussin et que l’on retrouve précisément cités dans la mystérieuse sentence « Bergère pas de Tentation que Poussin, Teniers… ».

 

   Cette sentence est issue du décryptage du grand parchemin que beaucoup s’entêtent encore à croire né sous la plume du facétieux Philippe de Cherisey dans les années 1960, mais dont tout porte à croire qu’il n’aurait en fait que très légèrement modifié…

 

   La piste des frères Frédeau allait nous réserver encore bien des surprises et nous prouver bientôt qu’ils furent en étroite relation avec Mgr Nicolas Pavillon. Ce dernier eut en effet recours à leurs relations pour contacter des artistes confirmés. Poussin d’abord, puis Teniers ensuite deux décennies plus tard, pour crypter grâce à la  complémentarité de deux de leurs tableaux, l’accès à l’un des plus fabuleux trésors de tous les temps, et qui fut fortuitement retrouvé dans son diocèse vers le milieu du XVIIe siècle. Fait d’ailleurs incontestablement confirmé par certaines lettres du gazetier de la Cour Jean Loret et datant de septembre 1661.

 

   Petit à petit et au fur et à mesure de nos découvertes, allait s’imposer la vision de l’authenticité des fameux parchemins publiés en 1967 par Gérard de Sède dans son best‑seller « L’or de Rennes », puisqu’ils faisaient exactement référence à des éléments du XVIIe siècle que nous savons à présent avérés.

 

 

 

 

         

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