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Notre Dame de Marceille
Le tableau de Saint Antoine (1/3)
Son histoire

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

    Lorsque que j'entrai pour la première fois dans l'église de Notre Dame de Marceille il y a maintenant plusieurs années, je ne pus m'empêcher de relier immédiatement ce lieu à Rennes-Le-Château. La raison en était très simple : déjà familiarisé avec plusieurs éléments classiques de cette affaire, un détail paraissait trop beau pour être vrai. En effet, un magnifique tableau de Saint Antoine, encore visible aujourd'hui, trônait en face de l'entrée principale...

 

Cette étude inédite est le résultat de nombreuses heures de travail et de recherche.

C'est pourquoi elle est protégée ainsi que toutes les illustrations.

Je tiens aussi à remercier Franck Daffos qui a très gentiment accepté
de participer à cette présentation.

Copyright © RLC Archive - Jean-Pierre Garcia

 

 

L'analyse de Notre Dame de Marceille est composée de 8 sections :

 

   Notre Dame de Marceille - Son histoire

   Son chemin de croix
   Ses médaillons
   Les autres aménagements
  
Le tableau de Saint Antoine (1) - Son histoire
   Le tableau de Saint Antoine (2) - Le récit d'une découverte
   Le tableau de Saint Antoine (3) - Sa face cachée en couleur
   Les autres peintures et décorations

 

Le mystère de Valcros

   L'atmosphère du sanctuaire de Notre Dame de Marceille est très particulière. Il y baigne une semi obscurité et l'ambiance que dégage cette toile aux coloris exagérément sombres ajoute au mystère.

 

   Je compris dès cet instant que l'affaire s'étendait bien au delà du petit village de Rennes-Le-Château. Mais il me manquait encore de nombreux éléments permettant d'entrevoir la silhouette du puzzle.

 

 

   C'est bien plus tard que Franck Daffos, dans son livre "Le secret dérobé", me permit de coller quelques pièces sans lesquelles ce thème n'aurait jamais vu le jour... 


Le tableau St Antoine face à l'entrée

 


Le tableau Saint Antoine de NDM aujourd'hui

 

   Comme nous le verrons par la suite la position du tableau est très importante. Il est situé, face à l'entrée et à la chaire de l'église, à mi hauteur entre la sacristie et la petite chapelle de la Vierge Noire, au dessus du Saint des objets perdus, Saint Antoine de Padoue.

 

L'affaire de Rennes-Le-Château couvre un périmètre très large et les contours sont indéfinissables. L'exemple qui suit en est une belle illustration. Avant d'aborder le Saint Antoine de ND de Marceille, il est indispensable de se remémorer le mystère de Valcros dans les gorges du Verdon et des légendes qui l'entourent. Ces deux affaires semblent curieusement liées...

 

L'histoire de Valcros

 

   En 1915, un jeune garçon (Georges Marcolla) découvrit en Sibérie, dans une bible rangée dans la bibliothèque de son père, un vieux papier jauni : 

 

   "Dans les constructions souterraines du vieux château Vallée de la Croix, se trouve le trésor des Templiers. Va et cherche, le Saint et la Vérité te montreront la voie".

 

   Nous sommes en 1916 et la révolution russe approche. Le jeune garçon fut contraint de fuir et après la seconde guerre mondiale il se retrouva dans le sud de la France. Mais il est des destinées où le hasard semble absent. Après de nombreuses années sans but, il finit par acheter en 1955 une propriété agricole comprenant un vieux château en ruine du XIe siècle "Valcros" (Vallée de la croix en provençal). 

 

   Ce fut pour le propriétaire polonais une nouvelle interrogation. En effet, il trouva dans la petite chapelle un ancien grand tableau représentant Saint Célestin désignant le mot "Véritas".

 

    La découverte de cette toile et le message qu'il avait lu dans son enfance fut pour lui un véritable révélateur et c'est ainsi qu'il passa le reste de sa vie a chercher le trésor des Templiers au Château de Valcros.

 

Depuis, de nombreux chercheurs vouèrent une réelle fascination pour ce mystère. L'un d'eux se démarqua :
Alfred Weysen


Le tableau de Saint Célestin à Valcros

 

Alfred Weysen, chercheur...

 

   Alfred Weysen débuta ses recherches dans le Verdon vers 1960 et commença à travailler avec Georges Marcolla. Ce dernier continuait à chercher le trésor des Templiers dans le domaine du château de Valcros mais il accepta de collaborer aussi aux recherches de Weysen pendant plusieurs années. Puis Alfred Weysen abandonna la piste classique pour ce concentrer sur le tableau.

 

   C'est à ce moment que les recherches devinrent fascinantes. Ce tableau qui était attribué à un certain René de Draguignan et daté de 1715 fut confié à un laboratoire scientifique de Bruxelles. Son analyse aux rayons X révéla 300 inscriptions en latin, invisibles à l'œil nu. Pour Weysen , il s'agissait d'un tableau contenant un message. Parmi ces inscriptions il est écrit dans le cœur flamboyant le mot "Véritas".

 

   Autre découverte : La morphologie du Saint Célestin épouse de façon troublante les contours géographique du Verdon délimitée par les sites Soleils-Trigance-Jabron, le Bourguet-Robion et Valcros.


 

Saint Célestin et le Verdon

 

   Les recherches de Weysen montrèrent en fait que le tableau serait plutôt l'œuvre d'un copiste du nom de Jean Mariette (1660-1742), peintre graveur et donc qu'il daterait plutôt de 1715.

 

   La gravure ci-dessous montre clairement qu'il s'agit d'une estampe de Saint Augustin d'Hippone, philosophe et théologien chrétien, évêque d'Hippone. Cette estampe du XVIIIe fut exécutée d'après une peinture de Jean-Baptiste Corneille (1649 - 1695) puis gravée par Jean Mariette. Sa ressemblance avec le tableau de Valcros est évidente, ce qui fournit un élément de plus confirmant qu'il s'agit bien de Saint Augustin et non de Saint Célestin...

 

 

 

Alfred WEYSEN est l'auteur de "L’île des veilleurs" 1986 aux Éditions Robert Laffont


   Il aurait, après quelques années de recherches mis en lumière un zodiac géant du Verdon et un plan de la zone nommée "l'île des veilleurs" délimitée par Soleils-Trigance, Jabron, Le Bourguet et Robion, Valcros étant inclus dans ce périmètre. Les chapelles seraient situées près du Point Sublime surplombant les Gorges du Verdon à proximité de Trigance et formeraient le mot TEMPLARI.

 

   La colline située à l'est du pont de l'Evescat, entre Jabron et le pont du Bourguet contiendrait des galeries vers les lieux-dits le Reissa, le Rouissassou et la Treille. Un réseau de souterrains partirait de Valcros en étoile.

 

   Enfin La Treille abriterait le plus grand lac souterrain du monde (10ha) et sous "le portique", au Rouissassou, serait située une caverne profonde de 20m et haute de 4 à 5m.


La couverture de l'édition 1980

   Il est à noter qu'un laboratoire de Toulon aurait confirmé la présence de cette caverne et du lac souterrain de 10 hectares qui serait le plus grand du monde. Weysen ne s'attribue pas cette découverte à lui seul, il la dédie aussi aux travaux d'hydrogéologie de 1970 conduits par le professeur Van Nutsen de l'Université d'Amsterdam.

Une autre originalité est que ces eaux proviendraient de sources passant probablement sur des champs magnétiques (Cette dynamisation se fait lorsque les eaux coulent dans les régions où le sol est riche en fer, manganèse, et cobalt). Elles se trouvent alors magnétisées et portent une énergie appelée la "magnétohydrodynamique", qui fut découverte par le physicien britannique Michael Faraday (1791-1867). la MHD est l’étude de l’interaction entre les champs magnétiques et les fluides conducteurs.

 

Saint Célestin et Saint Augustin

 

   Avant d'aborder les liens avec ND de Marceille et son tableau de Saint Antoine, il faut faire un parallèle entre le Saint Célestin de Valcros et Saint Augustin.

 


Le tableau de Saint Célestin à Valcros
 


Saint Augustin est caractérisé par un cœur enflammé et sa crosse épiscopale

   Saint Augustin est reconnaissable par deux attributs caractéristiques : un cœur enflammé qu'il tient en général dans sa main, symbole de sa foi, et une crosse épiscopale, très souvent représentée par une canne à l'extrémité en colimaçon. Si on compare une représentation classique de Saint Augustin avec le Saint Célestin de Valcros, la ressemblance est frappante. Tout y est : le cœur enflammé, la canne épiscopale, les livres ouverts avec la même disposition et jusqu'à la position des deux personnages, ce qui exclue une quelconque coïncidence ...

 


Saint Augustin par Philippe de Champaigne

 

   Un détail va confirmer que le Saint Célestin de Valcros est bien Saint Augustin et il se trouve aux pieds du célèbre personnage peint par Philippe de Champaigne. Sur un rouleau de parchemin, un nom est clairement lisible... CELESTIN...

Pourrait-il alors s'agir d'une méprise qui attribua au tableau de Valcros une fausse identité ? C'est fort probable...


Détail du tableau de Saint Augustin - CELESTIN est visible sur le rouleau

 

Quel est le lien avec ND de Marceille ?

 

   Un fait troublant entre l'affaire de Rennes-Le-Château et celle de Valcros est que le tableau de Saint Antoine de ND de Marceille (en fait comme nous le verrons plus loin, un Saint Augustin) et le Saint Augustin de Valcros, sont basés sur la même scène. Les deux personnages sont présentés pratiquement dans la même position. De plus tout deux sont liés à un secret trésoraire de grande valeur. Enfin comme nous le verrons plus bas, les deux tableaux sont liés par une même équipe de peintres.

 

   Un autre rapprochement est possible par l'ancien message de Valcros qui nous parle de "La vallée de la Croix" et de "la  voie"

 

   Il faut savoir que la "Voie Sacrée" qui a servi pendant très longtemps aux pèlerins, s'appelait aussi "la voie des croix", sans doute du fait de la présence de plusieurs croix sur le chemin. L'une d'elle est encore visible à gauche de l'entrée principale. 


La Voie Sacrée de ND de Marceille

 

Le secret du Saint Antoine de ND de Marceille

   Pour comprendre et démonter la fabuleuse histoire de ce tableau, Franck Daffos, dans son livre "Le secret dérobé" étaye sa thèse d'une très belle démonstration historique. Je ne prétendrai nullement reprendre ici cette démonstration mais plutôt la présenter sous la forme d'une série d'épisodes que ses différentes recherches historiques ont permis de reconstituer.

 

Rennes-Le-Château est un immense puzzle, en voici une pièce importante ...

 

Mgr François Fouquet commande un Saint Augustin

 

   De 1660 à 1673, date de sa mort, Mgr François Fouquet, évêque de Narbonne et frère du célèbre Nicolas Fouquet, géra lui seul Notre Dame de Marceille. Cet épisode ne fut pas fortuit (les vrais raisons seront présentées dans un autre thème).

 

    Mais c'est à cette époque que l'évêque de Narbonne, pour des raisons qui seront expliquées par ailleurs, décida de laisser un message très particulier à son frère Nicolas emprisonné. Il faut rappeler que Nicolas Fouquet, surintendant du Roi, fut arrêté le 5 septembre 1661 à Nantes par Louis XIV, soupçonné d'enrichissement personnel.

 

   L'histoire du tableau de Saint Antoine commence donc avec Mgr François Fouquet lorsque en 1660 il eut l'idée de commander un  tableau codé représentant Saint Augustin.

 

Qui était Saint Augustin ?

 

   Augustin d’Hippone est le théologien le plus fascinant qui soit et sans doute le plus important après Paul de Tarse. Romain d'origine berbère, il était dissipé et actif. C'était un écrivain prolixe, homme de combat et de conviction. Né à la fin de l’empire romain, Augustin assista aux grandes invasions et à la prise de Rome par le Wisigoth Alaric en l'an 410. Ce témoignage bouleversera sa vision du monde et imprégnera sa théologie.

 

   Aurelius Augustinus naquit le 13 novembre 354 à Thagaste en Numidie (aujourd'hui Souk Ahras en Algérie). Romain d'Afrique d'une famille modeste, il eut comme père un petit propriétaire foncier attaché à la religion du paganisme romain et comme mère une fervente chrétienne (Sainte Monique). L'éducation du jeune Augustin fut chrétienne et intellectuelle car il envisagea en moment de devenir avocat.


Saint Augustin
de José de Ribéra 1636

   Il devint en fait professeur dans sa ville natale, puis à Carthage, où il fonda une école de rhétorique, puis à Rome et à Milan. Cette période l'éloigna de la religion, au désespoir de sa mère. Il mena alors une vie tumultueuse, divisée entre l'amour de sa femme avec laquelle il était lié depuis l'âge de 17 ans (et dont il eut en 372 un fils Adéodat) et sa passion pour la littérature, le théâtre et ses inquiétudes métaphysiques.

   Il découvrit la philosophie à 15 ans par Cicéron et le manichéisme auquel il se convertit durant 9 ans. Cette religion, très en vogue à son époque, enseignait une vision dualiste et tragique du monde (le Bien et le Mal).  A Milan, il devint influencé par un grand théologien chrétien Ambroise (plus tard Saint Ambroise) qui lui fit découvrir le néo-platonisme. Il s'orienta alors vers le christianisme, mais c'est dans un jardin de Milan que lui vint la révélation. Il entendit une voix qu'il interpréta comme celle de Dieu. Abandonnant l'enseignement, il se retira avec quelques amis, rédigea ses premiers textes philosophiques puis passa 3 ans de vie monastique. C'est à ce moment que la vie d'Augustin se confondit avec son activité de prêtre puis d'évêque d'Hippone (395).

    Participant activement aux grands conflits de l'Église d'Afrique, il produisit une œuvre immense, à la fois philosophique et théologique. Les trois œuvres les plus célèbres furent les Confessions (396-397), La Trinité (400-416), La Cité de Dieu (411-426). Convertit tardivement en 387, il devint évêque d'Hippone en 396. Ses ouvrages, dont "La Cité de Dieu", auront une influence considérable sur l'Église catholique et la culture occidentale.

   La fin de la vie d'Augustin fut ténébreuse : Il vit l'effondrement de l'Empire romain d'Occident et ce fut dans une ville assiégée par les Vandales qu'Augustin mourut le 28 août 430 à l'âge de 75 ans dans la colonie romaine d'Hippone (aujourd'hui Annaba en Afrique du Nord).

 

Pourquoi ce choix Saint Augustin ?

 

   Saint Augustin est considéré aujourd'hui comme le père de l'église catholique mais il était avant tout un philosophe chrétien. Pourtant, le fait essentiel de sa biographie qui nous occupe est qu'il assista de ses yeux au pillage de Rome par Alaric chef des Wisigoths le 24 août 410.

 

   Cet épisode historique très important et qui mis à feu et à sang Rome, a très souvent été commenté par les historiens pour son ampleur et son impact sur les consciences occidentales. Le butin fut tel qu'il fallut 6 jours et 6 nuits pour le rassembler. Cette prise était d'ailleurs d'autant plus importante qu'elle devait aussi comporter les trésors de Jérusalem pris par Titus en l'an 70.

 

   Voici donc un début d'explication. Mgr Fouquet, voulant laisser une première indication à son frère Nicolas, devait choisir un sujet hautement symbolique mais pas trop inhabituel pour l'époque. Le choix de Saint Augustin est judicieux car sa présence dans une église est nullement provocatrice. Par contre ce choix est pertinent pour deux raisons :

 

  Il fournit probablement une indication sur l'origine d'un trésor fabuleux. C'est en tout cas une très belle allégorie qui rappelle la quête de valeurs spirituelles perdues.

 

  Ce choix ne pouvait que choquer Nicolas Fouquet puisque son frère Mgr Fouquet, étant antijanséniste et faisant parti de la Compagnie du Saint Sacrement,  il n'aurait jamais accepté de voir dans ND de Marceille un portrait de Saint Augustin. Le but était bien sûr d'attirer les soupçons de Nicolas Fouquet, après son hypothétique libération, sur ce tableau.

 

Gasc se contredit... Volontairement...

 

   Henri Gasc, dans son opuscule, nous livre une indication précieuse sur l'origine du tableau. Consciencieux, il consigna dans un journal qu'il édita 3 fois, de nombreux détails sur ces travaux. C'est ainsi qu'on peut y lire deux versions surprenantes et différentes à propos de cette toile. La première est publiée en 1859 :

 

   "Il en est un (tableau) qui ne doit pas être passé sous silence : il représente l'ermite Saint Antoine dans une grotte éclairée par une lampe et par un rayon de la lune; il est d'un effet saisissant. La hardiesse du coloris et la fermeté du dessin décèlent un grand maître".

 

(Extrait Opuscule de Gasc, première édition 1859, p56)

 

   Gasc nous confie donc en 1859 que le Saint Antoine serait l'œuvre d'un grand maître. Il nous décrit sans ambigüité le tableau que nous connaissons aujourd'hui : un ermite Saint Antoine dans une grotte éclairée par une lampe et un rayon de lune. Les traits du visage et des mains montrent effectivement une peinture d'une qualité exceptionnelle.

   D'autre part la main gauche du personnage semble protéger un signe ou un blason cousu sur sa robe. Il s'agit en fait d'un T (Thau) démontrant sans ambigüité que nous sommes bien en présence de l'ermite Saint Antoine. Ce symbole est également visible sur le tableau de Teniers : "St Antoine et St Paul dans le désert", un T orne l'épaule droite de Saint Antoine.

 


Le T (Thau) est nettement visible sous sa main gauche

 

   Or Gasc publie en 1864 soit 5 ans plus tard, une seconde notice dans laquelle la description du tableau est très différente :

 

   "Ce tableau du frère Ambroise Frédeau représentant un moine de l'ordre de Saint Antoine de Viennois, qui, au milieu de la nuit, paraît écouter un concert céleste : tableau appendu dans l'église en 1684, probablement un ex-voto de ce religieux ou de sa communauté qui possédait un fief dans le territoire de Limoux."

 

(Extrait Opuscule de Gasc, seconde édition 1864, "Notice sur le pèlerinage de ND de Marceille" page 27)

 

Cette description sera reprise à l'identique dans les notices de 1876 et 1886

 

  En 1864, non seulement Gasc nous donne l'auteur, Ambroise Frédeau, mais l'ermite St Antoine devient un moine de l'Ordre de Saint Antoine de Viennois qui semble écouter un concert céleste. Autre information, le tableau d'Ambroise Frédeau aurait été accroché solennellement en 1684, soit 4 ans après la mort de Nicolas Fouquet, or il n'existe aucune trace de cérémonie.

 

   L’Ordre St-Antoine de Viennois n’a jamais été présent au 17e siècle à Limoux. Il s’agit en fait des Augustins auquel appartenait Ambroise Frédeau. L’Ordre St-Antoine de Viennois fut fondé à la fin du 11e siècle pour soigner le mal des ardents, ou "feu de St-Antoine", qui faisait des ravages au Moyen Age. Si l’Ordre fut placé sous la règle des Augustins en 1247 par le pape Innocent IV, il était un ordre hospitalier et non un ordre mendiant comme les Augustins : pour preuve, à la fin du 18e siècle le mal des ardents disparaissant, l’Ordre St-Antoine de Viennois fut absorbé par l’Ordre hospitalier de Malte (ex-Ordre des Hospitaliers de St Jean) les deux ordres St-Antoine de Viennois et des Augustins ne pouvaient donc se confondre, et Gasc ne pouvait l’ignorer …

 

L’ordre de Saint-Antoine du Viennois

 

   L'Ordre était au départ (1095) militaire et hospitalier mais en 1297 il fut transformé en congrégation religieuse gouvernée par un abbé. En 1382, le comte Aubert de Hainaut fonda à Mons, l’Ordre de Saint-Antoine dont le siège se trouvait non loin de Mons dans un petit ermitage forestier appelé Barbefosse et qui avait servi de cimetière pour les pestiférés et les contagieux. En fait le comte de Hainaut voulait de la sorte relever l’ancien ordre militaire et hospitalier de Saint-Antoine afin de lancer une ultime croisade pour reconquérir définitivement les Lieux saints. C’est leur deuxième grand maître, Guillaume de Hainaut qui cru enfin en 1416 pouvoir réaliser le grand rêve de la croisade, tous les princes d’Occident s’étant rangés derrière le tau de saint Antoine. Malheureusement le comte Guillaume IV devait mourir l’année même dans des conditions mystérieuses et l’ordre de Barbefosse n’allait pas survivre au gouvernement de sa fille Jacqueline de Bavière.


La chapelle Saint Antoine de Barbefosse au XVIe siècle par Jérôme Bosch
(musée de Valenciennes)

   La chevalerie de Saint-Antoine-en-Barbefosse se fondit dans l’Ordre de la Toison d’or et son siège qui venait d’être rebâti et richement décoré, fut remis aux Antonins du Viennois.

 

Merci à Alain Doumont pour sa contribution au site

 

   Enfin le registre des marguilliers confirme qu'un Saint Antoine a effectivement été descendu pour différents travaux le 25 août 1684. S'agit-il donc d'un Saint Antoine ou d'un moine de l'Ordre de St Antoine du Viennois ?

 

   Nous sommes donc en présence de deux descriptions de Gasc contradictoires. Nous verrons plus loin que, preuve à l'appui, Gasc a menti délibérément dans sa note de 1864 puisque la signature de la toile n'est pas du tout celle attendue. Son intention était certainement d'attirer l'attention d'un curieux sur ce tableau. Il fallut attendre 130 ans pour que quelques chercheurs s'intéressent finalement de près à cette œuvre.

 

   Et pour montrer que les historiens plus tard, puisèrent dans les écrits de Gasc, unique référence, le Révérend Père Migault, missionnaire lazariste, historien du Sanctuaire, publiait en 1962 à propos de ND de Marceille :

 

[...] En 1684, on suspendait un tableau d'Ambroise Frédeau, peintre et sculpteur, né à Paris en 1589, et moine de l'Ordre de St-Antoine de Vienne, mort à Toulouse en 1673. Ex-voto de son Ordre qui possédait un fief dans le territoire de Limoux; le tableau représente un moine, en méditation, au milieu de la nuit, et paraissant écouter un concert céleste.

 

Extrait p 48  Notre Dame de Marceille, Limoux - Par le Père G. Migault

 

1ère transformation :
Un Saint Antoine de Teniers devient un Saint Augustin

 

   Gasc à l'origine, devina très certainement qu'un grand maître se cachait derrière le Saint Antoine : Sans doute un Saint Antoine de Teniers le Jeune. En effet David Teniers Le Jeune peignit d'innombrables Saint Antoine qu'il réalisait sur commande. Il était donc très simple pour Ambroise Frédeau de récupérer une toile et de la transformer en Saint Augustin...

 

   Voici donc peut-être la première étape de la naissance du tableau. Mgr Fouquet passa entre 1660 et 1670 une commande d'un Saint Augustin à Ambroise Frédeau. Ce dernier prit l'un des innombrables tableaux Saint Antoine de Teniers le Jeune puis le repeignit en Saint Augustin... Mais cette hypothèse était valable jusqu'à la découverte d'une certaine signature...

 

Ambroise Frédeau (1589-1673)

 

   Il naquit à Paris en 1589 et fut moine ermite peintre de l'Ordre des ermites de Saint Augustin. Il passa la majeure partie de sa vie à Toulouse ou son talent fut très apprécié. Ambroise Frédeau travailla surtout au couvent des Augustins de Toulouse qui est devenu maintenant "Le musée des Augustins". Cet artiste ermite n'était pas seulement peintre mais aussi sculpteur et miniaturiste. Une autre particularité importante est qu'il était un excellent ami de Nicolas Poussin.

 

   Coïncidence malheureuse, Ambroise Frédeau et Mgr Fouquet, commanditaire du tableau de ND de Marceille, moururent la même année, en 1673. La toile fut donc exécutée entre 1660 et 1673, période à laquelle l'évêque François Fouquet gérait seul ND de Marceille.

 


Saint Nicolas de Tolentino, bercé par le concert des anges
par Ambroise Frédeau - 1650 (musée des Augustins à Toulouse)

   Cette toile est l'une des plus connues, réalisée en 1650 par Ambroise Frédeau. Elle représente Saint Nicolas de Tolentino, Ermite de saint Augustin et grand thaumaturge. Il était souvent en relation avec le monde céleste : une étoile le guidait la nuit quand il allait à l'église et, six mois avant sa mort, il entendit la musique des anges qui lui donnait un avant-goût des joies de la vie éternelle.

 

Comment est-on sûr qu'il s'agissait bien d'un Saint Augustin ?

 

   Plusieurs éléments chronologiques et historiques confirment la présence d'un Saint Augustin, mais cette reconstitution serait restée certainement très théorique s'il n'y avait pas un détail fabuleux qui vint conforter cette thèse. Par un hasard extraordinaire, il existe une gravure de grande qualité représentant ND de Marceille vers 1830. Cette gravure est remarquable par la qualité du détail et de son trait.

 


Gravure de Notre de dame de Marceille vers 1830 (de Reynié et Certain)

 

 

   Cette gravure, exceptionnelle par la finesse de son tracé, fournit de nombreux détails et notamment des informations importantes sur le fameux tableau dit "de Saint Antoine" ...

 


Gravure de Notre Dame de Marceille vers 1830 - Zoom sur le tableau de Saint Antoine

 


Un bâton en forme de crosse épiscopale et un cœur enflammé qui resplendit dans un halo de lumière entre les mains ouvertes du personnage: deux éléments iconographiques qui signent sans contestation possible une représentation
de Saint Augustin

 

   Cette gravure offre une telle finesse dans les détails qu'il est facile de reconnaître le Saint Augustin caractérisé par sa canne épiscopale à l'extrémité en colimaçon et un cœur enflammé entre ses mains. Entre 1830 et aujourd'hui, le tableau a bien changé d'aspect. D'autres éléments vont bien sûr confirmer ce constat... 

 

   On ne peut non plus rester  indifférent sur cet étrange créature en haut à droite du tableau représentant peut être une sorte de dragon ailé aux pattes crochues. Ceci fait-il parti des détails que Gasc fit disparaître de la toile ?

 

   De plus, cette gravure datant de 1830 et Henri Gasc ayant été aumônier de 1838 à 1872 à Notre Dame de Marceille, on peut affirmer sans risque que Gasc connaissait le tableau dans son aspect Saint Augustin... Pourquoi ne l'a t-il pas signalé tout simplement dans ses éditions successives ?

 

Et pour ceux qui douteraient encore

 

   Voici un travail numérique sur le personnage qui permet de distinguer le cœur enflammé et la fumée qui s'en dégage. C'est en zoomant à l'extrême, en réglant certains filtres et en réduisant le contraste que les formes principales s'accentuent. On distingue nettement entre les mains, légèrement plus bas, la forme du cœur et juste au dessus une nuée qui monte en nuage. Ce détail suffit à lui seul pour affirmer qu'il s'agit bien de Saint Augustin.

 

 

   En fait le doute provient du fait que Saint Augustin se trouve dans une grotte et semble soumis à des tentations comme Saint Antoine. En effet, nous verrons plus loin qu'un animal étrange sur le coin supérieur droite surplombe le personnage. Mais tout ceci est compréhensible si l'on suppose qu'il s'agit d'un Saint Antoine transformé en Saint Augustin.

 

Un autre élément incontournable : Boudet

 

   Cette présentation ne serait pas complète si on omettait de citer Henri Boudet. En effet, comme d'habitude dans son livre "La vraie langue celtique", Boudet nous suggère à demi-mot la solution puisqu'il nous parle justement de Saint Augustin dans son chapitre sur les généraux de Carthage.

 

   Après la conquête de la Numidie par les Romains, des collèges furent établies dans les grandes villes africaines pour l'étude des lettres latines et grecques : néanmoins, la langue punique ne cessa point d'être parlée dans son intégrité ; et ce qui le prouve, c'est le nom punique donné vers la fin du quatrième siècle après Jésus-Christ, au plus grand génie que l'Afrique ait produit, Saint Augustin. A peine âgé de vingt-huit ans, possédant toutes les connaissances humaines enseignées à cette époque, il professait avec éclat la rhétorique à Carthage et quelques années après à Milan où il fut baptisé par saint Ambroise en 387. Intelligence élevée, avide de toute science et surtout de vérité, esprit subtil et pénétrant, ayant une parole entraînante et un raisonnement d'une logique inébranlable, saint Augustin méritait certainement le nom d'Aigle des assemblées, qu'on lui a donné avec justice et bonheur - hawk (hâuk), faucon, - hustings (heusstings), salle d'assemblée.

 

(Extrait de "La vraie langue Celtique" page 98 de Boudet)

 

   Voici un belle exemple de la cryptologie de Boudet, mais il faut reconnaître qu'elle ne devient claire que lorsque l'on a, au préalable, compris ses allusions.

Si l'on extrait les expressions importantes de ce texte il faut retenir :
 

Saint Augustin, Ambroise, vérité, intelligence élevée, esprit subtil, aigle des assemblées, salle d'assemblée...

 

   Il est inutile de revenir sur les mots Saint Augustin, Ambroise ou vérité qui paraissent maintenant évidents. Pour le reste il faut savoir qu'il existe un superbe aigle sous l'orgue de Notre Dame de Marceille et qui surplombe l'assemblée des paroissiens. Un esprit subtil et une intelligence élevée sont évidemment nécessaires pour comprendre tout son sens...

 


L'aigle de Boudet

 

Et le Saint Augustin de Valcros ?

 

   Il se trouve que si l'on étudie la chronologie et l'histoire de quelques artistes du XVIIe et du XVIIIe siècle, un lien existe entre le Saint Augustin de NDM et celui de Valcros. Ce lien existerait par l'entremise de Simon Vouet, grand peintre français du XVIIe, qui aurait été le maître d'Ambroise Frédeau.

 

   Or Jean Mariette (1660-1742) qui aurait peint le Saint Augustin de Valcros, serait issu, d'après Alfred Weysen, d'une famille d'initiés descendant de Simon Vouet


Simon Vouet

 

   Mais, ce n'est pas tout. Un autre artiste peintre de la même époque que Jean Mariette serait aussi issu de la famille de Simon Vouet. Il s'agirait de Jean-Baptiste Corneille (1649-1695), or Mariette et Corneille sont originaire de la même région du sud de la France, la Provence. Il est donc très facilement imaginable que ces artistes se soient inspirés d'une œuvre telle que le Saint Augustin de NDM.

 

Simon Vouet (1590-1649) séjourna en Italie entre 1615 et 1627. Il côtoya les grands mouvements de la peinture italienne de l'époque, le naturalisme caravagesque, et les couleurs vénitiennes. De retour à Paris, il fut àla tête d'un important atelier de peinture et travailla dans un style italien et baroque pour la cour de Louis XIII et Richelieu. Mais il se heurta au talent de Nicolas Poussin à partir de 1640 pour se rapprocher de son classicisme.

 

   Enfin voici peut-être la version originale. Le tableau qui fut à l'origine de tant d'inspiration : "L'inspiration de Saint Mathieu" réalisé en 1602 par Caravaggio, Michelangelo Merisi (1573-1610) dit Le Caravage. On retrouve très nettement cette même composition en diagonale et la même position du sujet.

 

Michelangelo Merisi, dit Le Caravage naquit en 1573 à Caravaggio. Il vint à Rome à 15 ans, luttant contre la misère et une santé précaire. Moins de 10 ans plus tard, il devint célèbre et protégé par des mécènes illustres et puissants. Mais son tempérament colérique et violent lui valut aussi de nombreux problèmes avec la police. Les querelles, les rixes, les affaires de mœurs et surtout ses poussées de violence feront de lui un assassin en 1606. Condamné à mort, il dut fuir de Rome vers Naples, Malte et la Sicile. Il fut alors victime d'une agression et tenta de retourner à Rome. Il mourut en 1610 sur le chemin du retour, officiellement de la malaria, mais les circonstances exactes restent inconnues. Sa peinture se caractérise par le traitement contrasté de la lumière qui dramatise le sujet. Le naturalisme avec lequel l'artiste traita les scènes religieuses suscita l'indignation du clergé. Le Caravage fut sans doute l'un des plus grands maîtres de l'histoire et son art fut repris et copié dans toute l'Europe.


L'inspiration de Saint Mathieu
de Caravage 1602

 

2ème transformation :
Le Saint Augustin redevient un Saint Antoine

 

Pour comprendre cette nouvelle étape, il faut revenir sur les deux éditions de Gasc

 

   "Il en est un (tableau) qui ne doit pas être passé sous silence : il représente l'ermite Saint Antoine dans une grotte éclairée par une lampe et par un rayon de la lune; il est d'un effet saisissant. La hardiesse du coloris et la fermeté du dessin décèlent un grand maître".

 

(Extrait Opuscule de Gasc, première édition 1859, p56)

 

   Dans la première édition de 1859, Henri Gasc nous décrit un tableau de Saint Antoine ermite en suggérant qu'un grand maître en serait l'auteur (sans doute Téniers le Jeune). Une lampe et la lune éclairent la scène.

 

Cette description correspond au tableau actuel.

 

   Mais l'édition de 1864 change de ton. Gasc nous explique maintenant que la scène se déroule au milieu de la nuit et que le personnage, moine de l'Ordre de Saint Antoine de Viennois, paraît écouter un concert céleste.

La lampe aurait donc disparue ainsi que l'ermite de Saint Antoine ?

 

Il existe donc une belle contradiction.


Le tableau Saint Antoine visible
aujourd'hui à NDM

 

   "Ce tableau du frère Ambroise Frédeau représentant un moine de l'ordre de Saint Antoine de Viennois , qui, au milieu de la nuit, paraît écouter un concert céleste : tableau appendu dans l'église en 1684, probablement un ex-voto de ce religieux ou de sa communauté qui possédait un fief dans le territoire de Limoux."

 

(Extrait Opuscule de Gasc, seconde édition 1864, "Notice sur le pèlerinage de ND de Marceille" p27)

 

   Henri Gasc aurait-il, durant son poste d'aumônier à ND de Marceille, retouché lui-même le Saint Augustin en un Saint Antoine puisqu’il est prouvé qu’il était artiste peintre ? C'est cette transformation, effectuée certainement entre 1859 et 1864 (les deux dates des éditions de son opuscule) qui aboutira à la version du tableau telle que nous la connaissons aujourd'hui.

 

   Cette restauration est d'ailleurs fortement suggérée par l'analyse visuelle du tableau. En effet, non seulement toute la partie du coin supérieur droit est exagérément noire et bitumée, mais des marques de reprises de peintures sont visibles et grossières à certains endroits.

 

Pourquoi Gasc a t-il procédé à cette restauration ?

 

   Sans aucun doute pour atténuer certains effets ou tout simplement pour cacher certains détails trop limpides. Gasc trouvait sans doute le tableau trop lisible, trop déchiffrable et il préféra reprendre le codage laissé par l'évêque de Narbonne à l'attention de son frère Nicolas Fouquet dans le cas ou ce dernier serait libéré.

 

   C'est ici qu'intervient une fabuleuse enquête menée par Franck Daffos et qui montre à quel point Henri Gasc joue de son sens du cryptage. A ce propos, ce pourrait-il que Boudet est eu comme professeur de cryptologie Henri Gasc ?

 

1er indice :

"Ce tableau du frère Ambroise Frédeau représentant un moine de l'ordre de Saint Antoine de Viennois, qui, au milieu de la nuit, paraît écouter un concert céleste."

 

   Le tableau le plus important d'Ambroise Frédeau est comme par hasard " Saint Nicolas de Tolino, bercé par le concert des anges" de 1650. Voici donc ce fameux concert céleste qui serait en fait la musique des anges que Saint Nicolas de Tolino entendait la nuit, six mois avant sa mort.

 

2ème indice :

   Ce tableau représente Saint Nicolas de Tolentino, ermite de Saint Augustin, écoutant le concert céleste. Ce lien "Saint Augustin" que nous dévoile Gasc confirme que cette piste est la bonne.

 

3ème indice :

   De quel endroit, dans une église, la musique céleste peut-elle provenir ? Bien sûr d'un clocher. Or, on peut lire sur la cloche de NDM :

Sancte Augustine,
ora pro nobis, 1667

 

qui se traduit par : "Saint Augustin, priez pour nous" et la date de 1667 nous rappelle que ce fut l'évêque de Narbonne François Fouquet qui le premier mis en place ce cryptage.


Saint Nicolas de Tolino, bercé par le concert des anges - Ambroise Frédeau 1650

 

Le dragon ailé

   Il reste toutefois à comprendre ce que Gasc voulut à tout prix cacher dans le coin haut droit du tableau de Saint Augustin. Une hypothèse aurait pu être la représentation de la cloche "Saint Augustine" de NDM, mais il faut bien reconnaître que la fabuleuse précision de la gravure nous fait découvrir tout autre chose.

   On y voit en fait un étrange animal, mi chauve souris, mi dragon, et aux pattes crochues. Ce symbole fut en tout cas jugé trop direct et trop révélateur par Gasc.

 

   Il faut dire que si certains symboles évoquent Saint Augustin, d'autres rappellent plutôt David Téniers et ce monstre est un indice très révélateur. N'oublions pas que ce Saint Augustin fut probablement au départ un Saint Antoine de Téniers...


Un animal étrange plane au dessus
de Saint Augustin

 

Si on observe plusieurs Saint Antoine classiques de David Téniers, on s'aperçoit qu'il existe un bestiaire du monstre. Chauve souris, poissons, chimères, animaux mi-humains, etc...

On retrouve d'ailleurs cette faune dans de nombreuses peintures hollandaises de la même époque


Saint Antoine de David Teniers le jeune

 

   Dans cet exemple de Téniers voici un monstre qui est dans la même lignée que la chimère de Notre Dame de Marceille.

 

   Il faut dire qu'un tel monstre pouvait certainement choquer les visiteurs devant un tableau mi-Saint Antoine, mi-Saint Augustin. On peut alors facilement comprendre pourquoi Gasc remania la toile car son objectif était tout de même d'être discret...

 

   Mais il y a aussi une gravure qui pourrait expliquer quelques origines du monstre.


Saint Antoine de David Teniers (détail)

 


La tentation de Saint Antoine 2e version par Jacques Callot 1634

 

   Voici une gravure de Jacques Callot en 1634 et qui décrit une scène apocalyptique des tentations de Saint-Antoine. En haut de la gravure, un dragon ailé sème la terreur. On devine bien sûr l'origine du monstre dessiné sur la gravure de ND de Marceille. On peut donc affirmer qu'il ne s'agit pas d'une fantaisie de l'artiste mais bien d'une inspiration d'une toile qui a bien existée. Le monstre énigmatique de ND de Marceille serait donc un dragon ailé. En résumé nous aurions sur cette gravure dessinée par Reynié et Certain, un Saint Augustin en prise avec une tentation de Saint Antoine et qui daterait d'au moins 1634.

   Callot, maître graveur, fut un contemporain de Téniers le jeune. On peut donc facilement imaginer que ce dernier fut influencé par le génie inventif du graveur. D'ailleurs en 1625 Callot réalise une importante commande pour la gouvernante des Pays-Bas, Isabelle-Claire-Eugénie, sur le siège de Bréda. Il séjournera alors en Hollande où il rencontrera Antoine Van Dyck qui fait son portrait.

   Jacques Callot (1592-1635) est un dessinateur graveur lorrain spécialisé dans la gravure à l'eau forte. Il réalisa notamment une série de dix-huit eaux-fortes intitulée Les Grandes Misères de la guerre, évoquant les ravages de la Guerre de 30 ans. Il est considéré comme l'un des maîtres de l'eau forte caractérisé par la netteté de son trait. Il est à l'origine d'une immense œuvre extrêmement variée et sa production rappelle celle de Téniers le Jeune. On ne connait par contre aucune toile de lui.

 

4ème indice :
Pour le trouver il faut se référer à un autre passage extrait de l'opuscule de Gasc, version 1876 :

 

   "La chaire, pratiquée dans le mur comme une lanterne des anciens palais de justice"

 

(Extrait Opuscule de Gasc, troisième édition 1876, p26)

 

Si on rapproche cet extrait de Gasc avec celui de Boudet cité plus haut, un mot commun apparaît... Le mot "Justice" qui se retrouve associé à "La chaire".

 

"... Saint Augustin méritait certainement le nom d'Aigle des assemblées, qu'on lui a donné avec justice et bonheur - hawk (hâuk), faucon, - hustings (heusstings), salle d'assemblée.

 

(Extrait de "La vraie langue Celtique" p98)

 

 Voici donc ce que Gasc et Boudet voulaient nous indiquer : La chaire. Il faut d'ailleurs souligner que deux indices viennent confirmer cet endroit :

 

   Le tableau de Saint Antoine est placé exactement en face de la chaire

   Du clocher part un escalier à vis rejoignant la chaire

 

  Mais il faut aussi savoir que Gasc a durant ses travaux d'embellissement remplacé et réaménagé la chaire. On voit très nettement sur la gravure de 1830 la différence entre la chaire d’aujourd’hui et celle de l’époque.

 

Que cache la chaire ?

 

   Tant qu'une découverte concrète ne vienne pas conforter les plus belles déductions, ces dernières restent théoriques et sans grandes valeurs.

 

   Ce n'est heureusement pas le cas ici. La chaire indique effectivement un emplacement très particulier dans le sanctuaire, Celui d'un accès secret à une crypte. Il existe en effet une pièce secrète sous la chaire, accessible grâce à une trappe cachée dans le plancher.


(La présence de cette cache a été confirmée officieusement par la visite d'un passionné en 2005)

 

 

      On comprend alors tout le sens des mots qu'a voulu nous souffler Boudet :

 

Saint Augustin, Aigle, Justice et Bonheur...


La chaire en 1850 (extrait de la gravure)

 

   Il est maintenant amusant de lire la présentation officielle faite par l'association diocésaine, propriétaire des lieux. Pas un mot bien sûr du Saint Augustin ou de Monseigneur Fouquet...

 

   On remarquera la présentation de la chaire aujourd'hui, qui est extraite, sans le dire, de l'opuscule de Henri Gasc de 1876, et de l'Augustine...

 


Partie d'une présentation adressée au public à Notre Dame de Marceille

 

         

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