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Notre Dame de Marceille            4/9
Autres aménagements

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

   On pourrait supposer que le village de Rennes‑le‑Château constitue l'épicentre de l'énigme, le lieu où toutes les thèses convergent, l'endroit où tous les indices se focalisent. Il n'en est rien, bien au contraire. Rennes‑le‑Château et son Domaine construit par Bérenger Saunière ne sont en réalité qu'un support au codage du secret, un site devenu culte et sur lequel les lazaristes déposèrent plusieurs messages à la postérité.  

     Or, pour comprendre la fabuleuse épopée qui au cours des siècles permit de forger l'affaire des deux Rennes, il est indispensable d'enquêter également du côté de Notre Dame de Marceille, un sanctuaire limouxin très particulier par lequel des personnages clés laissèrent leurs empreintes, comme ces mêmes lazaristes et dont le plus emblématique fut Jean Jourde...

 

 

 

 

Sanctuarium Dei

    Notre Dame de Marceille fascine par la richesse des décorations intérieures et par ses peintures murales aux couleurs chaudes et ambrées. Mieux, elle cache des peintures importantes et liées à l'affaire de Rennes.

 

   Il est évident que cette église fut l'objet d'un soin tout particulier et les travaux furent certainement très importants si l'on compare la gravure de 1830 avec l'état actuel de l'ensemble.

 

   Nous savons aujourd'hui que Gaudéric Mèche et Henri Gasc participèrent très largement à la mise en lumière et à l'embellissement de cette paroisse en puisant dans des fonds très secrets...


La chaire actuelle


La nef et le maître‑autel

 


Une vue de la nef et ses médaillons
 


À l'arrière un orgue silencieux
entouré de médaillons

 


À gauche la chapelle de la Vierge Noire


Le Saint Antoine trône face à l'entrée

 


Le maître‑autel
 


La porte d'entrée principale et son diptyque sur Saint‑Augustin

 

Le Sanctuaire de Dieu

 

   Notre Dame de Marceille regorge de détails étonnants que Henri Gasc laissa derrière lui en espérant sans doute alerter une âme particulièrement perspicace. Celui‑ci est par exemple tout à fait surprenant.  

 

   Devant le chancel menant à l'autel, discrètement inscrit sur le sol en fine mosaïque, on peut lire ces deux mots en lettres onciales :

 

SANCTUARIUM DEI  (Sanctuaire de Dieu)

 

   Cette expression qui aujourd'hui laisse manifestement indifférents la plupart des visiteurs de Notre Dame de Marceille est pourtant lourde de signification.

 

Qu'est‑ce qu'un sanctuaire ?

 

Un simple dictionnaire donne ces quelques définitions :

1. Endroit le plus saint d'un temple, d'une église.

2. Partie d'une église située autour de l'autel

3. Édifice sacré, endroit ou l'on célèbre un culte

   Mais ces définitions sont incomplètes, car elles ne précisent pas pourquoi ce lieu est plus sacré que le temple lui‑même. En fait on pourrait reformuler par :

 

 Un sanctuaire est un lieu sacré consacré à une divinité
dans lequel on conserve une
relique sacrée ou une icône
objet de vénération de la part des croyants.

 

   Un sanctuaire est donc un édifice sacré construit en général sur un lieu particulier et destiné à abriter des reliques ou des ossements religieux. Les sanctuaires sont aussi souvent associés à l'idée de pèlerinage. On trouve d'ailleurs la notion de sanctuaire dans de nombreuses religions différentes.

 

   On comprend donc pourquoi ND de Marceille est aussi appelé "Sanctuaire" puisqu'elle abrite la célèbre Vierge Noire de Limoux responsable des fameux pèlerinages.  La présence du mot "Sanctuaire" ou "Sanctuarium" dans ND de Marceille serait donc restée bien anodine si on se limite à cette explication.

 

   Or, ceci ne vaut plus lorsque l'on parle de "SANCTUARIUM DEI" ou "Sanctuaire de Dieu", car si l'on applique la définition à la lettre, on obtient :

 

Le sanctuaire de Dieu est un lieu sacré consacré à Dieu
dans lequel on conserve une
relique sacrée ou une icône
objet de vénération de la part des croyants.

 

   La définition devient donc particulièrement énigmatique et un non sens théologique, car comment imaginer une relique ou des ossements de Dieu ? Henri Gasc, homme d'Église, mentor de Boudet, expert en codage et allégorie, a bien évidemment voulu nous laisser un message lorsqu'il décida d'inscrire ces mots sur le sol carrelé en 1860.

   N'oublions pas non plus que les termes "Sanctuarium Dei" ont été fortement utilisés dans les sermons de Saint Augustin, ce qui nous ramène au tableau de Saint Antoine...

 

Il suffit maintenant de consulter un dictionnaire latin...

 

"Sanctuarium" signifie "Temple de Jérusalem"

 

La chaire, passage secret

   La chaire visible aujourd'hui est le résultat des travaux d'embellissement d'Henri Gasc. En effet, il remplaça l'ancienne chaire murale par une niche richement décorée qui fait son originalité. Or cette nouvelle chaire cache un secret puisqu'elle permet d'accéder à une pièce fermée, une crypte occultée située dans le sous‑sol, sous le porche d'entrée. En remplaçant la chaire, le chanoine voulut sans doute créer un accès très discret à cette pièce à partir du plancher.

 

La chaire de ND de Marceille est classée aux Monuments historiques


La chaire installée par Gasc


 


L'intérieur de la chaire



 

   De par son caractère insolite et occulte, il n'existe aucun document décrivant l'intérieur et l'emplacement de la crypte.

 

   Voici quelques photos étonnantes montrant notamment le faux plancher installé récemment et destiné à fermer l'accès. Fallait‑il condamner cette trappe par des dalles béton ? Fallait‑il couper court aux rumeurs ? Le fait est que visiblement la décision fut prise de stopper toute curiosité.

 

   Heureusement, un passionné eut le temps en 2005 de profiter de cette entrée pour visiter discrètement la cache. Cette visite est importante, car elle démontre l'existence de la pièce secrète que l'on peut assimiler à une petite crypte aveugle.


La chaire et au sol des dalles
fermant l'accès à la crypte secrète

 

Le maître‑autel, des clés, et 681


La décoration de l'autel à ND de Marceille

   Voici une autre décoration bien curieuse au sein du Sanctuaire. Bien sûr, la présence d'un maître‑autel dans une église monumentale comme celle de ND de Marceille n'est pas en soi extraordinaire. Pourtant, certains détails sont intrigants.

 

   Le volume qu'il occupe est imposant et les sculptures sont très chargées donnant un aspect baroque à l'ensemble.

   Le maître‑autel que l'on estime du début du XVIIIe siècle confirme sa conception et son installation sans aucun doute lors de la période des grands travaux effectués par Mèche et Gasc entre 1838 et 1872.

   Ceci est d'ailleurs montré par l'aspect très différent de l'autel vers 1830 et que l'on peut voir sur l'ancienne gravure de Reynié et Certain.


Extrait gravure de ND de Marceille vers 1830
L'autel (de Reynié et Certain)

 


La Vierge et l'Enfant
sur l'autel


Le style baroque de l'autel contraste avec le reste du décor

 

   Au centre trône la Vierge tenant l'Enfant Jésus. Les autres personnages semblent aussi très classiques. Autour de la Vierge, nous trouvons à sa droite Saint Pierre reconnaissable à ses clefs, et à sa gauche Saint Paul. Excepté que Saint Paul présente ici un livre créant le doute. Habituellement Saint Paul est représenté avec une épée évitant ainsi la confusion avec d'autres apôtres. En effet, l'iconographie religieuse repose sur des symbolismes très précis. À chaque Saint sont associés un ou plusieurs attributs permettant une identification sans erreur. Or ici, le doute existe. Il pourrait s'agir de Saint Paul présentant ses Epîtres, mais aucune épée n'est visible. S'agirait‑il de Saint Luc ? Un détail va effectivement le confirmer...

 


Saint Pierre et ses clefs


Saint Paul ou Saint Luc ?

 

Qui était Saint Paul ?

 

   Saint Paul, apôtre, naquit en l'an 2 après J.‑C. de parents juifs à Tarse, ville romaine. Il fut élevé à Jérusalem dans les principes du pharisaïsme et il fut d'abord un ennemi farouche des chrétiens.
   À la suite d'une vision qu'il dit avoir eue sur le chemin de Damas, il se convertit et reçut le baptême. Il devint alors un des plus ardents apôtres de la religion nouvelle. Il prêcha l'Évangile aux païens dans l'Asie‑Mineure et la péninsule grecque, notamment dans l'île de Chypre, où il convertit le proconsul Sergius Paulus, à Galatie, à Philippes, à Thessalonique, à Athènes et enfin à Corinthe.  En 58 il retourna à Jérusalem, mais il fut assailli par une foule qui voulait le tuer.


 

Saint Paul par Lorenzo di Niccolo
représenté ici avec une épée et un livre (XVe siècle)

   Emprisonné deux ans à Césarée par Félix, gouverneur de Judée, il fut ensuite envoyé à Rome par de nouveaux gouverneurs et y fut acquitté. Après avoir prêché la foi à Rome, il retourna en Orient pour consolider la première organisation de l'Église. Vers l'an 63 ou 64, il revint à Rome où des chrétiens commençaient à être en grand nombre. Son insolence envers le pouvoir romain attira l'hostilité de Néron, et il fut mis à mort avec Saint Pierre en 66. Ses restes furent enterrés sur le chemin d'Ostie, puis transportés à Rome dans la crypte de l'église St‑Pierre.

 

   Saint Paul est aussi connu par ses 14 Epîtres adressées aux églises des régions qu'il avait parcourues. La dernière seulement, l'Épître aux Hébreux, fut contestée. Saint Paul était un écrivain brillant, convaincu, et l'auteur le plus prolixe du Nouveau Testament.

 

Qui était Saint Luc ?

 

   Saint Luc, Apôtre, naquit à Antioche. Au départ païen et médecin, il se convertit. Vers l'an 49, Saint Paul se joignit à lui. Par la suite, il suivit Paul jusqu'à son martyre. Mais lorsque Saint Paul fut décapité, Luc quitta Rome et on perdit sa trace.

 

   On représente souvent Saint Luc, le compagnon de Paul, avec un livre. Il consigna effectivement l'Évangile prêché par celui‑ci. Mais du fait que Saint Luc et Saint Paul furent longtemps ensemble, Saint Luc a été souvent confondu à Saint Paul. Servant sa foi sans reproche, il n'eut ni femme ni enfant. Il mourut à 84 ans en Boétie.  


Saint Luc et son évangile

   Les plus anciennes représentations de Saint Luc le montrent écrivant son Évangile. Le bœuf que l’on voit souvent près de lui fait référence au sacrifice dans le Temple qui figure au début de son Évangile (I 9). On le représente aussi traditionnellement peignant la Sainte Vierge.

 

Saint Luc
ou Saint Paul ?

 

   Le choix entre ces deux apôtres n'est donc pas évident, mais un détail peut aider.

   De sa main droite, le Saint nous montre un livre ouvert où deux pages présentent un texte latin composé de caractères suffisamment lisibles. Malgré certaines lettres légèrement  effacées, il est facile de les deviner puisqu'il s'agit d'un texte connu des théologiens.

   Et si l'on s'applique à recopier exactement sa calligraphie, voici le résultat :


Le livre de Saint Luc

 

 

   C'est en comparant ce texte avec l'original que l'on peut s'apercevoir de quelques anomalies. Le texte est en fait un extrait du "Cantique de Zacharie" que l'on retrouve dans l'évangile de Luc (1 : 68‑69‑70). Cette prière fut récitée par Zacharie à la naissance de Jean Baptiste. Les étoiles marquent la césure du verset :

Benedictus Dominus Deus Israel, *
quia visitavit, et fecit redemptionem plebis suae:


Et erexit cornu salutis nobis *
in domo David pueri sui.


Sicut locutus est per os sanctorum, *
qui a saeculo sunt, prophetarum eius:

Traduction :

Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël,
De ce qu'il a visité et racheté son peuple,

 

Et nous a suscité un puissant Sauveur
Dans la maison de David, son serviteur,

 

Comme il l'avait annoncé par la bouche de ses saints
prophètes des temps anciens,

La comparaison du texte original et du texte de l'autel mérite tout de même deux remarques :
 

   Le texte de l'autel a été reproduit sans aucun souci de césure des mots, à moins qu'il ne s'agisse ici d'une volonté particulière...

 

   Certains S sont remplacés par des F comme Ifraël pour Israël, vifitavit pour visitavit, ou eft pour est, un usage latin ou hébraïque sans doute datant au moins du XVe siècle.

 

   Surtout, un point intéressant est le suivant : comme à l'église Saint‑Sulpice de Paris où l'on trouve dans la chapelle des Saints Anges plusieurs références au nombre 681, on trouve ici un procédé équivalent. Le premier des 3 versets de l'Évangile de Saint Luc est tout simplement le 68 du chapitre 1 d'où 681. Coïncidence ? Il y a bien longtemps que ces belles coincidences ne font plus partie de mes hypothèses...
 

   En résumé nous avons d'un côté Saint Luc nous montrant le nombre 681, de l'autre Saint Pierre nous montrant des clés. Faut‑il interpréter ceci par :
"
681 est la clé..." ?
 

Il est vrai que nous retrouvons ce même refrain dans la fameuse sentence issue du grand parchemin :

 

BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS
GARDENT LA
CLE PAX 681...

 

Mais ce n'est peut‑être pas le seul message...

 

Les cryptes

   On a beaucoup écrit et romancé sur les mystérieux aménagements souterrains de ND de Marceille et les chercheurs ont longtemps été partagés sur l'existence ou non d'une ou de plusieurs cryptes.

   Il est vrai qu'Henri Boudet, dans son livre "La Vraie Langue Celtique", nous suggère leur présence puisqu'il fait allusion au terrain marécageux et à un ancien puits celte sur lequel le sanctuaire aurait été bâti.


Entrée de la crypte

 

   Or, c'est le chercheur Franck Daffos qui par l'étude des codages de Mgr François Fouquet, Mèche, et Gasc, nous révèle l'entrée d'une seconde crypte sous la chaire, un accès qu'il faut emprunter à partir d'une trappe secrète aménagée au sol. Nous serions donc en présence non pas d'une, mais de deux cryptes, chacune ayant une histoire bien différente.

 

   Malgré ces faits qui sont maintenant reconnus puisque vérifiés sur place par quelques chercheurs,  l'association diocésaine préfère nier leur existence. En effet, accepter la présence de ces cryptes c'est aussi avouer la connaissance de certains récits...

   C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles le visiteur de ND de Marceille ne verra aucune explication sur ces fameuses cryptes dans l'église, évitant ainsi toute polémique.

 

    Les photos des cryptes sont issues d'une étude faite par Philip Coppens et André Douzet vers 1995 "The secret Vault"

 

 

Entrée de la crypte depuis l'extérieur
vers la première salle

 

La première crypte

 

   Cette première et grande crypte, très ancienne, a été utilisée depuis fort longtemps par quelques privilégiés bien placés de l'évêché et par l'association diocésaine propriétaire du sanctuaire et qui connaissait son existence. Cette salle aurait abrité une bibliothèque très importante et des livres anciens et précieux. Malheureusement, elle aurait été pillée il y a quelques dizaines d'années. Les livres furent volés et revendus.

 

   Cette crypte était aussi connue par le supérieur des lazaristes du sanctuaire, le R.P. Gabriel Migault, puisqu'elle a été retrouvée il y a une cinquantaine d'années, comme il le révèle à demi‑mot dans une monographie historique de 1962.

   Enfin la crypte comporte un souterrain qui débouche dans le contrebas de ND de Marceille, près de l'Aude. C'est ce souterrain qu'utilisa une mystérieuse jeune femme pour sauver la Vierge Noire de la folie destructrice révolutionnaire.

 

   Quant au puits, il devait servir de conduit d'aération à la crypte.

 

   Aujourd'hui, le puits a disparu, mais des traces historiques nous prouvent sa présence comme sur la fameuse gravure de 1830 dessinée par Reynié et Certain. Il existe également dans l'église une trappe à l'endroit même du puits.


Le puits sur la gravure de 1830

 


Gravure de Notre Dame de Marceille vers 1830 (par Reynié et Certain)

 

   Voilà donc sans doute pourquoi Boudet nous parle d'un ancien puits celtique, puisqu'il connaissait certainement sa communication avec une partie du sanctuaire qui devait rester secrète.

 

   C'est sans doute aussi parce que le puits servait de conduit d'aération à la crypte que Gasc supprima sa partie extérieure. Son objectif était bien sûr d'être le plus discret possible sur la présence d'une construction en sous‑sol. Gasc devait aussi bénéficier d'une grande complaisance de la part de l'évêché et de Mgr de Bonnechose pour être autorisé à faire de tels travaux.

 

   L'accès au puits existe encore aujourd'hui. Il suffit de dégager une dalle, comme le montre la photo ci‑contre...  


Ce qui reste du puits
aujourd'hui

 


La première salle


Accès entre les deux salles

 

La seconde crypte

 

   L'histoire de cette seconde crypte, beaucoup plus petite, est encore plus extraordinaire puisqu'elle aurait été creusée par Mgr François Fouquet à la demande de son frère Nicolas Fouquet en 1659. Le plus amusant est qu'il semble que François Fouquet ignorait la présence de la première crypte. Il fut donc obligé de revoir ses plans et de la construire à côté de la première, ce qui la plaça sous le porche de l'entrée principale.

 

   C'est cette position de la seconde crypte qui permit à Henri Gasc, des années plus tard en 1860, d'aménager un unique accès, une entrée secrète située sous la chaire.

 


La localisation des deux cryptes (position approximative) à ND de Marceille

 

 

D'autres recherches ...

 

   L'étude des constructions souterraines de ND de Marceille a longtemps passionné les chercheurs. L'un d'eux débuta son exploration du côté de l’Aude au début du XXe siècle, le professeur et chirurgien Philippe‑Henri Lonet, passionné de photographie et de vieilles pierres. Avec l’aide d’un architecte, il essaya de dresser un plan complet des souterrains et il put ainsi compléter les travaux précédents. Il remarqua aussi que de vieilles pierres avaient servi à construire des bâtiments plus récents. De plus, certains murs semblaient formés à leur base par des pierres moyenâgeuses. Il remarqua également que de nombreux puits étaient présents, mais ils furent tous rebouchés vers 1897. C’est aussi cette année que les dossiers administratifs des souterrains de ND de Marceille disparurent curieusement…

 

   Plus tard, vers 1990, un certain Jos Bertaulet, auteur et chercheur, découvrit en bas de la Voie Sacrée, à droite après la rivière, deux ouvertures. Elles sont aujourd’hui dissimulées par des plaques de métal. 

 

   Toutes ces recherches montrent la complexité des aménagements en sous‑sol qui ont de plus certainement évolué au cours de l'Histoire. Il faut aussi se rappeler qu'Henri Gasc procéda à de nombreux travaux extérieurs dont la fontaine majestueuse qui dut nécessiter  pour l'époque des travaux importants puisqu'il fallut installer une station de pompage depuis l'Aude.

 

Saint Vincent de Paul

   L'abbé Boudet nous apprend que le sanctuaire était gardé par les enfants de Saint Vincent de Paul. Ce personnage fondateur des lazaristes ne manque pas de mystère puisqu'il vivra une expérience étonnante d'enlèvement. Cet évènement non prouvé, réel ou allégorique, semble être une initiation à un mystère particulier. Quoi qu'il en soit, nous trouvons la statue de Saint Vincent de Paul au fond des jardins de Notre Dame de Marceille.

   

   Il est également troublant de constater une coïncidence entre la présence de Saint‑Vincent de Paul dans cette église et le testament de François‑Pierre d'Hautpoul, l'un des parchemins supposés découverts par Bérenger Saunière, et dans lequel 6 lignes concerneraient également Saint Vincent de Paul.


Saint‑Vincent de Paul
au fond des jardins

 

Qui était Saint Vincent de Paul ? (1581‑1660)

 

    Né au village de Pouy (près de Dax) en 1581, Vincent De Paul fut confronté dès son enfance aux conditions d'existence des plus démunis. Il étudia à Dax et à Toulouse et fut ordonné prêtre en 1600.

 

   D'après ses dires, il aurait été capturé en 1605 par des pirates en se rendant de Marseille à Narbonne. Il s'évada de Tunis à l'issue de deux années d'emprisonnement.

 

    De retour à Paris, il fut frappé par la misère qui y régnait. La France connaît en ce temps‑là de nombreux combats avec l'étranger et la guerre civile. Le futur Louis XIV n'est qu'un enfant et les nobles, le Parlement et la maison du Roi se disputent le pouvoir. 


 

Saint Vincent de Paul
(1581‑1660)


 par Simon de Tours

    Les soldats souffrent. Les populations civiles sont ravagées : épidémies, maladies, famines, violence. Vincent de Paul devint alors une sorte de "ministre de la Charité", coordonnant toutes les bonnes volontés.Ses domaines d'action furent très variés : visiteur de prisonniers, prédicateur, collecteur de fonds, co‑créateur de congrégations. Aucune misère ne lui était étrangère : enfants abandonnés, victimes de la guerre, malades, fous...

 

   En août 1617, il rassembla des dames aisées de Châtillon les Dombes (Châtillon‑sur‑Chalaronne), au sein des "Charités", pour secourir les malades. Nommé aumônier général des galères en 1619, il porta secours aux esclaves. Il devint le supérieur du premier monastère parisien de l'Ordre de la Visitation Sainte‑Marie et précepteur dans la famille d'Emmanuel de Gondi. Une congrégation de prêtres exerçant leur apostolat en milieu rural fut établie à Paris en 1625, au Collège des Bons Enfants, dont Vincent devint le supérieur. Elle prit le nom de Lazaristes lorsqu'elle s'installa dans l'ancien prieuré Saint‑Lazare à Paris, en 1632.

   Vincent de Paul fonda l'Ordre des Filles de la Charité (ou Soeurs de Saint Vincent de Paul) en 1634. Cette institution fut à l'origine de l'hôpital des Enfants Trouvés de Paris. Vincent de Paul forma de nombreux prêtres et créa un séminaire de la Mission. Les premiers Lazaristes seront envoyés à Madagascar en 1648. Vincent organisa également des collectes à Paris pour secourir les victimes des guerres de religion. Il prêcha pour la modération à l'égard des protestants, puis s'opposa au jansénisme.


   Vincent de Paul fut proclamé saint par le pape Clément XII, le 16 juin 1737.
Il meurt épuisé à 79 ans le 27 septembre 1660.

 

La compagnie du Saint‑Sacrement

 

   Cette société secrète fondée en 1629 par le duc Henri de Levis‑Ventadour, ennemi juré des huguenots, et dont Saint Vincent de Paul était membre, était constituée de membres issus de l'aristocratie et de la bourgeoisie parlementaire. Elle avait pour objectif des buts charitables et ambitieux tels que la fondation d'hôpitaux, le secours aux victimes de la guerre, l'enfermement des mendiants, la lutte contre les Réformés, les duels, mais également d'autres buts comme la suppression des hérétiques, de l'adultère, du libertinage, du carnaval, et des blasphèmes. Elle devint très influente à la Cour du Roi, dans l'armée et la magistrature. Protégée par Anne d'Autriche, elle dérangea tour à tour dans l'exercice du pouvoir, Richelieu, Mazarin, et Louis XIV qui finira par l'interdire. Elle disparut totalement en 1667, sauf curieusement en Nouvelle France où elle subsiste aujourd'hui (Québec actuel).

  C'est en défendant les intérêts de l'Église que la Compagnie du Saint‑Sacrement devint l'ennemie jurée de Molière dans « L'affaire du Tartuffe ». Plusieurs membres de la Société de Notre‑Dame qui a fondé Montréal faisaient partie de cette très puissante Compagnie. Ceci est certainement l'un des faits à l'origine de la légende du Grand monarque.

 

   Le fondateur des sulpiciens, Jean‑Jacques Olier fit l'esquisse en 1643 d'une image utilisée par la Confrérie du Saint‑Sacrement de Saint‑Sulpice à Paris. La gravure est actuellement conservée à la Bibliothèque nationale.

 

 

Saint Vincent, un personnage bien mystérieux

 

   Saint Vincent de Paul reste un personnage énigmatique. En effet, il affirma avoir été enlevé à Marseille pendant 18 mois entre 1605 et 1607 par les Maures et détenu chez un alchimiste de Tunis. Molière en fera même une caricature en faisant dire à Géronte : "Mais que diable allait‑il faire dans cette galère ?").

   Or, aucune trace historique à ce jour ne confirme cette thèse. Saint‑Vincent de Paul disparut d'Europe pendant 2 ans ou du moins il ne donna aucune nouvelle durant cette période. Autre fait surprenant, à ce retour de sa supposée captivité, il privilégia sa première visite au Pape plutôt qu'à sa famille. Serait‑il passé par Notre Dame de Marceille en 1605 ?

 

La Vierge et le serpent

 

   Un autre aménagement remarqué : la statue de la Vierge dans les jardins au centre de la fontaine. Elle est représentée debout, couronnée et regardant le sol. Sous ses pieds, elle écrase un énorme serpent vert.

 

   Certains diront qu'elle écrase le démon du jardin d'Eden, ou qu'elle est une allégorie à la Vouivre, ce serpent de la terre, symbole des énergies souterraines. En réalité, il s'agit d'un symbole lazariste très classique que l'on retrouve également à l'église Saint‑Sulpice de Paris au fond de la grande nef ...

 

   Cette statue de la Vierge écrasant un serpent sous ses pieds est en fait la représentation des apparitions de la Vierge à une jeune novice des Filles de la Charité, rue du Bac à Paris en 1830. En effet, le 27 novembre 1830, la Vierge apparut une seconde fois à Catherine dans la chapelle. Elle vit comme deux tableaux vivants en fondu enchaîné, et dans lesquels la Sainte Vierge était debout sur un demi‑globe terrestre, ses pieds écrasant un serpent. La Vierge demanda alors que soit frappée une médaille à son effigie. "La Médaille Miraculeuse" fut ainsi créée et diffusée à plus d'un milliard d'exemplaires dans le monde depuis cette date.

 

   La présence de cette statue dans le parc de ND de Marceille s'explique par la présence des Lazaristes qui ont  dirigé ce lieu et qui sont, comme les "Filles de la Charité", les "Enfants de Saint Vincent de Paul". Les Lazaristes sont la branche masculine et les "Filles de la Charité" sont la branche féminine de la Congrégation de Saint Vincent de Paul.

 

   On retrouve donc cette même statue dans l'église Saint‑Sulpice de Paris, car depuis sa fondation dans les années 1646 par Jean‑Jacques Olier, disciple de Saint Vincent de Paul et affilié bien sûr à la Congrégation du Saint Sacrement, cette église parisienne a toujours été Lazariste.


La médaille miraculeuse
et la Vierge écrasant un serpent

 


La fontaine construite par Henri Gasc devant l'entrée
(extrait de l'album de ND Marceille)

 

Le porche et ses anciennes inscriptions

   L'entrée principale est à elle seule un mystère, car son aspect d'aujourd'hui n'est pas ce qu'il était et son analyse réserve quelques surprises.

 

   L'ensemble du porche fut construit en 1488 lors d'une série de réparations. La voûte est gothique et les trumeaux du portail à deux vantaux sont classés Louis XIV. Au milieu, une statue de la Vierge Marie couronnée et portant l'Enfant Jésus accueille les visiteurs.

 

   Or, l'examen d'anciennes photos montre autre chose. En effet,  une vieille carte postale de très bonne qualité permet de découvrir à l'extérieur du porche et sous la voûte d'entrée, plusieurs inscriptions tout à fait étonnantes. 


La Vierge couronnée et l'Enfant
sous le porche

   Sur la partie supérieure, nous avons d'abord cet ordre adressé au pèlerin :

 

ARRETE... PASSANT !
ADORE DIEU        ET INVOQUE MARIE

 

Dessous nous avons en lettres onciales :

 

AVE  MARIA  SINE  LABE  CONCEPTA

 

un texte que l'on retrouve sur certains médaillons à l'intérieur...

 

   Enfin, la plus intéressante est certainement ces deux groupes de mots latins qui semblent être extraits d'un poème et mis en scène sur deux bannières : 


Le porche vers 1900

 

 

hanc voce non timida               non est enim tumida
quilibet salutet                      ut non resalutet

 

voici la voix qui n'est pas craintive            elle n'est pas rempli d'orgueil
  n'importe qui peut la saluer                    elle te répondra en retour

 


Détail du porche (extrait de l'album de ND Marceille)

 

   C'est la perspicacité d'un passionné du forum qui permit de retrouver cet extrait latin issu d'un ancien recueil de poèmes qu'un certain Walter Mapes publia à Londres en 1841. Les auteurs de ces vers à ND de Marceille se sont‑ils inspirés de ce recueil ? Pourquoi pas ? C'est en tout cas à la page 212 que l'on peut découvrir le poème complet : "DE  PARTU  VIRGINIS

 

 


Les vers extraits et repris à ND de Marceille

 

 

 

Qui était Walter Mapes ?

 

   Selon la couverture, Walter Mapes, connu aussi sous le nom Walter Map ou Gautier Map, serait l'auteur présumé de ces poèmes que Thomas Wright, éditeur et antiquaire, aurait ensuite collectionné pour la publication du recueil.

 

   Walter Mapes (1137‑1210) naquit dans les marais du pays de Galles. Il étudia à Paris entre 1154 et 1160 puis retourna en Angleterre où il fut nommé Archidiacre à Oxford en 1197.

   Mais le plus intéressant est ses écrits et ses poèmes en latin à la fois célèbres et étranges.

 

   Car en dehors des romans, des satires très âpres contre Rome et le haut clergé, entre ses récits burlesques et curieux, ses histoires de mort‑vivant, ou ses histoires de crimes à la Cour, il lamente la perte de Jérusalem et raconte l'origine Chartreuse des Templiers et des Hospitaliers. Il y raconte notamment l’origine de ces Ordres tout en déplorant leur corruption croissante. Et en examinant de plus près ses textes, on y apprend qu'il côtoie très finement les légendes du Graal et les Chevaliers de la Table ronde...

 

   Walter (Gautier) Map dans son "De Nugis curialium" (1182), publia le premier récit légendaire de l'apparition de la tête de la Méduse ou Gorgone, au regard mortifère. Le mythe est repris, non sans variantes, par les chroniqueurs anglais vers 1190 de la 3ième croisade de Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, puis au XIIIe siècle, dans l'ouvrage breton "Le Livre d'Artus" au XIVe siècle et apparaît au cours du procès des Templiers.

 

   Nous avons donc ici un lien entre ND de Marceille et un auteur connu pour ses récits décalés sur les sujets mythiques que sont les Templiers et le Graal. Qu'on voulut nous dire ces prêtres érudits et décorateurs du porche du Sanctuaire de Limoux ? Que doit‑on en déduire ? Une chose est certaine, ces vers n'ont pas été choisis au hasard.

 

La Vierge, l'Enfant Jésus, et une croix de Salomon

 

   Le porche semble résumer à lui seul l'importance du lieu. Malheureusement, des restaurations incompréhensibles faites dans les années 1960 polluèrent les messages laissés par nos ancêtres. La découverte d'une grande croix de Salomon sous cette entrée très particulière vient certainement enfoncer le clou et valider une liste d'indices déjà longue. Cette croix aujourd'hui disparue et heureusement authentifiée par une photo, prouve que cet emplacement était sacré, mais jugez plutôt...

 

   Nous devons cette curiosité du porche grâce à la perspicacité d'un chercheur François Pous. Une ancienne image de la statue montre clairement qu'elle a fait l'objet d'une modification. En effet, entre les deux clichés, l'un extrait d'une brochure de 1962 et l'autre d'aujourd'hui, des différences sont nettement visibles.  

 


La Vierge et l'Enfant
à ND de Marceille en 1962


La Vierge et l'Enfant
à ND de Marceille aujourd'hui

 

   Si on observe les deux images, on peut vite s'apercevoir que le bras de l'enfant a été modifié. Dans sa version d'origine, l'enfant porte dans sa main gauche un globe surmonté d'une croix signifiant la présence de Jésus sur Terre. Sa main droite semble saluer le visiteur. Dans la version actuelle, l'enfant porte à la place du globe un oiseau et sa main droite a repris une position passive. La modification du statuaire fut en tout cas importante, car c'est tout le buste de l'enfant qui fut remplacé et même la tête.

 

   On peut se demander pour quelle raison cette statue fut restaurée jusqu'à modifier la position de l'un des personnages. Fallait‑il écarter un message un peu trop visible pour certains ? En réalité toutes les modifications du porche sont à considérer. Le signe de la main que l'enfant envoyait aux visiteurs pourrait être aussi une invitation à lire les formules hermétiques sous le porche. Voulait‑on s'adresser à des initiés ?

 

 

   Si l'on tient compte des dates des photos avant sa restauration, il ne fait aucun doute que le porche a été restauré vers les années 1960.

 

 

   Une autre modification étonnante est celle de la disparition d'une belle croix de Salomon qui ornait le dallage du porche devant la Vierge couronnée. Ceci pose deux questions :

 

1) Pourquoi cette croix davidique très symbolique décorait le porche d'une église chrétienne ?

 

2) Pourquoi a‑t‑elle été supprimée ?

 

 

   Il n'existe aujourd'hui aucune réponse officielle, mais avouons que cette belle étoile à 6 branches vient s'ajouter aux modifications effectuées sous le porche de ND de Marceille...


Le porche, et sa croix de Salomon
au sol aujourd'hui disparue...
(photo 1958)

 

 

   Aucune réponse ? Peut‑être pas. N'oublions pas que Nicolas Pavillon fit construire au XVIIe siècle, sous la chaire, un passage secret menant à la crypte occultée. Celle‑ci ne possède qu'un seul accès et se situe en partie sous le porche.

 

   Dès sa révélation par Franck Daffos, elle fut visitée par un autre chercheur juste avant sa condamnation par les propriétaires diocésains, prouvant ainsi son existence. Un autre détail met aussi la puce à l'oreille : le plan publié par le R.P. Gabriel Migault comporte des erreurs grossières.

 

   Il est clair que pour les Lazaristes et les chanoines qui occupèrent les lieux, cette cache miraculeuse fut l'objet d'une consécration toute particulière, tant son contenu devait être important et sacré. Aurions‑nous ainsi l'explication de ces restaurations étonnantes effectuées 30 ans après le décès de Jean Jourde ?  La grande étoile de Salomon indiquait‑elle trop clairement la cache ? Cette croix fut‑elle mise en place par Gasc lors des grands aménagements du Sanctuaire ?

 

 

Si des projets de restauration foisonnent dans l'Aude et se révèlent impératifs, il en est un qui je suis sûr serait porté par tous les passionnés de Rennes et les admirateurs de ND de Marceille : la réfection du porche et ses décorations telles qu'elles existaient avant leur transformation. Des photos existent, il manque seulement une volonté, celle de retrouver ce patrimoine intact.
 

Décidément Notre Dame de Marceille n'en finira pas de
nous réserver de belles surprises...

 

 

 

        

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