> Les sites remarquables > Notre Dame de Marceille

  

 

Notre Dame de Marceille
Autres aménagements

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

   On pourrait supposer que le village de Rennes-Le-Château constitue le centre de l'affaire, le lieu où toutes les thèses convergent. Il n'en est rien.

 

   Pour comprendre la fabuleuse épopée qui au cours des siècles, permit de forger l'affaire des deux Rennes, il est indispensable d'enquêter également du côté de Notre Dame de Marceille, un Sanctuaire bien particulier...

 

 

L'analyse de Notre Dame de Marceille est composée de 8 volets :

 

   Notre Dame de Marceille - Son histoire

   Son chemin de croix
  
Ses médaillons
  
Les autres aménagements
  
Le tableau de Saint Antoine (1) - Son histoire
   Le tableau de Saint Antoine (2) - Le récit d'une découverte
  
Le tableau de Saint Antoine (3) - Sa face cachée en couleur
   Les autres peintures et décorations

 

Sanctuarium Dei

    Notre Dame de Marceille fascine par la richesse des décorations intérieures et par ses peintures murales aux couleurs chaudes et ambrées. Mieux, elle cache des peintures importantes et liées à l'affaire de Rennes.

 

 

   Il est évident que cette église fut l'objet d'un soin tout particulier et les travaux furent certainement très importants si l'on compare la gravure de 1830 avec l'état actuel de l'ensemble.

 

 

 

   Nous savons aujourd'hui que Gaudéric Mèche et Henri Gasc participèrent très largement à la mise en lumière de cette paroisse en puisant dans des fonds très secrets...


La chaire actuelle


La nef et le maître-autel

 


Une vue de la nef et ses médaillons
 


A l'arrière un orgue silencieux
entouré de médaillons

 


A gauche la chapelle de la Vierge Noire


Le Saint Antoine trône face à l'entrée

 


Le maître-autel
 


La porte d'entrée principale et son dyptique sur Saint Augustin

 

Le Sanctuaire de Dieu

 

   Notre Dame de Marceille regorge de détails étonnants que Henri Gasc laissa derrière lui en espérant sans doute alerter une âme particulièrement perspicace. Celui-ci est par exemple tout à fait surprenant.  

 

   Devant le chancel menant à l'autel, discrètement inscrit sur le sol en fine mosaïque, on peut lire ces deux mots en lettres onciales :

 

SANCTUARIUM DEI  (Sanctuaire de Dieu)

 

   Cette expression qui aujourd'hui laisse manifestement indifférent la plupart des visiteurs de Notre Dame de Marceille est pourtant lourde de signification.

 

Qu'est-ce qu'un sanctuaire ?

 

C'est dans un simple dictionnaire que l'on peut trouver ces quelques définitions :

1. Endroit le plus saint d'un temple, d'une église.

2. Partie d'une église située autour de l'autel

3. Édifice sacré, endroit ou l'on célèbre un culte

   Mais ces définitions sont incomplètes car elles ne précisent pas pourquoi ce lieu est plus sacré que le temple lui même. En fait on pourrait reformuler par :

 

 Un sanctuaire est un lieu sacré consacré à une divinité
dans lequel on conserve une
relique sacrée ou une icône
objet de vénération de la part des croyants.

 

   Un sanctuaire est donc un édifice sacré construit en général sur un lieu particulier et destiné à abriter des reliques ou des ossements religieux. Les sanctuaires sont aussi souvent associés à l'idée de pèlerinage. On trouve d'ailleurs la notion de sanctuaire dans de nombreuses religions différentes.

 

   On comprend donc pourquoi ND de Marceille est aussi appelé "Sanctuaire" puisqu'elle abrite la célèbre Vierge Noire de Limoux responsable des fameux pèlerinages.  La présence du mot "Sanctuaire" ou "Sanctuarium" dans Notre Dame de Marceille serait donc restée bien anodine si on se limite à cette explication.

 

   Mais ceci ne vaut plus lorsque l'on parle de "Sanctuaire de Dieu". Car si l'on applique la définition à la lettre, on obtient :

 

Le sanctuaire de Dieu est un lieu sacré consacré à Dieu
dans lequel on conserve une
relique sacrée ou une icône
objet de vénération de la part des croyants.

 

   La définition devient donc particulièrement énigmatique car comment imaginer une relique ou des ossements de Dieu ? Henri Gasc, homme d'église, mentor de Boudet, expert en cryptologie et en allégorie, a bien évidemment voulu nous laisser un message lorsqu'il décida d'inscrire ces mots sur le sol carrelé en 1860.

 

   N'oublions pas non plus que les termes "Sanctuarium Dei" ont été fortement utilisé dans les sermons de Saint Augustin ce qui nous ramène au tableau de Saint Antoine...

 

La chaire, passage secret

   La chaire visible aujourd'hui est le résultat des travaux d'embellissement de Henri Gasc. En effet il remplaça l'ancienne chaire murale par une niche richement décorée et qui fait son originalité. Ceci est compréhensible si l'on admet que le chanoine voulait créer un accès discret à la pièce secrète située en dessous à partir du plancher.

 

La chaire de ND de Marceille est classée aux monuments historiques

 

 

   De part son accès interdit, il existe très peu de documents montrant l'intérieur de la niche.

 

   Voici quelques photos étonnantes montrant notamment un faux plancher de dalles récentes. Fallait-il condamner cette trappe pour couper court aux rumeurs ? Le fait est que visiblement la décision fut prise de stopper toute curiosité.

 

 

   Heureusement, un passionné eut le temps en 2005 de profiter de cette entrée pour visiter discrètement cette cache. Cette visite est importante car elle démontre l'existence de la pièce secrète que l'on peut assimiler à une petite crypte.


La chaire et sa trappe

 

Le maître-autel, des clés et un nombre

   Voici une autre décoration bien curieuse au sein du Sanctuaire. Bien sûr, la présence d'un maître-autel dans une église monumentale comme celle de ND de Marceille n'est pas en soi extraordinaire. Mais certains détails sont intrigants.

 

   Le volume qu'il occupe est imposant et les sculptures sont extrêmement chargées, donnant un aspect baroque à l'ensemble.

 

   Le maître-autel estimé du début du XVIIIe siècle confirme sa conception et son installation sans aucun doute lors de la période des grands travaux effectués par Mèche et Gasc entre 1838 et 1872.

 

   Ceci est d'ailleurs montré par l'aspect très différent de l'autel vers 1830 sur l'ancienne gravure de Reynié et Certain.


Extrait gravure de ND de Marceille vers 1830
L'autel (de Reynié et Certain)

 


La Vierge et l'enfant tenant un objet indéterminé


Le style baroque de l'autel contraste avec le reste du décor

 

   Au centre, trône la Vierge tenant l'enfant Jésus. Mais là un premier détail nous interroge. Que tient Jésus dans ses mains ? Selon l'iconographie et le contexte nous pouvons trouver un fruit, une mappemonde, une colombe... Mais ici l'objet et loin d'être explicite, peut être un livre...

 

    Les autres personnages semblent aussi très classiques. Autour de la Vierge tenant l'enfant Jésus, nous trouvons Saint Pierre reconnaissable à ses clefs à sa droite et Saint Paul à sa gauche. Excepté que Saint Paul présente ici un livre créant le doute. Habituellement Saint Paul est représenté avec une épée évitant ainsi la confusion avec d'autres apôtres. En effet, l'iconographie religieuse repose sur des symbolismes très précis. A chaque Saint est associé un ou plusieurs attributs permettant une identification sans erreur. Or ici, le doute est permis. Il pourrait bien sûr s'agir de Saint Paul présentant ses Epîtres, mais aucune épée est visible.  S'agirait-il alors de Saint Luc ? Un détail va effectivement le confirmer...

 


Saint Pierre et ses clefs


Saint Paul ou Saint Luc ?

 

Qui était Saint Paul ?

 

   Saint Paul, apôtre, naquit en l'an 2 après JC, de parents juifs à Tarse, ville romaine. Il fut élevé à Jérusalem dans les principes du pharisaïsme et il fut d'abord un ennemi farouche des chrétiens. Mais à la suite d'une vision qu'il dit avoir eue sur le chemin de Damas, il se convertit et reçut le baptême. Il devint alors un des plus ardents apôtres de la religion nouvelle. il prêcha l'Évangile aux païens dans l'Asie-Mineure et la péninsule grecque, notamment dans l'île de Chypre, où il convertit le proconsul Sergius Paulus, à Galatie, à Philippes, à Thessalonique, à Athènes et enfin à Corinthe.  En 58 il retourna à Jérusalem mais il fut assailli par une foule qui voulait le tuer. Emprisonné deux ans à Césarée par Félix, gouverneur de Judée, il fut ensuite envoyé à Rome par de nouveau gouverneur et y fut acquitté.


Saint Paul par Lorenzo di Niccolo (XVe siècle)
représenté ici avec une épée et un live

   Après avoir prêché la foi à Rome, il retourna en Orient pour consolider la première organisation de l'Église. Vers 63 ou 64 il revint à Rome où des Chrétiens commençaient à être en grand nombre. Mais son insolence envers le pouvoir romain attira l'hostilité de Néron. Il fut mis à mort avec Saint Pierre en 66. Ses restes furent enterrés; sur le chemin d'Ostie, puis transportés à Rome dans la crypte de l'église St-Pierre.

 

Saint Paul est connu aussi par ses 14 Epîtres adressées aux églises des régions qu'il avait parcourues. La dernière seulement, l'Épître aux Hébreux, fut contestée. Saint Paul fut un écrivain brillant, convaincu et l'auteur le plus prolixe du Nouveau Testament.

 

Qui était Saint Luc ?

 

   Saint Luc, Apôtre, naquit à Antioche. Au départ païen et médecin, il se convertit. Vers 49, Saint Paul se joignit à lui. Par la suite il suivit Paul jusqu'à son martyre. Mais lorsque Saint Paul fut décapité, Luc quitta Rome et on perdit sa trace.

 

   On représente souvent Saint Luc, le compagnon de Paul, avec un livre. Il consigna effectivement l'évangile prêché par celui-ci. Mais du fait que Saint Luc et Saint Paul furent longtemps ensemble, Saint Luc a été souvent confondu à Saint Paul. Servant sa foi sans reproche, il n'eut ni femme, ni enfants.
Il mourut à 84 ans en Boétie.

 

   Les plus anciennes représentations de Saint Luc le montrent écrivant son évangile. Le bœuf que l’on voit souvent près de lui fait référence au sacrifice dans le Temple qui figure au début de son évangile (I 9). On le représente aussi traditionnellement peignant la Sainte Vierge.


Saint Luc et son évangile

 

Saint Luc ou Saint Paul ?

 

   Le choix entre ces deux apôtres n'est donc pas évident. Mais un détail peut malgré tout nous aider.

 

   De sa main droite, le Saint nous montre un livre ouvert où deux pages présentent un texte latin composé de caractères suffisamment lisibles. Malgré certaines lettres légèrement  effacées, il est facile de les deviner puisqu'il s'agit d'un texte connu des théologiens.

 

   Et si l'on s'applique à recopier exactement sa calligraphie voici le résultat :


Le livre de Saint Luc

 

 

   Mais c'est en comparant avec le texte original que l'on peut s'apercevoir de quelques anomalies. Le texte est en fait un extrait du "Cantique de Zacharie" que l'on retrouve dans l'évangile de Luc (1 : 68-69-70). Cette prière fut récitée par Zacharie à la naissance de Jean Baptiste. Les étoiles marquent la césure du verset.

Benedictus Dominus Deus Israel, *
quia visitavit, et fecit redemptionem plebis suae:


Et erexit cornu salutis nobis *
in domo David pueri sui.


Sicut locutus est per os sanctorum, *
qui a saeculo sunt, prophetarum eius:

Traduction :

Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël,
De ce qu'il a visité et racheté son peuple,

 

Et nous a suscité un puissant Sauveur
Dans la maison de David, son serviteur,

 

Comme il l'avait annoncé par la bouche de ses saints
prophètes des temps anciens,

La comparaison du texte original et du texte de l'autel mérite tout de même deux remarques :
 

   Le texte de l'autel a été reproduit sans aucun souci de césure des mots, à moins qu'il ne s'agisse ici d'une volonté particulière...

 

   Certains S sont remplacés par des F comme Ifraël pour Israël, vifitavit pour visitavit, ou eft pour est, un usage latin ou hébraïque sans doute datant au moins du XVe siècle.

 

Mais surtout un point intéressant est le suivant. Comme à l'église Saint Sulpice de Paris où l'on trouve dans la chapelle des Saints Anges plusieurs références au nombre 681, on trouve ici un procédé équivalent. Car le premier des 3 versets de l'évangile de Saint Luc est tout simplement le 68 du chapitre 1 d'où 681. Coïncidence ? Il y a bien longtemps que cette belle apparition du hasard ne fait plus parti de mes hypothèses...
 

En résumé nous avons d'un côté Saint Luc nous montrant le nombre 681, de l'autre Saint Pierre nous montrant ses clés. Faut-il interpréter ceci par "681 est la clé..." ?
 

Il est vrai que nous retrouvons ce refrain dans la fameuse phrase :

 

BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS
GARDENT LA
CLE PAX 681...

 

Mais ce n'est peut être pas le seul message...

 

Les cryptes

   On a beaucoup écrits sur des supposés aménagements souterrains  à ND de Marceille et les chercheurs ont longtemps été partagés sur l'existence ou non d'une ou de plusieurs cryptes. Il est vrai que Henri Boudet, dans son livre "La vraie langue celtique", nous suggère leur présence puisqu'il fait allusion au terrain marécageux et à un ancien puits celte sur lequel le sanctuaire aurait été bâti.


Entrée de la crypte

 

   Mais c'est Franck Daffos qui, par l'étude des cryptages de Mgr François Fouquet, Mèche, et Gasc, nous révèle l'entrée d'une seconde crypte sous la chaire, par une trappe secrète aménagée au ras du sol. Nous serions donc maintenant en présence non pas d'une, mais de deux cryptes, chacune ayant une histoire bien différente.

 

   Malgré ces faits, qui sont maintenant officieusement reconnus puisque vérifiés sur place par quelques chercheurs,  l'association diocésaine préfère nier leur existence. En effet, accepter la présence de ces cryptes c'est aussi avouer la connaissance de certains récits...

 

   C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles le visiteur de ND de Marceille ne verra aucun écrit sur ces fameuses cryptes dans l'église, évitant ainsi toute polémique.

 

 

Les photos des cryptes sont issues d'une étude faite par Philip Coppens et André Douzet vers 1995 "The secret Vault"

 

 

 

 

Entrée de la crypte depuis l'extérieur
vers la première salle

 

La première crypte

 

   Cette première et grande crypte, très ancienne, a été utilisée depuis fort longtemps par quelques privilégiés bien placés de l'évêché ou de l'association diocésaine propriétaire du sanctuaire et qui connaissaient son existence. Elle aurait contenu une bibliothèque très importante et des livres anciens et précieux. Malheureusement elle aurait été pillée il y a quelques dizaines d'années. Les livres furent volés et revendus.

Cette crypte était aussi connue par le supérieur des lazaristes du sanctuaire, le R.P. Gabriel Migault, puisqu'elle a été retrouvée il y a une cinquantaine d'années, comme il le révèle à demi mot dans une monographie historique de 1962.

   Enfin cette crypte comporte un souterrain qui débouche dans le contrebas de ND de Marceille près de l'Aude. C'est ce souterrain qu'utilisa une mystérieuse jeune femme pour sauver la Vierge Noire de la folie destructrice révolutionnaire.

 

   Quant au puits, il devait servir de conduit d'aération à la crypte.

 

 

   Aujourd'hui le puits n'est plus visible dans l'église mais des traces historiques nous prouvent sa présence comme sur la fameuse gravure de 1830.


Le puits sur la gravure de 1830

 


Gravure de Notre de dame de Marceille vers 1830 (de Reynié et Certain)

 

   Voilà donc sans doute pourquoi Boudet nous parle d'un ancien puits celtique, puisqu'il connaissait certainement sa communication avec une partie du sanctuaire qui devait rester secrète.

 

   Mais c'est sans doute aussi parce que le puits servait de conduit d'aération à la crypte que Gasc supprima sa partie extérieure. Son objectif était bien sûr d'être le plus discret possible sur la présence d'une construction en sous-sol. Gasc devait aussi bénéficier d'une grande complaisance de la part de l'évêché et de Mgr de Bonnechose pour être autorisé à de tels travaux.

 

   L'accès au puits existe encore aujourd'hui. Il suffit de dégager une dalle, comme le montre la photo ci-contre...


Le puits aujourd'hui

 


La première salle


Accès entre les 2 salles

 

La seconde crypte

 

   L'histoire de cette seconde crypte, beaucoup plus petite, est encore plus extraordinaire puisqu'elle aurait été creusée par Mgr François Fouquet à la demande de son frère Nicolas Fouquet en 1659. Mais le plus amusant est qu'il semble que François Fouquet ignorait la présence de la première crypte. Il fut donc obliger de revoir ses plans et de la construire à côté de la première, ce qui la plaça sous le porche de l'entrée principale.

C'est cette position de la seconde crypte qui permit à Henri Gasc, des années plus tard en 1860, d'aménager son unique accès, une entrée secrète sous la chaire.

 


La situation des cryptes est approximative. Une étude sérieuse serait nécessaire pour les positionner correctement

 

 

D'autres recherches ...

 

   L'étude des constructions souterraines de NDM a passionné beaucoup de chercheurs. L'un d'eux a débuté son exploration du coté de l’Aude au début du XXe siècle par un chirurgien, le professeur Philippe-Henri Lonet, passionné de photographie et de vieilles pierres. Avec l’aide d’un architecte il essaya de dresser un plan complet des souterrains et il put ainsi compléter les travaux précédents. Il remarqua aussi que des vieilles pierres avaient servit à construire des bâtiments plus récents. De plus certains murs semblaient formés à leur base par des pierres moyenâgeuses. Il remarqua également que de nombreux puits étaient présents mais ils furent tous rebouchés vers 1897. C’est aussi cette année que les dossiers administratifs des souterrains de ND de Marceille disparurent curieusement…

Plus tard, vers 1990 un certain Jos Bertaulet, auteur et chercheur, découvrit en bas de « la voie sacrée » à droite après la rivière, 2 ouvertures. Elles sont aujourd’hui cachées par 2 plaques de métal. 

 

   Toutes ces recherches montrent la complexité des aménagements en sous-sol qui ont de plus certainement évolués au cours de l'histoire. Il faut aussi se rappeler que Henri Gasc procéda à de nombreux travaux extérieurs dont la fontaine majestueuse qui dut nécessiter  pour l'époque des travaux importants puisqu'il fallut installer une station de pompage depuis l'Aude.

 

Saint Vincent de Paul

   L'abbé Boudet nous apprend que le sanctuaire fut gardé par les enfants de Saint-Vincent de Paul. C'est ce même Saint Vincent de Paul, qui vivra une expérience étonnante d'enlèvement. Cet enlèvement, réel ou allégorique, semble être une initiation à un mystère particulier. Quoi qu'il en soit, nous trouvons la statue de Saint Vincent de Paul au fond des jardins de Notre Dame de Marceille.

   

   Il est également troublant de constater une coïncidence entre la présence de Saint-Vincent de Paul dans cette église et le testament de François-Pierre d'Hautpoul, l'un des 4 parchemins supposés découverts par Bérenger Saunière, et dans lequel 6 lignes concerneraient également Saint Vincent de Paul.


Saint-Vincent de Paul
au fond des jardins

 

Qui était Saint Vincent de Paul (1581-1660) ?

 

    Né au village de Pouy (près de Dax) en 1581, Vincent De Paul fut confronté dès son enfance aux conditions d'existence des plus démunis. Il étudia à Dax et à Toulouse et fut ordonné prêtre en 1600. D'après ses dires, il fut capturé en 1605 par des pirates en se rendant de Marseille à Narbonne. Il s'évada de Tunis à l'issue de 2 années d'emprisonnement.

    De retour à Paris, il fut frappé par la misère qui y régnait. La France connaît en ce temps là de nombreux combats avec l'étranger et la guerre civile. Le futur Louis XIV n'est qu'un enfant et les nobles, le Parlement et la maison du Roi se disputent le pouvoir. Les soldats souffrent. les populations civiles sont ravagées: épidémies, maladies, famines, violence. Vincent de Paul devint une sorte de "ministre de la Charité", coordonnant toutes les bonnes volontés. Ses domaines d'action furent très variés : visiteur de prisonniers, prédicateur, collecteur de fonds, co-créateur de congrégations. Aucune misère ne lui fut étrangère, enfants abandonnés, victimes de la guerre, malades, fous.


Saint Vincent de Paul par Simon de Tours

    En août 1617 il rassembla des dames aisées de Châtillon les Dombes (Châtillon-sur-Chalaronne), au sein des "Charités", pour secourir les malades. Nommé aumônier général des galères en 1619, il porta secours aux esclaves. Il devint le supérieur du premier monastère parisien de l'ordre de la Visitation Sainte-Marie et précepteur dans la famille d'Emmanuel de Gondi. Une congrégation de prêtres exerçant leur apostolat en milieu rural fut établie à Paris en 1625, au Collège des Bons Enfants, dont Vincent devint le supérieur. Elle prit le nom de Lazaristes lorsqu'elle s'installa dans l'ancien prieuré Saint-Lazare à Paris, en 1632.  Vincent de Paul fonda l'ordre des Filles de la Charité (ou Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul) en 1634. Cette institution fut à l'origine de l'hôpital des Enfants Trouvés de Paris. Vincent de Paul forma de nombreux prêtres et créa un séminaire de la Mission. Les premiers Lazaristes seront envoyés à Madagascar en 1648. Vincent organisa également des collectes à Paris pour secourir les victimes des guerres de Religion. Il prêcha pour la modération à l'égard des protestants, puis s'opposa au jansénisme.
Vincent de Paul fut proclamé saint par le pape Clément XII, le 16 juin 1737
Il meurt, épuisé, à 79 ans le 27 septembre 1660.

 

La compagnie du Saint-Sacrement

 

   Cette société secrète, fondée en 1629 par le duc Henri de Levis-Ventadour, ennemi juré des Huguenots, et dont Saint Vincent de Paul était membre, fut constituée de membres issus de l'aristocratie et de la bourgeoisie parlementaire. Elle eut pour objectif des buts charitables et ambitieux, tels que la fondation d'hôpitaux, le secours aux victimes de la guerre, l'enfermement des mendiants, la lutte contre les Réformés, les duels, mais également d'autres buts comme la suppression des hérétiques, de l'adultère, du libertinage, du carnaval, et des blasphèmes. Elle devint très influente à la Cour du Roi, dans l'armée et la magistrature. Protégée par Anne d'Autriche, elle dérangeât tour à tour, dans l'exercice du pouvoir, Richelieu, Mazarin et Louis XIV qui finira par l'interdire. Elle disparu totalement en 1667, sauf curieusement en Nouvelle France où elle subsiste aujourd'hui (Québec actuel). C'est en défendant les intérêts de l'église que la Compagnie du Saint-Sacrement devint l'ennemie jurée de Molière dans «L'affaire du Tartuffe».

   Plusieurs membres de la Société de Notre-Dame qui a fondé Montréal, faisaient partie de cette très puissante Compagnie du Saint-Sacrement. Ceci est certainement l'un des faits à l'origine de la légende du grand monarque.

 

 

Le fondateur des sulpiciens, Jean-Jacques Olier, fit l'esquisse en 1643 d'une image utilisée par la Confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Sulpice à Paris. La gravure est actuellement conservée à la bibliothèque nationale.

 

Un personnage bien mystérieux

 

   Saint-Vincent-de-Paul reste toutefois un personnage énigmatique. En effet, il affirma avoir été enlevé à Marseille pendant 18 mois, entre 1605 et 1607, par les Maures et détenu chez un alchimiste de Tunis! (Molière fit dire à Géronte : "Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?"). Or, aucune trace historique à ce jour ne confirme cette thèse. Saint-Vincent de Paul disparu d'Europe pendant 2 ans. Serait-il passé par Notre Dame de Marceille en 1605?

 

La Vierge et le serpent

 

   Un autre détail curieux : La statue de la Vierge dans les jardins au centre de la fontaine. Elle est représentée debout, couronnée et regardant le sol. De ses pieds, elle écrase un serpent vert.

 

   Certains dirons qu'elle écrase le démon du jardin d'Eden ou qu'elle est une allégorie à la Vouivre, ce serpent de la terre, symbole des énergies souterraines ? Mais ce qui peut paraître le plus étonnant, c'est qu'elle est également visible à l'église Saint Sulpice de Paris au fond de la grande nef ...

 

   Cette statue de la Vierge écrasant un serpent sous ses pieds est en fait la représentation des apparitions de la Vierge à une jeune novice des Filles de la Charité, rue du Bac à Paris en 1830. En effet le 27 novembre 1830, la Vierge apparut une seconde fois à Catherine dans la chapelle. Elle vit comme deux tableaux vivants en fondu enchaîné, et dans lesquels la Sainte Vierge était debout sur un demi globe terrestre, ses pieds écrasant un serpent. La Vierge demanda alors que soit frappée une médaille à son effigie. "La Médaille Miraculeuse" fut ainsi crée et diffusée à plus d'un milliard d'exemplaires dans le monde depuis cette date.

 

   La présence de cette statue dans le parc de ND de Marceille s'explique par la présence des Lazaristes qui ont  dirigés ce lieu et  qui sont, comme les "Filles de la Charité" les "Enfants de St Vincent de Paul". En effet, les Lazaristes sont la branche masculine et les "Filles de la Charité" sont la branche féminine de la Congrégation de St Vincent de Paul.

 

 

   On retrouve donc cette même statue dans l'église Saint Sulpice de Paris car depuis sa fondation dans les années 1646 par Olier, disciple de St Vincent et affilié bien sûr à la Congrégation du Saint Sacrement, cette église a toujours été Lazariste.


La médaille miraculeuse
avec la vierge écrasant un serpent

 


La fontaine construite par Henri Gasc devant l'entrée (extrait de l'album de ND Marceille)

 

Le porche et ses anciennes inscriptions

   Le porche est a lui seul un mystère car son aspect d'aujourd'hui n'est pas ce qu'il était et son analyse réserve quelques surprises.

 

 

   L'ensemble du porche fut construit en 1488 lors d'une série de réparations. La voûte est gothique et les trumeaux du portail à deux vantaux sont classés Louis XIV. Au milieu une statue de la Vierge Marie couronnée et portant un enfant accueille le visiteur.

 

 

   Mais l'examen d'anciennes photos montre autre chose. En effet,  une vieille carte postale de très bonne qualité permet de découvrir à l'extérieur du porche et sous la voûte d'entrée, plusieurs inscriptions tout à fait étonnantes. 


La Vierge couronnée et l'enfant

Sur la partie supérieure nous avons d'abord cet ordre adressé au pèlerin :

 

ARRETE... PASSANT !
ADORE DIEU        ET INVOQUE MARIE

 

Dessous nous avons en lettres onciales :

 

AVE  MARIA  SINE  LABE  CONCEPTA

 

un texte que l'on retrouve dans certains médaillons...

 

Enfin, la plus intéressante est certainement ces deux groupes de mots latins qui semblent être extraits d'un poème et mis en scène dans deux bannières :

 

hanc voce non timida      non est enim tumida
    quilibet salutet                ut non resalutet


Le porche vers 1900

 

voici la voix qui n'est pas craintive            elle n'est pas rempli d'orgueil
  n'importe qui peut la saluer                    elle te répondra en retour

 


Détail du porche (extrait de l'album de ND Marceille)

 

   C'est la finesse d'un passionné du forum qui permit de retrouver cet extrait latin issu d'un ancien recueil de poèmes qu'un certain Walter Mapes publia à Londres en 1841. Les auteurs de ces vers à ND de Marceille se sont-ils inspirés de ce recueil ? Pourquoi pas ? C'est en tout cas à la page 212 que l'on peut découvrir le poème complet : "DE  PARTU  VIRGINIS

 


Début du poème


Les vers extraits pour ND de Marceille

 

Qui était Walter Mapes ?

 

   Selon la couverture, Walter Mapes ( connu aussi sous le nom Walter Map ou Gautier Map), serait l'auteur présumé de ces poèmes que Thomas Wright, éditeur et antiquaire, aurait ensuite collectionné pour la publication du recueil.

 

   Walter Mapes (1137-1210) naquit dans les marais du pays de Galles. Il étudia à Paris entre 1154 et 1160 puis retourna en Angleterre où il fut nommé Archidiacre à Oxford en 1197.

 

   Mais le plus intéressant son ses écrits et ses poèmes en latin à la fois célèbres et étranges.

 

   Car en dehors des romans, des satires très âpres contre Rome et le haut clergé, entre ses récits burlesques et curieux, ses histoires de mort-vivant, ou ses histoires de crimes à la Cour, il lamente la perte de Jérusalem et raconte l`origine Chartreuse des Templiers et des Hospitaliers. Il y raconte notamment l’origine de ces ordres tout en déplorant leur corruption croissante. Mais en examinant de plus près ses textes on y apprend qu'il côtoie très finement les légendes du Graal et les Chevaliers de la table ronde...

 

   Walter (Gautier) Map dans son "De Nugis curialium" (1182), publia le premier récit légendaire de l'apparition de la tête de la Méduse ou Gorgone, au regard mortifère. Le mythe est repris, non sans variantes, par les chroniqueurs anglais vers 1190 de la 3ième croisade de Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion, puis au XIIIe siècle, dans l'ouvrage breton "Le Livre d'Artus" au XIVe siècle et apparaît au cours du procès des Templiers.

 

   Nous avons donc ici un lien entre ND de Marceille et un auteur connu pour ses récits décalés sur les sujets mythiques que sont les Templiers et le Graal. Qu'on voulut nous dire ces prêtres érudits et décorateurs du porche du Sanctuaire de Limoux ? Que doit-on en déduire ? Une chose est certaine, ces vers n'ont pas été choisis au hasard.

 

La Vierge, l'enfant Jésus et une croix de Salomon

 

   Le porche semble incontestablement résumer, à lui seul, l'importance du lieu. Malheureusement, des restaurations incompréhensibles faites dans les années 1960 polluèrent les messages laissés par nos ancêtres. La découverte d'une grande croix de Salomon sous cette entrée très particulière vient certainement enfoncer le clou et valider une liste d'indices déjà très longue. Cette croix aujourd'hui disparue mais heureusement authentifiée par une photo prouve que cet emplacement était sacré mais jugez plutôt...

 

   Nous devons cette curiosité du porche grâce à la perspicacité d'un chercheur François Pous. Une ancienne image de la statue montre clairement qu'elle a fait l'objet d'une modification. En effet, entre les deux clichés, l'un extrait d'une brochure de 1962 et l'autre d'aujourd'hui, des différences sont nettement visibles.  

 


Photo de la Vierge et l'enfant à NDM - 1962


Photo de la Vierge et l'enfant à NDM aujourd'hui

 

   Si on observe les deux images, on peut vite s'apercevoir que le bras de l'enfant a été modifié. Dans sa version d'origine, l'enfant porte dans sa main gauche un globe surmonté d'une croix signifiant la présence de Jésus sur Terre. Sa main droite semble saluer le visiteur. Or dans la version actuelle, l'enfant porte à la place du globe un oiseau et sa main droite a repris une position passive. La modification du statuaire fut en tout cas importante car c'est tout le buste de l'enfant qui fut remplacé et peut-être même la tête.

 

   On peut se demander pour quelle raison cette statue fut restaurée jusqu'à modifier la position de l'un des personnage. Fallait-il écarter un message un peu trop visible pour certains ? En réalité toutes les modifications du porche sont à considérer. Le signe de la main que l'enfant envoyait aux visiteurs pourrait être aussi une invitation à lire les formules hermétiques sous le porche. Voulait-on s'adresser à des initiés ?

 

 

   Il ne fait aucun doute que le porche a été restauré sans doute vers les années 1960, si l'on tient compte des dates des photos avant sa restauration.

 

 

   Un autre changement étonnant est celui de la disparition d'une belle croix de Salomon qui ornait le dallage devant la Vierge couronnée. Ceci pose deux questions :

 

1) Pourquoi cette croix très symbolique devant une église chrétienne ?

 

2) Pourquoi a-t-elle été supprimée ?

 

 

   Il n'existe aujourd'hui aucune réponse officielle, mais avouons que cette belle étoile à 6 branches vient s'ajouter au nombre de modifications troublantes effectuées sous le porche de ND de Marceille...


Le porche et sa croix de Salomon (1958)

aujourd'hui disparue...

 

   Il existe aucune réponse ? Peut-être pas. N'oublions pas que Nicolas Pavillon fit construire au XVIIe siècle, sous la chaire, un passage secret menant à une crypte très discrète. Celle-ci ne possède qu'un seul accès et se situe en partie sous le porche.

 

   Dès sa révélation par Franck Daffos, elle sera visitée par un autre chercheur juste avant sa condamnation par les propriétaires, prouvant ainsi son existence. Un autre détail met aussi la puce à l'oreille : le plan publié par le R.P. Gabriel Migault et qui comporte des erreurs grossières.

 

   Il est clair que pour les lazaristes et les chanoines qui occupèrent les lieux, cette cache miraculeuse fut l'objet d'une consécration toute particulière, tant son contenu devait être important et sacré. Aurions nous ainsi l'explication de ces restaurations étonnantes effectuées 30 ans après le décès de Jean Jourde ?  La grande étoile de Salomon aurait-elle marquée de façon trop visible la cache et aurait ainsi été remplacée par la main de l'enfant Jésus pointant le lieu, un clin d'œil certainement plus discret ? Cette croix fut-elle mise en place par Gasc lors des grands aménagements du Sanctuaire ?

 

 

Si des projets de restauration foisonnent dans l'Aude et se révèlent impératifs, il en est un qui je suis sûr, serait porté par tous les passionnés de Rennes et les admirateurs de ND de Marceille : la réfection du porche et de ses décorations telles qu'elles existaient avant leur transformation. Des photos existent, il manque seulement une volonté, celle de retrouver ce patrimoine intact.
Son message serait-il si dérangeant ?

 

Décidemment Notre Dame de Marceille n'en finira pas de
nous réserver de belles surprises...

 

        

Copyright © - Tous droits réservés - Jean-Pierre Garcia - http://www.rennes-le-chateau-archive.com