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Les Bergers d'Arcadie             3/5

Shugborough Hall et ses mystères

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

   Lorsque l'on évoque les tableaux liés à Rennes‑le‑Château, la première œuvre qui vient à l'esprit s'intitule "Les Bergers d'Arcadie" de Nicolas Poussin. Or il faut savoir qu'il existe non seulement deux versions du maître, mais aussi que le thème des Bergers arcadien inspira de nombreux artistes qui déclinèrent le chef-d'œuvre sous différentes variantes et à différentes époques. Ainsi, le tableau culte de Poussin fut reproduit à Shugborough Hall en Angleterre, ou sur la stèle du maître des Andelys à Rome, un mémorial dressé par René de Chateaubriand.

 

   Fascinant à plus d'un titre, d'une intelligence rare, conçu sur la base d'un support géométrique complexe et sacré, le tableau possède plusieurs codages imbriqués. On sait aujourd'hui grâce à son histoire et par le profil montagneux en arrière‑plan que la toile est directement liée au Secret des deux Rennes et à un secteur précis du Haut‑Razès...

 


 

Les Bergers d'Arcadie Version II par Nicolas Poussin
Faussement daté entre 1638 et 1640, plus vraisemblablement élaboré vers 1655

 

 

L'étude est composée des pages suivantes :

 

   Les Bergers d'Arcadie, un tableau très particulier

   Thèmes arcadiens

   Shugborough Hall et ses mystères

   Les Bergers d'Arcadie sous la lumière

   Le Triangle d'Or du Haut‑Razès

 


Shugborough Hall dans le comté de Staffordshire en Angleterre

   Shugborough Hall est une somptueuse demeure dans la plus pure tradition britannique du XVIIIsiècle. Elle est située au milieu de la campagne anglaise, dans un splendide jardin à la française. Elle abrite aujourd'hui un musée familial que l'on peut visiter et où l'on peut admirer une superbe collection de photographies, des peintures, des meubles et des objets du XVIIIsiècle. Elle est exactement située dans le comté de Staffordshire en Angleterre.

 

(Cliquez ici pour la localisation Google Maps et sélectionnez Shugborough)

 


Shugborough Hall ‑ Vue arrière des jardins


Shugborough Hall ‑ La maison chinoise

 

Les Bergers de marbre

 

   Mais cette magnifique propriété cache en réalité un secret ancien mis en valeur par les recherches menées sur les Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin.

   En effet, au fond des jardins de Shugborough Hall, un monument discret et mystérieux orne les buissons de rosiers et les arbustes.

 

   Il s'agit du monument des Bergers, appelé également "Les bergers d'Arcadie de Shugborough". Il se présente sous la forme d'une arche ornée de deux colonnes au milieu de laquelle un marbre en relief est mis en valeur.


Le monument des bergers

 

   Moins connu que la version originale peinte par Nicolas Poussin, les Bergers d'Arcadie  se trouve donc également de l'autre côté de la Manche, dans le comté de Staffordshire en Angleterre, ce qui est plutôt étrange si l'on considère que Poussin ne mit jamais les pieds sur les Îles britanniques.

 

   Par quel lien sa renommée put‑elle franchir le pas de Calais et surtout pourquoi les Bergers d'Arcadie ici ?

 

   Le thème y est représenté sur un marbre en bas‑relief dont le dessin a été inversé dans le sens horizontal comme dans un miroir. L'inversion est un procédé récurant que l'on retrouve sur toute l'affaire de Rennes. Au‑dessous, une curieuse abréviation semble lui donner un titre ou une légende.

 

   Le monument fut commissionné par l'amiral Lord Anson au XVIIIsiècle.


Le monument des bergers dans les jardins de Shugborough Hall (photo Philippe Bouyer)

 

   La scène inversée et en relief présente quelques différences par rapport à l'original de Nicolas Poussin. Le profil montagneux au fond a disparu et le tombeau antique semble être ici matérialisé par un luxueux monument posé sur un promontoire pyramidal. Par contre, les positions des personnages, les mains et l'angle des bâtons restent identiques.

 

Un détail intéressant est celui du doigt du berger barbu.


Le marbre de Shugborough Hall (Photo Philippe Bouyer)

 

L'index du berger barbu désigne la lettre N et son pouce est sur le R

 

Or sur l'original de Poussin, l'index est sur le R

 

La conclusion est évidente. Du fait de l'inversion de la scène, la position exacte des mains n'a pu être respectée, le texte latin n'étant pas lui aussi inversé.


Détail des mains des bergers Shugborough (photo Philippe Bouyer)

Le marbre de Shugborough a donc certainement été copié à partir d'une gravure déjà inversée. On peut aussi supposer que le graveur négligea certains codes importants par ignorance.

 

En fait, il est probable que la position relative des mains entre elles soit plus importante que ce qu'elles désignent dans le texte latin.

 

Les Bergers d'Arcadie de Shugborough Hall

 

   Le plus étrange à propos du marbre est certainement l'inscription qui se trouve au bas du monument. Elle ne trouve aucune référence ou aucun écho du côté de Poussin et elle est restée jusqu'à présent sans solution acceptable. Ceci alimenta bien sûr au fil du temps toutes les spéculations et généra de nombreuses légendes et hypothèses.

 

   C'est à la fin 2004 qu'un chercheur présenta un travail intéressant, sans doute dynamisé par le succès médiatique du Da Vinci Code, mais pour bien comprendre le contexte de cette recherche il faut connaître l'histoire de Shugborough Hall et de sa dynastie.

L'inscription énigmatique sous les Bergers de Shugborough

 

La famille Anson

Son histoire

 

   Avant tout, il faut savoir que le monument des Bergers étant situé en Angleterre, toutes les légendes nées de ce lieu sont imprégnées de la culture anglo‑saxonne.

 

   Voici pourquoi, pendant de nombreuses années l'une d'entre‑elle prétendait que les 10 lettres D. O.U.O.S.V.A.V.V. M. désignaient l'endroit où serait caché le Saint‑Graal, la coupe mythique qui se serait perdue en Angleterre. Le message énigmatique fut d'ailleurs l'objet de nombreuses recherches entreprises par des spécialistes du chiffrement de la Seconde Guerre mondiale.

 

   Shugborough Hall est imprégné de 300 ans d'histoire par la famille Anson. Construite au XVIIsiècle et située dans le comté de Staffordshire, la propriété a appartenu de façon héréditaire aux comtes de Lichfield (Anson) et la maison fut agrandie en 1750 puis au 19siècle.

 

   Actuellement le domaine est géré par le Patrimoine National, ce dernier étant financé par l'aristocratie britannique.


Shugborough Hall ‑ Vue arrière

 

   Tout commença donc en 1624 ou un certain William Anson acheta Shugborough qui était un ancien évêché pour la somme princière de £1000. Mais en 1693, son petit‑fils William détruisit le manoir existant pour construire une nouvelle maison qui devint la partie centrale du bâtiment que l'on connaît aujourd'hui.  Ce sont ses arrières petit‑fils Thomas et Georges Anson qui seront responsable des plus grandes modifications.

   En 1720, Thomas Anson (1695‑1773) hérite de la maison. Passionné d'art classique, il est très influencé par ses voyages en Europe.

   En 1730, Thomas Anson accéda au titre de collégien de la société royale. Ses parrains furent William Jones (mathématicien) et Zachary Pearce (vicaire). En 1732 Thomas Anson et Lord Sandwich fondèrent le Dilettanti Society pour promouvoir l'étude de l'ancien grec et des monuments. Thomas fit ensuite de nombreux voyages vers 1740 (Alexandrie, le Caire,...)

 

   Son frère George Anson (1697‑1762) eut une tout autre destinée. Personnage mystérieux, il rejoignit la Navy à l'âge de 14 ans et passa 15 ans sur un navire. Il devint capitaine de son propre bateau en 1724 à l'âge de 27 ans. En 1747, il fut promu Lord Anson et après de longues années (1740‑1744) et un long voyage épique autour du monde, il devint 1er Lord de l'amirauté en 1751.

 

   Cette nomination, il la doit à une célèbre bataille navale qu'il gagna contre le navire espagnol "Notre dame de Covadonga" au cap Finistère. De son voyage, il ramena de nombreux objets, dont des précieux vases chinois visibles aujourd'hui.

 


L'amiral George Anson
Commandant en chef de la dernière expédition vers les mers du sud

 

   Mais sa fortune, il la devra grâce à la capture d'un galion espagnol et de son trésor s'élevant à 400 000 Livres. C'est cet épisode qui rendra définitivement la famille riche.

 

   George Anson fut également remarqué en Nouvelle Ecosse (Canada) au cours de l'un de ses voyages, où il mit en échec et confisqua plusieurs bateaux français.

 

   Ce fut donc en héros qu'il revint à Shugborough Hall en 1744 et l'argent qu'il ramena servit à reconstruire Shugborough ainsi que les monuments des jardins.

 

   En 1745 la restauration de Shugborough commença et deux pavillons furent ajoutés de chaque côté de la maison par l'architecte Thomas Wright, ce qui donna un style très Georgien. En 1747, Thomas Anson fut élu membre du parlement pour Lichfield.

   C'est à cette époque que commencèrent à circuler des bruits sur l'appartenance des frères Anson à une société secrète "Bungalow". Il faut dire que cette période correspond à l'expansion des loges maçonniques en Angleterre et en France.

 

   En 1748, George Anson se maria à Lady Elisabeth York (fille de Philippe York, Lord Chancelier Hardwick).

 

  C'est Thomas Wright, architecte et astronome, qui en travaillant à Shugborough Hall dessina le monument des bergers. Ce dernier fut commissionné en 1748 par James Stuart et réalisé par Peter Scheemakers.


Les armoiries de Shugborough

 


Shugborough Hall aujourd'hui

 

Le poème

 

   George Anson et Elisabeth York n'eurent pas d'enfant et c'est Thomas Anson qui hérita de la fortune. A la mort de George Anson en 1762, une cérémonie eut lieu au Parlement au cours de laquelle un long poème fut récité à voix haute. Ce texte composé par Dr Sneyd Davies est constitué d'une strophe donnant ceci :

“Upon that storied marble cast thine eye.
The scene commands a moralising sigh.
E’en in Arcadia’s bless’d plains,
Amidst the laughing nymphs and sportive swains,
See festal joy subside, with melting grace,
And pity visit the half‑smiling face;
Where now the dance, the lute, the nuptial feast,
The passion throbbing in the lover’s breast,
Life’s emblem here, in youth, and vernal bloom,
But reason’s finger pointing at the tomb!”

 

Et voici sa traduction :

"Sur ce marbre légendaire jetez votre oeil.
La scène ordonne un soupir moralisant.
Et dans les plaines bienheureuses d'Arcadie,
Parmi les nymphes riantes et les soupirants allègres,
Voie la joie festive se calmer, avec la grâce attendrissante,
Et avoir pitié de la visite le visage en demi‑sourire;
Là où maintenant la danse, le luth, le festin nuptial,
La passion battant dans le sein de l'amante,
L'emblème de Vie ici, dans la jeunesse, et la floraison vernale,
Mais le doigt de la raison désignant le tombeau !"

 

   Ces vers sont une allusion claire aux Bergers de Shugborough.

 

   La scène se passe en Arcadie, paradis mythologique grec où une femme amante, le visage apaisé, rend visite à un tombeau. La Vie symbolisée par la jeunesse et le printemps est opposée à la mort que désigne le doigt de la raison et les mots ET IN ARCADIA EGO

 

   Mais qui est cette femme représentée par Nicolas Poussin, ici amante et rendant visite à un tombeau ? Et quel est ce tombeau ? La parabole entre cette scène et Marie‑Madeleine, amante de Jésus est saisissante.

 

   Un tableau représentant Lady Anson lève en tout cas le doute sur l'intérêt que porta cette famille à propos des Bergers d'Arcadie. Dans sa main droite, une esquisse des Bergers de Poussin est nettement visible.


Lady Anson Coke 1751
(La mère de Thomas Coke)

 

Les monuments de Shugborough

 

   Thomas Anson, héritier fortuné, put alors assouvir sa passion pour l'art classique. Son ami James Stuart fut commissionné pour construire 8 monuments dans le parc. Thomas collectionna également de nombreux objets, livres, sculptures, peintures. Mais une partie de sa collection sera vendue en 1842...

 


 

La maison chinoise

 

 

 


 

Le temple de Héphaïstos

 

 

 


 

L'Arc de triomphe
Il sert de mémorial du fait de la mort de George et Elisabeth Anson peu après sa construction


 

La tour des vents (1765)


 

La ruine


 

La lanterne de Démosthène

Chaque monument représente une partie de la vie de George Anson et l'un des 8 monuments est celui des bergers d'Arcadie...

 

George Anson est supposé aujourd'hui avoir appartenu à une société secrète et ce monument en serait une conséquence...


 

Le monument des Bergers


Le monument du chat

 

Coïncidences troublantes ‑ Le lien Anson Téniers

 

   Lorsque Thomas mourut non marié en 1773, Shugborough Hall et le nom Anson furent laissés au fils de sa sœur, George Adams d'Orgreave. La dynastie se poursuivit ainsi avec Thomas Anson (1773‑1818) qui devint vicomte en 1806. Cette même année, il se maria avec Ann Margaret Coke, fille de Thomas Guillaume Coke (1er Comte de Leicester). Le nouveau vicomte Anson demanda à Samuel Wyatt de revoir l'aménagement intérieur de Shugborough, un travail dont on peut admirer le résultat aujourd'hui. Thomas William Anson fils du 1er vicomte Anson succéda ensuite en 1808 et devint le 2ème vicomte.

 

   Le 1er Comte de Leicester fut non seulement responsable des travaux de Peter Scheemakers (l'auteur du monument des Bergers), mais également collectionneur. Or ce n'est pas tout ; sa femme Ann Margaret Coke, artiste, réalisa des copies peintes de Poussin et de Téniers. Avouez que la coïncidence mérite d'être soulignée... D'ailleurs, dans la collection de peintures se trouvent une grande huile d'Ann Margaret Coke, une copie d'une peinture de Téniers : Saint Antoine et Saint Paul dans le désert.

 

   Le descendant de cette famille fut ensuite le Comte de Lichfield, connu sous le nom de Patrick (Anson) Lichfield. Le célèbre photographe royal possédait un appartement à Shugborough. Il disparut en 2005. Lichfield était aussi le premier cousin de la Reine Elisabeth II. Quant à sa mère, Anne Bowes‑Lyon (1917‑1980) elle devint après un remariage la princesse Anne du Danemark.

 

   Décidément, la famille Anson suscita pendant des années énormément d'intérêt pour les tableaux proches de l'énigme...


Le salon rouge créé en 1794 by Samuel Wyatt

 


Le bureau d'Anson et Patrick Lichfield
Au mur l'épopée du galion espagnol et de son trésor

 

Anson et le Prieuré de Sion

   Quel peut être le lien avec l'affaire de Rennes‑le‑Château, si l'on considère que la présence des Bergers d'Arcadie dans les jardins de Shugborough n'est pas le fruit d'un caprice d'artiste ?

 

   Pour comprendre l'ampleur de l'énigme il faut remonter en 1714, date à laquelle Charles Radclyffe, Grand Maître du Prieuré de Sion de 1727 à 1746, s'échappa de la prison de Newgate. Cette évasion, il la doit à son cousin le comte de Lichfield. Voici donc une connexion avec le sulfureux Prieuré de Sion.

 

   Les Radclyffe étaient une famille importante du nord de l'Angleterre. Charles Radclyffe naquit en 1693 et il est le fils de la fille illégitime de Charles II et donc issue de la lignée royale. Il est le petit fils de l'avant-dernier des Stuart, cousin de Charles‑Edouart Stuart, et de George Lee, comte de Lichfield. Ce dernier étant un autre petit fils illégitime de Charles II. Charles Radclyffe et son frère aîné James furent jetés en prison après avoir participé à une rébellion écossaise.

 

   James Radclyffe fut exécuté, mais Charles aidé de son cousin le comte de Lichfield, parvint à s'évader et rejoignit les jacobites français. Charles Radclyffe devint ensuite secrétaire personnel du jeune Charles‑Edouart Stuart, prétendant au trône d'Angleterre.

 

   En 1745 Charles‑Edouart Stuart débarqua en Écosse pour rétablir les Stuart sur le trône d'Angleterre, mais il fut vaincu. Charles Radclyffe fut de nouveau fait prisonnier en voulant le rejoindre et mourut en 1746 sur le billot à la Tour de Londres.


James Radclyffe 3rd Earl of Derwentwater
avec Anna Maria (Webb) Radclyffe et son enfant
(Tableau peint un an avant son exécution)

   Il faut également noter que les Stuart, durant leur passage en France, sont considérés comme les fondateurs du "rite écossais", forme très élevée de la Franc‑maçonnerie et ayant des rapports étroits avec des activités rosicruciennes.

 

   On considère aussi que Charles Radclyffe contribua fortement au développement de cette forme de franc‑maçonnerie. Il serait notamment le fondateur en 1725 de la première loge maçonnique, et le Grand Maître de toutes les loges françaises à cette époque.

 

   Le comte de Lichfield eut donc des liens étroits avec Charles Radclyffe. Malheureusement le nom "Lichfield" et leur titre s'éteignirent. Fait étonnant, ils  furent rachetés au début du 19e siècle par les descendants de la famille Anson qui devinrent donc comtes de Lichfield à leur tour.

 

   C'est cet épisode qui montre que Georges Anson hérita très probablement d'un lien privilégié avec le Prieuré de Sion et qu'il fut probablement un membre respecté.

 

2004... une année fertile

L'énigme de Shugborough

 

   Durant 250 ans, l'inscription énigmatique D. O.U.O.S.V.A.V.V. M. exacerba les esprits des meilleurs théologiens d'Angleterre, des historiens et des scientifiques, y compris Charles Darwin, Josiah Wedgwood, Charles Dickens et plus récemment des spécialistes du décryptage de Bletchley.

 

   De nombreuses légendes naquirent dont celle qui serait la clé du saint Graal, mais faute de mieux, une explication officielle vint du 18e siècle à propos d'une poésie écrite par Anna Seward "Le cygne de Lichfield". On y découvre deux lignes dans lesquelles les initiales rappellent exactement l'inscription.

 

Du nouveau en 2004

 

   Jusqu'à présent les Bergers d'Arcadie installés au fond d'un jardin anglais restèrent complètement inaperçus du grand public, excepté pour certains passionnés.  Or c'est sans doute la médiatisation excessive du Da Vinci Code qui changea la donne en 2004. L'attrait d'un probable business réveilla sans doute les appétits et les responsables de Shugborough Hall imaginèrent alors un curieux concours.

 

   En mai 2004, un projet de recherche ouvert à tous est lancé sur le décryptage du code de Shugborough et avec pour objectif de sélectionner les thèses les plus convaincantes. Ce projet fut animé en collaboration avec le Bletchley Parcs (ancien centre britannique d'intelligence et de décryptage de la Seconde Guerre mondiale).

 

   Durant six mois, les membres du centre de Bletchley Parcs reçurent des centaines de propositions très variées

(Numérologie, Nostradamus, ...)

 

   Après une analyse détaillée de chaque solution, les experts cryptographes Oliver et Sheila Lawn, deux vétérans de la Seconde Guerre mondiale, conservèrent deux hypothèses qui, de leur point de vue seraient les plus sérieuses et les plus prometteuses.


Oliver et Sheila Lawn

   Oliver Lawn fut recruté à Bletchley Park en 1940. Mathématicien diplômé de l'université de Cambridge, il contribua au décodage de la machine Nazi Enigma. Il étudia également pendant longtemps l'inscription des Bergers. Sa femme, Sheila est linguiste.

 

Une nouvelle piste ?

 

   Le 25 novembre 2004, les experts britanniques Oliver et Sheila Lawn présentèrent les deux solutions.

 

   La première thèse, plutôt décevante, présente l'inscription comme un message romantique consacré à une femme. Les 10 lettres correspondraient aux initiales d'une phrase latine extraite d'un poème: "Optima Uxoris Optima Sororis Viduus Amantissimus Vovit Virtutibus". Le message aurait été écrit par George Anson. Cette explication parait peu probable d'autant que le D. et le M. décalés n'apparaissent pas dans la solution.

 

   La seconde thèse est plus intéressante. Elle est proposée par un chercheur américain, expert en cryptographie de l'intelligence américaine, résidant actuellement en Grande‑Bretagne, et qui a voulu rester anonyme. Un grand principe de la cryptographie est de découvrir en premier lieu la clé. Or ce chercheur prétend l'avoir découverte. Elle serait visible plusieurs fois sur le monument: "1223". À partir de là, un procédé classique de substitution cryptographique aurait fait apparaître le message:

JESUS H DEFY

 

La lettre H latine s'apparente au khi grec correspondant à la lettre grecque X

et donc signifie "Le messie"

 

   Sa démonstration n'a malheureusement pas été dévoilée. Voici en résumé sa démarche de chercheur:

  1. Le premier travail est d'utiliser de nombreuses matrices de décryptage pour découvrir des lettres cachées dans le monument et dans la phrase ET IN ARCADIA EGO

  2. Ce travail fait apparaître les lettres SEJ et suite à une inversion miroir on obtient JES

  3. Ceci est un indice indiquant que la clé est peut-être le mot JESUS

  4. En utilisant cette clé, des techniques de décodage font apparaître le message "JESUS H DEFY"

  5. Si l'on considère que le résultat du décryptage donne "JESUS H DEFY" et que l'on connaît le départ "D.  O.U.O.S.V.A.V.V.  M." il est possible de trouver la clé numérique correspondante, ce qui donne "1223"

   Bien sûr, l'étude n'étant pas entièrement dévoilée, il est difficile de confirmer cette thèse.  D'autre part, nous n'avons toujours pas l'explication du décalage des lettres D. et M. hormis leur signification probable : DIS Manibus.  Cette formule souvent abrégée par D. M. consacre la tombe aux Dieux Mânes du défunt, les âmes des morts.

 

   Cette piste est certainement un début, mais pas une fin. Il serait en effet naïf de croire que l'élaboration d'un monument à la gloire d'un peintre français serait uniquement destiné à cacher un message qui finalement ne révèlerait qu'une pensée poétique. 

 

La légende du  Graal au Canada

   La légende du Graal est tenace en Grande‑Bretagne et il est important de rapporter ici une découverte passionnante.

 

   Certains auteurs comme Michael Bradley et William F Mann, auteurs des livres "le Saint Graal à travers l'Atlantique" et "les chevaliers templiers dans le Nouveau Monde" sont persuadés que le monument des Bergers indique l'endroit du Saint Graal, la célèbre relique gardée par les Templiers et qui aurait été cachée en Nouvelle Écosse, c'est‑à‑dire au Canada.

 

Comment a‑t‑on pu en arriver là ?

 

   Après la dissolution des Templiers en 1312, nombreux sont ceux qui fuirent en Écosse pour y trouver refuge, comme le témoigne la chapelle Rosslyn de Saint‑Clair dans le Midlothian. Il existe d'ailleurs un cimetière Templiers à cet endroit.

   Notons également que la famille de Sinclair est une branche écossaise de la famille normande Saint Clair Gisors. Leur domaine à Rosslyn était seulement à quelques milles des anciens sièges sociaux écossais des Templiers. Construite entre 1446 et 1486, la chapelle est un symbole fort de la naissance de la franc‑maçonnerie. Elle possède également des liens avec la Rose‑Croix.


La chapelle Rosslyn

L'édifice et les fenêtres de la chapelle sont remplis de références au Saint‑Graal

 

   L'histoire templière écossaise va se poursuivre avec un autre personnage intrigant, un noble écossais, Henry Sinclair, 1er comte d'Orkney, baron de Rosslyn, et seigneur de Shetland (1345‑1400) et qui aurait atteint les côtes de Nouvelle Écosse (Canada) en 1398, bien avant la découverte officielle du Nouveau Monde. Sa vie fut entourée d'un mystère fascinant qui n'est pas encore démêlé à ce jour. Son ancêtre est un autre Henry, homonyme, Henri de Saint‑Clair participa avec Godefroi de Bouillon à la prise de Jérusalem lors de la 1ère croisade.

 

   Henry Sinclair eut de nombreux titres, mais c'était avant tout un aventurier. Au printemps 1398, il quitta l'Ecosse avec 12 bateaux et arriva dans la région de la Nouvelle‑Écosse en mai de la même année, quelque part à proximité de l'Ile des Chênes (Oak Island). Beaucoup sont revenus peu de temps après leur arrivée, mais Henry Sinclair et d'autres restèrent pour explorer les terres.

 

   Suite à cet épisode, certains auteurs furent convaincus que la réelle mission de ce voyage était de mettre à l'abri une partie du trésor des Templiers en Nouvelle Écosse, peut‑être sur l'Ile des Chênes.

 

Coïncidence ou suite logique ?

 

   Nous savons que l'amiral George Anson visita la Nouvelle Écosse entre 1740 et 1744 et il mit en échec plusieurs bateaux français sur ces côtes. La thèse défendue par quelques auteurs est que l'un de ces navires vaincus par Anson dissimulait dans ses cales une partie du trésor des Templiers, ou une relique importante. Après avoir dissimulé la précieuse cargaison, Anson serait retourné en Angleterre pour créer le message du Monument des Bergers.

 

   Autre coïncidence, Il est remarquable de constater que dans le message ET IN ARCADIA EGO se trouve ACADIA, l'ancien nom français de la Nouvelle Écosse et le Nouveau Brunswick au Canada moderne, territoires saisis par les Anglais et visités par Anson.

 

Le puits d'argent

 

   Hasard ? Coïncidence ? Ou lien important, l'Ile des Chênes (Oak island) est située dans la province de la Nouvelle Écosse au Canada et elle cache un secret. D'après la légende, cette île conserverait un trésor inviolé.

 

   Durant l'été 1795, un jeune fermier de la Nouvelle Écosse nommé Daniel Mc Ginnis décida d'explorer l'île. Il trouva une immense clairière avec de gros chênes, et au centre, une sorte de grande dépression en forme de coupole. Selon la légende, un trésor aurait été enterré du temps des pirates et de l'esclavage dans l'île.  


L'Ile du Chêne (Oak Island)
La flèche rouge indique l'emplacement du puits d'argent

 

   De retour avec deux amis, le jeune fermier commença alors à creuser. Ils rencontrèrent à 1 m des dalles qui protégeaient le dessus en forme de cercle, puis des pierres. 3 m sous les pierres, ils découvrirent des écorces de chêne, puis des pierres et ainsi de suite. Épuisés, ils abandonnèrent.

 

   Plus tard, de nombreux chercheurs vinrent explorer le site, enchaînant des expéditions de plusieurs millions de dollars. On déplora d'ailleurs 6 morts suite aux fouilles. Voilà pourquoi cet endroit est appelé "le puits d'argent", non pas du fait de sa richesse supposée, mais plutôt à cause du gouffre financier qu'il représenta.

 

   En 1803, on découvrit à 30 m de profondeur de l'eau. 50 ans plus tard, une autre expédition découvrit qu'en fait le trou était raccordé au rivage par un système de drain et de tunnel. Les travaux n'avaient fait que détruire la barrière qui empêchait l'eau de mer d'y pénétrer.


Le puits d'argent (Oak Island)

 

D'autres expéditions continuèrent de creuser.

 

   En 1849, le forage montra des couches multiples de produits différents comme de la fibre de charbon de bois, du mastic, et de la noix de coco. A 30 m, une plateforme fut découverte contenant des coffres en chêne avec des pièces de métal. Mais les découvertes ne s'arrêtèrent pas là.

 

   En 1897, on constata qu'il y avait, au‑dessous des coffres de chêne, des couches de bois et de fer, une couche de 10 m d'argile bleu (un mélange imperméable à l'eau fait d'argile, de sable et d'eau), puis à 46 m une chambre forte en ciment de 2m et une barrière de fer à 51 m. A ce niveau, on trouva les restes d'un parchemin déchiré et même une pierre, perdue depuis, avec des inscriptions curieuses.

 


Les inscriptions énigmatiques retrouvées sur une pierre à 54 m

 

   En 1970, le groupe Triton alliance arrivèrent sur l'île et commissionnèrent une étude géologique complète du secteur en utilisant des associés de Golder de Toronto, une  société importante en géologie.

   En 1971, on fit descendre une petite caméra dans le puits jusqu'à 80 m. Les images montrèrent des restes de mains humaines bien conservées par l'eau de mer mélangée avec de l'oxygène d'eau douce.

 

   Il est clair que la technologie utilisée pour construire ce puits dépasse les simples moyens de quelques pirates...


Le puits

   Malheureusement, les travaux affaiblirent l'entourage du puits et une énorme dépression se forma. Le dernier forage s'effondra vers l'intérieur. Actuellement le groupe Triton demande au gouvernement canadien un prêt de 12 millions de dollars afin de permettre la poursuite des excavations.

 

   Voici maintenant 200 ans que le puits d'argent brave les chercheurs de trésors...

 

 

La suite page suivante

 

 

 

 

         

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