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Le Serpent Rouge                   2/3
Saint‑Germain‑des‑Prés

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

   LE SERPENT ROUGE est un petit dossier comprenant des sujets apparemment dissociés comme une généalogie des rois mérovingiens, deux cartes de la France à cette époque, un plan de l'église Saint‑Sulpice de Paris avec les saints des chapelles, et surtout un opuscule composé de 13 strophes dans un style rappelant Rimbaud ou Cocteau.

 

   Ce dossier fut déposé à la BNF (Bibliothèque Nationale de France) le 15 février 1967 et non le 17 janvier comme certains auteurs le laissent trop souvent entendre. Il fut enregistré le 20 mars sous la cote 4° LK7 50490 et sous une forme microfilmée (microfiche M‑9197).

 

   Bien que le dossier en lui‑même fournisse de nombreux renseignements, la partie la plus importante est certainement l'opuscule ésotérique qu'il faut replacer dans son contexte pour espérer l'interpréter et le décoder. Ce texte intitulé "Le Serpent Rouge" donna son nom au dossier Plantard.

 

   Longtemps recherché dans son intégralité, "Le Serpent Rouge" est aujourd'hui disponible à la BNF et chacun peut mener librement ses investigations. Mais il faut reconnaître qu'une certaine compréhension de l'affaire est indispensable pour espérer naviguer dans le puzzle castel rennais.

 

 

Sommaire

 Le Dossier Plantard ‑ pages 1 à 5
  
Le Dossier Plantard ‑ pages 6 à 13 ‑ Saint‑Germain‑des‑Prés
  
L'opuscule "Le Serpent Rouge"

 

Page 6 et 7 ‑ Un lieu historique, Saint‑Germain‑des‑Prés

L'église Saint‑Germain‑des‑Prés à Paris

 

   Pierre Plantard aborde ici le thème de l'église Saint‑Germain‑des‑Prés et les raisons sont multiples. Tout d'abord, l'abbaye trouve ses racines à l'époque mérovingienne chère à Plantard. Surtout,  elle marque selon lui la limite au méridien, traduisez : "le méridien de Paris". De plus, cet emplacement aurait été celui d'un Temple d'ISIS avant que Clovis ne fonde la basilique de Saint‑Pierre et Saint‑Paul.

    Car ce site est particulier et semble avoir été un haut lieu de notre Histoire de France. Cette petite surface en bord de Seine donna ainsi naissance à un vaste domaine clos comprenant des jardins monastiques, une abbaye avec l'église de Saint‑Germain‑des‑Prés et tout un ensemble de bâtiments fonctionnels.

Pourquoi ce lieu a-t-il pris autant d'importance au fil des siècles ?


Le quartier Saint‑Germain à Paris

 

Un peu d'Histoire...

 

   L'église Saint‑Germain‑des‑Près de style roman est la plus ancienne paroisse de Paris. Son clocher, la nef, et le transept sont du XIsiècle, car c'est un fait : l'abbaye fut d'abord fondée vers 543 par l'un des fils de Clovis, Childebert Ier, roi mérovingien.

 

   Childebert, roi et fils de Clovis, déclara la guerre à l'Espagne en 531. Son objectif était la vengeance pour les mauvais traitements qu'Almaric, roi wisigoth fit subir à la reine Clotilde, son épouse. 11 ans plus tard, il engagea une nouvelle bataille avec son frère Clotaire et assiégea Saragosse. Le siège sera finalement levé après avoir reçu en échange une relique de Saint Vincent. Et dès son retour, il fit construire une église en l'honneur de ce saint.

 

   Il y invita les moines de l'Abbaye Saint‑Symphorien d'Autun et à partir de 557, les travaux commencèrent sous la direction de l'Évêque de Paris, Saint‑Germain, un ancien moine Saint‑Symphorien. Il construisit une église et un monastère à l'extrémité occidentale des jardins dépendants du palais des Thermes.

 

   L'objectif de Childebert était surtout de protéger la relique et des objets précieux : la Tunique de Saint‑Vincent, une Croix d'or et de pierreries, et des vases qui auraient appartenu au Roi Salomon. Ces objets de Tolède auraient été obtenus des Arabes lors de la prise de Saragosse en 542. Childebert rapporta ces valeurs précieuses de sa campagne au-delà des Pyrénées contre les Wisigoths. L'Abbaye et son église deviendront alors un lieu de culte pour la Sainte Croix d'or et Saint‑Vincent.


   Et comme s'il fallait souligner sa mystérieuse naissance, l'église fut construite exactement sur l'emplacement d'un ancien Temple d'ISIS comme le révèle Plantard dans son dossier. Childebert disparut en 558 et y fut inhumé, de même que ses successeurs (Frédégonde en 598, Clotaire II en 628...) jusqu'en 673 avec Childéric II. Les corps entourés d'un suaire furent déposés dans des tombeaux du chœur préalablement dédié aux moines. L'abbaye de Saint‑Germain‑des‑Près fut donc avant la basilique de Saint‑Denis, la première nécropole royale mérovingienne.

 

   L'Evêque Saint‑Germain disparut à son tour en 596. Il fut inhumé dans l'église lui conférant ainsi un culte de pèlerinage. C'est de cet évêque que viendra ensuite le nom de la paroisse au VIIIe siècle, originellement nommée église de Sainte‑Croix et de Saint‑Vincent. Charlemagne lui accordera aussi un statut très particulier la rendant indépendante des autorités civiles et religieuses de Paris. Son essor chaotique ne s'arrêta pas là, car même si les invasions vikings entre 845 et 861 la détruiront, elle sera reconstruite entre 990 et 1021.

 

   Ce fut en 1024 qu'un Lombard, l'abbé Guillaume de Volpiano, transforma le monastère et le mit sous la règle de Saint Benoît. L'Abbaye prit alors de l'importance. Le chœur fut agrandi et le Pape Alexandre III le consacra en 1163. Ce lieu de culte devint riche et puissant durant tout le Moyen‑Âge jusqu'au point d'être fortifié au XVIe siècle. En effet, son emplacement se situe en dehors des enceintes de Paris. De hautes murailles furent élevées en 1239 par Simon, abbé de SaintGermain.

 

Les murailles devinrent en 1368 de véritables fortifications par ordre de Charles V, qui en guerre avec les Anglais, craignait une attaque contre les faubourgs de Paris.

 

 

 

Autour, une population s'installera ensuite formant le futur quartier Saint-Germain.

 

Quelques terrains seront destinés à l'université de Paris.

 

 

 

L'Abbaye de Saint‑Germain‑des‑Prés et ses premières fortifications en 1368

 

 

 

   Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, l'Abbaye prit son essor. Les bénédictins de Saint Maur s'y installèrent en 1631 et de nouvelles constructions furent érigées. Son aspect se rapproche alors de la gravure de 1687 ci‑dessous et que l'on retrouve dans le Serpent Rouge de Plantard en page 7.

 

   Comme souvent dans les monastères de l'époque, l'abbaye était entourée de plusieurs chapelles. Ici on trouve la chapelle Saint Pierre, là où se trouvait l'église de l'Hôpital et de la Charité,  la chapelle Saint Martin près de l'abbaye, l'église Saint‑Symphorien et enfin l'église Saint‑Sulpice

 


L'Abbaye Saint‑Germain‑des‑Prés à la fin du XVIIe siècle (1687), vue côté nord

 

   Comme dans beaucoup de domaines, la Révolution française donna un coup fatal à cet essor. L'Abbaye fut dissoute et les bâtiments servirent d'entrepôts et de prisons. Les sépultures des rois mérovingiens furent dispersées et la bibliothèque du monastère disparut dans un gigantesque brasier en 1794. Le domaine de l'Abbaye sera finalement vendu et les terrains seront destinés à la construction d'habitations.

   Comme beaucoup d'édifices anciens, l'église se dégrada très vite et ses deux tours devenues dangereuses furent alors détruites.

 

 


Coupe de l'abbaye Saint‑Germain‑des‑Prés

 

  Heureusement, des travaux de restauration permirent de sauver ce qui reste. Ils débutèrent en 1819 puis en 1843 avec l'architecte Baltard. Hippolyte Flandrin, le plus célèbre des élèves d'Ingres, réalisa les grandes fresques sur l'Ancien et le Nouveau Testament. Les restaurations se poursuivront durant le 19e et le 20e siècle.

 

   L'église que l'on peut observer aujourd'hui faisait donc partie d'une abbaye dont il ne reste plus grand-chose, et elle occupait jadis une partie du faubourg Saint‑Germain actuel.

 

   Si l'extérieur n'est pas particulièrement gracieux, l'intérieur est tout simplement magnifique. L'église a été entièrement peinte lors de sa dernière restauration au XIXe siècle. Les voûtes et les colonnes sont remplies de couleurs et de dorures.


L'église Saint‑Germain‑des‑Prés
en 1900

 


La nef de l'église Saint‑Germain‑des‑Prés aujourd'hui

 

Un autre méridien, celui de Saint‑Germain‑des‑Prés

 

    Si Pierre Plantard inséra dans son dossier la fameuse gravure de Saint‑Germain‑des‑Prés vers la fin du XVIIe siècle, c'est aussi pour nous montrer un détail qui a son importance. En effet, une Rose des vents orientée est visible sur la partie inférieure droite et une flèche traverse cette dernière en passant également par la tour sud. Or si l'on rapporte le domaine de Saint Germain du XVIIe siècle sur une carte et que l'on trace cette flèche, il est facile de constater qu'il s'agit d'un méridien. Il est d'ailleurs noté sans ambiguïté sur le dessin, la pointe marquant le Nord.

 

   Une question se pose alors. Ce méridien a‑t‑il été dessiné par Plantard et selon quelles indications ? Ou bien le dessin est‑il un original et dans ce cas, la marque de ce méridien serait très ancienne ce qui implique une signification précise.

 

   Il n'y a pas de réponse satisfaisante aujourd'hui, mais dans les deux cas la présence de ce méridien ne peut être ignorée.

 


Le dessin de l'Abbaye dans le dossier de Plantard
La Rose des vents fondue dans le jardin et son méridien
La représentation est orientée Nord vers le bas

 


Le domaine de l'Abbaye au XVIIe siècle est tracé en rouge
Le méridien de Saint Germain est en bleu

 

   Notons aussi un détail qui vaut la peine d'être souligné. La Rose des vents a été intégrée dans le dessin, contrairement à la gravure de 1687, et pas à un endroit quelconque. Elle décore un jardin à la française. Étonnant comme ce tracé rappelle les géométries d'un autre jardin célèbre de cette affaire, celui de Bérenger Saunière dans son Domaine...

 

 

Faisons l'exercice...

 

   Traçons le méridien de Saint‑Germain (en bleu). Il passe exactement par le chœur de l'église Saint‑Sulpice. Serait‑ce un hasard ? La coïncidence est en tout cas remarquable d'autant que ces deux édifices ont suivi une histoire différente.

 

  Mais alors, pourquoi tracer ce méridien qui n'aurait aucune importance ?

 

Pourquoi le retrouve‑t‑on en page 13 du dossier ?

 

  Car selon cette autre gravure de Paris, le méridien de Saint Germain passerait très exactement par le chœur de l'église Saint‑Sulpice. Il suffit de suivre la flèche ajoutée par Plantard...

 

Le méridien
de Saint‑Germain en bleu


Le méridien
de Saint‑Sulpice en  rose

 
Le méridien
de l'église Saint‑Germain
en vert

   Le méridien de Saint‑Germain serait‑il très ancien ? Le fait de trouver son tracé sur d'ancienne gravure est en tout cas troublant.

 

   Nous avons aussi le méridien de Saint‑Sulpice (en rose) qui traverse le chœur de l'église Saint‑Germain. Quand au méridien de l'église Saint‑Germain (en vert) il passe par la chapelle des Saint‑Anges décorées par Delacroix. Encore un hasard ? Peut‑être, mais il fait bien les choses...

 

   Nous verrons que pour Plantard, ces trois méridiens sont en fait un seul, celui de Saint‑Sulpice.

 

Page 8 ‑ Des personnages inévitables

Poussin, Saint Vincent de Paul, et Delacroix...

 

   Le Dossier du Serpent Rouge fut déposé en 1967, date à laquelle Gérard de Sède publia son livre Best‑Seller "L'Or de Rennes". À cette époque, très peu de chercheurs avaient conscience de la fantastique toile qui reliait Saunière à des personnages historiques célèbres et très variés. L'importance des Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin n'était pas encore établie et encore moins celle des fresques de Delacroix. Autant dire qu'en 1967 personne ne soupçonnait l'existence d'une Histoire occulte reliée à Rennes‑le‑Château. Personne ? Pas vraiment... Alors que les premiers chercheurs s'activaient à creuser dans le village à tout va, des initiés dont Plantard commençaient à poser quelques pierres pour jalonner l'affaire.

 

   Bien sûr, Poussin et Delacroix sont explicitement nommés dans l'opuscule.

 

   Mais Saint Vincent de Paul est plus discret. On le trouve suggéré par cette expression "Les enfants de Saint Vincent" à la strophe 10.

   Plantard avait déjà conscience de ce fil rouge souterrain. Il manque pourtant dans ce portrait de famille les Fouquet...


Extrait du Serpent Rouge page 8

Ces trois figures sont accompagnées d'une citation énigmatique d'Emma Calvet :

 

Quau canto, soun mau encanto....      Qui chante, son mal enchante   

 

Page 9 et 10 ‑ Archéologie mérovingienne

Saint‑Germain‑des‑Prés et les Mérovingiens

 

   Pierre Plantard était fasciné par la dynastie mérovingienne. C'est un fait et beaucoup croient que le rapprochement de cette dynastie avec l'abbaye de Saint‑Germain‑des‑Prés relève de ses fantasmes. Pourtant c'est historiquement vérifié, mais peu connu, car il reste peu de traces. L'abbaye de Saint‑Germain fut un lieu mérovingien fondamental où, non seulement les rois se faisaient ensevelir, mais aussi les fondateurs du monastère. L'extrait du compte‑rendu archéologique qui suit montre à quel point ce site regorgeait de richesses historiques et de traces de notre passé. Malheureusement, les siècles qui passèrent, les invasions et la Révolution n'auront fait que modifier et finalement détruire ce patrimoine.

 

   Il ne reste aujourd'hui qu'une église restaurée et quelques dalles mortuaires visibles à la basilique Saint Denis ou ailleurs. Pourtant ces quelques restes démontrent  l'immense contenu archéologique qui fut déposé dans ce lieu.

 

   Il existe par exemple une tombe très particulière, celle de Frédégonde, qui était autrefois placée dans le chœur de l'église et qui est aujourd'hui à la basilique Saint Denis. La dalle mortuaire de cette reine est constituée d'une Plaque de pierre de pierre de liais incrustée de fragments de pâtes de verre et de pierres dures, entremêlés de filets de cuivre. Des réserves laissées dans la pierre forment les lignes du vêtement. La tête, les mains et les pieds, entièrement unis aujourd'hui, étaient très probablement peints. Ce procédé est unique et aucune trace historique n'indique pourquoi les religieux utilisèrent un tel procédé. Ont‑il copié le procédé sur une autre tombe ?

 

   D'autres tombes datant du XIIe siècle ont également été sauvées du désastre normand comme celle de Clovis Ier ou de Childebert Ier. Elles sont visibles aujourd'hui à la basilique Saint‑Denis.

 

   Le compte‑rendu archéologique qui suit est un témoignage de ce que le temps peut faire sur un site historique important.

   Il est d'ailleurs fort probable  que Plantard s'en soit inspiré pour construire son dossier sur l'Abbaye. Ce texte montre en tout cas clairement que Saint‑Germain‑des‑Prés fut continuellement visité au cours des siècles et pour différentes raisons. Il est d'ailleurs rare de trouver des lieux aussi chargés en Histoire...

 

   La reine Frédégonde est célèbre pour sa cruauté. Elle aimait user de l'arme blanche et du poison pour assouvir son pouvoir. Même sa fille Rigonthe faillit périr sa tête coincée dans un coffre par sa propre mère. Cette reine fut d'ailleurs qualifiée de sorcière par les historiens...


Gisant de la reine Frédégonde (1160)
et repris dans le Serpent Rouge page 9
(Basilique Saint‑Denis)

 

CONGRES ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE
LXXXIIe SESSION

 

TENUE A PARIS EN 1919
PAR LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'ARCHÉOLOGIE
 

Extrait du compte‑rendu
concernant l'église de Saint Germain des Prés 

 

   Grégoire de Tours qui cite deux fois la basilique de Saint‑Vincent et Fortunat et vint en Gaule vers 565, nous a laissé sous le titre «De ecclesia parisiaca» une description poétique de cette église cruciforme dont il attribue la construction à Childebert, en admirant ses colonnes de marbre, ses lambris et ses fenêtres vitrées.

 

Ainsi l'existence de la basilique dans la seconde moitié du Ve siècle ne saurait être mise en doute. Caribert (f 570), Chilpéric Ier (f 584), ses deux fils Clovis et Mérovée, Frédégonde (f 597) dont la tombe plate de mosaïques refaite au Xe siècle se trouve à Saint‑Denis, Clotaire II (f 628) et la reine Bertrude, Childéric II (f 673) et la reine Bilihilde y furent enterrés. Un vaste cimetière où les tombes de pierre voisinaient avec les cercueils de plâtre s'étendait au sud de la basilique et fut soigneusement fouillé par M. Yaequer en 1874, quand on perça le boulevard Saint‑Germain.

 

    Le 25 juillet 754, le corps de saint Germain qui avait été extrait de la crypte de la chapelle Saint‑Symphorien fut transféré dans le sanctuaire de l'église en présence du roi Pépin et de son fils Charles. Une inscription qui se trouvait dans cette chapelle jusqu'à la Révolution conservait le souvenir de la translation des reliques et de la donation de la terre de Palaiseau. Faut‑il en conclure que l'édifice avait été rebâti à cette époque ? Cette hypothèse est d'autant moins plausible que les sources qui concernent la reconstruction de l'abbatiale de Saint‑Denis par Pépin le Bref ne font aucune mention de Saint‑Germain des Prés.

 

   En 845, les Normands pillèrent le monastère et essayèrent plusieurs fois d'incendier l'église. Ils se contentèrent de mettre le feu à un grenier de l'abbaye. Aimoin, moine de Saint‑Germain à cette époque, raconte qu'ils prirent dans la charpente de la basilique les bois nécessaires à la reconstruction de leurs bateaux et que l'un des pirates s'étant introduit dans la confession où reposait le corps du saint essaya treize fois de briser une colonne de marbre qui se trouvait à droite, lorsque sa main se dessécha. Le chef des Normands Régnier montra au roi Horic une poutre de l'église qu'il avait fait scier pour le convaincre de la véracité de ses récits.

 

   Les moines qui avaient emporté le corps de leur patron à Coulaville, dans la Brie, d'où il était revenu à Paris au mois de juillet 846, furent encore victimes des envahisseurs en 857 et en 861. À cette date les reliques de saint Germain se trouvaient à Nogent‑l'Artaud, près de Château‑Thierry. Quand la sécurité sembla rétablie, le corps de l'évêque descendit la Marne en bateau et arriva à Paris le 19 juillet 863. Les chanoines de Notre‑Dame le portèrent en procession au milieu d'une foule immense et le déposèrent dans la crypte de la chapelle Saint‑Symphorien où il avait été inhumé. Dans la suite le sarcophage fut réintégré derrière le maître‑autel. Le moine Abbon, historien du siège de Paris en 886. qui avait été moine à Saint‑Germain, fait mention de l'ancien puits qui se trouvait au fond de l'abside actuelle. Bien que l'église eut été incendiée par les Normands pendant leurs dernières invasions, les religieux se contentèrent de la réparer et de refaire la toiture. Au commencement du Xe siècle, l'abbé Morard qui fut élu en 990 et qui mourut le 1er avril 1014 démolit la basilique mérovingienne et jeta les fondations d'un nouvel édifice, comme le prouve son épitaphe jadis placée derrière le maître‑autel : Morardus.

 

   L'église romane de Saint‑Germain-des-Prés, commencée à la fois par le clocher‑porche où l'abbé Morard avait fait installer une cloche et par le chevet, fut terminée par la nef dont la première travée vient se coller sur le revers du mur occidental et dont le bas‑côté nord se prolonge sur le flanc de la tour occidentale. L'abbé Ingon, mort en 1025, n'eut qu'à terminer les travaux, car la dédicace du dimanche 19 novembre, inscrite en marge du martyrologe avec la mention du vocable de Saint‑ Germain peut se rapporter à l'année 1021 aussi bien qu'à l'année 1010.

 

   Dans le martyrologe d'Usuard des notes marginales mentionnent deux dédicaces de cryptes le 1er et le 10 juin. Dom Bouillart était d'avis qu'elles se trouvaient au nord‑est de l'église sur l'emplacement de la chapelle de la Vierge bâtie au Xe siècle par Pierre de Montereau, mais on peut supposer que l'une des deux cérémonies se rapporte à la consécration de cinq autels d'une crypte établie après coup, comme à Saint‑Philbert de Grandlieu, sous l'abside du Ve siècle (Le moine Aimoin fait mention de cette crypte dans son récit du pillage de l'abbaye par les Normands en 845) quand le tombeau de saint Germain y fut transféré en 754 et que l'autre dédicace d'une crypte qui renfermait trois autels concerne celle du Xe siècle.

 

   Vers le milieu du Xe siècle, les dimensions du sanctuaire ne correspondaient plus aux nécessités du culte. Les moines se décidèrent à faire démolir l'abside romane et ses tours jumelles qui furent remontées pour la remplacer par un rond‑point, comme à La Chanté‑sur‑Loire et à Pontigny. La même opération fut faite antérieurement à Morien, val où l'étroit déambulatoire est dépourvu de chapelles. En 1163, cette œuvre importante qu'on peut considérer comme une réplique du chevet de la cathédrale de Noyon, incendiée en 1131, était achevée. La cérémonie de la dédicace eut lieu le dimanche 21 avril en présence du pape Alexandre III, accompagné de douze cardinaux, de Maurice de Sully, évêque de Paris, de plusieurs évêques français, italiens et espagnols comme l'archevêque de Tolède. Le cortège fit trois fois le tour de l'église, puis le souverain pontife consacra le maître‑autel sous le vocable primitif de la sainte Croix, de saint Etienne et de saint Vincent dont les reliques furent scellées dans la pierre. Humbauld, évêque d'Ostie, fit la consécration de l'autel matutinal en l'honneur de saint Germain. Trois autels qui se trouvaient sans doute dans les chapelles rayonnantes avaient été consacrés la veille et furent placés comme les autres sous le vocable de plusieurs saints. À cette époque où des tribunes lambrissées régnaient autour de l'abside dépourvue d'arcs‑boutants doivent se rapporter les tombes en demi‑relief de Childebert Ier et celle de Frédégonde en mosaïque incrustée de filets de cuivre qui se trouvent aujourd'hui à Saint‑Denis. Comme l'abbé Hugues de Monceaux (1162‑1182) concéda l'office de son père à un charpentier nommé Gilbert qui est mentionné dans l'obituaire on peut supposer qu'ils avaient travaillé à la croupe de l'abside.

 

   Au Xe siècle, toutes les ressources de l'abbaye furent employées à la reconstruction des bâtiments monastiques qui commença par le cloître en 1227 et qui se termina en 1273 par le dortoir bâti au‑dessus de la salle capitulaire. Au lieu d'adopter le même parti qu'à Saint‑ Germer où la chapelle abbatiale communique avec le chevet, l'abbé Hugues d'Ivry chargea le célèbre architecte Pierre de Montereau qui avait construit le réfectoire en 1239 d'élever en 1245 au nord‑est de l'église une chapelle de la Vierge, comme à Châalis. Ce grand artiste, mort le 17 mars 1266, y fut inhumé. Les derniers débris de son œuvre, démolie en 1802, ont trouvé asile dans le square de la rue de l'Abbaye et le portail a été remonté dans le jardin du musée de Cluny. On peut supposer que le transept fut voûté après coup à la fin du Xe siècle, comme l'indique le profil des bases de trois fines colonnettes engagées dans l'angle occidental du croisillon nord. Sous l'abbé Richard qui fortifia le monastère (1361‑1387) un accident, mentionné dans son épitaphe, nécessita une réparation dans l'église dont je n'ai pu retrouver la trace. Au commencement du XVe siècle, l'abbé Guillaume III fit renouveler le mobilier du chœur à l'exception des stalles. Après avoir commandé l'aigle du lutrin, il passa marché avec les trois orfèvres Jean de Clichy, Gautier du Four et Guillaume Boey [pour la châsse de vermeil de saint Germain qui ressemblait à une église flanquée de bas‑côtés, épaulée par des arcs‑boutants, couverte de feuilles d'or et surmontée d'une flèche. Entre les culées, les statuettes des apôtres étaient encadrées dans des niches polylobées. La quittance du 20 août 1409 prouve que ce magnifique reliquaire, posé sur quatre colonnes au fond de l'abside, fut livré dans le délai fixé.

 

   La même année, cet abbé fit refondre le devant d'autel d'argent exécuté en 1236 pour le remplacer par un retable de cuivre doré destiné au maître‑autel. Au centre, il s'était fait représenter au pied du Crucifix flanqué de la Vierge et de saint Jean : à droite, sous des arcades trilobées, on voyait les statuettes de saint Jean‑Baptiste, de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Philippe, de saint Germain, de sainte Catherine et à gauche celles de Saint Paul, de saint André, de saint Michel, de saint Vincent, de saint Barthélemy et de sainte Madeleine. Enfin, il compléta cet ensemble artistique par une croix processionnelle enrichie de pierreries.

 

   En 1527, l'abbé Guillaume Briçonnet prit le parti de renouveler le mobilier du chœur qui subit le même sort au XVIIe, au XVIIIe et au XIXe siècle. Il remplaça successivement tous les anciens autels des chapelles et du transept, jadis isolés et posés sur des corps saints, par de nouveaux autels adossés aux murs qu'il consacra en 527 et en 1528 et il fit établir dans la chapelle de Saint‑Nicolas, la troisième au nord du déambulatoire, une tribune réservée à l'abbé. Enfin, il supprima un très haut chandelier à sept branches placé au milieu du sanctuaire, sous prétexte que cette belle œuvre de ferronnerie était gênante les jours de cérémonie.

 

  En 1557, on démolit le maître‑autel, consacré par le pape Alexandre III, qui devait être porté sur des colonnettes et qui renfermait une fiole de verre pleine de reliques. Le nouvel autel, sculpté par Antoine d'Artois et inauguré le 21 avril, coûta 2.808 livres. Flanqué de quatre colonnes de cuivre et des statues de saint Germain et de saint Vincent, il se composait de deux volets où le peintre Firmin Lebel avait représenté la Nativité et l'Adoration des mages; une crosse centrale soutenait la pyxide. La même année, les deux cloches fêlées de la tour occidentale furent descendues au bas de la nef. Les moines les firent refondre, l'une au mois de septembre 1580 et l'autre au mois de janvier 1581, par Pierre Le Roy, fondeur à Paris, pour le prix de 400 livres. Un maître‑maçon nommé Marcel Le Roy qui demeurait rue de la Bûcherie travailla en 1607 et en 1608 à enlaidir le portail occidental du XIIe siècle pour l'abriter sous l'affreux porche actuel qui coûta 2.000 livres. Il supprima la partie supérieure du tympan et les statuettes des voussures qui furent remplacées par des boudins en saillie sur une archivolte en tiers‑point surbaissée. Guillaume Douglas, prince d'Écosse, qui s'était converti, fut inhumé dans la chapelle Saint‑Christophe, au sud du déambulatoire, le 11 mars 1611: sa statue couchée se détache sur un mausolée de marbre noir.

 

   Le 28 avril 1619, saint François de Sales, évêque de Genève, consacra le nouvel autel de la chapelle Saint‑Symphorien au sud du porche qui venait d'être réparé ; son abside était orientée au midi (2). Du 6 avril 1644 au 26 mai 1646, l'église fut livrée aux maçons qui commencèrent par voûter d'ogives la nef et les bas‑côtés recouverts d'un plafond de bois. Antoine Lopinot, moine de l'abbaye, se chargea de diriger les travaux, de commander les matériaux et de payer les ouvriers chaque semaine, comme au moyen âge. Le concours de l'architecte Christophe Gamare et de Dom Cotton, prieur du monastère, lui fut très utile. Le salaire hebdomadaire de l'appareilleur se montait à 16 livres, celui des vingt‑neuf tailleurs de pierre variait de 7 à 9 livres, celui des douze maçons de 5 à 6 livres et celui des trente‑sept manœuvres de 3 à 4 livres. On acheta 5.400 pieds de pierre aux quatre carriers Potery, Saintar, Parvelle et Cousin, à raison de 10 sous le pied, mais le charroi, qui coûtait 30 sous la voie, fut fait presque entièrement par les chevaux de l'abbaye. Il est donc probable que la pierre fut extraite des carrières de Mont‑rouge ou de Clamart.

 

   En 1644 et en 1645, 1096 tonneaux de pierre de Saint‑Leu furent livrés sur le chantier, au prix de 4 livres 10 sous le tonneau, ainsi que de très nombreux sacs de plâtre à 3 livres la voie. En posant le nouveau dallage de la nef, les maçons découvrirent le 9 décembre 1645 la tombe de l'abbé Guillaume III, mort en 1418. Les voûtes du transept étaient terminées le 19 avril 1645 : ses murs de fond furent éventrés pour substituer aux deux baies en plein cintre une grande fenêtre à meneau central de faux style gothique. On défonça le mur occidental du croisillon sud et la dernière travée du bas‑côté méridional pour donner accès dans la nouvelle chapelle de Sainte‑Marguerite. Le portail latéral sud dessiné par l'architecte Gamare, s'éleva pendant la même campagne. Deux sculpteurs, nommés Giot et Leroy, qui sont cités dans les comptes travaillèrent à l'ornementation intérieure et extérieure. Les tribunes de l'abside furent supprimées et remplacées par un triforium dont les baies sont amorties par des linteaux, ce qui permit d'allonger les fenêtres hautes ainsi que leurs colonnettes. Ces importants travaux qui se ralentirent en 1646 s'achevèrent le 11 juillet de cette année et coûtèrent 60.847 livres. Le 10 mai 1644, le maître charpentier Philippe Pelletier qui demeurait au Pré‑aux‑Clercs avait signé un marché de 60.000 livres pour la réfection des combles de la nef, de la croisée et du chevet ; il toucha le dernier acompte le 10 septembre 1645.

 

   Cet entrepreneur avait installé une grue pour démonter la charpente du XIe et du XIIe siècle et pour assembler les nouvelles fermes encore en place, mais il réemploya 371 pièces de vieux bois. L'ancienne toiture de tuiles fut remplacée par des ardoises. A la fin de janvier 1656 commencèrent les travaux destinés à modifier l'ancienne disposition du chœur. On retira d'abord les huit châsses qui furent transportées dans la sacristie le 25 du même mois. En arrachant l'ancien dallage pour le remplacer par des carreaux de pierre de liais et en nivelant le sol, ce qui fit disparaître l'ancien puits de saint Germain au pied de la seconde colonne à gauche de l'axe dans l'hémicycle, on découvrit les tombes de pierre de Childéric II, de la reine Bilihilde de leur fils Dagobert. Violé en 1645 par les ouvriers qui avaient travaillé dans le sanctuaire à cette époque et qui avaient volé la couronne d'or, le voile brodé d'or et la ceinture enrichie de plaques d'argent, le sarcophage du roi ne renfermait plus que deux longues cannes, une épée, la boucle plaquée d'or du baudrier, une plaque d'argent ornée d'un serpent qui avait une tête au bout de la queue, des débris de souliers de cuir et un grand vase de verre.

 

   On exhuma ensuite les corps de Childebert Ier (f 558) et d'Ultrogothe, de Chilpéric Ier (f 584) et de Frédégonde, de Clotaire II (f 628) et de Bertrude, mais les deux premiers cercueils de pierre qui se trouvaient à droite au pied de deux colonnes de l'abside avaient été certainement déplacés vers 1160 quand on construisit le déambulatoire. Les quatre derniers tombeaux ainsi que ceux de Childéric II et de Bilihilde furent ramenés entre les piles du carré du transept, à l'entrée des croisillons, mais ceux de Childebert et d'Ultrogothe, exécutés ou retouchés comme les autres par le sculpteur Michel Bourdin fils qui reçut 400 livres en 1656 et 1.150 livres en 1658 furent placés au milieu du chœur, devant le maître‑autel qui précédait l'autel matutinal ou de Saint‑Germain et l'autel de Saint‑Michel, encadré par les deux colonnes centrales de l'hémicycle.

 

   Le maître‑autel érigé en 1646 fut démoli le 23 mars 1656 et remplacé par un autre qui s'élevait à l'entrée du chœur et qui renfermait le sarcophage de saint Germain. Les nouvelles stalles, au nombre de soixante et une posées la même année, coûtèrent 10.000 livres. Elles étaient ornées de chérubins et le dôme de la chaire abbatiale ressemblait à une couronne royale. Dom Claude Cotton, ancien prieur de l'abbaye, qui les avait commandées le 17 février 1655 à Martin Formery, sculpteur sur bois, et à Jean Lepaultre, menuisier à Paris, contribua pour 1.600 livres à la dépense. Le 16 mars 1663, un marché était passé entre le doyen et Pierre de Farcy, maître‑menuisier, qui s'engageait à livrer au mois d'octobre un buffet d'orgue de seize pieds moyennant le prix de 3.200 livres ; le facteur Thierry devait exécuter l'instrument dont le montage ne fut terminé qu'en 1667. En même temps, Pierre de Farcy se chargeait de faire appareiller pour 280 livres l'arc en anse de panier et la tribune destinée à porter les orgues à la place du jubé « qui estoit au fond de l'église » et qui fut supprimé le 26 juillet.

 

   Après la mort de Jean‑Casimir, roi de Pologne, décédé à Nevers le 16 novembre 1672, qui était abbé commendataire de Saint‑Germain-des-Prés, on lui éleva un mausolée dans le croisillon nord, œuvre du sculpteur de Marcy et du frère Jean Thibaut. L'autel à colonnes de ce bras du transept fut consacré en 1683 sous le vocable de saint Casimir, en même temps que celui de Sainte‑Marguerite dans l'autre croisillon, œuvre du sculpteur Laurent Magnier qui donna quittance de 2.580 livres en 1679 et du frère Jacques Bourlet, auteur de la statue de sainte Marguerite posée en 1705. L'abbé de Castellan, mort en 1677, avait ordonné par son testament l'érection d'un tombeau à son père et à son frère qui fut mis en place en 1683 dans la chapelle de Sainte‑Marguerite à l'angle du bas‑côté nord et du transept. Le célèbre artiste François Girardon qui en sculpta les figures et les médaillons signa en 1678 un marché de 10.000 livres pour l'autel de cette chapelle.

 

   Le 29 septembre 1684, une cérémonie solennelle eut lieu dans l'église pour la réception des reliques de la Passion léguées aux moines par Anne de Clèves, princesse palatine. La pièce la plus importante était une croix byzantine à double traverse qui renfermait du bois de la vraie croix et dont l'inscription grecque mentionnait le nom de l'empereur Manuel Comnène (1143‑1180). Le peintre Lebrun avait dessiné les deux anges d'orfèvrerie qui la soutenaient dans leurs mains. A cette époque, la chapelle de Saint‑Symphorien tombait en ruines : Dom Bernard Joli, sacristain de l'abbaye, obtint les fonds nécessaires en 1690 pour réparer les murs, la charpente et la toiture. Il fit ériger un nouveau tombeau sur l'emplacement de celui de saint Germain où il encastra l'inscription commémorative de la translation des reliques en 754. Cinq ans plus tard, des ouvriers suspendus à des cordes repiquèrent les murs de la tour occidentale et du clocher de Saint‑Placide, nom donné à la tour jumelle du nord.

 

   Après la mort du comte Ferdinand de Furstemberg, neveu du cardinal, le 6 mai 1696, Coysevox fut chargé de sculpter le tombeau qui se trouve dans la chapelle de Sainte‑Marguerite et où le prélat fut inhumé en 1704 après avoir fait restaurer le palais abbatial construit vers 1586 par le cardinal de Bourbon. Un nouveau maître‑autel elliptique fut posé en 1704 à l'entrée du chœur. Gilles Openord, architecte du duc d'Orléans, qui l'avait dessiné, le surmonta d'un baldaquin soutenu par quatre colonnes de marbre cipolin. Entre ces supports deux anges tenaient la châsse de saint Germain. La nouvelle sacristie bâtie au nord du chœur en 1717 par Jacques Philippe, maître‑maçon, coûta 6.886 livres. L'ouvrage de Dom Bouillart, qui parut en 1724, fait mention de treize tableaux accrochés aux murs du chœur et de la nef, peints par Van Mol, Halé, Cazes, Leçlerc, Bertin, Retout, Van Loo, Lemoine, Christophe et Verdot. Le plan relevé par J. Chaufourier qui y est inséré indique au milieu de la nef, dans la seconde travée, l'autel de Saint‑Gervais et de Saint‑Protais et ceux qui s'adossaient au jubé en avant du transept. L'autel de Saint‑Thomas se trouvait dans le bas‑côté nord, au droit de la troisième pile et le chœur qui renfermait quatre autels était flanqué au nord de deux grandes sacristies en hémicycle et au sud d'une ancienne chapelle dédiée à saint Julien. De chaque côté du porche s'élevaient au nord la chapelle Saint‑Pierre et au sud celle de Saint‑Symphorien contiguë au cimetière des religieux qui s'étendait jusqu'au portail méridional.

 

   La fonte du gros bourdon par Louis et Jean‑Charles Gaudiveau le 6 octobre 1771 qui coûta 5.054 livres fut le dernier fait intéressant pour l'histoire du monument avant la Révolution si fatale à l'abbaye. Le 4 février 1791, l'édifice était affecté au service paroissial, mais dès le 29 mars, l'architecte Bélanger détruisit les tombeaux des rois mérovingiens refaits par Michel Bourdin au XVIIe siècle. Il put heureusement sauver la curieuse tombe plate de Frédégonde. L'église fut fermée le 13 février 1792. L'adjudication définitive des bâtiments monastiques à M. Ledoux pour la somme dérisoire de 8.120 livres eut lieu le 13 novembre 1792. En 1793, les statues du portail occidental furent brisées et le 12 février 1794 une raffinerie de salpêtre qui fonctionna jusqu'au 10 février 1802 fut installée dans l'église. On enleva tout le mobilier ; on arracha le dallage et les chapelles rayonnantes furent remplies de terres lessivées. Des fourneaux et des chaudières encombraient le bas‑côté sud : des bassins de cristallisation et un grand réservoir avaient été établis dans la nef et dans le transept. Les prisons de l'abbaye, tristement célèbres par les massacres de septembre, s'élevaient à l'angle de la rue Sainte‑Marguerite et du Petit‑Marché, au sud du jardin abbatial qui entourait le chevet. L'église échappa heureusement à l'incendie de la bibliothèque des religieux le 20 août 1794.

 

   Quand le décret du 31 mai 1795 autorisa le rétablissement du culte, l'abbé de Pierre officia dans la chapelle de la Vierge jusqu'en 1802, date de sa démolition par le Dr Salbrune qui encastra quelques fragments de sculpture dans sa nouvelle maison, au coin de la rue de l'Abbaye et de la place Furstemberg. Il fallait donc se décider à utiliser l'église, mais la nef menaçait ruine, car les eaux salpêtrées qui coulaient dans des rigoles avaient rongé les piles. On avait songé à mettre l'édifice en vente, puis à le démolir, comme le proposait Petit‑Radel au Conseil des bâtiments civils le 20 avril 1802, mais ses collègues furent d'avis de conserver la tour occidentale en raison de son ancienneté, tout en déclarant que l'architecture du monument « n'offre rien de bien intéressant sous le rapport de l'art » . Néanmoins, l'église fut rendue au culte le 29 avril 1803.

  

    Alexandre Lenoir qui découvrit deux tombes mérovingiennes sous le maître‑autel, en 1799, avait fait transporter au Musée des Monuments français les principaux tombeaux qui furent restitués à Saint‑Germain des Prés en 1817. Le curé Lévis réclamait, en 1803, des tableaux au musée de Versailles, un orgue provenant de Saint‑Victor, des dalles de l'abbatiale de Sainte‑Geneviève. Un peu plus tard l'église s'enrichit de la belle Vierge de marbre à l'enfant donnée à l'abbaye de Saint‑Denis en 1340 par la reine Jeanne d'Evreux, tandis que le musée du Louvre recueillait les colonnes de marbre de l'autel de 1704. En 1819, la chapelle rayonnante centrale qui n'était pas plus profonde que les autres fut démolie et remplacée par une construction d'un style déplorable.

 

   L'architecte Lahiteau signalait l'état dangereux de certaines parties de l'église. Le 4 mai 1820, l'inspecteur général Mazois attirait l'attention du Conseil des bâtiments civils sur l'écrasement des piles du nord rongées par le salpêtre. La nef avait été interdite aux fidèles qui entraient dans le chœur par une porte voisine de la sacristie. Les architectes Rondelet, Molinot, Rohault et Debret visitèrent l'église avec leur collègue Guy de Gisors qui fut d'avis que la démolition de la nef et de ses bas‑côtés s'imposait, mais le 18 mai Mazois ralliait le Conseil à l'idée de conserver le chœur et de restaurer la nef . Le système d'étais et de chevalements posés par l'architecte Godde fut jugé insuffisant. C'était en effet une nouveauté que la reprise en sous‑œuvre d'une église en 1820, tandis que cette opération était familière aux architectes du moyen âge, comme à la cathédrale du Mans et à Saint‑Gilles d'Etampes. Le préfet de la Seine décida qu'on réserverait au culte l'abside qui était en bon état, en l'isolant par un mur de clôture. Dès qu'il eut approuvé le projet de Godde le 21 juillet 1821, on commença les travaux de la nef qui coûtèrent 219.080 francs et qui étaient terminés le 15 mars 1822.

 

   Dans une lettre du préfet de la Seine, datée du même jour, Hély d'Oissel, directeur des travaux de Paris, énumère les réparations terminées, à savoir la reconstruction de dix piliers de la nef en roche dure sur des fondations de 1 m. 50 de profondeur, le ravalement des colonnes, des chapiteaux et des voûtes, la reprise des colonnes engagées dans le mur du bas‑côté nord, la réfection de la chapelle des fonts‑baptismaux, la construction d'une sacristie au nord du porche, l'agrandissement des fenêtres romanes qui furent re‑vitrées, la réparation des étages inférieurs de la tour occidentale dont les haies furent déshonorées par un horrible remplage, l'incrustation de moellons dans les murs extérieurs de la nef, le renouvellement de la charpente des bas‑côtés et la pose d'un chéneau de plomb au pied du grand comble. Il restait à décider quel serait le sort des petits clochers de Saint‑Casimir au nord et de Sainte‑Marguerite au sud que Godde avait fait chaîner par précaution. Cet architecte proposait de démolir la tour du nord très dégradée et de restaurer la tour du sud, mais comme leur poids était inquiétant vu la nécessité de les reprendre en sous‑œuvre, on prit le parti de démonter les trois étages supérieurs de chaque clocher pendant l'été de 1822, puis on répara les chapelles rayonnantes et les six arcs‑boutants du chevet furent remaniés en 1823. Ce second chapitre du devis était évalué à 100,764 fr., ce qui fit monter la dépense totale à 319.844 fr. d'après le procès‑verbal de la séance du Conseil des bâtiments civils, en date du 19 mars 1823.

 

   En 1824, la fabrique obtint des marbres pour l'autel, des colonnes provenant du tombeau du connétable Anne de Montmorency et des vitraux gothiques déposés au musée des Monuments français. Godde fit exécuter en 1827 la chaire de marbre dessinée par Quatremère de Quincy qui coûta 33.500 fr. En 1843, Hippolyte Flandrin commença par le chœur la série de ses peintures justement célèbres où les scènes de l'Ancien Testament annoncent celles de la vie du Christ : son œuvre s'acheva dans la nef peinte de 1856 à 1861. Mal éclairées et noircies par la poussière, ces fresques d'un si doux coloris et d'une très grande valeur artistique auraient été mieux placées dans une église moins obscure, mais ce qui fut désastreux c'est l'ornementation dessinée par Denuel et jugée nécessaire pour les encadrer. Etoiles d'or sur voûtes d'azur, dorure des chapiteaux neufs de la nef et des chapiteaux romans du sanctuaire, peinturlurage des colonnes et des murs, rien ne fut épargné pour dénaturer les lignes de l'architecture. Seul le déambulatoire et ses chapelles échappèrent au pinceau des décorateurs.

 

   Au milieu de cette période, Baltard avait fait sculpter de nouveaux chapiteaux dans la nef et les collatéraux, déplorables pastiches de ceux du XIe siècle, comme le prouvent les originaux déposés au musée de Cluny. Il dessina les stalles, tandis que Lassus faisait entourer l'abside d'une clôture de bois. Gérente exécuta les vitraux du chevet d'après les cartons de Flandrin. De 1848 à 1853, Baltard restaura le dernier étage de la tour occidentale raboté par Godde. Il déboucha les baies, mais il eut tort de refaire les colonnes, les chapiteaux, les archivoltes et le parement extérieur, sans laisser aucun témoin de l'œuvre du XIIe siècle. Les réparations faites à l'église dans la seconde moitié du XIXe siècle par le service des Monuments historiques ne furent que des travaux d'entretien sans aucun intérêt archéologique.

 

   Aucune fouille n'ayant été faite dans la nef et le transept, il est impossible de donner aucune indication sur le plan de la basilique mérovingienne. Néanmoins, le fragment de chapiteau corinthien en marbre blanc, décoré d'une petite croix, qui fut trouvé dans la nef en 1794, la découverte de tombeaux de Childéric II, de la reine Bilihilde et de leur jeune fils Dagobert dans le chœur actuel, en 1650, au pied de la tour du nord et celle de plusieurs sarcophages mérovingiens ornés de croix pattées dans le bas‑côté sud en 1853 suffisent à prouver que l'église du VIe siècle occupait le même emplacement. En 1876, les travaux de terrassement du square mirent au jour les fondations d'un hémicycle à l'intérieur, entre les deux contreforts méridionaux du croisillon sud. M. Vacquer qui avait noté cette découverte suppose qu'un autre hémicycle devait exister au nord du transept et que le plan primitif de la basilique ressemblait à celui de l'église de Germigny‑desPrés, mais c'est bien invraisemblable. Je serais porté à croire que cette petite abside faisait peut‑être partie de la chapelle primitive de Saint‑Symphorien où saint Germain fut enterré en 576.

 

   Le plan de l'édifice du XIe siècle, facile à reconstituer, offrait la plus grande analogie avec celui de l'église abbatiale de Morienval. La nef, précédée d'un porche et flanquée de deux bas‑côtés, communiquait avec un large transept qui renfermait clans chaque bras deux absidioles de profondeur inégale. L'abside s'élevait entre deux tours, car l'étage inférieur de celle du nord fut conservé par L'architecte du XIIe siècle qui rebâtit le sanctuaire flanqué de quatre chapelles latérales et de cinq chapelles rayonnantes, comme à la cathédrale de Noyon. L'axe de la nef ne coïncide ni avec celui du chevet qui dévie vers le sud‑est, ni avec celui du porche.

 

  La nef de cinq travées qui remonte dans son ensemble au premier quart du XIe siècle vint se coller contre le clocher‑porche plus archaïque bâti par l'abbé Morard avant 1014, mais elle a subi tant de remaniements au XVIIe et au XIXe siècle que les témoins de ses dispositions primitives sont presque tous invisibles. Dom Bouillart nous apprend que le 6 avril 1644 on commença une série de travaux qui durèrent deux ans pour construire des voûtes sur la nef et refaire la charpente qui fut recouverte d'ardoises. C'est donc à cette époque qu'il faut attribuer les six voûtes d'ogives ornées d'une arête entre deux tores comme les doubleaux en tiers‑point qui surmontent le vaisseau central. Leur profil identique à celui des nervures du chevet ne ressemble pas à ceux des voûtes qui furent également lancées au XVIIe siècle sur la nef romane de Morienval, mais le style médiocre des clefs de voûte, la retombée non prévue des ogives, des doubleaux et des formerets toriques sur un gros chapiteau moderne garni de feuilles d'acanthe suffiraient à prouver que les voûtes ne furent pas ajoutées au XIIe siècle.

 

   Au XIe siècle, la nef était recouverte d'un plafond de bois formé de planches de chêne qui mesuraient 3 m. 44 de longueur sur m. 42 de largeur et dont quelques‑unes fuient utilisées comme pannes dans la charpente du XVIIe siècle. En examinant les encoches visibles sur dix entraits réemployés, M. Deneux est parvenu à reconstituer la charpente primitive qui se composait d'une série de fermes très rapprochées dont les bois mesuraient 0,33 sur 0,21. Les traces de peinture sur les pannes qui alternent avec le bois nu correspondant aux entraits permettent d'évaluer leur espacement à 0,60. La forme primitive de cette charpente, la plus ancienne de la France et du type de celle de Saint‑Pierre de Montmartre, se déduit de témoins encore intacts. Le poinçon était flanqué de six contre‑fiches qui venaient s'assembler à mi‑bois et à pieuté d'aronde dans les arbalétriers reliés par un extrait retroussé et inclinés à 45 degrés, comme l'indiquent les traces des solins sur la face orientale du clocher‑porche et sur le pignon du XIIe siècle qui correspond à l'entrée du chœur. La charpente beaucoup plus haute du chevet, montée en 1163, venait s'adosser à ce pignon percé de deux barbacanes d'aération qui dominait le toit de tuiles de la nef.

    

Références principales :

‑ Archives Historiques Nationales

‑ Bulletin de la Société Histoire de Paris, 1874
‑ Martyrologe d'Usuard dans Migne : Palrologic latine,
‑ Dom Bouillart : Histoire de l'abbaye de Saint‑Germain des Prés

 

L'Église de Saint‑Germain‑des‑Prés
et ses riches décorations

 

L'église Saint‑Sulpice

 

   Le dossier de Plantard était destiné à être lu et étudié par les chercheurs qui suivraient ses pas. C'est pourquoi il est émaillé de clins d'œil qui sont autant de pistes à explorer. La gravure montrant le Mausolée du curé saint‑sulpicien Languet de Gergy en page 11 est bien sûr une allusion à l'église Saint‑Sulpice de Paris d'où le mystérieux courant lazariste naqui.

 

  Rappelons que ce courant arriva comme par hasard à ND de Marceille en 1880 avec la présence discrète d'un érudit lazariste, Jean Jourde... Un volet de l'énigme certainement inconnu de Plantard.


Jean‑Baptiste Languet de Gergy
(mausolée par M.A. Slodtz)

   Cette allusion est suivie d'un plan célèbre de Saint‑Sulpice en page 12 où l'on y découvre le Méridien cité dans l'opuscule du Serpent Rouge.

 

Rappel du méridien de Saint-Germain et une citation

 

   La dernière page nous offre la preuve que dans l'idée de Plantard, le méridien de Saint-Germain et celui de Saint‑Sulpice ne font qu'un. Il suffit de regarder son tracé sur la carte de Paris en perspective. Le méridien noté MC comme dans le plan de Saint Sulpice passe ici par la tour de garde nord de Saint Germain.

 

   La dernière page du dossier est la 13eme, une référence symbolique sans doute au 13 strophes du Serpent Rouge. Car tout est symbole comme ce N inversé, discrètement inscrit en guise d'index des figures (Fig. И). Hormis le fait que cette page offre une vue du quartier de Saint-Germain traversée par le méridien, un cartouche est présent en bas à droite.


Extrait du Serpent Rouge page 13

 

Après analyse, le cartouche contient une citation en version latine et en français :

 

Tempora si fuerint nubila, solus eris
S
i le ciel se couvre de nuages, tu seras seul

 

Cette citation est une pensée sur l'amitié empruntée à Ovide :

 

Tant que tu seras heureux, tu compteras beaucoup d'amis.
Si le ciel se couvre de nuages, tu seras seul.
 

   Plantard voulait‑il nous dire que face à ses certitudes qui le tourmentaient, il se retrouvait seul. Dans le contexte de l'époque, il existait en tout cas très peu de chercheurs qui accordaient du crédit à ses recherches.

 

C'est un fait, et sa solitude devait être immense...

 



La suite page suivante

 

 

  

         

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