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Le Christ au lièvre
ou les tableaux de Rennes-Les-Bains

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

   De même que le tableau dit de Saint Antoine est associé à Notre Dame de Marceille, le tableau appelé curieusement "Le Christ au lièvre" renvoie à l'église de Rennes-Les-Bains. Pendant très longtemps, il fascina les chercheurs pour son côté énigmatique et son histoire obscure liée à Henri Boudet. La destinée de ce tableau semble d'ailleurs étrangement liée à une autre toile moins connue mais pourtant elle aussi visible dans la même église et représentant  une Crucifixion.

 

   Vous trouverez dans cette page l'étude de ces deux fabuleux tableaux et dans une seconde partie quelques révélations sur leurs contenus allégoriques. Bien entendu nous sommes sans doute encore loin d'avoir compris tous leurs secrets...

 

L'étude du Christ au lièvre et de la Crucifixion comporte deux volets :

 

   Le Christ au lièvre, ou les tableaux de Rennes-Les-Bains
   Le Christ au lièvre, quelques révélations...

 

 

Le Christ au lièvre - Présentation

   A l’intérieur de l’église de Rennes-les Bains, dans la petite chapelle de droite, près de l’autel, un tableau de grandes dimensions orne le mur. D'un artiste inconnu, la toile représente une Pietà, mais curieusement, elle est plus connue dans l’énigme de Rennes sous l’appellation impropre : "Le Christ au lièvre".


Le Christ au lièvre (Œuvre non signée) - Eglise de Rennes-les-Bains

 

   Ce tableau selon une légende rapportée par Gérard de Sède, aurait été offert par le marquis Paul François-Vincent de Fleury, un descendant de la famille De Blanchefort, aux alentours de 1800. Il faut rappeler que ce fut par son mariage avec Gabrielle d'Hautpoul de Blanchefort qu'il devint seigneur de Rennes et donc héritier du titre. Ils eurent un fils Paul Urbain de Fleury, qui eut la particularité étonnante de cumuler deux tombes à son nom dans le petit cimetière de l'église.

 

   C’est une des raisons pour lesquelles, depuis très longtemps, ce tableau intrigua les chercheurs. Son histoire aurait été non seulement liée à la descendance des familles Blanchefort - Hautpoul, mais aussi à Henri Boudet, curé de la paroisse de Rennes-Les-Bains. Ce dernier aurait ainsi été le gardien de la toile pendant plus de 40 ans. La légende rapporte donc que le tableau, au lieu d'être ignoré de tous et oublié dans un patrimoine familial, fut l'objet d'un don de la part de Paul François-Vincent de Fleury qui préféra l'exposer définitivement dans une église ? Hypothèse fort possible.

 

   Il faudra attendre l'année 2005 pour qu'une autre hypothèse beaucoup plus convaincante, soit proposée sur l'origine du tableau. La recherche avance parfois par des hasards heureux. En voici un exemple...

 

  Beaucoup d'artistes travaillèrent sur la scène de la lamentation du Christ. Ce thème religieux classique est appelé "Une Pietà".

 

   Jésus y est représenté mort, après sa Crucifixion, dans les bras de la Vierge Marie, entouré souvent de plusieurs personnages dont Marie Madeleine reconnaissable par ses cheveux flamboyants.


Exemple d'une "Pietà" par el Greco

 

   Dans la scène "Le Christ au lièvre", le Christ mort gît à l’entrée d’une petite grotte. Il est appuyé contre la Vierge Marie qui regarde le ciel. Sa main droite fait un geste dans la direction du Christ en implorant Dieu : "Voici le Christ" ou bien encore "Voyez ce qu’ils ont fait".

 

Au-delà de l’ouverture, un paysage désolé s’étend presque jusqu’à l’infini. Un grand rocher aux formes curieuses et ressemblant à un dolmen occupe la majeure partie du paysage. Il est recouvert de quelques buissons clairsemés.

Le Christ est présenté musclé et robuste.

 

   Mais cette scène a longtemps passionné et intrigué les chercheurs.  Pourquoi ?


Le Christ au lièvre

 

Le lièvre et l'araignée

 

  Deux détails ont rendu célèbre ce tableau. Pour qui sait la voir, juste au dessus du pied droit, une araignée est suggérée. Et sur le profil du genou droit du Christ, on peut deviner la tête d'un lièvre.

   C'est ce qui fera dire à Gérard de Sède: "A Règnes (araignée), près de l'homme mort, gît le lièvre".

 

   En vieil occitan Rennes se prononce "Règnes" d'où le rapprochement de "A Règnes" avec "Araignée"...


L'araignée et le lièvre

 

   Ainsi, le nom du tableau "Le Christ au lièvre" viendrait d'un détail dans le genou droit du Christ, qui laisse deviner la tête d'un lièvre. Certains auteurs ont alors imaginé que l'un des secrets du tableau pourrait se cacher dans son titre. En effet, "Le Christ au lièvre" peut, en s'inversant, se lire "Le lièvre au Christ" ou plus exactement "Le lièvre est le Christ". On peut aussi se référer à l'expression "Lever un lièvre". Il faudrait alors traduire le message par : "Cherchez, une découverte  importante vous attend..."

 

   Il est vrai qu'il existe un endroit situé à 2 km au sud ouest de Rennes-Les-Bains appelé "L'Homme Mort". Enfin, "Le Christ au lièvre" n'est pas la seule toile semblant suggérer un lièvre. On retrouve cette allusion dans une autre toile d'un petit village du Hainaut et d'un artiste inconnu. La tête d'un lièvre est également visible sur le genou gauche du Christ.


Un autre Christ au lièvre (artiste inconnu)


Le lièvre sur le genou gauche

 

L'empreinte de Saunière ou de Boudet ?

 

   Si l'on compare le profil de la grotte avec celui peint sur le bas-relief de l’église de Rennes-le-Château, on retrouve des idées similaires. Le bord de la grotte laisse apparaître quelques fougères dans un style très ressemblant et un paysage s'évanouie également à l'horizon.


Le bas relief dans
l'église de Saunière

 

   On a souvent écrit et certainement à tort, que Bérenger Saunière avait tenu à peindre lui même une partie du bas relief dans son église. Les dernières études prouvent que le bas relief Marie-Madeleine provient des établissements Monna et peut-être suite à des recommandations très spécifiques de Boudet. L'un aurait-il inspiré l'autre ?

 


Le profil de la grotte dans le bas relief Marie-Madeleine est étrangement ressemblant

 

Une main curieuse

 

   Il est incontestable que ce tableau fascine et deux remarques évidentes peuvent être signalées :

 

  La musculature est exagérée et se confond presque avec le drapé

 

  La position de la main droite du Christ est curieuse, comme suspendue ou posée sur un accoudoir invisible.

 

   Le tableau dégage une atmosphère indéfinissable et l'une des explications est peut-être celle-ci :

 

   Très peu de chercheurs l'ont remarqué, mais la position de la main droite du Christ est anormalement surélevée. Son avant bras est comme figé en plein mouvement comme pour inviter l'observateur à imaginer que Jésus est encore vivant ou du moins agonisant, ce qui est une représentation parfaitement étrange. De plus, elle est contraire aux symboles classiques religieux et très différente de ce que l'on peut voir sur d'autres Pietà. Cette main qui semble reposer sur un accoudoir invisible, apporte un semblant de vie, là ou la mort est en principe omniprésente.

 

   Voici donc une bien étrange composition du peintre. Il représente un corps avachi puisque mort, sauf la main droite qui semble faire un signe. Simple erreur de l'artiste, ou bien a-t-il voulu nous faire passer un message ?

 

Nous verrons plus loin l'explication technique de cette  étrange détail...

 

Le coup de lance inversé

 

Un autre fait surprenant pour son caractère contradictoire avec les évangiles, est le fameux coup de lance, visible sur le flanc gauche et non sur le droit.

 

Boudet, homme d'église exemplaire et doté d'une intelligence hors du commun, ne pouvait ignorer cette erreur élémentaire .

 

 

Pourtant on révèle cette même anomalie sur le calvaire qu’il fit ériger à la sortie de son village de Rennes-Les-Bains, route de Bugarach...... Sur le calvaire on peut lire une inscription gravée :


MISSION
1885

 

 

 

 Il faut rappeler que 1885 et 1886 sont deux dates mythiques pour Boudet. On retrouve d'ailleurs 1886 sur la couverture de son livre "La Vraie langue Celtique..."


Le calvaire de Boudet à Rennes-Les-Bains
La blessure sur le flanc du Christ est inversée

 

Le Christ au lièvre - Existe t-il un original ?

  En effet, l'artiste étant inconnu, il est possible qu'il se soit inspiré d'une toile déjà existante. Une peinture pourrait rappeler effectivement "Le Christ au lièvre". Il s'agit de "Lamentation sur le Christ mort" de Van Dyck. On y retrouve Jésus dans une position similaire près d'une grotte. La Vierge Marie et Marie Madeleine sont à ses côtés. De plus, la scène est inversée.


"Lamentation sur le Christ mort" de Van Dyck (1599-1641)

 

"La lamentation" de Van Dyck"

 

   Mais une autre toile traitant du même sujet "La lamentation" de Van Dyck est encore plus ressemblante. Elle a été remarquée par Pierre Jarnac (voir "Histoire du Trésor de Rennes le Château"). Ce tableau était présent dans l’église de Saint Béguines à Anvers et il se trouve aujourd'hui au musée des Beaux-arts d'Anvers.

 

   Sa ressemblance est effectivement sans contestation. On retiendra bien sûr l'inversion de la scène, mais aussi la disparition sur "Le Christ au lièvre" de Marie-Madeleine et du troisième personnage apportant la tunique rouge.


La lamentation de Van Dyck (1599-1641)

 


Pietà dans l'église de Sarzeau

   Les chercheurs ont longtemps voulu déterminer une version originale. Celle visible dans l'église de Sarzeau en Bretagne sud ne manque pas d'intérêt. On y voit une scène qui ressemble particulièrement au "Christ au lièvre" excepté les deux personnages supplémentaires dont Marie-Madeleine.

  

Or, non seulement la ville de Sarzeau est citée dans "la vraie langue celtique" de Boudet en page 157, mais ce lieu fut cher à Maurice Leblanc, auteur célèbre des aventures d'Arsène Lupin.

 Cela fait décidemment beaucoup de coïncidence...

 

 L'église de Sarzeau contient également deux copies importantes de Nicolas Poussin : L'Ordination et l'Eucharistie.

 

"La lamentation" de Paulus Pontius

 

   Enfin, c'est en recherchant les œuvres dérivés de Van Dyck que finalement une gravure est apparue la plus proche du "Christ au Lièvre". Cette œuvre qui fut repérée en premier par Ryan Martin, est tout aussi surprenante. Il s'agit d'une gravure réalisée par Paulus Pontius entre 1620 et 1650 sur la base du tableau de Van Dyck.

 

   Les détails sont saisissants et on retrouve les même traits dans "Le Christ au lièvre". Tout y est, la musculature exagérée, le lièvre sur le genou droit, le visage contemplatif de la Vierge Marie et même les fougères sur le bord de la grotte. La gravure de Paulus Pontius aurait donc inspiré un copiste qui aurait alors composé "La Pietà" de Rennes-Les-Bains...


La lamentation de Paulus Pontius (1603 - 1658)
Gravure conservée au Royal Academy des Arts à Londres

 

   A noter que la présence du genou au lièvre  dans une toile n’ayant à priori aucun rapport avec l’affaire qui nous préoccupe et sur la gravure originale de Paulus Pontius qui servit de modèle, nous prouve formellement que cet animal ne peut être en aucun cas une clef de codage de La Pietà de Rennes-les-Bains.

 

Une gravure inversée par erreur ?

 

   Un détail intéressant est l'inversion complète du Titulus Crucix INRI, donnant un N inversé dans la gravure. Or, si on inverse totalement la gravure, tout rentre dans l'ordre: INRI peut se lire à l'endroit et la blessure apparaît sur le flanc droit conformément aux évangiles.

 

   L'inversion pourrait être bien sûr  une erreur due à la technique de gravure mais cela reste étonnant de la part d'un grand artiste graveur tel que Paulus Pontius, habitué aux scènes religieuses. A moins que cette inversion soit volontaire, mais dans quel but ? D'ailleurs, si erreur il y a, elle a été corrigé à moitié par le copiste, car si INRI s'est retrouvé à l'endroit sur "Le Christ au lièvre", le coup de lance est toujours du mauvais côté...


La lamentation de Paulus Pontius (Image inversée)

 

  Une autre remarque importante est celle-ci. Nous avons la confirmation que deux personnages dont  Marie-Madeleine,  ont été supprimés volontairement du tableau "Le Christ au lièvre". Pourquoi ?

 

   La question doit être posée, car pourquoi se donner la peine de faire une copie aussi fidèle si finalement l'un des personnages clé de la scène, Marie-Madeleine, est supprimée ? Comment imaginer que cet artiste, suite à l'effacement de Marie-Madeleine, laisse une main en suspension ? Car, voici l'explication technique de cette main étrange. C'est en supprimant la scène du "baise main" de Marie Madeleine que la position du Christ devient énigmatique. De plus, cette erreur technique ne peut pas passer inaperçu pour un artiste peintre même copiste. Il y a fort à parier que cette main qui repose sur rien fut laissée justement pour attirer l'attention.

 

Pourquoi retirer deux personnages ?

 

Plusieurs explications peuvent être envisageables :

 

   Le copiste a voulu simplifier sa composition et donner l'accent sur le sujet principal, le Christ. Ce choix est tout de même curieux sur une œuvre religieuse où tout les symboles comptent. En effet supprimer Marie-Madeleine dans cette scène religieuse est un acte symbolique important qui ne se justifie en rien. Du plus, la suppression donne au Christ une position insolite, ce qui déséquilibre l'œuvre.

 

   Le copiste a voulu attirer l'attention sur Marie-Madeleine en l'effaçant du tableau. L'artiste a parié sur le fait qu'un observateur un jour fera le parallèle entre sa copie et la version originale. Ainsi l'observateur se posera les bonnes questions. Si c'est cette option qui a été choisie, on peut dire qu'il aura fallu au moins 150 ans pour qu'elle se réalise enfin...

 

   Le copiste a voulu attirer l'attention sur le paysage extérieur de la grotte. En effaçant certains personnages, l'extérieure de la grotte devient effectivement visible...  L'artiste peut alors insister sur ce rocher aux formes très caractéristiques et qui semble garder l'entrée de la grotte.

 

   Mais il n’est pas interdit non plus de penser que le copiste a tout simplement supprimé tout ce qui ne lui était pas utile sur la gravure de Paulus Pontius pour livrer son message. Il faudrait alors entrevoir la possibilité que ce tableau ne soit qu’un rébus (géographique ou initiatique) uniquement basé sur une scène biblique qui lui sert de support mais n’ayant aucun rapport avec les personnages qui y sont (ou non) représentés.

 

Le Christ au lièvre - Qui est son auteur ?

Un heureux concours de circonstance

 

   C'est en 2005 que Franck Daffos, dans son livre "Le secret dérobé", nous dévoilait quelques éléments importants dans la compréhension des origines du "Christ au lièvre". il faut reconnaître que jusque là l'hypothèse officielle était celle d'un don fait par le Marquis Paul François-Vincent de Fleury,  et ceci malgré l'absence de faits sérieux permettant de confirmer ce don.

 

   Pour comprendre ce retournement spectaculaire, il faut remonter dans les années 1980 où un épisode imprévu viendra, 20 ans plus tard, renforcer les travaux de recherches autour de Notre Dame de Marceille.

 

   Entre les années 1982 et 1984, suite à la demande de l'évêché de Carcassonne, un certain abbé Bruno de Monts prit en charge la cure de l'église de Rennes-Les-Bains, ceci pendant plusieurs étés. Il se trouve que curieusement, l'abbé Bruno de Monts descendait indirectement de la famille des Hautpoul de Rennes, ce qui explique peut être son intérêt pour cette affaire.

 

   L'abbé avait l'habitude de prendre ses repas chez Mme Barthès, nièce de Mgr Boyer (ancien vicaire du diocèse de Carcassonne dans les années 1960 ).
   Or nous devons à cette dame une anecdote très intéressante concernant ce tableau. A l’époque donc où l’abbé de Monts avait en charge la cure de la petite station thermale, l’attache qui maintenait La Pietà au mur de l’église se rompit, brisant ainsi malheureusement son cadre dans la chute. Sur un des morceaux qu’il ramassa, Bruno de Monts découvrit alors une inscription, jusque là invisible puisque contre le mur :

 

"Don de Notre Dame de Marceille" (*)

 

   Inquiété par l’ébullition médiatique qu'aurait pu générer cette découverte surprenante, l'abbé de Monts fit promettre aux personnes présentes de ne pas révéler cette trouvaille, sans doute pour ne pas affecter Notre Dame de Marceille de la même effervescence qu'il déplorait tant à Rennes-Le-Château.

 

   Sa consigne fut donc de présenter "La Pietà" comme l'œuvre d'un copiste de Limoux du 19e siècle... Le tableau fut remis en place, sans son cadre, ni vu ni connu. C'est ainsi que personne ne put se douter qu'une information importante venait d'être trouvée. "La Pietà" continua ainsi à conserver l'un de ses secrets et le cadre en morceaux ne fut jamais retrouvé.

 

   Pendant les deux décennies qui suivirent, personne ne remarqua que "La Pietà" était sans son cadre. Pourtant l'absence est facilement vérifiable si l’on prend la peine de comparer l'état actuel du tableau avec d’anciennes photos que l'on peut retrouver dans la première édition de "L'or de Rennes"  de  Gérard de Sède (Juillard 1967), ou dans « Le trésor de Rennes-Le-Château » de Pierre Jarnac (Bélisane 1985) et dont la photo fut prise fin des années 1970.

   Or, si on regarde aujourd'hui au dos de la toile, une autre inscription apparaît :

 

 "Peint en 1825
par J.B.B Rouch
professeur de dessin à Limoux

 

On comprend alors pourquoi l'abbé de Monts préféra présenter l'œuvre comme la réalisation d'un copiste de Limoux... Vérité à moitié dite, faute à moitié pardonnée...

 

(*) Il faut noter qu'il existe  un enregistrement magnétique incontestable de l'abbé Bruno de Monts s’expliquant à ce sujet ...

 

 


L'inscription visible aujourd'hui au dos de la toile de la Pietà

 

Un autre tableau, une autre inscription...

 

   A ce stade il faut signaler aussi un autre fait important : la présence dans l'église de Rennes-Les-Bains d'une autre toile de grande dimension représentant une Crucifixion dans un style Caravage. Or une autre inscription au dos de cette toile apporte un autre élément décisif.

 

   En effet, l'abbé Bruno de Monts publia, mais à très peu d’exemplaires dans les années 1980, aux presses de l'imprimerie Sival,  une plaquette intitulée "Rennes-Le-Château et Rennes-les-Bains" sur laquelle on trouve à la page 7 la précision suivante concernant la station thermale :

"Quant à l'intérieur de l'église, au cours des siècles, notamment ces dernières années, il a subi beaucoup de modifications. il y a deux tableaux, l'un représentant le Christ en Croix, dont la date nous est connue par une inscription au dos du tableau: "fait par Mr GASC, aumônier de Notre Dame de Marceille de Limoux, en faveur de Mr VIE, son ami et Curé de cette paroisse, 1842".

 

Quelle peut être l'identité du copiste de La Pietà ?

 

   Nous voici donc en présence de deux tableaux dans l'église de Rennes-Les-Bains provenant de Notre Dame de Marceille, mais dont un seul est signé du chapelain du lieu : Henri Gasc.

 

« Le Christ au lièvre » aurait-il livré l'un de ses secrets et son auteur pourrait-il être : Henri Gasc ? Tout porte à le croire... Il suffit d'ailleurs de comparer la technique graphique des deux toiles pour en déduire qu'il s'agit très probablement du même artiste.

 


La Pietà


La Crucifixion par Henri Gasc

 

Un détail qui confirme l'identité ...

 

   Si on compare l'assortiment de couleurs qui a été choisi pour les vêtements de la Vierge Marie sur la toile "La Pietà" par rapport au chemin de croix de Notre Dame de Marceille, la conclusion est immédiate. Nous somme en présence d'une très belle coïncidence qui confirmerait l'origine d'un même auteur...

 

   Il est vrai que Gasc, durant son poste d'aumônier à NDM entre 1838 et 1872 écrivit un opuscule "Notice sur le pèlerinage de NDM près de Limoux". Ce journal décrit les différentes restaurations entreprises par lui-même sur le chemin de croix et on peut y lire cette phrase étonnante :
 

"Les tableaux en relief du chemin de croix ont reçu un coloris qui en relève l'effet et l'harmonise avec le reste de l'église."

Extrait de "Notice sur le pèlerinage de NDM près de Limoux" p26 par Gasc

 

On ne peut être plus clair...

 


La Pietà
(La Vierge Marie est en rose et bleu)


La station XII à ND de Marceille
(La Vierge Marie est en rose et bleu)

 

Que peut-on en déduire ?

 

   Le copiste qui réalisa "La Pietà" s'inspira très certainement de la gravure de Paulius Pontus, en supprimant deux personnages. La comparaison avec l'original de Van Dyck montre aussi que son auteur, très certainement Henri Gasc, a choisi une palette de couleur en accord avec le chemin de croix de Notre Dame de Marceille.

 

   Tout ceci démontre une logique et une cohérence dans le cryptage. Il reste maintenant à comprendre son message exact...

 

Un autre tableau étonnant "La Crucifixion"

Il est clair que depuis de nombreuses années, le tableau surnommé pompeusement "Le Christ au lièvre" attira à lui seul les feux de la rampe.

 

 

Et pourtant une autre œuvre passionnante cohabite dans la petite église de Boudet. Il représente une Crucifixion dans un style Caravage.

 

 

 

 

   Nous avons vu qu'au dos de cette toile une inscription très précise, rapportée par l'abbé Bruno de Monts, donne le nom de l'artiste :


"La Crucifixion" dans l'église de Rennes-Les-Bains

 

fait par Mr GASC

Aumônier de notre dame

De Marceille de Limoux

En faveur de m. Vié. son

ami , et curé de cette
paroisse   1842 .

 

   Le curé Jean Vié fut effectivement de 1840 à 1872 en poste à l'église de Rennes-Les-Bains. Il fut aussi le prédécesseur de Boudet. Jean Vié est aussi connu pour sa tombe insolite ... Mais cette inscription apporte un élément essentiel qui confirme certaines hypothèses dans l'histoire de Notre Dame de Marceille.

 

 Henri Gasc, aumônier de 1838 à 1872 dans le Sanctuaire, avait sans nul doute quelques sérieux talents d'artiste. Et c’est important car l'idée que Gasc puisse s'occuper lui seul du camouflage du Saint Augustin en Saint Antoine devient tout à coup très crédible.


L'inscription au dos du tableau "La Crucifixion" confirmant sa date 1842

 

Existe t-il un original de la Crucifixion?

 

   La réponse est oui et son emplacement prouve que la piste est sérieuse. En effet, il suffit de se rendre à l'église de Pieusse prés de ND de Marceille pour admirer la version originale, datée du 17e siècle classée aux Monuments Historiques.


"La Crucifixion" dans l'église de Pieusse
(Version originale utilisée par Gasc)

 

Une dédicace minuscule en latin, de la main même de Gasc, est à peine visible dans un cartouche au bas du tableau. Elle dit ceci :

 

ex dono Gasc
Sis carissimo
Catuffe rectori
de pieusse
anno...
1866

 

 

et qui se traduit par :

 

don de Gasc
à son très cher
Catuffe, curé
de Pieusse
année ...
1866


L'inscription de Gasc sur l'original, "La Crucifixion" de Pieusse

 

   Que fit donc le chanoine Catuffe, qui était alors très proche de l’Évêché, pour être remercié ainsi par Gasc en 1866 ?

 

   Pour comprendre, il faut se rappeler que Boudet fut nommé curé à Festes-Saint-André cette même année. Coïncidence ? Non, car certainement l'abbé Catuffe fit nommer Boudet à cette cure sur la recommandation de Gasc. L'objectif pour Gasc était de propulser discrètement son jeune élève Boudet à Rennes-Les-Bains pour reprendre sur cette paroisse les recherches abandonnées par Vié. Mais un jeune prêtre fraîchement émoulu du vicariat ne pouvait prétendre si tôt à une cure de cette importance : il fallait donc qu’auparavant il fasse ses preuves ailleurs. Autant alors que ce soit  prés de Limoux et donc de Henri Gasc !

 

   Festes-Saint-André ne fut donc pour Boudet qu’un passage obligé. En remerciement de son intervention, Gasc offrit très probablement ce superbe tableau à son ami Catuffe, éloignant ainsi de plus très adroitement l’original de sa copie et surtout de Notre Dame de Marceille.

 

Chronologie des tableaux de Rennes

   L'histoire de ces deux tableaux de Rennes-Les-Bains est complexe car elle se déroula sans doute sur près de 60 ans avant que les deux toiles ne finissent par décorer les murs de la petite église. Voici donc un petit résumé chronologique des évènements tels qu'on peut les recomposer aujourd'hui :

 

1825 - J.B.B Rouch peint une première esquisse du Christ au lièvre

 

1840 - Jean Vié est nommé curé à l'église de Rennes-les-Bains

 

1842 - Gasc, aumônier à ND de Marceille de 1838 à 1872, qui a réalisé une copie de la crucifixion de Pieusse, fait don de cette copie au curé de Rennes-Les-Bains Jean Vié. Son plan est simple : en offrant ce tableau remanié, Gasc souhaitait éveiller la curiosité de l'abbé Jean Vié au sujet d’un extraordinaire secret caché dans son secteur. Malheureusement l’abbé Vié ne semblait pas être le candidat idéal pour une chasse au trésor. Après quelques années infructueuses, il arrêta ses recherches en 1856 comme il l'indiquera de façon étonnante sur le Calvaire Petrus qu'il fit placer sous le porche de son église la même année. Sans nul doute, Jean Vié excellait plus dans la maîtrise du latin que dans l’arpentage en tous sens des chemins cachés de sa paroisse…

 

1856 à 1862 - Dans cette période Gasc élabore une autre toile, certainement à cause de l'échec avec Jean Vié, mais sans doute aussi pour pour tenter de pérenniser son message. Il peint ainsi "La Pietà", à partir de l'esquisse réalisée par J.B.B Rouch et de la gravure de Paulus Pontius.

 

1862 - Mèche présente à Gasc un jeune abbé répondant au nom de Henri Boudet. Cette présentation se fera très certainement lors du couronnement de la Vierge Noire de ND de Marceille en septembre 1862. Gasc voit en lui son successeur.

 

1866 - Boudet est nommé curé à Festes-Saint-André sur intervention du Chanoine Catuffe et à la demande de son ami Gasc. Pour le remercier, Gasc lui fait don du tableau original de « La Crucifixion », extraordinaire œuvre de maître datant du début du 17e siècle que l’on peut attribuer à l’école du Caravage. Une autre raison est que Gasc évite ainsi que l'on relie trop rapidement sa copie maintenant à Rennes-Les-Bains au Sanctuaire de Notre Dame de Marceille.

 

1872 - Décès de Jean Vié. Boudet est immédiatement nommé curé de Rennes-Les-Bains. Simultanément, Gasc quitte Notre Dame de Marceille.

 

1879 - Le compte rendu d’une visite sacerdotale à Rennes-les-Bains de Mgr Leuillieux évêque de Carcassonne, nous prouve de façon certaine par l’inventaire qui l’accompagne que "La Pietà" n’est toujours pas arrivée dans l’église à cette date. C’est la même chose lors des visites de son successeur Mgr Billard en 1883 et les années suivantes. Pourtant elle apparaît sans aucune erreur possible dans les inventaires contradictoires de 1905 publiés par Pierre Jarnac dans son bulletin « Pégase » et dressés par Boudet et un commissaire de la République comme l’exigeaient alors les lois de séparation de l’Église et de l’État. C’est donc qu’elle est arrivée entre-temps.

 

1882 - Décès d'Henri Gasc. Une date peut alors être envisagée pour la venue de "La Pietà" à Rennes-les-Bains :  le tableau était peut-être resté toutes ces années à ND de Marceille et le curé de Rennes-les-Bains, qui en connaissait la valeur même s'il ne lui avait jamais été d’aucune utilité, en hommage à son maître spirituel, a tenu à le récupérer à l’époque dramatique des lois de séparation de l’Église et de l’État et plus précisément en 1903, au moment même où les Lazaristes, successeurs de Gasc au sanctuaire de Marceille, se virent chassés des lieux.

 

1914 - Boudet, malade, démissionne de Rennes-Les-Bains. Les tableaux "La Pietà" et "La Crucifixion" sont enfin en place dans l'église de Rennes-Les-Bains et au même endroit qu'aujourd'hui. Boudet pouvait ainsi prendre sa retraite à Axat, léguant derrière lui un message pictural complet aux générations futures...

 

 

   Une première conclusion est que Gasc puis Boudet ont énormément œuvré pour la préservation et le maintien de ces deux toiles ensembles. C'est pour nous aussi, une indication sur l'importance allégorique que doit contenir ces deux peintures.

 

   La page suivante présente deux exemples très démonstratifs sur les méthodes cryptologiques utilisées par Gasc. Ouvrez bien vos yeux ... 

 

    

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