> Les indices complémentaires

  

 

La légende du berger Paris

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

   Rennes‑le‑Château est entouré de légendes et d'histoires merveilleuses. Celle du berger Paris est certainement l'une des plus importantes, car elle est la résurgence d'un secret enfoui depuis des siècles. Cette belle histoire participera à la naissance d'une saga que l'on nommera plus tard "l'affaire de Rennes‑le‑Château" et que Gérard de Sède, magnifique romancier, divulguera au public pour la première fois dans son livre "L'or de Rennes ou la vie insolite de Bérenger Saunière" paru en 1967.

   Cette légende qui n'en serait pas une si l'on se fit aux nombreux indices qui émaillent les faits historiques liés aux deux Rennes, nous ramène en l'an 1645...

 

L'histoire d'un berger...

   En 1645,  non loin de Rennes‑le‑Château, un berger nommé Ignace Paris mena ses brebis sur un domaine de pâturage aux alentours. La campagne de cette région est rude et le relief tourmenté. Alors qu'il les faisait paître, il constata que l'une d'elles disparut. Il partit rapidement à sa recherche, mais alors qu'il recherchait vainement l'animal, il l'entendit bêler au fond d'un trou.

 

   Ignace Paris décida alors de se faufiler dans cette anfractuosité pour sauver sa brebis, mais le passage était difficile et dangereux. Dans l'obscurité la plus totale, il essaya de se repérer en tâtonnant, tel un aveugle. Alors qu'il rejoignit la brebis dans une sorte de grande cavité, son esprit fut rempli d'effroi et d'enchantement. D'un côté, il venait d'explorer de ses mains un ensemble de squelettes et de crânes ; de l'autre, il caressait par poignées entières d'innombrables pièces d'or par terre et dans des coffres.

 

   On peut imaginer la surprise et la peur de ce pauvre berger qui ne s'attendait certainement pas à une telle découverte. Sans doute pour prouver au monde extérieur sa trouvaille, mais peut-être aussi pour se rassurer, il décida de remplir la capuche de son manteau de pièces d'or et se redirigea vers la sortie en poussant tant bien que mal sa brebis au-dehors. La tâche était d'autant plus difficile, car l'animal était certainement blessé.

 

   Le chemin dangereux et étroit ne manqua pas d'écorcher le berger contre les parois. Arrivé à l'air libre, il camoufla la sortie de bois mort et partit annoncer la nouvelle aux habitants du village.

 

   Que devint le petit berger héritier d'un lourd secret ? L'histoire ne le dit pas. Une première version raconte que le berger, accusé de vol, fut conduit au seigneur du domaine, le baron Blaise de Hautpoul. Ce dernier séquestra Paris et le soumit à la question pour connaître l'emplacement exact du trésor. Mais le pauvre berger succomba à la torture et Blaise de Hautpoul ne connut le secret que bien plus tard.

 

   Et si le berger avait gardé son secret et le confia à l'un de ses des proches ? Le fait est que, et ceci n'est plus une légende, Nicolas Pavillon, évêque du diocèse d'Alet commença à engager des travaux très importants dans sa ville d'Alet dès 1646. Or, il faut souligner que l'évêque prit sous son aile un fidèle compagnon qui deviendra son secrétaire privé. Ce personnage se nommait François Paris et était prêtre originaire du Razès. Peut‑on alors imaginer que le secret remonta de Ignace Paris à François Paris pour finalement tomber dans les oreilles de Pavillon ? L'hypothèse est non seulement séduisante, mais elle permet de corrober toute une série de faits historiques liés aux mystères du Haut‑Razès et qui remontent jusqu'à l'affaire Nicolas Fouquet.

 

   Le baron de Hautpoul connaîtra, semble‑t‑il, le Secret 15 ans plus tard, et ceci est confirmé par un procès complexe qui eut lieu entre Nicolas Pavillon et Blaise de Hautpoul. L'objectif du baron était bien sûr d'interdire le passage sur ses terres des gens du roi Louis XIV et donc de Nicolas Pavillon et de ses complices.

 

La maison des Hautpoul

 

    La famille de Hautpoul est une des plus anciennes de la plus haute noblesse du Languedoc. Le premier acte connu date de 1081 où un certain Pierre‑Raymond d'Hautpoul figure avec Raimond comte de Toulouse. Ce même Pierre‑Raymond d'Hautpoul prit part à la croisade en 1095 avec Raimond de Saint‑Gilles.

   Le château d'Hautpoul fut assiégé, pris et détruit en 1212 par Simon de Montfort lors de la croisade des albigeois.

 

L'armoirie des Hautpoul est constituée d'or
à 2 fasces de gueules accompagnées de 6 coqs de sable crêtés becqués, barbés de gueules
et posés 3, 2 et 1.


L'armoirie de Hautpoul
(Musée de Rédhae)

   En 1422, Blanche de Marquefave épousa un autre Pierre‑Raymond d'Hautpoul qui devint ainsi seigneur de la baronnie de Rennes. Cette famille possèdera le château de Rennes‑le‑Château pendant plusieurs siècles.

 

   En 1732, François de Hautpoul, Marquis et chevalier de Hautpoul, épousa Marie de Nègre D'ables, Dame de Niort et Roquefeuil, connue pour avoir laissé sur sa stèle un message codé.  

 

Quelques indices qui confirment le récit du berger...

Les bergers d'Arcadie

 

   On ne peut s'empêcher de rapprocher l'histoire du berger Paris d'un tableau célèbre de l'affaire... En effet, comment ne pas penser aux deux tableaux "Les bergers d'Arcadie" de Nicolas Poussin et surtout à sa seconde version : trois bergers et une bergère découvrant un tombeau...

 

   Si l'on considère que cette toile a été commandée à Nicolas Poussin pour coder le secret de Rennes‑le‑Château et que le secret serait lié à la découverte d'Ignace Paris, le tableau aurait été obligatoirement peint après 1645.

 

   Or, il se trouve que cette toile fait l'objet d'une polémique au sujet de sa datation. Officiellement datée par le musée du Louvre entre 1638 et 1640, des experts indépendants, spécialistes de Poussin, situent la conception de la toile plutôt entre 1650 et 1655... D'autres recherches confirment la date 1655. Il suffit d'ailleurs d'analyser la finesse du trait, les coloris et la maturité de l'œuvre pour se rendre à l'évidence : le tableau n'a pas pu être élaboré vers 1640... 

 


Les Bergers d'Arcadie ‑ Version II ‑ par Nicolas Poussin
(faussement daté entre 1638 et 1640), plus vraisemblablement vers 1655

 

Le confessionnal de Bérenger Saunière

 

   Lorsque l'on entre dans l'église de Rennes‑le‑Château, juste à côté du diable Asmodée, un confessionnal en bois de chêne sait se faire discret. Il cache pourtant un détail très révélateur. Cet ouvrage aurait été tout à fait anodin s'il n'y avait pas sur son fronton une scène sculptée bien curieuse.

 

   L'image est censée rappeler un épisode biblique peut illustré, celui d'un bon berger délivrant un mouton pris dans un buisson épais rempli d'épines. Mais ici, la sculpture bas‑relief possède une autre lecture : celui d'un bon berger examinant la patte cassée d'une brebis. Le buisson épineux a disparu et l'on comprend difficilement comment l'animal a pu se casser la patte avant.

 

   La subtile référence à la légende du berger Paris examinant sa brebis après une chute dans un trou est presque évidente. On peut mesurer ici l'ingéniosité de l'allégorie qui utilise l'imagerie biblique pour suggérer tout autre chose... Un seul détail, celui de la patte cassée, suffit à confirmer l'allusion et sans cet élément graphique, le message aurait pu passer complètement inaperçu ...

 

Le porche 1646

 

   Comme le souligne Franck Daffos dans son livre "Le secret dérobé", le porche de l'église de Rennes‑le‑Château porte une date très évocatrice. Sur l'un des piliers, on peut lire 1646, l'année où l'évêque Nicolas Pavillon serait devenu dépositaire du secret de Rennes, un an après la découverte du berger Paris en 1645...


Le pilier droit du porche de l'église
de Rennes‑le‑Château et le cartouche 1646

 

Il ne faut pas confondre ...

 

   Il faut savoir qu'il existe dans la mythologie grecque un autre berger Paris, fils de Priam et roi de Troie.  Plusieurs peintres ont traité ce sujet comme Juan de Juanes, peintre espagnol du XVIe siècle

   Le berger est assis et regarde trois déesses. Il désigne de son index la plus belle et il s'agit selon la légende d'Aphrodite, les deux autres étant Héra et Athéna. Toujours selon la mythologie grecque, il tient dans sa main une pomme d'or qui sera lancée par Eris lors des noces de Pélée et de Thétis ...

   Plusieurs auteurs verraient dans cette toile un codage lié à l'énigme de Rennes‑le‑Château, mais il n'existe aujourd'hui aucune étude sérieuse pour l'affirmer.


Le berger Paris grec
de Juan de Juanes

 

De la légende à la réalité

   Il est toujours amusant de retrouver la part de vérité d'une légende. C'est courant mai 2007 que Jean Brunelin faisait paraître sur le forum du site les photos d'une bergerie qui pourraît bien être celle d'Ignace Paris.

 


La bergerie Paris est en fait une petite ferme
Dans la région et au 17e siècle, les paysans vivaient au-dessus de la bergerie

 

 

   Après une patiente enquête de voisinage et un recoupement avec l'histoire locale, la célèbre bergerie fut enfin localisée. Elle est située au lieu-dit "Les Artigues", au sud de Montferrand. C'est en suivant le petit ruisseau de "la Dous" et que Boudet appelle délibérément par erreur sur sa carte "la Coume" que l'on arrive tout naturellement sur le plateau des Artigues.  Cette erreur est bien sûr volontaire pour attirer notre attention. Voici ce que nous dit Boudet :

 

   On peut affirmer avec certitude qu'ils cultivaient le blé, puisque cet aliment était l'objet d'une distribution impartiale et la kaïrolo – key (ki) clef, – ear (ir), épi de blé. – hole, creux, petite maison –, le grenier et peut‑être le silo ou souterrain renfermant la précieuse céréale, existait toujours auprès des centres d'habitations celtiques. Il n'y a guère, en effet, de village qui ne possède un terrain de ce nom : la kaïrolo des Redones était située au sud de Montferrand tout près du chemin conduisant au ruisseau de la Coume et aux Artigues. La production du blé étant même fort abondante dans certaines régions privilégiées, on avait recours à des mains étrangères à ces contrées, afin de moissonner avec plus de célérité. Les Redones n'hésitaient point à louer ainsi leurs bras pour les travaux importants de la moisson, et le nom de Montferrand atteste leurs périodiques voyages à cet effet – to mow (), moissonner, – to own (ôn), prétendre à, – to fare (fère), voyager, – hand, main –.

 

(La vraie langue celtique ‑ Boudet ‑ Page 295)

 

 

   Sa position sur la carte IGN de Quillan 1/25000 confirme ce que nous dit Boudet. Elle est effectivement située au sud de Montferrand, tout près du ruisseau de la Coume (en fait la Dous) menant aux Artigues. Et un coup d'oeil sur la carte celtique montre que Boudet a omis de nous signaler cette Kaïrolo confirmant son importance.


Emplacement de la fameuse Kaïrolo des Redones sur la carte Boudet

 

   C'est donc en août 2007 que j'entrepris d'explorer cette vieille bâtisse pleine de mystères.

   La petite maison dans la prairie est décidément bien frêle.

   Compte tenu de l'état des murs de soutènement et des linteaux, elle a encore 10 à 20 ans devant elle...

 

 

   Les alentours de la petite bergerie sont incontestablement chargés d'émotions et d'Histoire. C'est aussi dans ce lieu que Boudet fit certainement quelques randonnées. Son église de Rennes‑les‑Bains n'est effectivement qu'à un kilomètre à vol d'oiseau...

 

   La bergerie a visiblement resservi dans une période récente, mais l'état des poutres la rend dangereuse

 

 

   La position de la bergerie est aussi remarquable, car elle se situe à 300 m à l'Ouest du méridien 0 (méridien de Paris). Autre curiosité, le tombeau des pontils est à 300 m à l'Est. Ce méridien focalise décidément de nombreuses coïncidences...


Image Google Earth

 

   Je ne pouvais terminer ce topique sur la petite bergerie sans remercier Jean Brunelin qui permit à tous les passionnés de rêver sur ce lieu mythique avec son petit livre "La croix dans le cercle" publié en juillet 2007

 

 

 

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