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Notre Dame du Cros            1/3
Son histoire est liée à l'énigme

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

   Comme l'église  de Rennes-le-Château ou le sanctuaire de Notre Dame de Marceille, le sanctuaire de Notre Dame du Cros a son importance dans l'affaire. De par son histoire et ses personnages qui l'ont côtoyés, elle est extrêmement liée au sanctuaire limouxin. Mais ce n'est pas tout. Elle participe aussi magnifiquement aux indices laissés par l'abbé Boudet, poussé par l'obsession de délivrer un message à qui pourra le décoder...

 

   J'invite d'ailleurs le lecteur qui découvre Notre Dame du Cros à lire ou à relire au préalable l'histoire de Notre Dame de Marceille, ces deux récits étant intimement liés...

Le sanctuaire de ND du Cros près de Caunes Minervois

Je tiens à remercier ici Franck Daffos sans qui cette fabuleuse histoire n’aurait peut-être jamais vu le jour… Je veux rendre aussi un hommage particulier à Jacques Rivière disparu trop tôt et qui s'est tant passionné pour les ermites de Galamus (éd. Bélisane) et pour toutes ses recherches dans le Razès qui nous font tant rêver.

 

 

   Son histoire et ses liens avec l'énigme

   Ses curiosités et ses mystères

   À l'extérieur, le Rosaire

 

Son histoire


Le sanctuaire de Notre Dame du Cros près de Caune-Minervois

 

Où est ND du Cros ?

 

   Notre Dame du Cros n'est pas située au cœur du Haut-Razès, mais au nord-est de Carcassonne, près de Caunes-Minervois, à 35 km de Rennes-le-Château. Malgré cet éloignement, son histoire reste intimement liée à l'affaire.

 

 

 

   Notre Dame du Cros, discrètement posée au bord de la Montagne Noire près de Caunes-Minervois, se trouve dans un magnifique site rocheux et bucolique.

   Or il faut aussi savoir que depuis le XVIIsiècle, la région est célèbre pour la qualité de son marbre, le marbre de Caunes-Minervois qui orne notamment le Trianon de Versailles et l’Opéra de Paris.


Notre Dame du Cros - Carte ancienne

 

Le marbre de Caunes

 

   On ne peut parler de l'histoire de Notre Dame Cros sans évoquer l'une des richesses du Minervois, son marbre.

 

   Le marbre de Caunes Minervois est unique. Il est facilement reconnaissable par sa couleur rose veinée de rouge écarlate, et il servit à bâtir entre autres, de nombreuses cheminées du château de Versailles, les colonnes de l’Arc de Triomphe du Carrousel du Louvre ou le palais Chaillot.


Un exemple de décoration en marbre de Caunes Minervois - Abbaye de Caunes

 

   Les carrières du Minervois furent exploitées depuis l'Antiquité, puis lentement abandonnées. Pourtant, les marbres polychromes de Caunes ont fait la renommée internationale du village audois. Ils furent très appréciés par les sculpteurs italiens en quête de couleur, le rouge “turquin” ou l’incarnat rouge et blanc. Propriété des moines de l’abbaye de Caunes, les carrières suscitèrent l’intérêt de Louis XIV par sa couleur rouge, symbole de puissance, et veiné de blanc, symbole de la royauté.

 

   Aujourd’hui, seules trois carrières sont ouvertes et le marbre est exporté à Carrare, puis en Chine, pour y être taillé et sculpté, avant de revenir en Europe Chaque année à Caunes Minervois se tient  la fête du marbre.

 

   Les parois de marbre visibles dans les carrières sont les couches correspondant au passage des tsunamis. En effet, la mer, chaude, arrivait jadis jusqu’ici. Le rouge est formé par une oxydation du fer et le blanc par des nautiles, coquillages fossilisés. Le marbre s’est ainsi formé à l’ère géologique du dévonien, il y a environ 400 millions d’années.

 

D'ou vient le culte de Notre Dame du Cros ?

 

   Selon une légende, l'emplacement de Notre Dame du Cros n'est pas dû au hasard. Le sanctuaire serait situé près d'une source miraculeuse au sud et à l'entrée des gorges du Cros. En effet, à proximité de l'église jaillit une source dont l'eau aurait la propriété d'enrayer les fièvres. Ce fut à la suite d'une guérison miraculeuse que trois petites chapelles en pierres sèches furent construites au-dessus de la source.

 

   On peut d'ailleurs admirer aujourd'hui à l'est de l'église et au-dessus de la fontaine, une arcade et le début d'une autre, taillées dans la falaise.  À l'origine, ces trois arcades appelées 'Las Capeletos' contenaient les statues de la Vierge, de Saint Joseph et de Saint Jean. La tradition veut que ce soit là l'origine de la dévotion du Cros. Il existe sous ces chapelles une petite grotte avec une table en pierre. Dolmen druidique ou autel ? Personne ne le sait, mais selon la légende, on y célébrait le culte des trois niches, avant de construire finalement une église de l'autre côté de la berge.

 

   Voici enfin la légende au Cros qui n'est pas sans rappeler celle de la Vierge Noire de Notre Dame de Marceille :

 

   Selon cette légende, la statue de la Vierge que l'on voit, fut trouvée dans un rocher ; on la transporta d'abord à Caunes mais toutes les nuits elle disparaissait après avoir bouleversé la chapelle provisoire où on la déposait. On la retrouvait ensuite dans la campagne. Quelqu'un eut l'idée de jeter en l'air un marteau de marbrier et il alla tomber au Cros au lieu où l'on bâtit la chapelle de l'ermitage...

 

   Aujourd'hui, le site de Notre Dame du Cros accueille tous les ans un pèlerinage traditionnel le 8 septembre, jour de la nativité de la Vierge. Selon une autre source, le culte de Notre Dame du Cros aurait pris la place de la déesse païenne Cybèle, déesse du matinale...

 

Un lourd passé

 

   Notre Dame du Cros fut fondée en l'an 900 ap. J.-C. ce qui est confirmé par une bulle du pape Gélase II en 1118. D'origine romane, elle fut restaurée plusieurs fois au XVIIIe puis au XIXe siècle.

 

   Mais la localité de Caunes porte un lourd passé du fait de la croisade contre les albigeois qui vit en 1227 Pierre Isarn, évêque cathare du Carcassès, brûlé vif à Caunes. Il faudrait aussi parler de Minerve, un village situé à 8 km de ND du Cros, capitale historique du Minervois, et qui évoque les cathares. Juchée sur son pic rocheux, la petite cité fortifiée fut le bastion de cette nouvelle religion qui dura deux siècles, avant que le pape Innocent III ne déclenche la sanglante croisade des albigeois. 


Minerve et le reste de son château (Aude)


Stèle commémorative en hommage aux cathares et à leurs martyres

 

   À la suite du massacre de Béziers en juillet 1209, Minerve devint un refuge pour de nombreux cathares. Le château appartenait au Vicomte Guillaume de Minerve protecteur des cathares du pays. La forteresse est sur un site imprenable, car entourée par des ravins de 40 m de haut en plan vertical au-dessus du lit asséché de la Cesse. Le siège de Simon de Monfort débuta le 15 juin 1210 et la capitulation de la forteresse intervint le 22 juillet 1210 après 5 semaines de siège. Les 140 cathares de Minerve furent sommés d'abjurer leur religion et la majorité d'entre eux refusèrent. Ils se jetèrent d'eux-mêmes dans le bûcher que les croisés avaient dressé dans le ravin de la Cesse. Une stèle commémorative se dresse aujourd'hui à l'endroit même du sacrifice, qui est aussi un hymne à la tolérance.

 

Pourquoi ND du Cros est liée à Rennes-le-Château ?

   ND de Marceille et ND du Cros sont intimement liées à une partie de l'histoire de Rennes-le-Château. Quels sont ces liens ?

   Des attaches sentimentales lient l’abbé Boudet à Notre Dame du Cros

 

   ND du Cros revêt une importance toute particulière pour l'abbé Henri Boudet. En effet, ce fut un lointain parent à lui, Antoine Boudet, qui en rachetant le sanctuaire, sauva ce dernier de la destruction révolutionnaire. Mais surtout, durant 4 ans entre 1862 et 1866, Henri Boudet y termina son vicariat (classes de prêtre). Ce fut pendant cette période que probablement son destin bascula, puisqu'il rencontra le chanoine Gaudéric Mèche. Pour mémoire, ce dernier fut aumônier à Notre Dame de Marceillle de 1815 à 1838 , date à laquelle il fut remplacé par Henri Gasc.

 

   Boudet cite Notre Dame du Cros dans "La Vraie Langue Celtique"

 

   Dans son livre "La Vraie Langue Celtique", l'abbé Boudet cite Notre Dame du Cros à la fin de son chapitre sur la fontaine de Notre Dame de Marceille. Il est clair que ceci est dans l'intention de rapprocher ces deux sanctuaires pour mieux faire comprendre au lecteur leur importance.

 

C'est ainsi que l'on peut lire en page 280 de son livre :

 

   Nous pourrions citer encore le nom d'un autre sanctuaire de nos contrées, situé près de caunes et appelé Notre-Dame du Cros. Là aussi, au-dessus de la magnifique fontaine qui jaillit au pied de la montagne, on avait marqué une croix – cross, croix –. Une statue de la Sainte Vierge a, plus tard, remplacé la croix auprès de la fontaine, et le sanctuaire bâti à peu de distance, a reçu le nom de Notre-Dame du Cros ou Notre Dame de la Croix.

 

Extrait de "La Vraie Langue Celtique"  par Henri Boudet 1886

 

   Le Serpent Rouge cite clairement Notre Dame du Cros

 

A la 7ème strophe du texte, on peut lire :

 

   De celle que je désirais libérer, montaient vers moi les effluves du parfum qui imprégnèrent le sépulcre. Jadis les uns l'avaient nommée : ISIS, reine des sources bienfaisantes, VENEZ A MOI VOUS TOUS QUI SOUFFREZ ET QUI ETES ACCABLES ET JE VOUS SOULAGERAI, d'autres : MADELEINE, au célèbre vase plein d'un baume guérisseur. Les initiés savent son nom véritable : NOTRE DAME DES CROSS.

 

   Or comme le dit Boudet, Notre Dame des Cross est aussi Notre Dame de la Croix ou Notre Dame du Cros. Si l'on suit cette strophe à la lettre, il est clair que l'auteur du Serpent Rouge donne à Notre Dame du Cros une signification initiatique particulière. Il faut peut-être y voir un lieu que seuls des initiés peuvent apprécier et comprendre...

 

   Il faut noter aussi que l'on parle dans le Serpent Rouge de Notre Dame des Cross qui veut aussi dire Notre Dame des Croix. Y aurait-il plusieurs croix ?

 

   Gaudéric Mèche, aumônier de ND de Marceille, fut aussi aumônier de ND du Cros. Il connut aussi un jeune prêtre... Henri Boudet.

 

   Gaudéric Mèche fut de 1815 à 1838 aumônier à ND de Marceille soit environ 23 ans. Son histoire fut remarquée pour avoir facilité de façon très mystérieuse la rénovation du sanctuaire de Limoux. En 1838, il quitta contre son gré ND de Marceille et devint chanoine à ND du Cros.

 

   Mais à partir du 16 juin 1862, un évènement crucial pour l'histoire de Rennes-le-Château va se dérouler ici, car ce fut à cette époque qu'il reçut en formation un tout jeune prêtre : Henri Boudet.

 

   Le Père Joseph Chiron, dont une partie est enterrée à ND du Cros, est représenté dans l'église de Rennes-le-Château.

 

   Comme nous le verrons par la suite, une coïncidence indéniable scelle la liaison entre l'église de Rennes-le-Château et donc Saunière avec un certain Père Joseph Chiron enterré à Notre Dame du Cros. En effet nous retrouvons son visage sur la statue de Saint Antoine ermite et à la station XIV

(lire "Le secret dérobé - Franck Daffos)

 

   Coïncidence ? Non, car Gaudéric Mèche connaissait le Père Chiron. Avaient-ils un secret en commun ? On peut affirmer aujourd'hui que oui compte tenu des fonds aux origines occultes que le Père Chiron disposait...

 

Le Père Joseph Chiron (1797-1852)

   Pour comprendre l'importance de Notre Dame du Cros dans l'énigme de Rennes, il faut comme nous le suggère Boudet, suivre la trace de Joseph Chiron...

Qui fut Joseph Chiron ?

 

   Né à Bourg-Saint-Andéol dans l'Ardèche, le 19 novembre 1797, il est le fondateur de la Congrégation Sainte-Marie de l'Assomption.

 

   Son parcours atypique et méconnu fait partie des grands bienfaiteurs du XIXe siècle. Il est pourtant totalement inconnu et absent des livres d'Histoire...

 

   Issu d’une famille nombreuse et modeste, il manifesta très tôt des penchants mystiques et religieux. Rapidement, il s'orienta vers le séminaire de Viviers où il rencontra l'abbé Vernet.

 

   Coïncidence, ce dernier reçu une formation au séminaire de Saint Sulpice à Paris.


Le Père Joseph Marie Chiron vers 1843 et son lourd Crucifix de 1m de haut qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort

 

   L’abbé Vernet vouait une véritable vénération pour Agnès de Langeac (1602-1634), supérieure des Dominicaines et surtout très proche d’Olier qui fonda St Sulpice en 1646. Les liens entre Viviers et le disciple de Vincent de Paul qui connut si bien Nicolas Pavillon furent en effet nombreux : Agnès de Langeac avait une sœur, elle aussi dominicaine, qui séjourna au couvent de Viviers, et chose inconnue de la plupart : l’abbé Olier eut une apparition de la Vierge qui lui aurait recommandé de «prier pour l’abbé de Pébrac » proche de Langeac. (Extrait Franck Daffos)

 

   Inspiré par une foi profonde, Chiron vit sa carrière s'accélérer : sous-diacre le 21 décembre 1822, diacre le 15 mars 1823 et prêtre le 27 avril de la même année. Il devint curé de la paroisse de Saint-Martin l’Inférieur le 6 juillet 1823.

 

   Très vite, grâce à un charisme hors du commun, il créa le  25 novembre 1824 la Congrégation Sainte-Marie de l’Assomption, soumise à la règle de Saint-Augustin. Les quelques jeunes filles du pays qu'il détermina à se consacrer à la Sainte Vierge furent baptisées "les Saintes Marie". Et Adélaïde Bernard (1801-1839) devint, sous le nom de Mère Agnès (nom donné par Chiron en hommage à Agnès de Langeac), la première Supérieure.

 

   Le 1er janvier 1827, le Père Chiron fut nommé aumônier de la prison de Privas dans l'Ardèche. Or cette prison, comme beaucoup d'autres à cette époque, faisait cohabiter les délinquants et les aliénés.

 


Joseph Chiron à 44 ans
(Archives Gandon)

   À partir d'une idée du R.P. Magallon et du frère Hilarion, il créa avec les Saintes Marie venues le rejoindre, le premier asile Sainte Marie pour les femmes aliénées.

 

   C’est ainsi que le 1er mai 1827 naquit l’Hôpital Sainte Marie de Privas. Mais son idée fit du chemin, et en 1836 l’Hôpital Sainte Marie de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ouvrit ses portes.

 

   Le Père Joseph Marie Chiron est donc l'un des trois hommes d'Église qui fondèrent les maisons d'aliénés en France au XIXe siècle, avec le très fantasque frère Hilarion et le R.P. de Magallon.

 

Le Père Jean de Magallon fut le refondateur de l’Ordre de St Jean de Dieu supprimé à la Révolution.

Joseph-Xavier Tissot (1780-1864)

dit Frère Hilarion

 

   Après avoir entrepris des études de médecine à Paris, Joseph Tissot découvrit la médecine mentale à l'occasion de son hospitalisation à la Maison de Charenton. Il y séjourna plus de 4 ans de 1810 à 1814. À sa sortie, Tissot se retira à la Trappe d'Aiguebelle où il découvrit la vie de Saint Jean-de-Dieu et devint Frère Hilarion. Il mena ensuite une vie d'ermite à Rochegude dans la Drôme. Au printemps 1819 il rencontra R.P de Magallon, ce qui le décida définitivement de servir les aliénés et de restaurer l'Ordre de la Charité qui disparut sous la Révolution. Frère Hilarion s'engagea comme simple infirmier à l'hôpital Saint-Lazare de Marseille avant d'être exclu de l'Ordre.


Joseph Tissot (1780-1864)
dit Frère Hilarion

   Il entreprit ensuite, entre 1821 et 1827, et grâce à son extraordinaire pouvoir de persuasion, la fondation de 9 hospices ou asiles d'aliénés en Lozère, dans l'Ain, le Rhône, le Nord, en Bretagne, en Auvergne et en Corrèze. En mai 1827, il ouvrit deux maisons à Paris pour les idiots et les aliénés, l'une rue Saint-Hippolyte, l'autre rue de la Glacière. 3 ans plus tard en 1830, il fonda l'asile de Clermont-Ferrand, puis l'asile de La Sallette (Corrèze) et Leyme (Lot) en 1835. Ces établissements sont pour la plupart aujourd'hui en service de soins psychiatriques.

 

   Le dévouement du Père Chiron à l'Hôpital de Privas fut fortement remarqué. Il accompagnait même à l’échafaud des grands criminels, comme les fameux "aubergistes de Peyrebelle" (juin 1833) qui avaient pris pour habitude de massacrer en famille leurs clients pour mieux les dévaliser. L’affaire très célèbre à l'époque est encore aujourd'hui souvent reprise au cinéma.

 

   Mais le Père Chiron possédait une caractéristique épuisante pour ses proches. Il avait la bougeotte, et toute sa vie ne fut que déplacements et marches interminables.

 

1830 - Une année charnière

 

   C'est ainsi que dans cette frénésie de parcourir les chemins afin d'œuvrer pour la mission de sa vie, l'année 1830 marqua un changement dans son comportement. Alors que jusque là le Père Chiron présentait tous les signes d'une pauvreté exemplaire, certains faits à cette époque montrent qu'il détenait tout d'un coup des ressources pécuniaires conséquentes permettant de poursuivre sereinement son œuvre.

 

   Un exemple soulevé par Franck Daffos est celui de  l’épisode de la fondation de la maison de Clermont-Ferrand en 1835. Le choix s’était d’abord porté sur un ancien château, «Le bois de Cros», une ancienne propriété saisie comme bien national lors de la tourmente révolutionnaire à un émigré, lieutenant général de Louis XVI Joachim-Charles de Montaigu, vicomte de Beaume. Joseph Chiron avait pris le domaine en location avec promesse de vente, mais des problèmes de copropriété insolubles puisque hérités de la Révolution vont pousser le prêtre à tenter d’acheter ailleurs : il fera alors une offre ferme de 120 000 francs comptant, une somme énorme pour l’époque, au propriétaire de l’ancien monastère de St-Alyre tout proche. La tractation secrète n’aboutit pas, mais laissèrent perplexe les historiens de la Congrégation Sainte-Marie bien des années après la mort de son fondateur lorsqu’ils purent mettre la main sur sa volumineuse correspondance.

 

Le Père Chiron poursuit son œuvre et ses investissements...

 

   En 1839, le Père Chiron installa à La Sallette (Corrèze) une communauté de frères servants dans les bâtiments que Frère Hilarion avait réservés 7 ans auparavant pour la création d'un asile en 1831. C'est ainsi que les frères de Sainte-Marie de L'Assomption soignèrent les hommes aliénés. Un siècle plus tard, leur communauté devint l'Ordre de Saint Jean de Dieu. Il finit enfin par ouvrir l’Hôpital Sainte Marie dans le Puy en 1850.

 

   Mais Joseph Chiron ne s'arrêta pas là. Il poursuivit avec la fondation de l’ermitage du Mont Toulon à Privas dans l'Ardèche en 1842. L’entrepreneur ne sera payé que 5 ans plus tard et on prétexta un héritage familial pour solder la dette.

 

   De nos jours, 5 établissements psychiatriques dépendent de l'Association Hospitalière Sainte-Marie: Privas (Ardèche), Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Montredon (Le-Puy-en-Velay, Haute-Loire), Nice (Saint-Pons, Alpes-Maritimes) et Cayssiols près de Rodez (Aveyron)

 

Le Père Joseph Chiron devient ermite

 

   Pour une raison incompréhensible, alors que sa mission progressait à grands pas, le Père Chiron quitta sa Congrégation de Privas.

 

   Le 24 février 1843 à l’aube et sans prévenir, il reprit la route après avoir laissé derrière lui une lettre sur le rebord d’une fenêtre. L'infatigable marcheur va alors effectuer un périple impensable : Valence, Avignon, Nîmes, Montpellier, Béziers et Narbonne, pour finalement aboutir un mois plus tard à l'Ermitage de Galamus le 24 mars 1843 à côté de St-Paul de Fenouillet.

 

   Le 27 mai 1843, il reçut l'autorisation de Mgr Saunhac-Belcastel, évêque de Perpignan, de s'y installer. Le Père Joseph Chiron se retira alors en tant qu'ermite anonyme sous le nom de Père Marie. Ce lieu extraordinaire par son emplacement, creusé dans la roche à flanc de falaise, est en effet, tout à fait propice à la vie recluse d'un ermite.

 

   "La sainte pauvreté doit toujours nous être plus chère que toutes les richesses de la Terre"

R.P. Chiron

(Lettre du 19 avril 1842 à la Communauté de Clermont)

 

   L'arrivée de Père Marie fit retrouver à l'Ermitage de Galamus la tradition franciscaine.

 

   Il y rencontra Frère Pierre, et sur le sentier qui mène à l'ermitage il érigea un chemin de croix dont il ne subsiste aujourd'hui qu'un petit oratoire. C'est ici qu'il prit l’habitude de toujours porter avec lui sur son épaule gauche un grand Crucifix de 1 m de haut, cadeau de l’un de ses bienfaiteurs historiques de Lyon, M. Laporte.

 

 

   Joseph Chiron ermite à l'ermitage de Saint Antoine de Galamus. On comprend alors pourquoi la statue de Joseph Chiron en ermite de Saint Antoine dans l'église de Rennes-le-Château trouve ici toute sa justesse...


L'ermitage de Galamus

 

   Mais les conditions de vie étaient certainement très dures. L'ermitage, logé dans les gorges de Galamus non loin du Bugarach, n'est pas épargné par la rudesse du froid de l'hiver et par l'humidité ramenée par la rivière qui coule aux creux des falaises. Frère Pierre, malade, creusa sa tombe de ses propres mains. Il mourut de faim et de froid durant l'hiver 1870 et sa tombe est aujourd'hui visible sur le chemin d'accès à l'ermitage.

 

   Mais le Père Marie ermite à Galamus n'était pas ermite dans l'âme. Il continua dans cette période à entretenir de nombreuses relations lyonnaises qui étaient à l'époque de grandes personnalités religieuses et bourgeoises. Mais parmi toutes ces relations, l'une s'est faite plus discrète que les autres par les historiens : Un certain Mr Pasquier qui était orfèvre et spécialiste dans la reconversion d'objets précieux...

 

De nouveau sur la route

 

  Le Père Chiron avait décidément la bougeotte, et cet état de caractère était incompatible avec une vie d'ermite. Il fuit les gorges de Galamus en mai 1845 et continua son œuvre dans la région de Perpignan. Il acheta alors les ruines de l’ancien Prieuré Saint-Jacques de Caramola qu’il rebaptisera Monastère Sainte-Croix, situé sur la commune de Vernet-les-Bains. Quatre compagnons d'infortune qui l'accompagnèrent dans ces épreuves succomberont de fatigue.

 

   Le 6 juin 1846, il reprit la route, mais ce fut en malade qu'il retourna à sa Congrégation de Privas. Se croyant agonisant, il y fit son testament, mais heureusement il guérit. Entre temps, sa Congrégation a prospéré et il se retrouva avec un patrimoine immobilier important. Mais le père Chiron, ne tenant pas en place, reprit la route vers  Clermont-Ferrand, la Sallette, puis le Roussillon et en février 1847, Galamus, puis Sainte-Croix. En août 1849, on le retrouva chez sa famille à Bourg-St-Andréol où la population l’accueillit comme un saint : en 3 jours il bénira et distribuera plus de 5000 médailles...

 

   Le 8 août 1849, il retourna à Privas puis à Lyon. C'est à cette époque qu'on le vit accompagné d'un demi-fou : Antoine Gay (1790-1871). Reconnu possédé par le démon en 1843, il avait été envoyé pour traitement chez les fous à la Congrégation Sainte-Marie avant que Chiron ne le rencontre à Privas fin 1849. Cette période entre 1849 et 1850 fut pour Chiron certainement la plus trouble. Chiron et Gay formaient alors un duo extravagant comme le souligne Franck Daffos :

 

   A Lyon, ils logent chez un prêtre illuminé, l’abbé Nicod, curé de la Croix Rousse, qui professe le retour imminent du fils de Louis XVI. On les retrouve ensuite, mais hélas sur les registres de gendarmerie, en septembre 1850 pour un mémorable (d’après les témoins) voyage à La Sallette pour le 4ème anniversaire de l’apparition mariale. Ils y rencontrent les deux jeunes voyants, Mélanie Calvat et Maximin Giraud, mais plusieurs scandales de Gay nécessitent une intervention de la gendarmerie. Amenés sous bonne escorte à Grenoble, ils seront bientôt expulsés de la ville.

 

   Mais la hiérarchie épiscopale ne vit pas d'un bon œil toutes ces agitations. L’évêque de Tulle voulait enfermer Antoine Gay, et l’évêque de Viviers voulait destituer Chiron s’il ne se sépare pas définitivement de son compagnon de route. Joseph Chiron l'abandonna finalement entre de bonnes mains à Lyon en janvier 1851.

 

   Antoine Gay y resta jusqu’à sa mort, le 13 juin 1871, à l’âge de 81 ans. Mais toutes ces péripéties eurent un prix pour Chiron. Il fut obligé de céder sa Congrégation, poussé par sa hiérarchie qui l'avait mis en place. Il repartit alors dans une de ses dernières propriétés, l’ermitage de St-Pierre-del-Vilar, dans la commune de Claira en Pyrénées-Orientales. Il y rencontra le Père Eugène de Potriés et durant un an il s'imposa ascèse et mortifications.

 

Une décision lourde de conséquences

 

   À 55 ans, la vie de Joseph Chiron accumulait fatigue et usure. Affaibli par sa vie érémitique, ses privations et ses longues marches, il ressentit certainement une fin proche.

 

   Courant 1852 il prit alors la décision de partir pour ND du Cros et il y arriva avec le Père Eugène de Potriés le 18 juin 1852. L'objectif officiel était de fonder un ermitage avec l'aide de Mgr de Bonnechose.

 

   Mais ce n'est pas le hasard si Chiron, sentant sa fin proche, voulu rejoindre ND du Cros. Car en fait son objectif était de rencontrer à nouveau le chanoine Gaudéric Mèche qu'il connut 20 ans plus tôt vers 1830 à l'Hôpital de Limoux.

 

   Était-ce pour confier à Mèche un important message ? Voulait-il tout simplement revoir son mécène avant de mourir ? Nous ne le saurons peut-être jamais. C'était en 1852...

 

Une mort théâtrale

 

   Épuisé, le Père Joseph Chiron dit Père Marie, mourut finalement en odeur de sainteté le 27 décembre 1852 et ce fut réellement dans les bras de Gaudéric Mèche qu'il rendit son dernier soupir.

 

   On imagine facilement l'émotion que Mèche dût ressentir dans ces instants douloureux. L’abbé Montanié, curé doyen de Caunes et Eugène de Potriés l’assistèrent dans son agonie.

Ce fut ensuite avec l'autorisation de Mgr de Bonnechose qu'il fut inhumé sous le porche d'entrée du sanctuaire de ND du Cros.

 

   Ses obsèques eurent lieu le 30 décembre 1852 à 11h. Une foule innombrable rejoignit le sanctuaire dès l’annonce du décès et sa tunique fut partagée entre les fidèles.


La sépulture de Joseph Chiron sous le porche de ND du Cros

   Aujourd'hui, sous la dalle mortuaire, seul son avant-bras droit est présent. Les restes de sa dépouille furent transférés à la maison mère de sa Congrégation à Privas dans l'Ardèche, le 4 août 1912, sous la responsabilité personnelle du Vicaire Général Gustave Cantegrel de l'évêque de Carcassonne Mgr de Beauséjour.

 

   (*) Ne cherchez pas de traces de Gaudéric Mèche dans le livre de Jacques Rivière "Les ermites de Galamus" (éd. Bélisane), il n'y en a pas. Ceci est simplement dû au fait que les premières recherches de Jacques Rivière ainsi que d'autres auteurs se sont orientées vers le curé de l'abbaye de Caunes (l'abbé Falguères) au lieu de l'aumônier de ND du Cros (Gaudéric Mèche). Ceci a été avéré par l'acte de décès de Mèche indiquant qu'il fut effectivement aumônier à la chapelle du Cros. C'est le trait d'union qui permit à Franck Daffos de relier une grande partie de l'histoire avec Notre Dame de Marceille (voir "Le secret dérobé")

 

La sépulture de Joseph Chiron à ND du Cros

 

   Le 9 septembre 1912, le Vicaire général du diocèse de Viviers (Ardèche) Deschanel, procéda au nom de son évêque Mgr Bonnet à la reconnaissance officielle des ossements de Joseph Chiron. Ils sont aujourd'hui conservés à la maison mère  de sa Congrégation Sainte Marie de l'Assomption à Privas. À l'entrée de cette maison se trouve une statue sur pied de Joseph Chiron qui rend hommage au fondateur.

 

Le projet de canonisation du Père Chiron

 

   Pour comprendre cet épisode qui en dit long sur les dessous de l'affaire, il faut se rappeler qu'en 1852, date du décès du Père Chiron, l'évêque de Carcassonne était le très célèbre Mgr de Bonnechose. Or à cette date, les impératifs de sa carrière l'obligeaient à prévoir de quitter son siège épiscopal de l'Aude. Il finit, contraint et forcé à se déplacer à Rouen en 1855 où il devint sénateur du Second Empire et Cardinal. Sa carrière fut d'ailleurs prestigieuse puisqu'il fut aussi un interlocuteur privilégié entre le Saint-Siège et l'Empereur Napoléon III.

                Le cardinal de Bonnechose - Photo RMN

 

Mgr de Bonnechose (1800 - 1883)

 

Archevêque de Carcassonne de 1848 à 1858, puis archevêque de Rouen de 1858 à 1883

 

   Henri Marie Gaston de Bonnechose naquit à Paris le 30 mai 1800. Sa mère étant hollandaise, il s'orienta d'abord vers la religion protestante puis à 18 ans, il se convertit au catholicisme. En 1822, après des études de droit, il devint avocat devant la Cour Royale de Paris. Une carrière rapide se poursuivit alors avec dans l'ordre : substitut aux Andelys (où naquit Poussin) puis à Rouen, procureur du roi à Neufchâtel-en-Bray, substitut du procureur général à Bourges, avocat général à Riom et enfin, à 29 ans, premier avocat général à Besançon.


   il abandonna la magistrature sur les recommandations de Mgr de Rohan et entra au Séminaire. Ordonné prêtre en 1833, il enseigna à Strasbourg. En 1844, il fut nommé Supérieur de l'Établissement Saint-Louis des Français à Rome et curé de son église. En 1847, il devint Évêque de Carcassonne, puis d'Évreux en 1854 grâce au Pape Pie IX et à Napoléon III.
Interlocuteur privilégié de l'Empereur pour les nominations épiscopales, il fut muté à Rouen le 21 février 1858 comme successeur de Mgr Blanquart de Bailleul.
 

   Nommé cardinal sur proposition de l'Empereur fin 1863 il resta très actif. Habile négociateur durant l'occupation prussienne en 1870, ce fut aussi un grand entrepreneur. Il obtint par Mac-Mahon l'achèvement de la flèche de la Cathédrale de Rouen en 1875,  la construction de l'église Saint-Clément de Rouen et de plus de 60 nouvelles églises.
 

   Il mourut le 28 octobre 1883 épuisé. Il fut inhumé dans la chapelle Saint-Pierre-et-Saint-Paul de la Cathédrale de Rouen en un monument où il est représenté à genoux, en prière.

 

   Donc en 1852, tout était en place pour procéder à la Béatification puis à la Canonisation du Père Chiron. En effet, le parcours du fondateur des hôpitaux psychiatriques était exemplaire et sa conversion en ermite ne fit que renforcer son image de "Serviteur de Dieu". Joseph Chiron avait de plus un charisme et une renommée sans égal. Mort en odeur de Sainteté, son introduction à la Béatification puis à la Canonisation était inévitable et ses fervents admirateurs le savaient...

Béatification et canonisation - Quelques définitions :

La Béatification est l'acte par lequel le Pape place une personne au rang des "Bienheureux" (en latin beati), et la Canonisation celui par lequel il est inscrit sur la liste officielle (canon) des Saints.

 

But de la Béatification et de la Canonisation :
Pour l'Église, il s'agit de proposer en exemple au peuple chrétien, le témoignage d'un de ses membres défunts en tant que Serviteur de Dieu. Le culte public du Bienheureux ou du Saint se traduit par l'attribution d'un jour de fête au calendrier et par la possibilité d'exposer des images et des reliques dans les églises. Le Bienheureux ou le Saint peut être pris comme patron (de personnes, de paroisses, etc.), le tout dans les limites définies par l'autorité ecclésiastique. 

 

Différence entre Béatification et Canonisation :

La différence réside dans le degré d'extension du culte public. Pour le bienheureux (Béatification)le culte est limité là où le Saint-Siège le prévoit. Pour le Saint, le culte est autorisé et prescrit partout dans l'Église universelle.
La canonisation est une sentence définitive et irréformable sur la sainteté de la personne. C'est une proclamation qui engage l'autorité suprême du pape, et qui touche au dogme de l'infaillibilité pontificale.

 

Pour aboutir à une Béatification ou à une Canonisation il faut démontrer : 

1) Le rayonnement spirituel du Serviteur de Dieu après sa mort : c'est à la fois un signe de sa participation à la sainteté de Dieu et l'assurance que son exemple est accessible et bienfaisant au peuple chrétien. Les miracles qui peuvent lui être attribués sont d'une grande importance.

2) Son martyre (mort subie par fidélité à la foi) ou ses vertus chrétiennes (foi vivante reconnue)

 

Un rebondissement inattendu...

 

   C'est ici qu'il se passa un évènement incompris pour les croyants et les admirateurs de Joseph Chiron à l'époque. Alors que la Béatification, étape indispensable pour la Canonisation devait être ratifiée par l'évêque de Carcassonne et donc par Mgr de Bonnechose, se dernier refusa avec vigueur d'apposer sa signature.

 

   Ce fait rarissime dans l'histoire de l'église resta inexpliqué, Mgr de Bonnechose ayant refusé d'y ajouter tout commentaire. On peut comprendre alors le désarroi des fidèles qui ont dû certainement maudire un temps la hiérarchie cléricale locale... Comment pouvait-on refuser à ce saint homme un hommage de l'église qu'il a tant aimé ?

 

Comment interpréter le refus de Mgr de Bonnechose ?

 

  L'interprétation est assez simple si l'on possède certains éléments du puzzle. Il faut d'abord savoir que pour des raisons obscures, la Congrégation Sainte Marie de l'Assomption créée par le Père Chiron était florissante. Son soutien financier était sans aucun doute accordé et organisé par Gaudéric Mèche.

 

   Mais quelle était la source de financement de ce dernier ? Puisait-il dans la seconde cache à Notre Dame de Marceille ? Était-il alimenté par Mèche puis par  Henri Gasc qui fut son successeur comme aumônier à ND de Marceille ? Nous ne le savons pas, mais un fort soupçon plane...

 

   Voici donc peut-être une explication de la mort de Joseph Chiron dans les bras de Gaudéric Mèche. Ce dernier étant quelque part son bienfaiteur et son mécène, un étrange lien de forte fraternité devait exister entre les deux hommes...

 

   Mgr de Bonnechose connaissait-il les extraordinaires et inexpliquées ressources financières du chanoine Gaudéric Mèche ?. Connaissait-il aussi l'extraordinaire et tout aussi inexpliquée réussite de la Congrégation Sainte-Marie de l'Assomption fondée par le Père Chiron ? En le voyant venir mourir ainsi dans les bras de Mèche, Mgr de Bonnechose ne pouvait que soupçonner une relation occulte, la dernière rencontre entre le financier et le bienfaiteur de la Congrégation.

 

   Préférant ne pas devenir complice d'un scandale financier dont il ne maîtrisait pas la provenance, il prit donc la décision de mettre son veto à la Béatification de Joseph Chiron. On comprend aussi pourquoi il évita toute explication et donc toute publicité...

 

Conséquences...

 

   Il faut savoir que sans Béatification ou Canonisation il est impossible de déposer des reliques dans une église ou dans un sanctuaire. Cette règle n'a pu échapper à la dépouille du Père Chiron.

 

   C'est pourquoi, certainement en guise de protestation contre la hiérarchie diocésaine et contre cette flagrante injustice, le chanoine Mèche prit la décision d'inhumer Joseph Chiron sous le porche d'entrée de ND du Cros.

 

   Lorsqu'en 1912 la décision fut prise de transférer son corps à Privas (Ardèche), un compromis fut trouvé en laissant sur place son avant-bras dans un précieux coffret. L'idée était bien sûr de rendre hommage à Gaudéric Mèche que Joseph Chiron voulut revoir avant de mourir.


Le porche d'entrée et la sépulture
du Père Chiron

   En agonisant auprès de Mèche , le Père Chiron se raya finalement sans le savoir de la liste des Saints... Justice fut rendu quelques années plus tard par Henri Boudet en le statufiant dans l'église de Rennes-le-Château.

 

D'après "Le Secret Dérobé" de Franck Daffos

 

 

A droite, la statue de Joseph Chiron telle qu'on peut la voir
à l'hôpital Sainte Marie de Privas

 

Et aujourd'hui, où en sommes-nous ?

 

   Depuis 1912, l'incompréhension parmi les fidèles demeure intacte. Du côté des instances religieuses, les ordonnances se suivirent pour demander un complément d'enquête. Un tribunal fut même constitué le 18 avril 1936 pour instruire le procès diocésain. Des commissions furent organisées pour retrouver des écrits et des témoins. Le Pape Pie XII confirma même le 22 mai 1953 les écrits du Père Chiron, ce qui est un pas considérable vers sa béatification. Et pourtant, depuis, plus rien. Le temps aura eu raison de la mémoire des hommes, car qui se rappelle aujourd'hui de Joseph Chiron ?

 

   Voici donc un homme qui passa toute sa vie au service des autres et qui fut jugé sans explications par sa propre hiérarchie. Il fallait certainement un motif particulièrement important pour bloquer les procédures jusqu'au niveau du pape...

   L’hôpital spécialisé Sainte Marie, occupe aujourd'hui une place importante dans le bassin de Privas. Ce centre hospitalier veut être au service des personnes les plus fragiles de notre société. Il est une source d’emplois pour Privas, pour les environs et même pour tout le département.

 

   De nos jours, 5 établissements psychiatriques dépendent de l'Association Hospitalière Sainte-Marie: Privas (Ardèche), Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Montredon (Le-Puy-en-Velay, Haute-Loire), Nice (Saint-Pons, Alpes-Maritimes) et Cayssiols près de Rodez (Aveyron)


L'Hôpital Sainte Marie à Privas

 

Pourquoi le Père Joseph Chiron est lié à Rennes-Le-Château ?

 

   Nous savons aujourd'hui que Joseph Chiron est lié à Gaudéric Mèche, ce dernier étant lié à Gasc puis à Boudet. Mais ces liens n'auraient pas été faciles à mettre en évidence sans l'ingéniosité de l'abbé Boudet. En effet, il est passionnant de retrouver le Père Chiron déguisé en Saint Antoine ermite et en habit des franciscains dans l'église de Rennes-Le-Château.

 

   Or ce n'est pas tout. On le retrouve également dans la fameuse station XIV depuis 1897 où il porte Jésus par son torse.

Saint Antoine ermite


Saint Antoine ermite en habit des franciscains (à gauche) et la station XIV dans l'église de Rennes-Le-Château

 

   Il faut noter ici que cette statue de Saint Antoine ermite en Joseph Chiron est sans doute unique. Boudet a-t-il passé une commande spéciale à la maison Giscard ? Ou bien cette dernière était-elle bien renseignée sur ce personnage ? Saunière était-il au courant du message ? Ces questions sont en tout cas posées...

 

   Pourtant dans le contrat concernant la commande du statuaire signé entre Saunière et Giscard ne figure aucune particularité excepté que l'on y parle de "modèles décidés".  

 

   Sept statues, toujours en terre cuite de 1 mètre 30 centimètres de hauteur chacune, décoration extra-riche, peintures moyen âge et en plein, Pierreries, yeux émaillés. Nom des Sts Vierge mère avec enfant Jésus, Saint Joseph avec enfant Jésus, conformes l'un et l'autre au modèle désigné. Saint Antoine de Padoue avec Enfant Jésus debout sur le livre. Sainte Marie-Madeleine patronne de la Paroisse. Saint Antoine ermite second patron. Sainte Germaine avec deux agneaux et St Roch. Toutes ces statues sont conformes aux modèles décidés et irréprochables quant à l'exécution.

 

Extrait du contrat de commande du statuaire entre Saunière et Giscard

 


Saint Antoine ermite dans
l'église de Rennes-le-Château


Le Père Joseph Chiron dit Père Marie
ermite de Galamus

 

   Henri Boudet voulut non seulement rendre hommage à ce saint homme non reconnu officiellement par l'église, mais en plus nous indiquer la piste de Notre Dame du Cros et donc de Gaudéric Mèche... On aura tout de même mis de nombreuses années à comprendre cet indice, et quel indice !

 

 

   Sans aucun doute, Joseph Chiron partageait un secret avec Gaudéric Mèche et ce dernier lui apporta manifestement des ressources financières importantes pour monter rapidement son œuvre bienfaitrice. Que connaissait-il du secret de Mèche ? Nous ne le savons pas. Mais ce qui est certain, c'est que nous découvrons ici un autre personnage de l'affaire qui est passé en faisant le bien et que malheureusement l'Histoire ignora totalement.

 

Espérons qu'il soit réhabilité avec l'énigme de Rennes-Le-Château...

 

 

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