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Le Pech Cardou                  2/2

Un sommet qui sert de repère

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

   Je me rappelle encore mes premières escapades autour des deux Rennes. Le Cardou représentait déjà une montagne mythique où les spéculations des chercheurs allaient de bon train. Tantôt cache aux trésors, tantôt cache aux tombeaux, les hypothèses et les rumeurs ne manquent pas autour du Pech. Il faut dire que son emplacement est particulier, ouvrant la voie vers Rennes‑les‑Bains et ayant comme voisin direct le château ruiné de Blanchefort. C'est aussi la deuxième montagne sacrée du Haut‑Razès après le Bugarach.

 

   Pourquoi le Cardou fascine‑t‑il autant ? Son emplacement privilégié sur une terre ancestrale en face de Blanchefort et sa forme arrondie très caractéristique sont certainement des raisons importantes. Aisément décelable à l'horizon, il permet de s'orienter sans risque d'erreur. Une autre raison est celle de la présence d'anciennes mines, favorisant les légendes au‑delà des siècles.

 

   Pourtant ces explications ne suffisent pas. Le Cardou participe aussi à un repérage topographique exceptionnel qui était connu depuis très longtemps par nos ancêtres. Les caprices de la nature ont favorisé des propriétés d'alignements qui furent très tôt remarquées. Le Cardou est important dans le système de codage de l'énigme et Boudet le savait...

 

 

L'étude du Cardou est composée de 2 volets :

 

   Le Pech Cardou ‑ Une montagne qu'il faut connaître

   Le Pech Cardou ‑ Un sommet qui sert de repère

 

Derrière le Cardou, le Bugarach, deux sommets fondamentaux... Vue depuis Blanchefort

 

Des mines qui font rêver...

   Rennes‑les‑Bains est un secteur où les mines ont joué un rôle essentiel dans son histoire, et ceci durant des siècles. Que ce soit dans l'Antiquité, au Moyen‑Âge, ou entre le XVIIe et le XIXe siècle, les archives et les traces historiques portant sur l'exploitation de minerais plus ou moins précieux ne manquent pas dans la région. Cuivre, plomb, antimoine, kaolin, argent, or... les mines autour de Rennes‑les‑Bains furent de tout temps enviées, convoitées, et sources de légendes.

  

   Il faut dire que le sous‑sol de Rennes‑les‑Bains est très riche : or, argent, cobalt, zinc, cuivre, plomb, souffre, étain, mercure, marcassite, ambre, améthyste, jais, kaolin. L'aventure minière commence avec les Celtes, puis les Wisigoths et les Romains qui connaissaient parfaitement la présence et l'emplacement des filons importants. Le secteur est un véritable gruyère, mais les accès à ces galeries sont aujourd'hui soit perdus, soit devenus avec le temps dangereux, soit effondrés, comblés, ou inondés.

 

   Pour éviter des exploitations sauvages, des vandalismes et des pillages, les seigneurs successifs mettaient au secret les emplacements exacts, contribuant à exacerber les imaginations de toutes sortes. C'est ainsi que Marie de Nègre d'Ables et le comte de Fleury se gardèrent bien de donner toute information sur l'entrée des mines les plus précieuses. Boudet était aussi parfaitement renseigné sur la présence de ces souterrains. Il suffit de lire La Vraie Langue Celtique pour se rendre compte de l'importance qu'il accorde à ces ressources naturelles enfouies sous le Cromlech.

 

   Le Cardou n'échappe pas à ces traces de galeries, d'autant que la montagne se trouve en face de deux sites mythiques dans la recherche minière. L'un est Blanchefort où il existerait une mine d'or importante et une légende trésoraire. Son entrée n'a jamais été retrouvée. Le second est Roc Nègre, là où Pierre Plantard avait projeté d'y faire de la prospection. Sa volonté d'acheter des parcelles dans ce coin de roches en témoigne, d'autant qu'il existe à cet endroit une autre légende, la présence hypothétique d'un temple rond sous terre. J'y reviendrai dans un autre sujet.

   Le Cardou compte 4 mines connues, dont deux sont plutôt importantes.

 

   La montagne est en effet notée pour ses mines anciennes, sans doute d'origine romaine, et qui furent exploitées durant des siècles. On y trouve du plomb galène, du fer, du cuivre et de la chaux.

 

   L'une d'elles est signalée sur la carte IGN Quillan au Col de Bazel, au sud du Cardou, près de Montferrand, et à 512 m d'altitude.

Au loin, l'entrée d'une ancienne mine sur le Cardou

   En réalité, tout le secteur du Cardou à Montferrand en passant par le Col de Bazel a été visité par des mineurs sous différentes périodes. L'un des miniers se trouve à l'Est du Hameau de Montferrand et on estime qu'il existerait environ une dizaine de puits anciennement exploités. La toponymie de Montferrand viendrait d'ailleurs de "Mont fer", un minerai qui a dû être fortement exploité à cet endroit.

 

   Dans sa notice historique "Le Comté de Razès et le diocèse d'Alet" éditée en 1880 l'historien Louis Fédié décrit le Cardou producteur d'un autre minerai :

"En face de Blanchefort se dresse le pic appelé Le Cardou qui était célèbre, il y a trois siècles par une carrière de kaolin qui fut exploitée pendant de longues années."

 

   D'autres minerais existent. Un passage extrait d'un ancien ouvrage "Magasins Encyclopédiques ‑ Bains de Montferrand" de 1811 indique la présence sur le Cardou de divers matériaux, dont du schiste et du marbre...

(L'extrait débute par la description de la Montagne des Cornes et du Lac de Barenc)

 

Extrait du livre "Magasin Encyclopédique Tome III ‑ 1811"

   Entre le 18e et le 19e siècle tout le secteur de Rennes‑les‑Bains, le Cardou, le Bazel, Montferrand, le Serbaïrou, l'Homme Mort et Blanchefort furent l'objet de fouilles minières plus ou moins importantes. De nombreux courriers émanant des Conseils municipaux de l'époque témoignent en effet d'une forte demande à vouloir explorer le sous‑sol et à ouvrir de nouvelles exploitations. Serait‑ce la présence d'anciens filons qui motive ? ou les légendes trésoraires ?

 

   Une autorisation d'exploitation dans une parcelle à partir de la fin du 19e siècle  exigeait la fermeture de l'entrée une fois l'activité terminée. De nombreuses galeries ont donc pu être creusées sans qu'il reste aujourd'hui une trace visible. La présence d'ouvertures actuellement prouve leur ancienneté, mais il existe aussi des mines sauvages non officielles.

 

   Autre source d'information, la S.E.S.A. (Société d'Etude Scientifique de l'Aude). Dans une chronique de 1894, un bulletin précise qu'à environ 600 m d'altitude sur la face nord‑ouest du Cardou, et donc non loin du sommet, se trouverait un gisement de carbonate de cuivre bleu vert. Une ancienne mine se trouverait même dans ce secteur.

 

Attention : Il est très fortement déconseillé à des non professionnels de visiter toutes ces mines du fait de leur dangerosité et de la présence de puits parfois très profonds. La vétusté des galeries et leur ancienneté favorisent les éboulements et les rendent instables.

 

Le Cardou est aussi un repère

Le méridien de Paris

 

   Le Cardou possède aussi cette particularité de côtoyer le méridien de Paris. En effet, le tracé est à 250 m à l'Est de Montferrand, et coupe les Corbières entre le Cardou et le Col d'Al Pastre tout en survolant le Roc di Quiloutié. Notons que le Col d'Al Pastre a été rendu célèbre pour son rapprochement avec le tableau des Bergers d'Arcadie II, la Bergère posant sa main près du cou de l'un des Bergers.

 

    Nous savons aujourd'hui, photo à l'appui, que la montagne centrale en fond de tableau est bien la Pique Grosse, le second sommet du Bugarach. Le rapprochement de la toile de Poussin avec le Col d'Al Pastre n'est donc plus un fantasme de chercheur comme on peut le lire trop souvent.

 

   Une borne méridienne existe même dans le secteur. Dissimulée dans les broussailles, elle n'est pas facile à repérer, d'autant que celle‑ci aurait disparu récemment.

 

   Autre constat: le méridien de Paris n'est pas dessiné sur la carte Boudet, à croire que le suggérer aurait été trop attirant. À son habitude, le prêtre souligne les points importants en les omettant, une stratégie particulièrement efficace lorsque l'on a compris le principe.


Vue plongeante sur le Cardou. Au premier plan les Pontils ‑ Vue plein sud

 

Le sommet

 

   L'accès à la cime du Cardou ne se fait pas sans mal, et il faut attaquer un dénivelé important jusqu'au bout pour l'atteindre. Une fois là‑haut, le panorama est exceptionnel et on comprend mieux l'attrait que suscite la montagne pour le repérage. La vue y est tout simplement exceptionnelle. Non seulement on domine Rennes‑les‑Bains, mais également plus d'une vingtaine de villages. Les reliefs sont facilement reconnaissables avec le Pech de Bugarach que l'on toucherait presque, ou Blanchefort et sa protubérance rocheuse accompagnée des restes d'une citadelle. Au loin vers le Sud, la chaine des Pyrénées déroule ses sommets teintés de blanc. On peut aussi découvrir Espéraza ou Arques et son château.

 

   En observant les pierres au sol, vous pourrez certainement déceler deux grands cercles et une croix, le tout formant une gigantesque croix celtique. Cette construction n'a rien d'historique, mais elle montre que le sommet du Cardou est porteur d'une symbolique sacrée retranscrite par la tradition populaire. Attention: Le centre de ce cercle n'indique pas le sommet exact. Ce dernier est situé légèrement plus au Sud‑Est.

 

Coordonnées GPS sommet du Cardou :  42° 56' 11.00" N     2° 19' 38.15" E

Le cercle de pierre en forme de croix celtique au sommet du Cardou

 

   En redescendant légèrement vers le Nord, on peut profiter d'une superbe vue sur le pays de Sault, la Haute vallée de l'Aude, les terres rouges de Peyrolles et de Serres… Dans le lointain, par‑delà les crêtes du massif de Milobre de Bouisse, on peut aussi apercevoir les sommets de la Montagne Noire.

 

Alignements remarquables

 

   Voici encore les tireurs de traits diront certains... Il est impossible d'inventorier ici ces lignes virtuelles qui dérangent les esprits incrédules. Une chose est sûre, ce sont ces alignements topographiques qui ont permis, au fur et à mesure de leur mise en évidence, de découvrir certains indices et d'avancer dans l'énigme.

 

   Voici trois exemples qui présentent l'avantage d'être très facilement vérifiables. Il suffit de se munir de la carte IGN Quillan 1/25000 et d'une bonne règle. Notez que pour le Cardou, il faut utiliser le point exact de son sommet,  repéré sur la carte par un triangle.

 

Sommet du Cardou ‑ Château du Bézu

  

   L'un des alignements fondamentaux implique le château du Bézu dit des Templiers. En effet, la situation naturelle du sommet du Cardou offre une propriété topographique remarquable. Depuis le sommet, si vous regardez en direction du Bézu au Sud‑ouest,  vous pourrez apercevoir dans un parfait alignement Rennes‑les‑Bains.

 

  Mieux... Prenez la carte IGN Quillan 25000 et tracez une droite allant du château du Bézu au point sommet du Cardou. Vous verrez qu'elle passe très exactement par l'église de Rennes‑les‑Bains. Hasard ? A vous de juger...

 

 

 

 

L'église de Rennes‑les‑Bains est traversée par l'axe château du Bézu / sommet du Cardou

 

   La visée réelle depuis le château du Bézu est très démonstrative. Au loin, le Cardou est facilement identifiable par sa forme arrondie. À ses pieds, Rennes‑les‑Bains et l'église d'Henri Boudet sont dans un parfait alignement.

Vue depuis le château du Bézu. Au pied du Cardou, une tache blanche... c'est Rennes‑les‑Bains

 

L'axe Château de Couiza / Château de Blanchefort / Cardou

 

   Cet axe est peu connu, car il implique le château de Couiza, un site aujourd'hui transformé en hôtel‑restaurant. Pourtant ce lieu est prestigieux puisqu'il fut la demeure des ducs de Joyeuse. Ce château qui a conservé une forme classique féodale avec une cour carrée délimitée aux angles par 4 tours rondes possède un riche passé historique.

 

   En 1231, lors de la croisade des Albigeois, le pays de Couiza est donné à Pierre de Voisins qui construit le château d'Arques. C'est avec le mariage en 1518 de la dernière héritière des Voisins, Françoise, avec Jean de Joyeuse (pair et chambrier nommé par le roi François I, gouverneur de Narbonne et lieutenant général en Languedoc) que le château de Couiza est construit, entre 1540 et 1550. Les travaux seront poursuivis par son fils, Guillaume de Joyeuse III (1520‑1592), lui‑même évêque d’Alet, puis lieutenant général en 1561. En 1577, les protestants d’Alet l’assiègent et il prend la fuite. Le château est pillé. Mais en 1582, Guillaume y revient maréchal et y tient une véritable cour. Il meurt à Couiza le 24 janvier 1592

Le château est classé au titre des monuments historiques en 1913.

 

   Tracez une droite depuis le château de Couiza vers sommet du Cardou. Vous verrez qu'elle traverse très exactement le château de Blanchefort.


Le château des ducs de Joyeuse à Couiza et le château de Blanchefort
sont alignés sur le sommet du Cardou

 

L'axe Église Saint Just et le Bézu ‑ Pique de Lavaldieu ‑ Cardou

 

   Selon le même principe, il existe un autre axe remarquable reliant le sommet du Cardou. Cet axe rejoint l'église de Saint Just et le Bézu, la petite commune située près du château du Bézu, et la Pique de Lavaldieu.

 

 

   La Pique de Lavaldieu est un site très particulier qui se caractérise par une longue arête rocheuse se terminant par un promontoire appelée la Pique. Ce lieu exceptionnel semble attaché à une histoire sacrée étrange. Le hameau de Lavaldieu eut au fil des siècles plusieurs noms : Vallis Dei (1290), Grange de la Bénédiction Dieu (1195‑1639), La maison de la Bénédiction Dieu (1198‑1500), Labaldieu (1594), Villedieu (1406‑1599), et enfin Lavaldieu (1807). Les fouilles ont mis en valeur l'existence de fondations voûtées appartenant à une chapelle du XIe siècle et à ses propriétaires de l'époque: les Chevaliers de l'Ordre de Saint Jean de la Croix. Lorsque l'ordre fut dissout, Lavaldieu devint la propriété de l'Abbaye de Fontfroide vers 1290, sous le nom de "Vallis Dei" (en occitan "La val (de) Dieu").

 

   L'histoire étonnante continue cette même année en 1290 avec Aiméric de Thuri, commandeur de l'Hôpital de Magrie, en accord avec Guillaume de Villaret, grand prieur de l'Hôpital de St Gilles, qui concède à Jean de Voisins, fils de Pierre de Voisins chevalier, le domaine de LA VALDIEU, avec tous les droits de justice y attenant, moyennant une petite rétribution tous les ans à Noël. Ceci durera jusqu'à la Révolution.

   Ces anciens locataires étaient les vassaux de L'Hôpital de Saint Jean de Jérusalem ou de Malte. Les familles de VOISINS, d'HAUTPOUL, de ROQUELAURE, de NIORT, de MONTESQIEU, et de FLEURY étaient aussi concernées par cet accord.

 

   Pourquoi ce site a‑t‑il revêtu un intérêt tout particulier pour les seigneurs de l'époque et pour certains ordres ?  Le fait est que la région semble avoir été mêlée à des ordres chevaleresques issus de croisades sans que l'on connaisse la réelle portée de leur implication.

 

   Il reste que la Pique de Lavaldieu est un site qu'il faut découvrir pour sa vue à 360° et qui plonge littéralement le spectateur en plein Haut‑Razès. J'y reviendrai dans un sujet spécifique.

 

À droite le Cardou, à gauche Blanchefort et son château,

et au fond le Bugarach ‑ Vue depuis Cassaignes

 

 

Le Cardou est avec Blanchefort et le Bugarach une montagne sacrée qui s'inscrit de par sa situation dans un montage topographique et géométrique exceptionnel. Ces propriétés font partie d'un vaste ensemble qui fut très tôt remarqué par les anciens, fascinés par cette nature digne des dieux.

 

Il est donc tout aussi naturel que cette structure

servit également au Secret...

 

 

 

    

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