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Bérenger Saunière        2/2

Luxe et décadence

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

François Bérenger Saunière

 

Né le 11 avril 1852
Mort le 22 janvier 1917

 

Sa vie de curé de campagne fut extraordinaire et son charisme sans égal.
Détesté à ses débuts il devint une icone pour les villageois de Rennes-le-Château...

 

Voici son histoire qui fit de lui "le curé aux milliards" et qui permit de nous laisser en héritage un fabuleux mystère et surtout une affaire tentaculaire et énigmatique,
l'affaire des deux Rennes...  

 

Son histoire merveilleuse est composée de 2 sections :

 

   1852 à 1892 - Ses débuts et ses découvertes
  
1893 à 1953 - Une vie de luxe, son déclin et Marie Dénarnaud

 

Saunière est-il monté à Paris ?

1893 - Visite à Paris, vérité ou pure fiction ?

 

   Le récit qui suit provient de diverses sources dont l'origine est l'auteur Gérard de Sède (L'Or de Rennes publié en 1967). Il n'existe aucune preuve de la visite de Saunière à Paris, ni même de sa demande d'aide aux Frères de Saint-Sulpice. Certains chercheurs prétendirent même que le prêtre, au cours de son hypothétique voyage, rencontra Emma Calvé, une cantatrice en vogue à l'Opéra, Claude Debussy, l'occultiste Jules Bois et bien d'autres personnages. La supposition qu'il acheta certains tableaux au musée du Louvre peut également être écartée, car le Louvre ne commença à vendre au public des copies qu'en 1901, c'est-à-dire bien après la date de son supposé voyage.

 

   Néanmoins, une fois que l'on a dit ceci, il reste plusieurs mystères de taille. Car si l'on considère un par un les indices, tous ont des liens avec l'affaire. Chaque élément se comporte comme une pièce d'un immense puzzle qu'il faut reconstruire. Si l'on suit par exemple la piste de L'église Saint-Sulpice à Paris on rencontre alors des personnages tel que Jean-Jacques Olier, élève de Saint-Vincent de Paul, Eugène Delacroix, ou Signol qui sont cités d'en d'autres indices comme le Serpent Rouge. De même, les tableaux nous mènent à Téniers le Jeune et à Nicolas Poussin, des peintres du XIIe siècle impliqués dans les mystères de Rennes pour d'autres raisons. Après des années de recherche suite aux révélation publiques de Gérard de Sède, on peut affirmer aujourd'hui que ces tableaux sont codés et qu'ils portent en eux un immense secret.

 

   L'implication de ces 3 tableaux "dits de Saunière" dans l'affaire n'est donc plus une légende puisque l'Histoire nous confirme aujourd'hui des liens étroits et secrets avec le Haut Razès. Si 1967 fut la date de publication du best seller "L'Or de Rennes" par Gérard de Sède il faut aussi préciser qu'un autre personnage, Pierre Plantard, guide l'auteur à succès en l'alimentant de documents uniques et sulfureux. Ce seront par exemple les deux parchemins et la stèle de Blanchefort qui deviendront des indices fondateurs. Gérard de Sède qui aura beaucoup de mal à expliquer leur provenance, sera obligé de romancer légèrement la vie insolite de Saunière afin d'apporter une cohérence à l'histoire. Il reste néanmoins que lorsque l'on connait la part de roman et la part de vérité injectées dans l'ouvrage, il y a suffisamment de matière pour se poser de sérieuses questions... C'est sur ces fondations que 50 ans de recherches permettront de construire l'énigme de Rennes et de mettre à jour l'existence d'un grand secret.

 

Une légende prétend qu'il existerait une trace de Saunière et de sa venue à Paris en mars 1892, et non en 1893, comme l'attesterait le registre des messes de l'église Saint-Sulpice, mais ceci n'a jamais pu être vérifié.

   Saunière dut s'avouer qu'il ne parviendrait pas à déchiffrer les parchemins et décida qu'il avait besoin d'aide. À cette époque, son évêque à Carcassonne était Mgr Félix Arsène Billard, un érudit avec qui Saunière sembla avoir été en bons termes.

 

4 parchemins furent présentés à Mgr Billard, qui les examina avec intérêt. Mais il ne parvint pas à donner un sens à cette écriture cryptée. Il suggéra alors à Saunière de les emmener à Paris où il connaissait des prêtres pouvant l'aider. À la surprise du curé, l'évêque paya même son voyage.

 

   À Paris, Saunière se rendit chez l'abbé Bieil, directeur du séminaire de Saint-Sulpice, et il lui montra les parchemins. Bieil lui répondit de revenir 8 jours plus tard. Pendant ce temps, Saunière fut logé dans la maison du neveu de Bieil : Émile Hoffet, un brillant jeune homme de 20 ans, lui aussi destiné à la prêtrise. Saunière et Hoffet devinrent rapidement bons amis et grâce à sa nouvelle relation, Saunière découvrit bientôt les principaux cercles littéraires et artistiques de Paris. Pour un curé de campagne qui n'avait jamais mis le pied hors de son village, ceci était pour le moins remarquable. C'est là que Saunière fit la connaissance de Mallarmé, M. Maeterlinck, Claude Debussy et bien d'autres dont la cantatrice de renommée internationale Emma Calvé qui allait devenir une amie proche et son amante. Saunière était certainement un homme particulièrement charismatique, si l'on se souvient qu'il était déjà devenu un ami proche de la Comtesse de Chambord.

Bérenger Saunière se rendit également au Louvre où il réclama, une copie de 3 tableaux :

 

   Un portrait anonyme du pape Célestin V du XIIIe siècle

 

   Un tableau de Saint Antoine de David Téniers le Jeune. La toile est aujourd'hui connue. Il s'agit de "Saint Antoine et les sept péchés capitaux" (Musée du Prado à Madrid)

 

   « Les Bergers d'Arcadie » (seconde version) de Nicolas Poussin


Les bergers d'Arcadie II
par Nicolas Poussin

   Au jour fixé, il retourna voir Bieil pour récupérer les parchemins déchiffrés. Mais il semble que les supérieurs hiérarchiques de Bieil n'eurent nullement l'intention de se séparer de ces informations précieuses. Bien que nous n'ayons aucun moyen de savoir ce que les deux hommes se dirent, il est clair que Saunière parvint tout de même à obtenir quelque chose de Bieil car, à peine rentré à Rennes, il commença à mener un train de vie somptueux.

 

Extrait de "L'Or de Rennes" par Gérard de Sède (1967)

 

Une vie luxueuse commence

1893 - Une nouvelle vie

 

   C'est à partir de 1893 que la vie de ce curé hors du commun changea complètement. De retour à Rennes-Le-Château, Bérenger Saunière aidé de sa fidèle gouvernante décida de cacher certaines de ses découvertes en commençant par l'entrée à la crypte sous « la Dalle des Chevaliers »

   Il installa la famille de Marie Dénarnaud dans son modeste presbytère.

 

   Le père et le frère de Marie travaillaient à l’usine à Espéraza comme ouvriers chapeliers.

Il fit construire une porte pour le cimetière, surmontée d'un crâne à 22 dents (nombre très fréquent autour de Saunière), et un petit bâtiment au dessus de la citerne.


Le fronton à l'entrée du cimetière

   Rennes-Le-Château étant sur un piton rocheux aride, l'eau était rare et bien sûr non courante. Si aujourd'hui on redécouvre la nécessité d'économiser l'eau, Saunière était déjà sensibilisé à ce problème. Une citerne fut installée pour recueillir l'eau de pluie de toutes les toitures. Une pompe au milieu du village permettait de récupérer ce précieux liquide.

 

Saunière, le "curé aux milliards", voyage...

 

  Au même moment, l'abbé se mit à voyager à travers la France et peut-être même jusqu'à Budapest, apparemment pour solliciter des subventions afin de restaurer son église. Il ouvrit plusieurs comptes bancaires à Perpignan, Toulouse, Paris et même Budapest. il suffisait en ce temps-là entre 2 et 3 jours pour rejoindre Budapest depuis Rennes-Le-Château par le train, Budapest la capitale des Habsbourg...

 

   Des mandats arrivèrent de toute l'Europe, libellés au nom de Marie Dénarnaud, apparemment expédiés par différentes communautés religieuses, dont la Congrégation des Lazaristes. C'est à cette période que le pauvre prêtre sans le sou devint dans la rumeur populaire « Le curé aux milliards ».

 

   Saunière était aussi un homme intelligent et prévoyant. À chaque absence, il laissait à Marie Dénarnaud le soin de dater une lettre à l'avance et de la poster. Cette lettre permettait à l'abbé de s'excuser le temps d'un aller-retour auprès d'un ami ou d'un confrère malade.


L'église Marie-Madeleine aujourd'hui, toujours richement décorée

 

   Les gros travaux dans l'église Marie-Madeleine ne cessèrent que fin 1896 et ce fut à cette date qu'ils changèrent d'aspects pour prendre une orientation plus décorative et symbolique. Saunière commença par entièrement rénover son église. Il engagea les artisans les plus éminents de la région pour sculpter des statues et les pierres. Il fit refaire toute l'église avec des décorations étonnantes et parfois pas très catholiques. Les cloisons furent doublées et décorées, un statuaire luxueux fut installé. Le culte de Marie-Madeleine est partout et un diable grimaçant que l'on appellera plus tard Asmodée garde l'entrée. Une équipe d'artistes et de décorateurs italiens fut même financée et des sommes énormes furent dépensées.

 

   En 1897 il complète la sacristie d'un meuble en chêne du nord à deux corps. Il y a aussi plusieurs placards en pin et quatre porte-manteaux, une glace et une fontaine. Les ustensiles de culte ne manquent pas : 2 calices dorés, un ostensoir, une garniture complète du maître autel, une écharpe, une étole et une chasuble rouge. Il sera même félicité par Mgr Billard pour ces ornements et le mobilier.

 

    La restauration de l'église se termina en 1897 et le coût sera estimé à environ 16.200 francs-or, ce qui correspond de nos jours à 45.198 euros. Cette somme aurait permis de faire construire à l’époque 4 nouvelles églises...


Les deux Jésus et le bas relief Marie-Madeleine sous l'autel

 

Le 6 juin 1897 - La visite de son protecteur

 

   C'est le 6 juin 1897 que Saunière reçut la visite de son évêque Mgr Billard. L'objectif était d'inaugurer les travaux réalisés. Un repas gastronomique fut organisé pour l'occasion et un buffet grandiose fut dressé dans l'école pour tout le village (foies gras, langoustes, lièvres, pintades, fruits de mer, grands vins, et rhum dont Saunière raffolait...). La fête dura toute la journée jusqu'à 18h où Mgr Billard dut rejoindre Carcassonne.

 

   Une plaque fut ajoutée pour commémorer cette journée de la Pentecôte du 6 juin 1897 et la venue de Mgr Billard, évêque de Carcassonne.

 

   Beaucoup d'auteurs on imaginé un Mgr Billard naïf et qui a dû se demander d'où venait une telle richesse. En fait, je m'étonne plutôt de sa complaisance. En effet, comment faire un tel voyage d'inauguration et apporter la bénédiction à tous les ouvrages de Saunière sans réaction ? Ceci renforce la thèse d'un Mgr Billard complice, comme on peut le deviner à ND de Marceille. En 1897, Mgr Billard avait d'ailleurs déjà fait le nécessaire pour mettre la main sur la seconde cache ...

 


Le calvaire et la plaque commémorant la visite de Mgr Billard le 6 juin 1897

 

Décembre 1898 - La construction du Domaine débute

 

   Depuis 1897 les gros travaux de restauration de l'église et du presbytère étaient terminés et tout le monde pensait alors que les projets d'embellissements se terminaient, d'autant que l'inauguration des ouvrages du curé eut lieu. Mais Bérenger Saunière est un homme entreprenant et insondable. Saunière dépensa énormément d’argent pour la restauration de sa paroisse, mais ce devait être qu’un début. Car c’est vers 1896 qu’il commença à acheter des terrains, six au total, qu’il mettra au nom de Marie Dénarnaud. Le second projet pouvait commencer et que l’on nommera plus tard « le Domaine de Saunière ».

 

   Marie devint riche puisqu'elle acquit en son  nom plusieurs propriétés grâce à son abbé. Elle prit alors la décision de quitter son travail de chapelière à Espéraza. Saunière n'avait aucun bien officiel et il louait même son presbytère à la commune.

Nous sommes juste avant 1905, date de la rupture entre l'église et l'état. Saunière a senti sans doute à cette époque les prémices d'une révolution dans le monde religieux. Par prudence, il choisit de ne rien posséder en son nom, de peur de voir l'état confisquer ses biens. Ceci prouve que Saunière était un homme extrêmement prévoyant. 

 

   Saunière voyant que sa mission de prêtre pouvait être compromise par les turbulences politiques, sa location du presbytère devint précaire. Décidé à rester à tout prix à Rennes-Le-Château, il décida de construire une nouvelle demeure toujours au nom de Marie. Les travaux de la Villa Béthanie et de la Tour Magdala commencèrent. L'architecte est un certain Tiburce Caminade de Limoux et l'entrepreneur est Elie Bot. Les travaux nécessitèrent pas moins de 17 ouvriers et des pierres de granit bleu furent taillées à Saint-Sauveur puis rapportées à dos de mulets. N'oublions pas que Rennes-Le-Château est un nid d'aigle.

 

   Les plans du Domaine furent scrupuleusement respectés et l'agencement montre d'ailleurs une logique géométrique complexe et une multitude de curiosités. Les terrassements vont durer un an et des tonnes de terres et de remblais sont amenées pour construire les fondations, un vaste potager et un verger.

 

Mai 1901 - La Villa Béthanie et la Tour Magdala commencent

 

   La construction de la Villa Béthanie débuta et le gros œuvre dura un an et mettra 5 ans à être terminé. La Tour Magdala fut construite dans la foulée.

 

   La Villa Béthanie est une luxueuse demeure de style Renaissance entourée de jardins tropicaux. C'est le point d'orgue de son « œuvre » qu'il destine, après sa mort, à devenir une maison de retraite pour les prêtres du diocèse. Mais ce ne fut jamais le cas.

 

  Il y reçut par contre de grandes personnalités de l'époque, dont un certain Mr Guillaume, membre de la famille des Habsbourg.


La Villa Béthanie aujourd'hui

 

   La Tour Magdala, qui est devenue le symbole actuel de Rennes-Le-Château, est une tour néogothique carrée à deux étages, installée au bord d'un ravin et surplombant le plateau du val des Couleurs.

 

   Saunière y installa une bibliothèque faite sur mesure en bois précieux et que l'on peut toujours admirer.
Elle coûta pas moins de 10 000 francs-or.

 

   Saunière aimait les collections et ses livres impressionnaient les visiteurs. Il engagea aussi un relieur professionnel qui travailla à plein temps pour lui. Il acheta aussi une collection de 1000 cartes postales et une autre de 100 000 timbres.


La Tour Magdala

 

   Outre la Tour Magdala, Bérenger Saunière fit construire une serre de verre, la Tour de l'Orangeraie, dans laquelle il fit pousser des essences de plantes et de fleurs les plus rares de la région. Il acheta même un singe qui ne manquait pas d'étonner et d'effrayer les habitants du village. Il peupla ses magnifiques jardins d'animaux exotiques comme des paons, des aras ou des cacatoès. Il construisît des fontaines et planta des orangers. Il importa des vins et des spiritueux du monde entier. Saunière aimait recevoir somptueusement. Il eut aussi deux chiens qu'il nomma respectivement Faust et Pomponet.

 

   Durant des années, Bérenger Saunière et sa gouvernante menèrent une vie fastueuse, entourée de personnes de haut rang tant régionales que nationales et même internationales. Certains se rappelaient la voix prodigieuse d'une chanteuse. Était-ce Emma Calvé ?

 

   Emma Calvé de Roquer, de son vrai nom, naquit à Decazeville dans l'Aveyron en 1858 et mourut en 1942 à Millau. Pour de nombreux auteurs, elle fut amie ou amante de Bérenger Saunière et il l'aurait rencontrée lors de l'un de ses voyages à Paris. Mais aucune preuve n’existe aujourd'hui sur cette liaison d'autant qu'il n'existe aucune trace de Saunière dans la capitale. Il est vrai que des villageois rapportèrent avoir entendu, lors des fastueuses réceptions organisées par l'abbé, une voix puissante et mélodieuse d'une chanteuse d'Opéra. Dans son roman, « l'or du diable », Jean-Michel Thibault nous décrit d'ailleurs une liaison tumultueuse et passionnée entre le prêtre et la chanteuse.

 

   Emma Calvé est par ailleurs un personnage étrange. Elle eut une carrière somptueuse qui débute à Bruxelles en 1882. Elle paraît aussitôt à Paris, puis à la Scala de Milan en 1887 et chante régulièrement à Londres en présence de la Reine Victoria. Elle chante à New York, Monte-Carlo et dans bien d'autres lieux de prestige. C'était la diva de l'époque et elle fut reconnue comme une Carmen exceptionnelle. Elle écrivit ses mémoires en 1940 sous le titre « Sous tous les cieux, j'ai chanté. » Elle acheta le château de Cabrières, près de Millau, où elle y passa ses dernières années. À côté de son talent incontestable, elle était connue également pour être proche de certains milieux ésotériques très en vogue.


Emma Calvé

 

   Ses extravagances n'étaient pas entièrement égoïstes : aux familles les plus pauvres de la région, il remit des sommes allant de 10.000 à 15.000 francs-or, une fortune en ce temps-là (rappelons-nous de la somme de 4500 francs-or qui aurait été nécessaire à la construction d'une nouvelle église).

 

1904 - Le Domaine est terminé

 

   Le Domaine de Saunière est finalement achevé en 1904. Les jardins accompagnant les différentes constructions sont tirés à la règle comme s’ils devaient respecter un tracé rigoureux. Les nombreuses plantations contrastent avec le paysage aride des alentours. Tout semble prévu pour vivre en autarcie et surtout étonner.

 

   On estime aujourd’hui qu’entre 1887, date de début des travaux et 1917, date de sa mort, notre curé dépensa environ 675.600 francs-or, soit 1.884.924 euros. Il est très difficile de comparer une telle somme avec nos repères actuels. Mais pour comprendre l'importance du montant il faut se rappeler qu’un repas chez Maxim’s coûtait à cette époque 20 francs-or…

 

   Il est très difficile de comparer une telle somme en euros actuels avec autant d’années d’écart. Un franc-or ramené à 2,79 € ne représente pas une valeur de bien équivalente, mais cela donne une idée des montants dépensés qui sont astronomiques pour l’époque.

 

Tout est presque en place. On reconnaît la Villa Béthanie entourée par les jardins et les arbres fraîchement plantés. À gauche, l'église Marie-Madeleine et le presbytère, à droite le château de Hautpoul.

 

La Tour Magdala sera terminée en 1906 avec la pose des planchers.

 

 

 

Le domaine de Saunière en 1904.

 

Septembre 1905 - Changement de comportement

 

   Ce fut à cette date que mourut son frère Alfred malade et alcoolique. Bérenger Saunière prit de la distance avec sa famille. C'est aussi à cette période qu'il commença à afficher une certaine complicité avec sa jeune servanteMarie Dénarnaud commandait ses robes par correspondance dans les plus grands magasins de Paris et ses tenues laissèrent de nombreux souvenirs aux habitants.

 

   Le curé du village changea aussi de comportement. D'un esprit jovial, il devint plus taciturne. Il n'hésitait plus à s'enfermer des journées entières dans la Tour Magdala où il aimait savourer un petit verre d'alcool, ce qui lui vaudra à terme une cirrhose.

 

   À partir de cette époque, Saunière devint visiblement soucieux. Était-ce le contexte politique et la séparation de l'église et de l'état qui le minait, la mort de son frère Alfred, où la connaissance d'un secret trop lourd à porter ? Sans doute tout à la fois...

 

1906 - Une vie mondaine

 

   Les sommes dépensées étaient énormes et le prêtre vérifiait toutes ses factures et notait scrupuleusement les décomptes. Mais les dépenses ne s'arrêtèrent pas là, car après la fin des travaux, il fallut emménager. Toute la décoration, les papiers peints, les peintures, les tapisseries, les objets d'art, l'argenterie et le mobilier furent achetés par Saunière et revendus à Marie Dénarnaud pour une somme symbolique. La stratégie de Saunière était claire : ne rien avoir à son nom propre, mais pouvoir garder la jouissance des biens. Un testament mutuel fut même rédigé pour garantir à chacun la conservation des biens au dernier vivant.

 

   Le domaine devint un jardin luxuriant agrémenté de fontaines et alimenté en eau par la citerne. Ce havre de paix aux ambiances méditerranéennes contrastait avec les alentours du village sec et aride.

 

     Il y recevait et menait grand train. Il invita des personnages importants tel un certain M. Guillaume à l'apparence aristocratique, qui s'avèrera être un membre de la famille des Habsbourg, ou plus exactement Jean-Népomunène-Salvator d'Autriche (qui se fit appeler plus tard Jean Orth). Les villageois témoignèrent notamment de son accent germanique et finirent par l'appeler l'étranger... 

 

 

   Cette fréquentation eut d'ailleurs des conséquences néfastes pour Bérenger Saunière, car il fut très vite soupçonné d'espionnage au début de la Première Guerre mondiale.


Johan-Népomunène-Salvator d'Autriche jeune (1852-1890)

   Jean Népomucène Salvator de Habsbourg-Toscane naquit en 1852 et disparut (présumé mort) en 1890. L'archiduc d'Autriche est également connu sous le nom de Jean Orth, un nom qu'il prit lorsqu'il quitta le royaume des Habsbourg.

   Il est le fils du grand-duc Léopold II de Toscane (1797-1870) et de sa seconde épouse Maria-Antonietta, Princesse des Deux-Siciles (1814-1898)


Jean Salvator de Habsbourg

   Un étrange mystère plane sur l'archiduc Jean Salvator de Habsbourg-Toscane et sur sa supposée tentative de coup d'État fomentée avec l'aide de son cousin l'archiduc Rodolphe de Habsbourg-Lorraine. Le 30 janvier 1889 c’est en effet le drame : le prince Rodolphe et sa maîtresse Marie Vetsera sont retrouvés morts dans le relais de chasse de Mayerling. On ne connaitra jamais les assassins, mais Jean Salvator sera accusé de complot d'Etat. Il finira par disparaître de façon étrange en mer en 1890 après avoir fuit le royaume autrichien.

 

   On sait peu de chose sur sa vie réelle et son histoire est troublante. Officiellement, il quitta la famille des Habsbourg pour partir en tant qu'aventurier. N'ayant plus aucune nouvelle de lui on estima alors qu'il disparut en mer. Mais lorsque l'on s'intéresse de près à sa vie, les faits sont bien plus complexes et étranges...

 

   De nombreuses célébrités artistiques et politiques ont également séjourné dans la Villa Béthanie comme le secrétaire d'État aux beaux-arts, Henri Charles Étienne Dujardin-Beaumetz, franc-maçon, affilié à la loge « La Clémente Amitié » alors conseiller général de Limoux et député de l'Aude.

 

   Étienne Dujardin-Beaumetz (1852-1913) fut élu aux législatives de 1889. Il resta député de l'Aude jusqu'en 1912 et devint Sous-secrétaire aux Beaux-arts de 1905 à 1912 (Affaire du vol de la Joconde), puis élu au sénat en 1912


Étienne Dujardin-Beaumetz

 

Désaccord avec sa hiérarchie

   La population et le clergé local furent scandalisés par le train de vie et un tel étalage de richesses. Jusque-là, l'Église avait fermé les yeux sur ces extravagances, sans doute grâce à la complicité de Mgr Billard. Mais le vent finit par tourner et les supérieurs hiérarchiques de Saunière commençaient à réagir. 

 

Pour comprendre ce désaccord, il faut remonter en 1901

 

Décembre 1901 - Mgr Billard disparaît

 

   Mgr Billard, le « protecteur » de Bérenger Saunière et évêque de Carcassonne (Carcassonne étant le siège épiscopal dont dépendait Rennes-Le-Château), décéda le 3 décembre 1901.

Il fut remplacé par Mgr Paul-Félix Beurain de Beauséjour.

 

1902 - Le vent tourne

 

   À partir de cette période, Bérenger Saunière perdit ses appuis. La mort de Mgr Billard, puis celle du conciliant pape Léon XIII de 1878 à 1903 (ami de la famille de Habsbourg) n'arrangèrent pas ses affaires.


Mgr de Beauséjour

 

    La fortune du curé attira l'attention du nouvel évêque de Carcassonne, Mgr de Beauséjour et du nouveau pape Pie X de 1903 à 1914, qui considérèrent moins favorablement les activités exubérantes du prêtre.

 

   Mgr de Beauséjour apprenant donc la vie de son curé de Rennes-Le-Château, reçut la mission de ramener au bercail cette turbulente brebis. Il fit son enquête et constata que ce qu'on lui avait rapporté était bien en dessous de la vérité. Il décida donc de demander des comptes au curé de Rennes-Le-Château. Les réponses de Bérenger Saunière furent laconiques. Il se contentait de dire :

 « J'ai reçu de nombreux dons qui m'ont permis de réaliser l'embellissement de l'église du village.

Mes donateurs souhaitent rester dans l'anonymat ».

   Mgr de Beauséjour insista et demanda des comptes précis. L'attitude de Saunière restait étrange. Il griffonna rapidement des comptes qu'il remit au prélat et qui de toute évidence semblaient truqués. Ce qui est incroyable, c'est que Bérenger Saunière ne minimisa pas ses comptes, bien au contraire. Au lieu de faire croire qu'il n'avait pas d'argent, il mit en évidence, au travers de ces comptes truqués, qu'il en possédait énormément.

 

   Mgr de Beauséjour lui envoya ordre sur ordre, et à chacun d'eux, Saunière répondit par un regret ou une excuse de ne pouvoir y obéir. Après avoir vu ses ordres et ses requêtes éludés pendant environ une année, l'évêque finit par le prendre de front et lui demanda carrément d'où provenait sa fabuleuse fortune. Saunière répondit que des legs lui avaient été faits personnellement et que c'était à lui seul de décider comment il dépenserait cet argent. Inutile de dire que l'évêque ne fut ni satisfait ni impressionné par cette réponse et cette attitude.

 

15 janvier 1909 - Nomination à Coustouge

 

   Mgr de Beauséjour, exaspéré, décida de nommer Saunière dans la paroisse de Coustouge. Ceci est d'ailleurs étonnant, car Coustouge n'a rien d'une petite paroisse puisque la ville est bien plus grande que Rennes-Le-Château et bien plus riche. Rien à voir avec la pauvreté du village. Il est clair que Mgr de Beauséjour chercha tous les moyens pour détacher Saunière de son environnement. Bérenger Saunière n'hésita pas à répondre à son évêque:

 

« Si notre religion nous commande de considérer avant tout nos intérêts spirituels, elle ne nous ordonne pas pour autant de négliger nos intérêts matériels, qui sont ici bas, et les miens sont à Rennes et non ailleurs. Je vous le déclare, Monseigneur, avec toute la fermeté d'un fils respectueux : Non je ne m'en irais jamais ! » ou encore : « Je regrette de ne pas pouvoir quitter ma paroisse où mes intérêts me retiennent ».

 


La lettre de nomination pour Coustouge


Le titre de nomination à Coustouge

 

   Bien qu'à son arrivée à Rennes-Le-Château, Bérenger Saunière était en opposition radicale avec la mairie, les opinions et les choses changèrent avec le temps. Le maire de Rennes-Le-Château n'hésita pas à écrire à l'évêché pour faire par du mécontentement des habitants du village de la nomination de leur curé à Coustouge. Une anecdote amusante est que le maire n'hésita pas à signer un bail de location du presbytère à Bérenger Saunière de 5 ans, empêchant ainsi tout logement à un futur prêtre. Voici la lettre :

 

Rennes-Le-Château, le 6 février 1909
Le Maire de Rennes-Le-Château à Monsieur l'Évêque à Carcassonne.

 

      Monsieur,

    En réponse à votre lettre du 31 janvier dernier, j'ai l'honneur de vous faire savoir que je regrette le maintien de la décision prise à l'égard de M. l'abbé Saunière. En ne donnant pas à la démarche que le Conseil municipal de Rennes-Le-Château a faite auprès de vous, les suites que nous vous demandions vous et votre Conseil avez été mal inspirés. Nous n'obtenons pas satisfaction ; tant pis ! Tant pis aussi que vous ayez retiré à M. Saunière ses pouvoirs. Quant à l'attitude de la population vis-à-vis de M. le curé d'Espéraza et du successeur de M. Saunière, elle sera tout à fait simple : l'Église désertée et les cérémonies religieuses remplacées par les cérémonies civiles. Vous voyez, Monsieur l'Évêque, que vous n'aurez pas à vous armer contre nous des foudres de l'Église. Quant au presbytère, il est loué pour une durée de cinq ans, à partir du 1er janvier 1907 à l'abbé Saunière. Mais je dois vous faire connaître qu'après l'expiration du bail et même actuellement, s'il devenait libre par suite du départ du locataire actuel, le Conseil municipal se refuse formellement à passer un nouveau bail avec le desservant que vous nous enverrez.

 

Je vous prie, Monsieur l'Évêque, d'agréer l'assurance de ma considération très distinguée.

 

Rennes-Le-Château, le 6 février 1909
Le Maire

 

   Mgr de Beauséjour accusa Saunière de se faire payer pour dire des messes. Une accusation des plus fausses: en fait, il aurait dû dire une messe pour chaque habitant du village 24h/24h, 365 jours par an pendant mille ans pour obtenir une somme qui n'aurait représenté qu'une infime partie de sa fortune. Ces accusations montrent cependant jusqu'où l'Église était prête à aller.

 

1er février 1909 - Démission

 

   Bérenger Saunière envoya sa démission par écrit le 28 janvier 1909 et elle fut acceptée par Mgr de Beauséjour à la condition que Saunière quitte définitivement Rennes-Le-Château. Saunière répondit en ces termes :

 

    Monseigneur,


    En présence de la décision maintenue de Votre Grandeur au sujet de mon départ de Rennes, il me reste un parti à prendre suggéré d'ailleurs par Votre Grandeur elle-même alors que vous avez dit aux représentants de la commune en parlant de moi : « Qu'il prenne sa retraite ». C'est pourquoi vous voudrez bien agréer ma démission et ne plus me compter à partir du 1er février au nombre des prêtres de votre diocèse qui exercent le saint ministère... »

 

   Le 9 février 1909, l'abbé Henri Marty fut nommé curé de Rennes-Le-Château et,  ne pouvant disposer du presbytère, il dut se loger à Carderonne.

 

16 juillet 1910 - Procès et trafic de messes

 

   Bérenger Saunière fut cité à comparaître devant le tribunal de l'Officialité de Carcassonne pour une accusation de trafic de messes. Il choisit alors un bon avocat, l'abbé Huguet. Le tribunal ecclésiastique prononça une première condamnation le 5 novembre 1910 où Saunière fut obligé d'effectuer une retraite de 10 jours au monastère de Prouilhe.

 

   Mgr de Beauséjour arriva partiellement à ses fins. Il réussit à faire preuve d'autorité, mais il ne réussit pas à faire partir Saunière. De plus, il savait que l'accusation de trafic de messes ne justifiait pas les dépenses de Saunière. Il confia d'ailleurs à Mgr de Cabrières : « Il fallait bien trouver quelques choses pour le faire condamner ! »

 

   Mais Mgr de Beauséjour ne voulait pas en rester là et trouvant peut-être le verdict trop doux, il décida de le convoquer, sans doute pour tenter une nouvelle confrontation directe. À chaque lettre officielle, Saunière répondit par un certificat médical.

 

30 octobre 1911

 

Saunière reçut de l'Officialité une citation à comparaître pour le 21 novembre 1911. Il ne s'y présentera pas sur les conseils de son avocat l'abbé Huguet.

 

5 décembre 1911 - Premier verdict

 

   La sentence est lourde et Saunière fut condamné pour dilapidation et détournement de fonds à une « suspense à divinis » qui durera jusqu'à la restitution des fonds détournés. Il n'eut donc plus le droit de pratiquer les sacrements et de dire la messe dans une église.

 

   Cette condamnation fut un choc pour Bérenger Saunière qui supportait mal le fait d'avoir été condamné par ces pères. Il se retira alors de grands moments dans la Tour Magdala où il passait son temps à classer sa fabuleuse collection de timbres. Ce fut sans doute cette suspension qui fit plonger Saunière dans une dépression qui altéra sa santé. Mais conseillé par l'abbé Huguet, Saunière fit appel directement à Rome.

   Une anecdote amusante est celle du jour ou l'abbé Henri Marty, remplaçant de Saunière, monta au village pour célébrer la messe du dimanche. Il trouva l'église vide. Les paroissiens étaient en fait réunis autour de Saunière dans sa chapelle privée de la Villa Béthanie pour écouter l'office. Si Saunière fut suspendu par sa hiérarchie, sa qualité de prêtre ne pouvait être retirée, ce qui lui donnait le droit de rendre la messe, mais en dehors des lieux du clergé. Henri Marty prit la décision de ne plus monter au village pour la messe du dimanche...

 

Avril 1912

 

   Bérenger Saunière décida de rédiger son propre testament et celui de Marie Dénarnaud :

 


Le testament de Bérenger Saunière
(avril 1912)


Le testament de Marie Dénarnaud
(avril 1912)

 

Fin 1912 - Appel à Rome

 

   L'abbé Huguet s'inquiéta de la santé fragile de son client et relança l'affaire à Rome. Le procès fleuve semblait ne pas pouvoir aboutir à moins que Saunière ne consente à céder à l'évêché ses biens mobiliers. Or c'est Marie Dénarnaud qui était la propriétaire. D'ailleurs, un nouvel acte notarié fut rédigé par Saunière, il s'agit d'un don au dernier vivant :

 

   « Je donne à Marie Dénarnaud tous ces biens sans qu'il soit procédé à un inventaire auquel je veux absolument soustraire ma légataire universelle »

 

À propos du trafic de messes...

 

Qu'est-ce qu'un trafic de messes ?


   À cette époque, un prêtre avait le droit de célébrer jusqu'à 3 messes par jour et à chaque intention de messe un tarif fixe était appliqué. Le trafic a lieu lorsque le prêtre enregistre plus d'intention de messe qu'il ne peut en célébrer, ou qu'il effectue plus de messes qu'autorisé. Il peut alors récolter l'excédent pour arrondir ses fins de mois.

 

   Officiellement, la fortune subite de Bérenger Saunière est due à un trafic de messe. Cette conclusion hâtive est basée non seulement sur l'accusation faite à l'époque par Mgr Beauséjour, mais aussi d'après l'analyse de ses carnets comptables. Or s'il est prouvé que Saunière enregistra plus d'intention de messe qu'il en donna, le trafic volontaire n'a jamais été démontré. Nous savons aujourd'hui que ce trafic de messe n’était qu’un moyen détourné d’envoyer des fonds à Saunière, via notamment la Congrégation des Lazaristes qui envoyait des mandats en nombre très important.

 

   Le trafic de messes, qui est une explication classique de tous les détracteurs de l'affaire est pourtant très facile à mettre en défaut :

 

   On évalue les dépenses de Saunière à 675.600 francs-or. Une messe à l'époque coûtait entre 1 et 1,50 francs-or. Prenons 2 francs-or.

 

675.600 francs-or à 2 francs la messe, nous donnent 237.800 messes. À raison de 5 messes par jour (ce qui remplit largement l'emploi du temps de notre curé), on arrive à 67.560 jours de messe, soit environ 185 ans de messes ininterrompues. Il est clair que cette explication est plus qu'insuffisante...

 

   Faisons le calcul inverse. Saunière resta en poste de 1885 à 1917 soit 32 ans. A raison de 10 messes par jour, nombre volontairement exagéré, et pour 2 francs-or la messe, nous obtenons la somme de : 32 x 365 x 10 x 2 = 233.600 francs-or

 

Nous sommes bien loin du compte... La vérité est ailleurs...

 

1914 - Début de la guerre

 

   Le pape Pie X disparut et fut remplacé par Benoît XV jusqu'en 1922, un homme aux vues libérales semblables à celles de Léon XIII.

 

La Première Guerre commença et Saunière vit tourner le vent de la fortune. Les liquidités vinrent à manquer et il fut obligé de vendre certains de ses biens. Son trésor était-il épuisé ? Sans doute pas. Mais il lui était impossible de franchir les frontières pour mener ses affaires correctement avec les banquiers étrangers. En effet, à partir de cette date, ses mystérieux voyages s'arrêtèrent. La destination Budapest devenait évidemment impossible ainsi que les tractations secrètes avec les Habsbourg. De nombreux fournisseurs furent également impayés.

 

11 avril 1915 - Fin du procès

 

   Le procès n'en finit pas et l'abbé Huguet fut même suspecté de tirer profit de la situation et de son client. Finalement le Vatican déboutera Mgr de Beauséjour et un recours de ce dernier décidera de la conclusion du procès. Le 11 avril 1915 Saunière fut interdit d'exercer.

 

   Saunière fut définitivement écarté et reçut l'ordre de remettre l'église et le presbytère à son successeur l'abbé Henri Marty. La perte du presbytère n'affecta nullement Saunière qui vécut dans son élégante Villa Béthanie. Le presbytère était tellement en ruines que le malheureux Henri Marty fut forcé de prendre ses quartiers à quelques distances de là. Pour arriver à son église, il était obligé de grimper un abrupt sentier le long d'une colline et de passer devant la porte de Saunière. Une routine quotidienne qui a dû certainement amuser Saunière.

 

Les derniers jours de Saunière

   Durant ses dernières années, Bérenger Saunière, fatigué et malade, souffre d'une goutte et le docteur qui le suit régulièrement lui conseille une vie plus saine et sans alcool. Mais Saunière devient de plus en plus isolé et il ne quitte plus son Domaine. Son passe-temps favori est de se réfugier dans sa collection de timbres au coin du feu, dans la bibliothèque de la Tour Magdala.

17 janvier 1917 - Le drame

 

   L'hiver est très rude dans le Razès et Rennes-Le-Château, installé sur un piton rocheux, n'arrange en rien les conditions climatiques. Ce jour du 17 janvier 1917, un vent glacé nord-est fouette le plateau et le val des Couleurs.

 

   En fin de journée, le prêtre se dirige vers la Tour Magdala par la promenade extérieure et c'est le drame. Saisi par un vent froid et violent, il tombe à terre près de l'entrée. Marie qui l'attend pour la soupe du soir s'inquiète, mais cela fait déjà une heure qu'il est étendu à terre. Dans un dernier sursaut, il arrive à se glisser dans le sas de la Tour ce qui le sauvera momentanément.

 

   Marie, qui le découvre inanimé, court alors chercher des renforts. Saunière est en effet un homme de forte stature qui ne peut être déplacé par une seule personne.


La Tour Magdala et le sas d'entrée

 

   Il est alors emmené en plein coma dans la chambre du presbytère et les soins de Marie et de sa mère le ramèneront peu à peu à la vie.
Mais pour combien de temps ?
Son malaise sera diagnostiqué comme une attaque d'apoplexie (congestion cérébrale grave et soudaine). Le 17 janvier, jour symbolique de l'affaire Rennes-Le-Château, frappera les consciences bien plus tard...

 

Un premier diagnostic officiel est celui d'une hémorragie cérébrale, un autre diagnostic indiquerait plutôt une cirrhose. Ce doute permit d'alimenter des questions sur sa mort dite naturelles, mais qui s'avèreront sans fondement.

 

Quelques jours de survie... pour mettre de l'ordre

 

   En reprenant connaissance, Saunière n'eut qu'une idée : mettre de l'ordre dans ses papiers et préparer son départ. Il demanda alors à Marie de brûler tous les documents se trouvant dans un tiroir de son secrétaire, ce qu'elle fit dans la cour du presbytère.

 

Il est surprenant de voir l'importance de ces papiers pour Saunière. En effet, malgré la confiance éternelle qu'il éprouvait pour Marie, il voulut vérifier par la fenêtre que Marie brûlait effectivement ses documents... La confiance envers Marie n'est pas à mettre en cause, mais il voulait être sûr qu'après sa mort, personne ne puisse découvrir ces écrits...

 

   Le 21 janvier, à l'article de la mort, il fit appeler à son chevet, de la ville voisine d'Espéraza, l'abbé Rivière pour se confesser et recevoir les derniers Sacrements. Curieusement, Saunière ne choisit pas un ami prêtre, mais plutôt un abbé qu'il estimait. Il est vrai que nous sommes en pleine première guerre mondiale et la plupart des hommes et des curés sont au combat. La confession dura une bonne après-midi et bien que les deux hommes se connaissaient depuis de nombreuses années, l'abbé Rivière quitta la chambre du mourant bouleversé. Il semblait être en état de choc et son visage reflétait la plus grande épouvante.

 

   L'abbé Rivière quitta Saunière sans lui donner les Saints Sacrements. Ces derniers seront administrés au cours de l'enterrement contrairement aux règles ecclésiastiques qui obligent à ce qu'ils soient effectués juste avant le décès. Curieusement, à la suite de cette confession, l'abbé Rivière changea de comportement. D'un naturel jovial, il devint renfermé et silencieux. Mais surtout, il fit dans son église d'Espéraza quelques modifications. Deux grottes seront construites, l'une est dédiée à ND de Lourdes, l'autre, de loin la plus étonnante, représente le Christ allongé dans un linceul au creux d'une caverne.

 

L'affaire de Rennes-Le-Château fourmille de faits étranges et de coïncidences qui déroutent constamment les chercheurs vers des thèses différentes. Le cas de l'abbé Rivière est remarquable, car c'est un fait avéré et vérifiable. La construction de cette grotte christique dans son église s'est faite après la confession et donc durant sa période dépressive.

 

22 janvier 1917
La fin d'un mythe

 

   Finalement, âgé de 65 ans, Bérenger Saunière s'éteignit le 22 janvier 1917 à 5h du matin.

 

  Marie et sa famille installèrent la dépouille dans un fauteuil à petites roulettes et la recouvrirent d'un napperon à pompons rouges.

 

   Péniblement, le fauteuil fut déplacé depuis le presbytère jusqu'au sous-sol de la Villa Béthanie en traversant la cour.


Saunière sur son fauteuil mortuaire
Extrait de « Rennes-Le-Château,
le secret de l'abbé Saunière » aux Ed. Bélisane

   Marie courut annoncer la nouvelle au village et les premiers habitants découvrirent leur prêtre assis dans un fauteuil, drapé d'une belle tenture fleurie, bordée de glands rouge-écarlate. Une par une, les personnes présentes passèrent solennellement devant lui, faisant une pause pour arracher un gland de la couverture mortuaire, peut-être dans le souvenir du dernier Seigneur de Rennes. Cet épisode ne manqua pas d'alimenter sa légende.

 

   Le corps du défunt fut ensuite transporté dans la chambre mortuaire de la Villa Béthanie afin d'y préparer les derniers soins. Marie commanda le cercueil à un menuisier de Couiza et l'enterrement put avoir lieu le 24 janvier au matin. Après la cérémonie accompagnée des Saints Sacrements qui lui avaient été refusés, il fut inhumé dans le caveau du petit cimetière de l'église Marie-Madeleine comme cela était prévu.

Villa Béthanie - La chambre mortuaire

Acte de décès de Bérenger SAUNIERE

 

    Le vingt-deux Janvier mil neuf cent dix sept, à onze heure du matin, Saunière François Bérenger né à Montazels (canton de Couiza) Aude, le onze Avril mil huit cent cinquante deux, fils de Saunière Joseph et de Hughes Marguerite - célibataire - est décédé en son domicile à Rennes-le-Château.

  

   Dressé le vingt-trois Janvier Mil neuf cent dix sept, onze heure du matin sur la déclaration de Captier Pierre, cinquante neuf ans, agriculteur domicilié en cette commune, voisin du défunt et de Bousquet Louis, quarante cinq ans, tailleur de pierre  domicilié en cette commune, ami du défunt qui lecture faite ont signé avec moi, Rivière Victor, maire de Rennes-le-Château.

Signé : Rivière Captier Bousquet

 

   À cet instant, Marie Dénarnaud prit conscience de sa solitude et elle pouvait dorénavant compter que sur elle-même. Saunière ne serait plus là pour la protéger. Inconsolable et habillée de noir, elle se rendit quotidiennement sur la tombe, souvent la nuit, probablement pour ne pas croiser un villageois et éveiller quelques rancœurs.  


L'ancienne sépulture de Bérenger Saunière dans le petit cimetière (photo prise en 2003)

 

Sur la pierre tombale de l'abbé on peut lire :

 

ICI  REPOSE  BERENGER  SAUNIERE
CURE  A  RENNES LE CHATEAU  1885-1917
DECEDE LE 22 JANVIER 1917 A L'AGE DE 65 ANS

 

   Cette pierre est aujourd'hui fendue en deux, le résultat de plusieurs actes de vandalisme de chercheurs peu scrupuleux et qui espéraient peut-être découvrir quelques secrets. Le petit cimetière fut d'ailleurs l'objet de plusieurs profanations et de multiples vols, ce qui força la famille de Saunière à demander le déplacement de la dépouille du prêtre dans un endroit plus calme du Domaine, ce qui fut fait le 14 septembre 2004. Un petit mausolée fut construit pour l'occasion dans le parc de la Villa Béthanie.


La nouvelle sépulture dans le jardin

   Ce déplacement de sépulture ne fait pas l'unanimité parmi les fervents défenseurs du patrimoine de Rennes-Le-Château et beaucoup militent pour le retour du dernier Seigneur de Rennes dans le caveau qu'il a lui-même choisi.

 

  En mourant, Bérenger Saunière laissa incontestablement derrière lui un témoignage visible au travers des différents codages que l'on peut observer aujourd'hui dans son Domaine. Sa volonté avec d'autres fut de nous léguer un secret qui, à ce jour, n'a pas encore été découvert.
    Les recherches actuelles tendent à montrer que Saunière ne possédait pas toutes les clés. Il en possédait plusieurs, c'est une évidence...

 

      On peut admirer aujourd'hui, dans le musée de Rhedae, quelques objets lui ayant appartenu dont ses habits de prêtres et une tunique brodée du fameux M entrelacé d'un A. Signe marial...


L'un des habits du prêtre exposé au musée de Rhedae 

 

Son legs et Marie Dénarnaud

   La lecture du testament du curé se déroula sans histoire, car à la stupéfaction de chacun, il déclarait être sans un sou. En fait, il avait transféré toutes ses richesses et ses biens immobiliers à Marie Dénarnaud longtemps auparavant. Certains de ses biens personnels furent vendus. C'est le cas d'une partie de sa bibliothèque ou de ses collections de timbres et de cartes postales.

 

1918 - Marie Dénarnaud s'isole...

 

   Après la mort de l'abbé, Marie Dénarnaud vécut de plus en plus seule. La jalousie des autres femmes du village n'arrangeait certainement rien. Heureusement, Saunière avait aménagé son Domaine et les alentours en une véritable petite ferme. Potager, pieds de vigne, fruitiers, céréales, volailles, lapins, canards, tout ceci permettait de vivre de façon autonome pendant très longtemps. Marie Dénarnaud put ainsi en profiter. D'ailleurs, ses finances étaient au plus bas vers 1918. Accablée par des impôts fonciers, elle contracta plusieurs hypothèques et des emprunts. Mais les liquidités finirent par manquer et elle dut se résoudre à faire du troc.

Pourtant Marie avait l'habitude de confier à l'une de ses amies :

« Avec ce que le curé avait laissé, il y avait de quoi nourrir le village pendant cent ans et qu'il en resterait encore... »

   Jusqu'en 1939, date de début de la Seconde Guerre, Marie Dénarnaud vécut péniblement dans son Domaine et elle n'hésitait pas à calmer ses créanciers en leur offrant des objets de collection, des tableaux et de l'argenterie. Peu à peu, la richesse du Domaine s'évaporait parmi les visiteurs de Marie, plus attirés par le gain que pour elle même. Bien sûr, Marie Dénarnaud pensait à vendre la propriété, mais trop de souvenirs l'empêchaient de passer à l'acte. Et pourtant les clients ne manquaient pas.

 

De 1939 à 1945 -  Période trouble

 

  Rennes-Le-Château a toujours été, malgré son isolement, traversé par les conflits. La Seconde Guerre mondiale n'échappa pas à la règle. La résistance s'installa dans le domaine et laissa un souvenir morbide. Trois maquisards furent débusqués, fusillés, puis enterrés dans le parc. Ils seront retrouvés en 1955 par un chercheur de trésors. Des officiers allemands séjournèrent aussi quelques semaines dans la Villa Béthanie.

 

   Mais l'histoire du Domaine va prendre un nouveau tournant lorsqu'en 1942 un certain Noël Corbu, industriel à Perpignan, entendit qu'un magnifique domaine ayant appartenu à un riche curé était maintenant en possession de sa bonne. Après avoir visité Rennes-Le-Château, Noël Corbu tomba littéralement sous le charme de la propriété.


Marie Dénarnaud en 1935

 

   Patiemment il noua des contacts entre sa famille et Marie Dénarnaud, ce qui déboucha même sur une certaine amitié.

 

   Une anecdote raconte que Marie aurait été vue, brûlant des liasses de billets. Juste après la guerre, le nouveau gouvernement français publia une nouvelle règlementation afin d'appréhender les fraudeurs fiscaux. Ainsi, les collaborateurs et les profiteurs de guerre furent obligés de justifier leur épargne en changeant leur vieil argent. Plutôt que de fournir des explications, Marie Dénarnaud choisit alors la pauvreté et brûla dans le jardin de sa villa de vieilles coupures.

 

1946 - L'année du legs

 

   Agée, Marie Dénarnaud voulait garder le Domaine et Noël Corbu lui proposa un viager. Marie finit par se décider et en juillet 1946 elle rédigea un testament instaurant Mr et Mme Corbu légataires universels du Domaine. Marie Dénarnaud avait 78 ans

 

   C'est ainsi que la famille Corbu s'installa dans la Villa Béthanie. Marie Dénarnaud préféra vivre dans le presbytère et malgré son grand âge elle continuait à élever des lapins et à parcourir la campagne pour chercher de l'herbe.


Marie Dénarnaud en 1941

 

   Une certaine amitié exista entre Noël Corbu et Marie Dénarnaud et régulièrement ils se rencontraient pour discuter. Lorsque Noël Corbu l'interrogea sur son passé et sur la fortune de l'abbé Saunière, elle déclara :

« Ne vous faites plus de soucis pour vos ennuis d'argent, mon cher Monsieur Noël. Vous avez été bon avec moi
et avant de mourir je vous révélerai un secret
 qui fera de vous quelqu'un de riche.
»

Mais elle aimait à répéter aussi :

 

« Les gens d'ici marchent sur de l'or sans le savoir... »

 

1953 - Le début de la légende

 

   Bien sûr, Noël Corbu espérait qu'un jour Marie Dénarnaud finisse par avouer son secret, mais malheureusement ceci ne devait jamais se produire. Le 24 janvier 1953, Marie Dénarnaud, comme l'abbé Saunière avant elle, eut une attaque cérébrale, la laissant muette et paralysée sur son lit de mort.

 

   Elle décéda 5 jours plus tard, le 29 janvier 1953 sans prononcer un mot, au grand désespoir de Noël Corbu. Elle avait 85 ans.


Le cœur, aujourd'hui disparu,
de Mlle Marie Dénarnaud était scellé
sur le mur du cimetière...

 

 

   Bérenger Saunière partit sans ses derniers Sacrements,
délaissé de ses amis et renié par ses pairs hiérarchiques,
alors qu'il resta fidèle à ses valeurs de prêtre jusqu'au bout.

Marie Dénarnaud lui resta fidèle toute sa vie
et respecta le silence jusqu'à son dernier souffle.

 

   Les plus belles histoires de notre passé sont bâties sur des valeurs humaines
hors du commun et sur des vies bien remplies. L'histoire de Bérenger Saunière
fait partie de celles-ci, excepté que la sienne ne se termina pas en 1953.
Cette date est en fait le début d'une légende qui rejoindra beaucoup d'autres récits
et qui deviendra, 50 ans plus tard, l'un des plus beaux
mystères de notre passé...


Les ruines de la maison ayant appartenu à la famille Dénarnaud

 

 

     

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