> Les prêtres du Razès

  

 

Bérenger Saunière        1/2

Ses débuts et ses découvertes

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

François Bérenger Saunière

 

Né le 11 avril 1852
Mort le 22 janvier 1917

 

Sa vie de curé de campagne fut extraordinaire et son charisme sans égal.
Détesté à ses débuts il devint une icone pour les villageois de Rennes-le-Château...

 

Voici son histoire qui fit de lui "le curé aux milliards" et qui permit de nous laisser en héritage un fabuleux mystère et surtout une affaire tentaculaire et énigmatique,
l'affaire des deux Rennes...  

 

Son histoire merveilleuse est composée de 2 sections :

 

   1852 à 1892 - Ses débuts et ses découvertes
   1893 à 1953 - Une vie de luxe, son déclin et Marie Dénarnaud

 

Ses débuts

11 avril 1852 - Une vie insouciante commence


Au centre, la maison natale de

Bérenger Saunière à Montazels

  Bérenger Saunière naquit à Montazels le 11 avril 1852, un petit village situé près de Rennes-Le-Château. Il fut l'aîné d'une famille modeste qui comptait sept enfants.

   

   Son père, Joseph Saunière (1823-1895), fut le régisseur des terres du château de Montazels pour le compte d'un noble de la région : Le marquis de Casamajou. Joseph Saunière fut également le maire du village de Montazels. Sa mère, Marie Hugues, disparue en 1909.

 

  Enfant du pays, Bérenger, de son vrai prénom François Bérenger, mena une vie insouciante et le terrain de jeu qu'il partageait avec ses camarades était le plateau de Rennes et "le ruisseau des Couleurs". C'est avec son frère Alfred qu'ils furent orientés très tôt vers la prêtrise et à l'âge de 18 ans, Bérenger entra au Grand Séminaire de Narbonne.

 

Juin 1879 - Début de prêtrise

 

   Bérenger fut ordonné prêtre le 7 juin 1879 et vicaire à Alet-Les-Bains durant trois ans. Il fut ensuite curé du doyenné du Clat, un village isolé et rude, se trouvant sur les terres des Nègres d'Ables. Il y restera trois ans avant de devenir professeur à Narbonne pour quelques mois. Est-ce son orgueilleuse assurance qui déplut à sa hiérarchie ? Le fait est que l'évêché le nomma enfin dans une petite commune de peu d'importance et de peu d'avenir pour lui :
Rennes-Le-Château...

 

Son arrivée à Rennes-le-Château

1er juin 1885 - Début de sa cure

 

   A 33 ans, le jeune Bérenger Saunière prit possession de sa paroisse dans le village de Rennes-Le-Château. C'était un homme dynamique, souriant, affable, plein de passion pour la vie et dévoré d'ambition. Mais le premier aperçu de son avenir n'a pas dû être vraiment ce qu'il espérait.


Rennes-Le-Château aujourd'hui

 

   A cette époque, le village ne comptait guère plus de 200 habitants. Particulièrement isolé, on y accédait que par un chemin muletier difficile à arpenter, surtout sous le soleil de ce mois de juin. C'est par ce chemin depuis Montazels, envahi par le chant des cigales et l'odeur du thym, que Bérenger Saunière prit possession de sa paroisse. Ce village ne lui était d'ailleurs pas inconnu. Enfant, il accompagnait souvent son père à la chasse et il connaissait déjà les moindres recoins.

 

   Sa première visite à son église Sainte Marie-Madeleine ne lui fit découvrir qu'un lieu désolé et mal entretenu. La toiture était dans un état de complet délabrement et malgré des murs solides, l’humidité pénétrait de toute part, fragilisant le bâtiment. Il est vrai qu'un rapport sur l'état de l'église établi le 25 mars 1845 indiquait déjà quelques réfections nécessaires. Le presbytère était aussi littéralement inhabitable. Seules quelques poules trouvaient l'endroit agréable. Le village était également dans un même état de pauvreté. De nombreuses maisons étaient lézardées et le château des Hautpoul, fierté du village, tombait peu à peu en ruine.

 

Le presbytère étant insalubre pour y loger, des habitants du village dirigèrent leur nouveau curé vers Alexandrine Marrot qui l'hébergea plusieurs mois. C'était semble-t-il le temps nécessaire pour entreprendre quelques réparations et rendre le presbytère habitable. Dans son livre "L'or du Diable" Jean-Michel Thibault y fait une description assez réaliste de cet épisode.

 

Plus tard, Bérenger Saunière prit contact avec la famille Dénarnaud chez qui il loua une chambre. A cette époque le salaire d’un prêtre s’élevait environ à 75 francs-or par mois ce qui ne suffisait pas pour vivre. Le jeune prêtre avait certainement espéré d'autres débuts.

 

4 et 18 octobre 1885 - Les élections législatives font découvrir un fervent royaliste

 

   Le temps était aussi aux engagements politiques et les tendances du village se rapprochaient du radical-socialisme. Il faut dire qu'à cette époque la France se divisait entre la monarchie, qui avait failli être restaurée par Henry V comte de Chambord et l'anticléricalisme farouche, qui provoqua 10 ans plus tard la séparation de l'église et de l'État.

 

   Bérenger Saunière, comme beaucoup de prêtres, était profondément royaliste et il ne supportait pas cet état de fait. Il ne supportait pas non plus de voir la maison du Seigneur laissée à l'abandon.

 

   Un premier évènement va alors sceller la vie de Saunière à ce petit village. Ce fut au cours de cette année que des élections législatives eurent lieu et à l'étonnement général de la population de Rennes-Le-Château, Bérenger Saunière mena ouvertement campagne contre le parti républicain. Les femmes du village qui se rendaient à la messe les dimanches, tant pour écouter les paroles du Christ, que pour écouter et regarder ce prêtre que tous qualifiaient de bel homme, découvrirent un Bérenger Saunière engagé. Le curé n'hésita pas à donner des consignes de vote contre les républicains anticatholiques à ses paroissiens essentiellement composés de femmes. Prêtez l'oreille et imaginez son discourt du haut de la chaire :

 

   Mes bien chers frères, nous sommes appelés par la République à élire nos représentants. Ne laissons pas échapper une si belle occasion de nous débarrasser de cette infâme institution avec les armes qu'elle nous offre. Pour abattre ce régime impie, tous les moyens sont bons, même légaux ! La République est l'œuvre du diable, les républicains ont sur les mains le sang de nos rois. Ils veulent maintenant abattre l'Eglise catholique et soyez-en sûrs, si nous les laissons en place, ils feront tout pour parvenir à leurs fins. Je m'adresse surtout à vous , mes bien chères sœurs, pour qu'une fois rentrées à la maison, vous expliquiez à vos maris le danger que court notre église; le danger que courent nos enfants privés d'éducation religieuse et le danger que courent nos âmes livrées à une propagande athée et révolutionnaire.

Si le parti républicain devait l'emporter sur le parti royaliste, je prévois des heures sombres pour notre Église et notre pays.

 

   Ce sermon qui resta dans les archives, nous présente un prêtre légitimiste, voir intégriste, qui diabolisa la République et fustigea le Socialisme. Il n'hésita pas à demander à ses paroissiennes, interdites du droit de vote, d'influencer leurs maris à voter pour les candidats monarchistes. Cette position de la part d'un prêtre qui venait de commencer sa mission à Rennes-Le-Château, fut difficilement admise.

 

   Malheureusement pour Saunière, les républicains gagnèrent les élections.
Cette attitude et cette prise de position déplurent fortement au conseil municipal et au maire de Rennes-Le-Château. L'homme d'Eglise fut promptement dénoncé auprès des autorités de la région pour avoir incité au désordre public et pour avoir tenté d'influencer le système électoral. Le maire, prenant sa plus belle plume, n'hésita pas à écrire au "Ministre des Beaux-arts et des Cultes de Paris" pour confirmer son attitude et ses propos réactionnaires. Cette lettre fut prise en compte par la hiérarchie de Bérenger Saunière qui était représentée par Mgr Arsène Billard, lui-même royaliste. Un édit fut prononcé et entra en vigueur le 1er décembre 1885. Mgr Billard, fit là certainement sa première intervention en faveur de Saunière puisque le sort du prêtre qui avait été décidé fut minimisé. 

 

Janvier 1886 - Exil à Narbonne durant 6 mois

 

   Suite à cet édit, Bérenger Saunière se trouva suspendu de tout revenu pendant 6 mois et il fut muté comme professeur au Petit Séminaire de Narbonne. Cependant le prêtre dut alerter son évêque sur sa situation financière. Du fait de sa suspension et voyant les difficultés dans lesquelles il se débattait, Mgr Billard lui remit immédiatement 200 francs-or. Aucun remplaçant ne sera nommé pendant son absence. Mais ce séjour loin de Rennes-Le-Château fut sans aucun doute pour Saunière la source d'une rencontre.

 

Un don de 3000 francs or

 

    C'est probablement suite à cet exil et à la malheureuse aventure avec le ministère des Cultes que Bérenger Saunière reçut un premier don de 3000 francs or (1) de la part de la comtesse de Chambord

 

   Ce don qui représentait une somme importante pour le prêtre était malgré tout symbolique pour la comtesse. En effet, Marie-Thérèse Béatrix d'Autriche était la fille du Duc de Modène et la veuve de l'héritier du trône, le comte de Chambord. Presque reine de France, ce geste était assez classique envers l'église.

 

   L'épisode va en tout cas redynamiser Bérenger Saunière, d'autant que cette somme va lui permettre d'engager les premiers frais. Etait-ce un prêt ou un don ? Et en échange de quoi ? On ne le saura jamais. Mais une chose est certaine : cette rencontre va modifier le destin du jeune curé et il ne le sait pas encore...


La comtesse de Chambord

   (1) Pour la plupart, ce don fut de 3000 franc-or se basant pour cela sur le brouillon laborieusement rédigé pour le procès par le chanoine Huguet qui tentait de redresser la comptabilité de Saunière en vue de sa présentation à l’Evêché. Mais sur les carnets de Saunière conservés par ses héritiers, Claire Corbu et Antoine Captier, il apparaît nettement de sa propre main le véritable montant à savoir 1000 francs or...

 

    La comtesse de Chambord était une femme extrêmement riche et influente. Elle est issue de la grande famille des Habsbourg qui détenait le pouvoir en Europe depuis cinq siècles. A cette époque, le pouvoir économique et religieux des Habsbourg rayonnait dans le monde entier. Les projets politiques étaient sous l'influence de cette prestigieuse famille et l'Empereur d'Autriche pouvait même user d'un droit de veto sur l'élection du Pape. Fait extraordinaire et peu connu, ce droit fut utilisé deux fois...


   Rappelons que cette puissance familiale s'arrêta sur un évènement dramatique et soudain, l'assassinat de l'archiduc à Sarajevo, ce qui déclencha la Première Guerre mondiale...

 

   L'entrevue avec la comtesse est un point obscur du mystère entourant l'abbé. Pourquoi confier un an de salaire d'un prêtre à un petit curé de campagne ? Saunière avec son charisme avait-il convaincu la comtesse de l'aider dans ses convictions royalistes ? Serait-ce une aide pour améliorer son quotidien ? Serait-ce un don de charité pour rénover l'église ? Ou bien s'agit-il de toute autre chose ?

 

   D'ailleurs, Saunière sera amené à rencontrer plusieurs fois de suite, un certain Mr Guillaume, en réalité Johann de Habsbourg, archiduc d'Autriche-Hongrie, qui lui rendra visite à Rennes-Le-Château. Saunière devait-il rendre compte de la bonne utilisation des investissements de la comtesse ou de l'avancée de ses recherches ?

 

   Le lien Hautpoul - Chambord

 

   Il est intéressant de noter que le petit village de Rennes-Le-Château fut la propriété jusqu'à la Révolution de la famille des Hautpoul Blanchefort. Le dernier descendant fut la marquise Marie de Negri d'Able décédée le 17 janvier 1781. Or le précepteur du comte de Chambord était un Hautpoul Blanchefort, François d'Hautpoul...

 

Juillet 1886 - Retour à Rennes-Le-Château

 

   Ce fut avec une curieuse mansuétude que sa sanction fut levée par son évêque Mgr Billard. Est-ce parce que Mgr Billard était lui même royaliste ? Ou bien parce que grâce au charisme de Bérenger Saunière, les gens du village commençaient à le réclamer ? Toujours est-il qu'une nouvelle fois, Mgr Billard remis Saunière sur sa destinée.

 

   Le fait est qu'il retourna très vite à Rennes-Le-Château et il reprit ses activités là où il les avait laissées. Il entreprit alors de préparer les travaux les plus urgents dans l'église. Rapidement, ces dépenses étonnèrent puisqu'il finança ces premières restaurations sans aucun problème. En fait Saunière avait dû profiter de quelques dons pour démarrer.

 

   Saunière fit faire également des devis pour la réfection de sa paroisse et l'estimation s'élevait à environ 2797 francs or. Un autre devis fourni par le même architecte pour la construction d'une nouvelle église s'élevait à 4500 francs or. Saunière prit alors la décision de lancer la restauration.

 

   Comment Saunière a t-il pu financer la rénovation avec uniquement les 1000 francs or de la comtesse de Chambord ? C'est la première question qui hanta tous les chercheurs des années plus tard.

 

   A la fin de l'année 1886, le prêtre réussit à convaincre un limonadier de Luc-Sur-Aude, Elie Bot, à travailler durant ses samedis après-midi et ses dimanches dans l'église. Les premiers travaux commencèrent finalement au début de l'année 1887, six mois après son retour de Narbonne. Son objectif immédiat était de permettre à l'officiant et aux fidèles d'écouter la messe à l'abri des intempéries.

 

1887 - Premiers travaux de restauration et découvertes

   Bérenger Saunière commença sans tarder les travaux de restauration et c'est par les vitraux qu'il commença. Tous les vitraux furent remplacés par un maître artisan de Bordeaux, Marcel Feur. Le plus célèbre d'entre eux est celui représentant Marie-Madeleine à Béthanie, agenouillée et essuyant les pieds du Christ de ses cheveux.


Le vitrail placé au dessus de l'autel a été commandé par Saunière
On y voit Marie-Madeleine agenouillée devant Jésus (par Marcel Feur)

 

Marcel Feur

 

Maître verrier bordelais spécialisé dans les vitraux d'Art
Sa maison fut fondée en 1850 au 20 Rue Saint-François à Bordeaux

 

   Cet artisan fut celui qui créa, à la demande de Saunière, les différents vitraux de son église Marie-Madeleine qui sont d'ailleurs signés de son nom. On peut, lors d'une visite de l'église, admirer leur facture aux couleurs chatoyantes.

 

   Plusieurs de ces vitraux ont également fait couler beaucoup d'encre comme le vitrail de la sacristie. Pour certains les décors bleus les encadrant, seraient là pour rappeler et indiquer les fameuses Pommes Bleues de la phrase trouvée dans le grand parchemin "Bergère pas de tentations que Poussin Téniers ...".

 

   En effet, autour du 17 janvier, le soleil traverse l'un des vitraux en projetant des tâches bleues et oranges sur les murs de l'église. S'agit-il de ces célèbres pommes bleues dont nous parle le parchemin ?

 

   Curieusement, ce maître verrier n'a fait des vitraux dans le Sud-ouest que pour des Églises dédiées, soit à Notre-Dame, soit au Sacré Cœur. Aurait-il eu des liens avec la Franc Maçonnerie ? Il est vrai que les célèbres loges maçonniques de Toulouse ne sont pas loin de la région bordelaise...

 

Première découverte...
des parchemins...

 

   L'autel, l'un des éléments les plus importants dans une église, était vétuste et ne plaisait pas à Saunière. Il le fit rapidement remplacer.

 

   Ce mobilier était incontestablement de facture ancienne. Construit d'une pierre plate partiellement encastrée dans le mur, elle était soutenue sur l'avant par deux vieux piliers, l'un en pierre brute et l'autre dans le style carolingien, décorés d'entrelacs et d'une croix gravée, la croix du silence. L'autel ne correspondait ni au souhait du jeune prêtre, ni à la mode des édifices religieux de l'époque.

 

   Une heureuse donatrice, Madame Cavailhé de Cousan, permit  alors à Bérenger Saunière de financer la remise à neuf de ce mobilier de culte. Le nouvel autel fut fourni par la Société Monna de Toulouse en juillet 1887.


Le pilier carolingien de l'ancien autel de l'église exposé au musée de Rhedae

 

   Aidé de Marie Dénarnaud, Elie Bot, deux maçons du village et deux enfants de chœur, il décida de démonter l'ancien autel pour le remplacer. Là encore, un moment important de l'histoire va faire basculer Bérenger Saunière dans la légende. Il est aujourd'hui très difficile de rapporter les faits exacts des découvertes, car plusieurs versions existent. Elles sont nées non seulement de la rumeur populaire, mais aussi grâce au génial auteur Gérard de Sède.

 

Voici la version la plus célèbre :

 

   Les ouvriers déplacèrent la pierre plate et mirent à jour les sommets des deux piliers. A cet instant l'un d'eux vit apparaître un creux rempli de fougères sèches. Lorsque Saunière fouilla les débris, il trouva trois tubes de bois hermétiquement scellés à la cire. Il les ouvrit et y trouva 4 parchemins dont 3 actes comportant des généalogies, l'un daté de 1243 qui porte le sceau de Blanche de Castille, le second de 1608 de François-Pierre de Hautpoul, le troisième de Henri de Hautpoul du 24 avril 1695, le quatrième un recto/verso qui est de loin le plus mystérieux. On ne sut jamais ce que Saunière fit de ces parchemins.

 

   Le pilier carolingien sculpté fut placé par le prêtre à l'extérieur de l'église où il servit des années plus tard de piédestal à une statue de ND de Lourdes. Pour une raison inconnue, ce pilier fut placé inversé, la tête en bas.


Le pilier décoré de l'ancien autel
inversé et disposé à l'extérieur de
l'église par Saunière

 

27 juillet 1887 - L'autel est en place

 

   Les ouvriers mirent en place rapidement le nouvel autel. Les premiers travaux urgents étaient terminés.

   L'un des deux piliers carolingiens est aujourd'hui visible au musée de Rhedae et il est facile de vérifier que le creux que l'on appelle aussi "capsa" ou "tombeau" est d'une taille très réduite. Traditionnellement cette cavité servait à déposer des reliques ou quelques pièces de monnaie avant le scellement de l'autel. Il est donc fortement probable que Saunière et ses ouvriers trouvèrent quelques pièces ou un document sur l'église, mais certainement pas trois tubes de bois contenant des parchemins.


La capsa de l'un des piliers

   Nous savons aujourd'hui que très certainement, Saunière ne trouva aucun parchemin dans l'église lors de sa rénovation. En fait, les deux parchemins soi-disant découverts par Saunière et que Gérard de Sède publia pour la première fois dans son livre "L'Or de Rennes" en 1967, proviendraient d'un dossier que Pierre Plantard obtint via Noël Corbu. Leur authenticité est aujourd'hui admise. 

 

Seconde découverte, une fiole...

 

   Ce fut ensuite au tour de la chaire d'être restaurée. Ce mobilier qui date du XVIIe siècle était dans un état pitoyable et menaçait de s'effondrer. Saunière avait aussi prévu de le remplacer par une nouvelle chaire dans un style saint sulpicien plus à la mode. L'ancien mobilier fut donc démonté.

 

   C'est alors que le carillonneur du village, Antoine Captier, en fermant l'église lors de son tour de ronde, remarqua une colonne de bois sculptée qui jonchait le sol. Voulant la protéger des travaux, il décida de la transporter dans un endroit plus sûr. Mais en la déplaçant, une petite fiole de verre s'échappa du pilier et se brisa. Antoine Captier vit alors un petit document rouler sur le sol. Intrigué, il le remit instantanément à Saunière.

   Pour de nombreux auteurs, le petit document était signé Jean Bigou, l'oncle d'Antoine Bigou et prédécesseur comme prêtre dans cette église, mais ceci n'a jamais pu être prouvé.


Le pilier est maintenant conservé chez Antoine Captier, arrière-petit-fils
d'Antoine Captier

 

   La réaction de l'abbé, au dire du carillonneur sembla des plus étrange. En effet Saunière lui affirma que ce document était sans importance. Pourtant le descendant rapporte que son ancêtre avait coutume de dire : "Si l'abbé Saunière est devenu si riche c'est grâce à moi !". On peut facilement supposer que cette histoire lui laissa un goût amer...

  

   Le balustre de bois de châtaignier, haut d'environ un mètre, était destiné à soutenir la chaire. Une cachette dissimulée dans le chapiteau de sa partie supérieure avait été aménagée afin d'y sauver un secret. Bérenger Saunière, conscient de l'importance de cette découverte, conserva le balustre toute sa vie dans sa bibliothèque.

 

Troisième découverte, une dalle et une oule...

 

   Le document de la fiole contenait-il un message important ? Le fait est que le lendemain matin, accompagné de deux ouvriers, Saunière désigna devant l'autel le sol et particulièrement une pierre de taille imposante en déclarant : « Il faut desceller et soulever cette dalle… »

 

   Munis d'une barre à mine, les maçons s'activèrent autour de la dalle et dégagèrent sa face cachée. Une surprise les attendait puisqu'ils découvrirent un superbe décor en relief datant du VIIIe siècle et d'époque carolingienne.

 

   Depuis, les experts ont confirmé que cette dalle date bien de l'époque carolingienne. Le dessous de la pierre gravé comporte deux panneaux dont l'un est très usé. Le panneau de gauche représente une cavalière faisant boire son cheval dans une auge. Le panneau de droite représente un homme à cheval portant une épée nue et un écu (petit bouclier rond) et non un enfant comme certains ont voulu l'affirmer.

 

La dalle "dite" Des chevaliers exposée
au musée de Rhedae

   Cette pierre, que l'on appelle "La dalle des Chevaliers" généra de nombreuses spéculations historiques. La plus célèbre est celle de la légende du Roi perdu mérovingien, fils de Dagobert II. Ce dernier, assassiné à Stenay en 679 aurait eu un fils Sigebert IV qui aurait été caché à Rennes-Le-Château pour le préserver du complot. Une légende naquit ensuite faisant de ce jeune souverain une mystérieuse lignée mérovingienne, origine présumée des Seigneurs de Rennes-Le-Château

 

   Mais les trouvailles ne s'arrêtèrent pas là. Un peu plus tard, en dégageant complètement l’autel avec Elie Bot, une cache enterrée dans le sol contre un mur de brique fut mise à jour. La cavité contenait une « oule » (récipient d'argile) dans laquelle Saunière et ses ouvriers contemplèrent des objets brillants.

 

   Malgré la discrétion que Saunière voulut imposer sur sa découverte, la nouvelle s’ébruita rapidement. Le petit trésor n’était pas exceptionnel, mais suffisant pour faire rêver le prêtre et ses ouvriers. On ne connut jamais sa composition exacte. Outre de la monnaie et quelques bijoux probables, la pièce principale fut offerte par Saunière à l’abbé Grassaud, curé de Saint Paul de Fenouillet. Il s’agit d’un calice en vermeil datant du XVIIe siècle.

 

   Saunière utilisa certainement une partie de ce dépôt pour restaurer l'église. Mais surtout il fit quelques cadeaux pour faire taire les ragots et montrer sa générosité. Cette distribution n'était sans doute pas sans intérêts. Saunière avait certainement mieux à faire que de monnayer ses objets anciens. Car il lui fallait préserver son image d'homme d'Eglise intègre, afin de mieux opérer en secret...


Le calice offert par Saunière à l'abbé Grassaud (1859-1946)

 

Naissance d'une complicité

 

   La suite du récit reste mystérieuse, car Saunière prit à cet instant l’habitude d’être très discret sur ses investigations dans l’église.

 

« Ce que nous avons découvert est de la plus haute importance et je dois en référer à Mgr l'Evêque. Rentrez chez vous, je vous ferais signe »

 

 avait-il dit à ses ouvriers intrigués.

   La nouvelle de la découverte d'un trésor par l'abbé Saunière fit immédiatement le tour du pays. Les ouvriers ne purent évidemment s'empêcher de raconter ce qu'ils avaient vu. Mais Saunière n'eut aucune intention de faire plus de publicité et certainement pas à sa hiérarchie. Seule Marie Dénarnaud, sa fidèle servante, resta à ses côtés et partagea tous ses secrets. Cette surprise sera pour Bérenger et Marie le début d'un pacte qui les liera jusqu'à la mort.

 

   A cet instant, Saunière sut qu'il était sur les vestiges d'un site très ancien. L'église de Rennes-Le-Château a certainement été bâtie sur un sanctuaire historique et la présence d'une oule cachée prouve qu'il y a encore des découvertes à faire. Dès lors, Saunière s'enferma dans l'église, mais personne ne sut ce qu'il fit exactement.


Marie Dénarnaud vers 1900

 

   Une hypothèse non encore prouvée indique que l'église serait construite sur une crypte contenant les tombeaux des Seigneurs de Rennes ? Il est vrai que l'abbé Bigou, curé de Rennes-Le-Château, prédécesseur de son neveu Antoine Bigou, et donc de Saunière, aurait laissé selon la légende un écrit disant ceci :

 

"Il existe sous l'autel de l'église de Rennes-Le-Château une pièce dans laquelle se trouvent des tombeaux datant des temps des anciens Rois et des documents qui ne doivent pas tomber entre toutes les mains.
Dans ce dessein, l'accès à cette crypte a été muré par mes soins."

   Suite à cette découverte, Bérenger Saunière changea de comportement. Alors que jusqu'à présent ses travaux de restauration étaient réalisés avec l'aide d'ouvriers, il entreprit seul la suite des excavations. Durant plusieurs semaines, il s'enferma dans sa paroisse et c'est à coup de pioche et de pic que le curé attaqua le sol. Il creusa dans l'allée centrale, la nef et le transept. Dégageant la rocaille, il trouva probablement des marches menant sous l'église. Le mythe d'une mystérieuse crypte était né. Comme le dimanche il devait tout de même donner la messe, ses travaux étaient soigneusement protégés du regard des paroissiens par une palissade.

 

1891 - Naissance du jardin de l'église

 

   Cette année 1891 semble avoir été de la plus haute importance pour Bérenger Saunière. D'une part parce qu'il réalisa les premiers travaux des jardins autour de sa paroisse, mais aussi parce qu'il fit une nouvelle découverte importante et ceci nous le tenons de l'un de ses carnets qu'il tenait à jour scrupuleusement.


Le petit jardin devant l'église Marie Madeleine. Au centre le calvaire

 

   Bérenger Saunière se mit à créer les jardins de l'église tels que nous les connaissons actuellement avec des plans particulièrement sophistiqués et surtout très étranges. Il demanda notamment l'autorisation d'élever un calvaire sur le terrain devant l'église. Une croix importante posée sur un socle, fut érigée suite à l'accord de la mairie.

 

   Un autre évènement se déroula le 21 juin 1891. En effet Bérenger Saunière organisa une procession avec le père lazariste Ferrafiat provenant de ND de Marceille.


 
Il inaugura à cette occasion la statue de Notre Dame de Lourdes posée sur le pilier carolingien inversé. Une inscription y sera gravée :

"Mission 1891"

 

   Une communion eut également lieu avec les 24 enfants de la paroisse comme le témoigne la photo ci-contre.


Le 21 juin 1891 lors de la communion

 

Septembre 1891 - Quatrième découverte, un tombeau...

 

   Saunière inscrivait énormément de détails dans ses carnets. C'est ainsi que l'on peut lire :

 

Le 21 septembre 1891- "Excavé une tombe" puis "Lettre de Granes - découverte d'un tombeau, le soir pluie".

 

   Il est impossible de dire avec certitude de quelle tombe il s'agit, mais la légende populaire nous rapporte qu'il pourrait s'agir de la sépulture de Marie de Blanchefort.
Quelques jours plus tard, Saunière écrivait :

 

Le 29 septembre 1891 - "Vu curé de Névian - Chez Gélis - Chez Carrière - Vu Cros et Secret"

 


Vu Cros et Secret dans les notes de Saunière

 

   Il est à noter que le mot "secret" pouvait aussi être utilisé à l'époque comme abréviation du mot "Secrétaire", ce qui donne alors l'inscription "Vu Cros et son secrétaire". Deux exemples ci-dessous montrent bien son utilisation. Le seul doute pourrait être l'absence d'accent sur le mot "secret" du carnet. Nous savons peu de choses sur l'abbé Cros mais il fut probablement l'un des confidents de Bérenger Saunière comme l'indiquent ses notes.


Exemple 1 (J. Brunelin)


Exemple 2 (J. Brunelin)

 

   Saunière réalisa également cette année un collage composé de deux illustrations tirées du journal "La Croix". Le haut représente trois angelots emmenant un nouveau-né vers le ciel et avec la légende ci-dessous :

 

"L'année 1891 portée dans l'éternité
avec le fruit dont on parle ci-dessous"

 

   Au bas Saunière colla une gravure représentant l'adoration des trois rois mages. Cette légende dit ceci :

 

"Melchior : reçois, ô roi, l'or, symbole de la royauté.
Gaspard : reçois la myrrhe, symbole de la sépulture.
Balthasar : reçois l'encens, ô toi qui est Dieu.

 

1892 - De bien curieux fossoyeurs

 

   Les travaux en secret de Saunière ne s'arrêtèrent pas là. C'est par un pur hasard que le curé et sa servante, Marie Dénarnaud, furent observés discrètement par un villageois en pleine nuit. Marie Dénarnaud, une lampe à la main et Saunière muni d'une pioche, s'agitaient dans le petit cimetière, derrière l'église. Les cercueils furent déplacés, ouverts et les os entassés près de l'ossuaire. La scène remplit d'effroi un villageois, témoin de la scène. Ce manège n'était d'ailleurs pas le premier. D'autres nuits aussi sordides eurent lieu notamment autour de la tombe supposée de la marquise de Hautpoul.

 

   Comment un homme d'Eglise pouvait-il agir de la sorte et en pleine nuit ? Et que cherchait-il exactement ? Désirait-il trouver une autre "oule" pleine d'or ou cherchait-il l'entrée extérieure de la crypte ?

 

   Saunière fut suspecté plus tard d’avoir mystérieusement buriné quelques épitaphes, dont celle de la stèle de Blanchefort. En fait, il cherchait probablement d’autres tombes avec peut-être d’autres « oules » pleines d’or. Mais surtout, il voulait repérer l’accès extérieur menant à la crypte. Il finit sans doute par le détecter puisqu’un mystérieux isoloir muni d’un faux placard fut construit, collé à l’église. Le prêtre aimait décidément les secrets.

 

   Le maire fut très vite alerté sur ces opérations sordides, mais Saunière avec son aplomb habituel répondit qu'il devenait nécessaire de remanier le cimetière étant donné que la municipalité n'avait encore rien entrepris. Les autorités l'obligèrent toutefois à remettre tout dans l'état, ce qui fut fait. C'est suite à cet épisode qu'il acheta une concession pour lui et Marie Dénarnaud le long du mur, au fond du petit cimetière.

 

   Toutefois, le prêtre ne se laissa pas intimider. Comme s'il était investi d'une mission qu'il fallait terminer, il entreprit une autre tâche tout aussi laborieuse : construire dans le jardin de l'église une grotte. Il l'érigea à l’aide de pierres de rivière, disposées sans mortier. A l'intérieur il y plaça une représentation de Marie-Madeleine agenouillée en prières. Un banc fut également posé, sur lequel on peut lire à l’aide de petits cailloux cimentés, une bien curieuse inscription.
 

   Pour construire cette grotte, la rumeur populaire prétendit qu’il partait tous les matins avec Marie Dénarnaud, une hotte sur les épaules, chercher des pierres sur le bord du ruisseau des Couleurs, près de "La grotte du Fournet", maintenant appelée "La grotte Marie-Madeleine". Cette hotte contenait-elle que des pierres à son retour ? On ne le saura jamais…


La grotte principale reconstruite aujourd'hui

   Il faut noter ici, les qualités du randonneur Saunière qui, chaque jour, parcourait plusieurs kilomètres à pied dont la moitié avec des pierres dans sa hotte...

 

   1892 fut en tout cas la dernière année où Bérenger Saunière ne présenta aucun signe extérieur de richesse. Les années suivantes vont révéler un prêtre bien différent ...

 

 

La suite page suivante

 

 

    

Copyright © - Tous droits réservés - Jean-Pierre Garcia - http://www.rennes-le-chateau-archive.com