> Les prêtres du Razès

 

 

L'abbé Boudet                 2/3

Ses ouvrages, des indices fondateurs

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

Jean‑Jacques Henri Boudet
 

Né le 16 novembre 1837 à Quillan
Mort le 30 mars 1915 à Axat

 

 

   Son existence fut tout aussi mystérieuse que celle de Bérenger Saunière, mais sa discrétion l'a rendu insaisissable.

 

   Voici l'histoire du second curé du Razès, complice dans l'ombre de Saunière.
Son empreinte est partout et nulle part,
mais une chose est certaine :
il nous a laissé un message que l’on commence tout juste à découvrir et dont la subtilité et l'intelligence rivalisent avec sa complexité...  


Henri Boudet
(photo présumée)

 

      Henri Boudet, un prêtre atypique ‑ Sa vie et son histoire

      Ses ouvrages, des indices fondateurs

      Le petit livre de pierre sur sa tombe

 

La Vraie Langue Celtique
et le Cromleck de Rennes‑les‑Bains

   Pendant 42 années de ministère à Rennes‑les‑Bains, l’abbé Henri Boudet écrivit 4 livres des plus étranges et des plus énigmatiques qui puissent être :

 

   1880  ‑  Du Nom de Narbonne

   1886  ‑  La Vraie Langue Celtique et le Cromleck de Rennes‑les‑Bains

  1894  ‑  Remarques sur le Dialecte Languedocien

   1896  ‑  Le Livre d'Axat

 

   Ces ouvrages sont tous orientés sur l'étude des langues celtiques ou gauloises en comparaison avec les racines saxonnes de l’anglais. "Du Nom de Narbonne" préfigure la piste qu'Henri Boudet suivra en jouant avec la phonétique et les jeux de mots, une technique qu'il mettra parfaitement en place avec "La Vraie Langue Celtique et le Cromleck de Rennes‑les‑Bains » paru en 1886. Ce premier manuscrit de la main même de Boudet, un cahier de 19 pages sans illustrations paru en 1880, fut totalement ignoré, mais surtout il dût subir une série de rajouts étranges. Des petits dessins (une araignée, un petit tombeau type ‘les Pontils’, etc...) furent en effet ajoutés dans une version proposée à Franck Marie. Ceci ne manqua pas de discréditer une fois de plus l'affaire des deux Rennes et de réjouir les détracteurs...

 

    Parmi les quatre écrits, l'un d'eux va  particulièrement attirer l'attention des chercheurs pour son côté hermétique et absurde, d'autant qu'il est publié sur compte d'auteur et durant l'année 1886... un nombre rappelant 681...

 

   Henri Boudet semble avoir été obsédé depuis son enfance par l’idée que dans les noms des villes, des villages et des hameaux, les noms géographiques et les mots d’usage quotidien se trouvent dissimulés les racines d’une langue cachée ou perdue, connue seulement de nos ancêtres. Il pensait que cette langue perdue était en fait la racine de toutes les langues parlées par tous les humains de la planète et que, de ce fait, tous les hommes sans exception, la partageaient.

 

   Afin de mettre sa théorie en pratique, il rassembla des concepts de base et il étudia les traditions et les légendes locales. Il bâtit des scénarios qu’il  utilisa pour procéder à des comparaisons et des illustrations des mondes de jadis et du présent. Il étudia également l’étymologie des mots et procéda à des études et à des comparaisons détaillées en phonétique.

 

   Nous savons aujourd'hui que ce livre renferme bien autre chose avec plusieurs degrés de lecture différents. Les innombrables exemples que l'on connaît maintenant, montrent que sa démarche de codage est essentiellement basée sur les allégories, les erreurs volontaires, les omissions, les jeux de mots... En clair, la langue des oiseaux...

 

Un ouvrage peu vendu

 

   Durant les 42 ans où Henri Boudet était curé à Rennes‑les‑Bains, le prêtre passa une partie de sa cure à écrire « La Vrai Langue Celtique et le Cromleck de Rennes‑les‑Bains ». Le livre fut terminé en 1880 et il décida de le publier en 1886 après 6 ans de nombreuses modifications et annotations. Cet ouvrage majeur fut imprimé en 500 exemplaires par l'Éditeur François Pomiès (imprimeur de Carcassonne) pour un coût de 5382 Francs or.

 

   Le livre qui comporte 310 pages est déconcertant et rempli de paradoxes. Il contient aussi une carte en couleur "RENNES CELTIQUES." dont deux versions existent : petit et grand format. La seconde version fut signée Edmond Boudet (1840‑1907), notaire à Axat et frère de Henri Boudet.

 

   Sur les 500 exemplaires, 98 furent vendus, 100 furent déposés dans des librairies ou donnés à des institutions et 200 furent offerts à des amis ou à des personnes voulant visiter les cures de Rennes‑les‑Bains. 102 furent détruits par Boudet lui‑même en 1914, l'année de sa démission.

   Une chose est sûre : il ne fit pas fortune sur la vente de cet ouvrage ; son objectif était autre... C'est évident.

 

"La Vraie Langue Celtique" est accessible ici

 

 

Une thèse surprenante

 

   Le thème de son livre est au départ simple : toutes les langues se déclinent de la langue anglaise ! Voici donc que tout au long de son livre le curé de Rennes‑les‑Bains nous démontre sa thèse. Pour lui, les langues les plus anciennes, comme l'hébreu, le latin, et bien d'autres ont comme seule et unique racine commune l'anglais. S'appuyant sur des jeux de sons et des jeux de mots, il étaye sa conviction au fil des pages.

 

   La lecture est souvent lourde et fastidieuse et il faut attendre l'avant dernier chapitre pour que l'auteur nous parle enfin du Cromlech de Rennes‑les‑Bains. D'ailleurs ce chapitre est un véritable tour de force puisqu'il nous montre et nous explique l'existence de quelque chose qui n'existe pas.

 

   À ce jour, aucun Cromlech n'a été découvert dans la région de Rennes‑les‑Bains. Pour Henri Boudet, ce cromlech semble être créé par l'ensemble des pierres issues de l'érosion naturelle qui se dressent un peu partout dans la région.

   Ce livre, en son temps, déchaîna les passions. Les critiques de ses confrères des Sociétés Savantes, l'assassinèrent littéralement et nos critiques littéraires modernes firent de même. Personne ne comprit pourquoi cet homme, prêtre reconnu et respecté, se lança dans une étude aussi loufoque et saugrenue. Cependant, malgré les critiques féroces, ses travaux furent toujours étudiés entre 1898 et 1902 par les sociétés savantes.

 

   "La Vraie Langue Celtique et le Cromlech de Rennes‑les‑Bains" reste aujourd'hui l'ouvrage de référence pour les chercheurs et les passionnés de Rennes‑le‑Château. Il est vrai que certains passages restent occultes ou étonnants, soit par leur description, soit par des omissions flagrantes. Comment admettre que lorsque Henri Boudet énumère les "Rennes" de France, il oublie de citer Rennes‑le‑Château, si proche de lui. Comment expliquer l'oubli du menhir de Peyrolles dans sa description du Cromlech imaginaire, alors que ce menhir est bien réel ! Les non‑dits de cet ouvrage sont des incitations à une lecture plus approfondie, à une lecture à double sens. Toutes ces erreurs sont en fait là pour attirer notre attention et apronfondir son discours...

 

   "La Vraie Langue Celtique" comporte aussi deux dessins à la plume également signés de la main d'Edmond Boudet et montrant plusieurs pierres remarquables. Ces pierres existent réellement dans les environs de Rennes‑les‑Bains.

 

 

   "La Vraie Langue Celtique" a été analysé par de très gros ordinateurs qui ont essayé de détecter une clé ou un algorithme de codage, sans résultat. En fait, la méthode de codage est essentiellement basée sur le contexte historique, les allégories, les jeux de mots, les erreurs, les double sens, les inversions et les omissions. C'est le jeu de la langue des oiseaux, des métaphores et des paraboles. Aucun ordinateur ne peut lutter contre ce type de cryptage, car décoder c'est prendre en compte un contexte extérieur et riche que bien sûr une machine ne connaît pas à priori...

 

   Voici toute la difficulté de ce livre qui fut dans un premier temps un échec. On ne peut décoder son message que si l'on connaît déjà la solution, tout comme les quatrains de Nostradamus que l'on ne peut traduire que si on les assimile à une période historique connue.

 

   Enfin la difficulté ultime du chercheur initié est que même s'il est persuadé de la présence d'un sens caché, le fait de ne pas savoir ce que l'on cherche complique énormément la tâche. C'est sans doute aussi pour cela que l'histoire de Rennes‑le‑Château est passionnante...

 

Quand Henri Boudet nous parle du tableau
des Bergers d'Arcadie

 

   "La Vraie Langue Celtique" est un ouvrage à multiples tiroirs et d'une richesse incomparable. Or, pour prouver l'absence de tout codage dans ce livre, les détracteurs argumentent souvent le fait que la thèse celtique de Boudet ne comporte aucune référence concernant Poussin, et encore moins une quelconque allusion au fameux tableau des Bergers d'Arcadie. Cette peinture étant un indice fondamental lié à l'énigme et à l'Histoire, le mystère arcadien de Rennes ne serait alors que pur phantasme. Seulement voilà, cette référence arcadienne existe bel  bien, et pour la débusquer il faut approfondir certaines mythologies évoquées par Boudet. Voici ce que l'on peut lire vers la fin de son livre culte :  

 

   L'histoire du sanglier d'Erymanthe est la peinture fabuleuse des chasses au sanglier si chères aux Gaulois.

 

("La Vraie Langue Celtique" par Henri Boudet ‑ Page 302)

 

    Ce passage serait passé complètement inaperçu s'il n'y avait pas dans le paragraphe précédent un nom qui fait écho à l'énigme : Arcadie. Il s'agit en fait d'une balise permettant d'alerter un lecteur curieux et averti. En effet, Boudet a l'intelligence de citer un récit légendaire à propos d'une certaine montagne et d'un chasseur...

 

   Erymanthe, montagne d'Arcadie, était l'asile d'un sanglier dont la fureur remplissait d'effroi la contrée entière. Eurysthée demande à Hercule de délivrer le pays de cet hôte redouté. Hercule poursuit le sanglier, le prend vivant, et le charge sur ses épaules pour le porter à Eurysthée. Celui‑ci est saisi d'une telle frayeur, qu'il va se cacher sous sa fameuse cuve d'airain.

 

("La Vraie Langue Celtique" par Henri Boudet‑ Page 302)

 

    Voici donc que Boudet compare l'histoire de la chasse d'un sanglier vivant en Arcadie à une peinture fabuleuse. Avouez que trouver une référence arcadienne grecque dans une thèse linguistique celtique a de quoi étonner, d'autant que la probabilité d'y trouver le mot "Arcadie" est extrêmement faible. En fait, pas vraiment si l'on considère que Boudet joue avec le lecteur et use des métaphores pour exprimer toute autre chose.  
    L’Arcadie est une région de la Grèce située au centre de la péninsule du Péloponnèse, et son relief est très montagneux surtout au nord, baigné à l'est par la mer Égée. Le nom est tiré du personnage mythologique Arcas, fils de Zeus et de Callisto, roi éponyme de la province d'Arcadie. Arcas est associé au grec ancien arktos : « ours »
   De plus, dans la mythologie grecque, la région d'Arcadie était présentée comme la patrie du dieu Pan. Et dans les arts de la Renaissance européenne, elle était célébrée comme un pays dont la nature sauvage demeurait préservée et harmonieuse.

   Une étrange relation est donc clairement énoncée entre une "peinture fabuleuse", "l'Arcadie", et une chasse chère aux Gaulois ou plus exactement aux Celtes, menée par Hercule alias Héraclès. L'allusion est bien trop belle pour être involontaire ou dû au pur hasard. Quelle est donc cette peinture fabuleuse traitant de l'Arcadie ? Il s'agit évidemment des Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin, une toile unique et d'excellence que Boudet relie à l'histoire des Celtes.

   Dans la mythologie grecque, le sanglier d'Érymanthe est un énorme sanglier qui terrifiait les habitants du mont Érymanthe en Arcadie, et sa capture constitue le quatrième travail d'Héraclès (Hercule). Ce dernier se mit à pourchasser durant l'hiver la bête gigantesque. Il la chercha durant plusieurs jours, abattant des arbres pour l'apercevoir, et finit par trouver un moyen pour faire sortir le sanglier de sa tanière en poussant de grands cris. Cela fait, il le coursa durant plusieurs jours à travers toute la montagne couverte de neige, si bien qu'il arriva au sommet. Le demi-dieu suivit le monstre à la trace et lui jeta des pierres. Harcelé et épuisé, le sanglier d'Erymanthe tomba dans un trou creusé et rempli de neige par Héraclès pour le piéger. Comme la bête était paralysée sous le choc, Héraclès la maîtrisa à mains nues et l'enchaîna.

 


 

"Les Bergers d'Arcadie" (Version II) par Nicolas Poussin
faussement daté entre 1638 et 1640, plus vraisemblablement peint vers 1655

 

    Or, il faut souligner un autre indice fourni par Boudet et que l'on retrouve dans le tableau de Poussin : Hercule. En effet, on ne peut éviter de faire le rapprochement symbolique entre le berger barbu agenouillé et Hercule. Le maître des Andelys aurait-il voulu en effet représenter Hercule, alias Héraclès pour les grecs, demi-dieu et chasseur arcadien, agenouillé devant un tombeau, et décryptant une mystérieuse inscription ? Au XVIIe siècle, Hercule était représenté sous les traits d'un personnage à la forte carrure, demi-nu, brun et surtout barbu.
   D'ailleurs une confirmation nous est donnée dans le Serpent Rouge au 6ème paragraphe :

 

   Les dalles du pavé mosaïque du lieu sacré pouvaient être alternativement blanches ou noires, et JESUS, comme ASMODEE observer leurs alignements, ma vue semblait incapable de voir le sommet où demeurait cachée la merveilleuse endormie. N'étant pas HERCULE à la puissance magique, comment déchiffrer les mystérieux symboles gravés par les observateurs du passé. Dans le sanctuaire pourtant le bénitier, fontaine d'amour des croyants redonne mémoire de ces mots: PAR CE SIGNE TU le VAINCRAS.

 

   
Hercule et le sanglier d'Hérymanthe par Pietro da Cortona
(1596-1669) école italienne

 

    Selon la légende grecque, après qu’Hercule, fils de Zeus et d'Alcmène, ait tué sa femme et ses enfants dans un accés de rage, il fut dévasté par le regret. Le roi Eurysthée lui assigna alors les célèbres taches "Les Douze Travaux" dans le but de l’aider à se racheter. Il accomplit avec succès ses "Douze Travaux", puis construisit un bûcher sur le mont Œta, pour y sacrifier son corps de mortel. Son âme rejoignit ensuite son père Zeus et les autres dieux dans le ciel.

   Autre élément important ; dans l'Antiquité grecque, les anciens voyaient dans la constellation d'Orion un chasseur agenouillé, que les Romains assimilèrent plus tard à Hercule s’agenouillant du poids de ses remors après avoir tué sa femme et ses enfants lors d’une crise de folie.

   Hercule est une vaste constellation de l'hémisphère nord, la cinquième plus grande de la voûte céleste, l'étoile la plus brillante étant Beta Herculis. L'amas d'étoiles fait partie des 48 constellations antiques et Hercule est située au Sud-Est de Véga, de la constellation de la Lyre, sur la ligne joignant Véga à Arcturus, de la constellation du Bouvier.

   Or, la ressemblance avec le berger agenouillé de Poussin est frappante, ce qui confirmerait l'idée selon laquelle le berger arcadien serait bien Hercule.
   En citant "Hercule", "Arcadie", et "une peinture fabuleuse", Boudet était donc sûr d'évoquer les Bergers d'Arcadie à l'attention des érudits.

 

   
Hercule dessiné dans l'Uranographia de Johannes Hevelius
Hercule est représenté agenouillé

 

    Pour continuer sur les constellations et les Bergers d'Arcadie (seconde version) il existe une lecture astrale voulue par Poussin. En effet les trois bergers et la bergère peuvent être assimilés, de gauche à droite du tableau, aux constellations suivantes : Serpentaire, Hercule, Bouvier et Vierge... des constellations situées autour de celle nommée la Couronne boréale...

 

La carte "RENNES CELTIQUES."

   L'ouvrage est accompagné d'une carte surprenante, mais il faut savoir que le livre comporte plusieurs versions correspondant à des éditions différentes, ce qui explique que certaines cartes ont des petites différences. Il semble aujourd'hui que la version la plus fidèle soit celle parue aux éditions Bélisane (dépôt juin 1984).

    La carte nommée  « RENNES CELTIQUES. » signée par son frère Edmond Boudet comporte aussi plusieurs anomalies criantes et destinées à attirer la curiosité du lecteur comme celles‑ci :

   La carte ne comporte pas d'échelle

   La carte ne possède pas les mêmes proportions que la carte
     d'Etat Major qui servit de référence

   Certaines altitudes sont fausses

   Le contraste est exagéré à certains endroits

   Une tête de diable est détectable en bas à gauche

   De nombreux chercheurs tentèrent un décryptage et de nombreuses bizarreries furent révélées. Il manque toutefois une clé générale permettant de comprendre sa lecture exacte et son mode d'emploi...

 

"RENNES CELTIQUES."
élaborée par
Edmond Boudet,

frère de l'abbé Boudet,

et notaire à Axat.
 

Cette version reproduite par les éditions Bélisane est considérée comme la plus fidèle.

 

 

 

Deux agrandissements sont proposés :

 

Affichage grand format

Affichage très grand format

 

 

Cette carte du Cromleck des frères Boudet est aussi disponible au format 1/25000

 

Cromleck selon carte 1/25000

(Extrait carte IGN Quillan)

 

 

 

 

 

La carte est reproduite ici avec l'aimable autorisation des éditions Bélisane

 

Commençons par le titre de la carte

 

   Le titre annonce la couleur : "RENNES CELTIQUE ." et ces prêtres codeurs ont plus d'un tour dans leur sac. Comptons les lettres...

 

RENNES = 6 lettres    CELTIQUE = 8 lettres   et le point = 1  d'où  681

 

Son échelle

 

   La carte de Boudet ne comporte pas d'échelle mais en la comparant de manière précise à une carte actuelle 1/25000, on peut facilement la retrouver ...


La carte de Boudet et la carte de Quillan 1/25000

 

Un diable veille

 

   Il est très discret, mais une fois repéré on ne voit que lui. Cette tête de diable assimilée à Asmodée, gardien des trésors, est située au sud de Rennes‑les‑Bains, près de l'Haum‑moor.

 

   Le graphisme de la carte fait à la plume renforce le contraste et visiblement Edmond Boudet put en tirer le meilleur parti.

 

    De nombreux auteurs ont pu y voir d'autres symboles comme les signes zodiacaux, mais il est difficile d'affirmer s'il s'agit ou non d'un simple hasard du tracé.


La tête de diable sur la carte de Boudet
nettement visible au centre

 

Un point singulier, la Kaïrolo

 

   Voici un exemple très significatif des allusions, jeux de mots et métaphores que Boudet s'amusait à écrire, et qui montrent son esprit ingénieux.
La Vraie Langue Celtique est accessible ici

 

A la page 166 on peut lire :

   Le ménir, par sa forme aiguë et en pointe, représentait l'aliment de première nécessité, le blé, – main (mén), principal, – ear (ir), épi de blé.– Chose étrange ! Dans tous nos villages du Languedoc, on trouve toujours un terrain auquel est attaché le nom de Kaïrolo, key, clef,ear (ir), épi de blé, – hole, petite maison des champs.– Dans ce terrain, probablement, était construit le grenier à blé des villages celtiques. La répartition du blé était faite par la main des Druides,

 

("La Vraie Langue Celtique" par Henri Boudet ‑ Page 166)

 

Traduction possible :

 

Le menhir dressé représente l'argent (le blé). Dans un seul village (Toujours prendre le contre pied chez Boudet ou l'inverse) du Languedoc on trouve un terrain du nom de Kaïrolo. Dans cette cachette était entreposée de l'argent (grenier à blé). La répartition se faisait à la main.

 

Et il continue page 295 :

   On peut affirmer avec certitude qu'ils cultivaient le blé, puisque cet aliment était l'objet d'une distribution impartiale et la kaïrolo – key (ki) clef, – ear (ir), épi de blé. – hole, creux, petite maison –, le grenier et peut‑être le silo ou souterrain renfermant la précieuse céréale, existait toujours auprès des centres d'habitations celtiques. Il n'y a guère, en effet, de village qui ne possède un terrain de ce nom : la kaïrolo des Redones était située au sud de Montferrand tout près du chemin conduisant au ruisseau de la Coume et aux Artigues. La production du blé étant même fort abondante dans certaines régions privilégiées, on avait recours à des mains étrangères à ces contrées, afin de moissonner avec plus de célérité. Les Redones n'hésitaient point à louer ainsi leurs bras pour les travaux importants de la moisson, et le nom de Montferrand atteste leurs périodiques voyages à cet effet – to mow (), moissonner, – to own (ôn), prétendre à, – to fare (fère), voyager, – hand, main –.

 

("La Vraie Langue Celtique" par Henri Boudet ‑ Page 295)

 

Traduction possible :

 

L'argent (le blé ) faisait l'objet d'une distribution impartiale, et la Kaïrolo, souterrain, était situé au sud de Montferrand tout près du chemin conduisant au ruisseau de la Coume et aux Artigues. La production d'argent était abondante et il fallait recourir à des mains étrangères pour aller plus vite. Des voyages périodiques étaient nécessaires.

 

   Dans ce passage on peut facilement imaginer que cette cache (grenier à blé ou silo) était en fait une escale technique pour le stockage et le déplacement d'un dépot trésoraire. Celui‑ci devait être ensuite acheminé dans la seconde cache de Notre Dame de Marceille. Une telle précision sur la situation de ce grenier par Boudet montre en tout cas qu'il ne s'agit pas de l'emplacement de la première cache ; ce serait trop simple...

 

   Boudet est très précis dans sa description et la Kaïrolo peut être située sur la carte :


Situation de la Kaïrolo sur la carte de Boudet

 

   Curieusement, lorsque l'on fait le parallèle avec la carte IGN 1/25000 on trouve dans les environs un lieu‑dit "Le Soula" qu'il faut peut être rapprocher du "Silo" de Boudet...


La Kaïrolo (Silo ou grenier à blé) de Boudet sur la carte IGN 1/25000

 

Posons le méridien de Paris

   Il est important de connaître l'emplacement exact du Méridien de Paris (Méridien 0) sur la carte de Boudet. De nombreux auteurs démarrent le Méridien 0 très précisément sous le U (V) de RENNES CELTIQUE.

   En réalité, lorsque que l'on regarde de près la carte et que l'on choisit certains repères en rapport avec la carte IGN de Quillan, le Méridien 0 passe plus à gauche. En effet, il doit être posé à gauche du sommet du "Roc di Quiloutié" près du Cardaoussel et il doit être situé entre Montferrand et le sommet juste à droite.

   En prenant ces repères, le Méridien 0 doit être placé exactement sous la cédille du Q et il borde à gauche la légende de la carte.

 


Le méridien passe entre Montferrand
et un sommet juste à droite


Le Méridien passe par la cédille du Q


Le méridien 0 borde à gauche la légende

 

Le petit et le grand cromleck

 

   La carte de Boudet recèle beaucoup d'autres surprises puisqu'elle est avant tout l'illustration des cromlechs qu'il décrit dans son ouvrage.

 

   Ainsi, nous avons le grand cromleck qui commence selon l'abbé par le confluent du Rialsesse avec la Sals, le château de Blanchefort, le Cugulhou du couchant, les Roulers, le ruisseau Trinque Bouteille, l'Homme Mort, le Pic de la Roque, le Goundhill, la Garosse, Ferrière, le Cugulhou du levant, la Fagole, les crosses de Montferrand, le Bazel et le Cardou.

 

   Le petit cromleck, plus limité et inclu dans le grand, commence au hameau du cercle. Il continue par Trinque Bouteille, le Serbaïrou et Roukats.

 

   La première évidence est que les cercles de Boudet qui sont censés définir les cromlecks (cercle de pierre) ne sont pas des cercles. Pire, les centres des deux cromlecks qu'il considère comme fondamentaux ne sont pas des centres géométriques.

 

Remarquez aussi le méridien de Paris tangent au grand cromleck...

 


Le petit et le grand cromleck selon Henri Boudet

 

La carte des frères Boudet en relief

 

   Les techniques d'aujourd'hui permettent d'obtenir des résultats inconcevables du temps de Boudet... La preuve en image Google Map...

 

La carte de Boudet perdue dans le Languedoc
La mer est finalement pas très loin...

Sa superposition sur le relief montre un paysage tout à fait étonnant

Nous voici plongé dans la vallée de
Rennes‑les‑Bains. Vue plein Nord
depuis le Goundhill

 

Vue depuis le pla de las Brugos. Au premier plan le cap de l'homme. Sur la gauche le Bazel et Montferrand. Sous Montferrand,
la bergerie Paris

Vue depuis le mont Cardou
En bas, Rennes‑les‑Bains

Le Cromlech vue sud‑ouest

 

La carte de Boudet
vue depuis Rennes‑le Château

Vue plongeante.
On ne s'en lasse pas...

 

   Henri Boudet fut initié par Henri Gasc, aumônier à Notre Dame de Marceille, qui lui légua des informations très précieuses et l'état de ses recherches. Ceci permit à Boudet, après de longues investigations, de trouver finalement la cache originelle en juin 1885.

 

   Mais son livre était déjà en chantier bien avant, dans les années 1880 et il dut certainement le corriger de nombreuses fois en fonction de l'avancé de ses travaux. Sa découverte en 1885 le décida certainement à publier une version finalisée en 1886.

   Henri Boudet utilise dans son ouvrage un langage extrêmement lourd et complexe dans l’intention de susciter la curiosité et de transmettre un message au lecteur préparé à cette connaissance. Il faut lire le recueil de nombreuses fois et intégrer son contexte historique et sémantique pour espérer entrevoir les sens cachés. Surtout, il faut au préalable avoir compris de quoi le prêtre veut nous parler. La ressemblance avec une étude linguistique sérieuse est bien lointaine. En revanche, ce travail représente un véritable tour de force pour avoir fait passer autant d'idées complexes et initiatrices dans 310 pages...

 

 

 

         

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