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Mgr de Beauséjour
Le pire cauchemar de Saunière

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

Mgr Paul-Felix Beuvain
de Beauséjour

 

Né le 16 décembre 1839
Mort le 4 avril 1930

Évêque de Carcassonne de 1902 à 1930

 

   Connu pour avoir été le successeur de Mgr Billard, il fut celui qui commença à s'intéresser de très près aux agissements étranges de Bérenger Saunière. Les premiers différents entre ces deux hommes d'Eglise se terminèrent dans un long procès fleuve qui précipita Bérenger Saunière dans une déprime jusqu'à la fin de sa vie.

 

   Alors que Mgr Billard s'affiche comme un personnage ambigüe, complexe et plutôt en faveur de Saunière, Mgr de Beauséjour est tout son contraire. Il représente une hiérarchie droite, brutale, ennemie de Saunière et ne comprenant rien à l'affaire des deux Rennes...


Mgr de Beauséjour (1839-1930)

 

     Toute l'énigme est émaillée de dualités qui n'en finissent pas de nous étonner. Coïncidences ou facéties de l'histoire, l'affaire est constamment entre le blanc et le noir (l'échiquier), entre le curé d'en haut (Saunière) et le curé d'en bas (Boudet), entre Rennes-Le-Château et Rennes-les-Bains, entre la Tour Magdala en pierre et la Tour de l'Orangeraie en verre, entre Mgr Billard complice obscur de Saunière et Mgr de Beauséjour son adversaire. Tout balance entre l'endroit et l'envers, le pour et le contre, le vrai et le faux. Nous avons ici encore un exemple. Après une vie luxurieuse et insouciante, voici le revers de la médaille, une autre vie pleine d'amertume, de solitude et d'accusations qui enfoncent un peu plus chaque jour Saunière dans la déprime.

 

   Mgr de Beauséjour ne compris certainement rien à cette affaire mystérieuse et il est admis aujourd'hui que son implication fut surtout juridique. Mais le procès qu'il déclencha est hautement enrichissant lorsque l'on examine de près les longues procédures et les nombreux échanges de lettres. Pour les détracteurs de l'affaire il s'agit enfin de la mise en lumière d'un immense trafic de messes, source de la richesse soudaine du prêtre. Pour d'autres, ce n'est que de la poudre aux yeux, car la vérité est ailleurs...

   Mais derrière cette énigme se cache aussi une fin de vie dont on parle peu. Saunière vécu en effet une véritable descente aux enfers et un acharnement juridique considérable. Jouait-il un double jeu ? Certainement, mais il le fit en toute bonne foi, persuadé qu'il agissait dans une parfaite honnêteté. Ce procès montre surtout qu'il préserva jusqu'au bout un secret qu'il ne pouvait dévoiler à une autorité juridique. Pourquoi ? Pour protéger qui et quoi ? Voici de vraies questions...

 

   Enfin nous verrons que cette dualité va jusqu'aux sépultures de Mgr Billard et Mgr de Beauséjour, où d'ailleurs une surprise attendait les chercheurs depuis longtemps.

 

   Je remercie Christian Doumergue ("L'affaire de Rennes-Le-Château" 2006) et Franck Daffos ("L'affaire des carnets" 2008) pour leurs recherches fructueuses et sans lesquelles ce thème n'aurait pas pu être aussi complet.

 

Une carrière brillante

   Paul-Félix Beurain de Beauséjour naquit à Vesoul le 16 décembre 1839. Il fut d'abord ordonné prêtre le 6 janvier 1863 et commença sa carrière en tant que professeur à l'institution Saint-François-Xavier de Besançon.

 

   Son parcourt se poursuivit à Vitrey en Haute-Saône, où il devint curé entre 1874 et 1876.

Puis ce fut comme doyen qu'il occupa une cure à Luxeuil entre 1876 et 1887.

 

   De retour à Besançon, il prit ensuite une nouvelle responsabilité ecclésiastique en devenant archiprêtre de sa cathédrale de 1887 à 1892. Et le 7 mars 1892 il devint vicaire général.


Mgr de Beauséjour

 

   Mais sa carrière va soudainement prendre un tournant inattendu. En mai 1902, suite au décès de Mgr Arsène Billard, il fut nommé évêque de Carcassonne, devenant ainsi le responsable hiérarchique direct de Saunière. Cette date, très importante pour notre curé de Rennes-Le-Château, va sonner non seulement le glas de sa vie fastueuse, mais aussi le début d'un long tourment judiciaire.

 

   En effet, ce successorat ne fut pas dans l'intérêt de Bérenger Saunière. Devant la vie luxueuse du prêtre de Rennes, Mgr de Beauséjour va lui demander des comptes et des explications. Bérenger Saunière refusera catégoriquement de fournir le moindre détail quant à son train de vie. Il n'en fallait pas plus pour courroucer un peu plus l'évêque de Carcassonne. Devant l'attitude insolente du prêtre, il attentat un procès pour trafic de messes mais qui n'était bien sûr qu'un prétexte pour y voir plus claire dans cette affaire bien brumeuse.
Mgr de Beauséjour confia même en particulier :

 

 "... cette accusation de trafic de messe est illusoire

et elle n'a aucun intérêt..."

 

   La remarque est très claire. Mgr de Beauséjour suspectait évidemment autre chose. Ce trafic de messe n'était certainement qu'une illusion, qu'un rideau de fumée pour cacher un autre trafic. Quoi qu'il en soit, Bérenger Saunière ne céda pas et tint tête à sa hiérarchie jusqu'au bout. L'évêque, las de ces longues années de procès, demanda pourtant une dernière fois à Bérenger Saunière des explications. Et une dernière fois, Bérenger Saunière refusa.

 

   Devant cette réaction, les autorités de l'Église prirent la décision de suspendre Bérenger Saunière de ses fonctions sacerdotales. Saunière se retrouvait seul face à une hiérarchie implacable. Cette suspension modifia certainement son attitude et le fit entrer dans une profonde déprime qui lui sera finalement fatale.

 

Un procès fleuve

   La vie de Bérenger Saunière pourrait se résumer en trois étapes très distinctes : une première période pleine de découvertes et de mystères, une seconde luxueuse, insouciante et surprenante, enfin une troisième sombre, nettement moins faste et surtout assortie d'un procès sans fin qui dura plus de 10 ans.

 

   Tout commença sans doute quatre ans après la nomination de Mgr de Beauséjour le 19 novembre 1906, date à laquelle il visita Rennes-Le-Château. A cette époque le Domaine est terminé et flambant neuf. C'est une véritable oasis au milieu du Haut-Razès que l'évêque contemple sous ses yeux .

 


Le Domaine de Saunière en 1904

 

   Or l'histoire montre que sa réaction fut complètement à l'opposé de celle de Mgr Billard lorsqu'il vint visiter l'église fraichement terminée le 6 juin 1897. La vision de ces jardins idylliques et de ces constructions énigmatiques, le tout sans factures, laissent l^év^que dans une consternation totale. Vient s'ajouter à ceci un mécontentement de la population de Rennes-Le-Château qui n'a pas oublié la vie insolite de leur curé. Rappelons nous. Saunière commença sa cure par un sermon franchement anti républicain, puis ce fut les coups de pioche la nuit dans le petit cimetière, puis un  incendie dans le village que Saunière refusa d'éteindre en interdisant l'accès à son réservoir d'eau sous le reposoir. Toute ces faits dérangeants appartenant à un prêtre, bâtisseur de l'étrange, fit naître chez les villageois une certaine incompréhension qui fut sans aucun doute transmise au nouvel évêque. Enfin il y a toutes ces demandes de messes adressées par différents diocèse de France.

 

   Que pouvez bien conclure Mgr de Beauséjour ? Par quel truchement Saunière parvint-il à monter tout un réseau de trafic de messes? Pourquoi et pour quelle finalité ? Et surtout, pourquoi son prédécesseur Mgr Billard, ferma t-il les yeux ?

   Cet ensemble de questions hanta certainement le prélat dès 1906. Il fallait prendre une décision, agir pour le bien de l'église et la paix du village et des paroissiens.

 

Première sentence : Une mutation à Coustouge

 

   L'année 1909 représentera pour l'abbé une réelle rupture. C'est la charnière entre un passé heureux, insouciant et une nouvelle période austère et pénible. C'est ainsi que le 15 janvier 1909 une nouvelle affectation tombe dans les mains du curé de Rennes : Coustouge près de Dourdan. La lettre est signée par son responsable ecclésiastique et l'ordre laisse une semaine à Saunière pour se préparer avant son exécution.

   Or Mgr de Beauséjour qui connaît mal cet homme plein de tempérament, ne fait qu'enfoncer une porte ouverte. Saunière, persuadé d'être incompris, va alors immédiatement entrer dans une farouche résistance et entamer une lutte judiciaire qui durera une décennie.

 


La lettre de nomination pour Coustouge


Le titre de nomination à Coustouge

 

Saunière confiera d'ailleurs dans son journal :

 

« Les mesures exceptionnellement rigoureuses, qui sans aucun avertissement m’ont frappé au début de l’année,
m’ont tellement troublé. Bouleversé, effrayé… »

 

   Coïncidence ou non, il se trouve qu'un autre curé décéda étrangement dans l'affaire quelques jours avant cette mutation. Le plus connu reste bien sûr Antoine Gélis,  du fait de la brutalité de son assassinat. Mais il existe aussi un autre prêtre dont on ne parle jamais et qui décéda le 9 janvier 1909 : l'abbé Gaudissard. Il fut curé d'Antugnac à partir du 1er janvier 1897 et le successeur de Saunière avant que ce dernier ne soit muté à Rennes-Le-Château. En effet l'abbé Gaudissard disparut jeune à l'âge de 49 ans et on sait très peu de choses sur les circonstances exactes de son décès.

   On peut en tout cas s'étonner non seulement de cette coïncidence, mais aussi du délai d'une semaine laissé à Saunière pour déménager et quitter définitivement sa colline. Pourquoi tant de hâte ?

 

La réponse de Saunière à son évêque : Une démission

 

   Saunière visitera tout de même Coustouge, sans doute pour démontrer sa bonne foi. Mais son plan est ailleurs. Après avoir consulté quelques prêtres des paroisses environnantes qui le soutiennent comme l'abbé Rouanet de Bages-les-Flots, Saunière envoie sa démission le 28 janvier 1909, soit 14 jours après la missive.

 

   Ce choix dut être difficile car il n'avait que deux options. L'une était d'accepter la mutation, l'autre était de démissionner en considérant qu'il pourrait être financièrement indépendant jusqu'à la fin de ses jours. C'est la seconde formule qu'il choisit et son objectif était finalement très simple : rester à Rennes-Le-Château à tout prix. Ceci montre en tout cas où il plaçait ses priorités.

   Considérait-il que sa vie était là ? Certainement. Voulait-il continuer cette existence insolite ? Evidemment. Avait-il des revenus suffisants ? Il faut croire que oui. On n'investit pas plus de 600.000 francs-or en constructions (estimation actuelle) sans que ceci ne laisse indifférent. Saunière avait encore beaucoup à faire et c'est un fait.
 

Il répondra en ces termes :

 

    Monseigneur,


    En présence de la décision maintenue de Votre Grandeur au sujet de mon départ de Rennes, il me reste un parti à prendre suggéré d'ailleurs par Votre Grandeur elle-même alors que vous avez dit aux représentants de la commune en parlant de moi : "Qu'il prenne sa retraite". C'est pourquoi vous voudrez bien agréer ma démission et ne plus me compter à partir du 1er février au nombre des prêtres de votre diocèse qui exercent le saint ministère..."

 

Vous avez dit bizarre ?

 

   Or nous sommes en présence à cette époque d'un réel mystère. Si nous savons que l'abbé Rouanet encouragea Saunière à entrer en résistance, c'est qu'une lettre datée du 22 janvier 1909 fut retrouvée indiquant à Bérenger, son ami, qu'il avait craint pour lui dans le passé et qu'à présent il ne comprenait pas ce nouvel acharnement.  A quelle affaire l'abbé Rouanet faisait-il allusion ? Son conseil est en tout cas sans équivoque : démissionner car l'évêché ne cèderait pas.

 

   Serait-ce tout ? Non, car d'autres courriers possèdent le même ton, comme celui du 23 janvier de l'abbé Gazel, curé de Floure et qui écrivait en parlant de l'évêque :

 

"Le temps passé lui reviendrait-il à la mémoire ?"

 

De même un peu plus tard, le 1er février ce même prêtre écrivait à Saunière :

 

"Si les prêtres qui reçoivent un secours de la Caisse sont un peu forcés d'accepter ses volontés [de l'évêque], il n'en est pas de même pour toi .
Tu as tes coudées franches..."

 

   Quel étrange discourt. Il est clair qu'à ce stade, se dessine lentement derrière Saunière des manipulations et des connivences restées longtemps secrètes et qui étaient en train de remonter à la surface grâce à Mgr de Beauséjour.

 

Mr le maire s'en mêle...

 

   Quoiqu'il en soit, le jeu entre les deux hommes continua sans relâche, formant un scénario dans le plus pur Pagnol. La démission sera acceptée par Mgr de Beauséjour mais à la condition que le prêtre de Rennes quitte définitivement le petit village envouté. Or devant cet acharnement ecclésiastique, Mr le maire ne l'entendit pas de cette oreille et pour faire comprendre à l'évêque de Carcassonne son désaccord, il écrivit le 6 février une lettre tout aussi savoureuse que virulente :

 

     Le Maire de Rennes-le-Château à Monsieur l'Evêque à Carcassonne.

Monsieur,

      En réponse à votre lettre du 31 janvier dernier, j'ai l'honneur de vous faire savoir que je regrette le maintien de la décision prise à l'égard de M. l'abbé Saunière. En ne donnant pas à la démarche que le Conseil municipal de Rennes-le-Château a faite auprès de vous, les suites que nous vous demandions vous et votre Conseil avez été mal inspirés. Nous n'obtenons pas satisfaction ; tant pis ! Tant pis aussi que vous ayez retiré à M. Saunière ses pouvoirs. Quant à l'attitude de la population vis à vis de M. le curé d'Espéraza et du successeur de M. Saunière, elle sera tout à fait simple : l'Eglise désertée et les cérémonies religieuses remplacées par les cérémonies civiles. Vous voyez, Monsieur l'Evêque, que vous n'aurez pas à vous armer contre nous des foudres de l'Eglise. Quant au presbytère, il est loué pour une durée de cinq ans, à partir du 1er janvier 1907 à l'abbé Saunière. Mais je dois vous faire connaître qu'après l'expiration du bail et même actuellement, s'il devenait libre par suite du départ du locataire actuel, le Conseil municipal se refuse formellement à passer un nouveau bail avec le desservant que vous nous enverrez.

Je vous prie, Monsieur l'Evêque, d'agréer l'assurance de ma considération très distinguée.

Rennes-le-Château, le 6 février 1909
Le Maire

 

   Non seulement, le conseil municipal proposait un bail pour 5 ans à Saunière pour la location du presbytère, mais ce local deviendrait ensuite inaccessible à d'autres curés. C'est ainsi que le 9 février 1909, le successeur de Saunière, l'abbé Henri Marty, Aumônier des Orphelins à Espéraza, dut se loger à Carderonne et donc monter à pied à Rennes les jours de messe.
   Ce n'est que le 4 juillet 1909 que l'abbé Marty s'installa à Rennes-Le-Château. Notons que les deux hommes d'église ne s'entendaient guère, Marty apparaissant sans doute à Saunière comme un concurrent à la solde de la hiérarchie.

 

D'autres accusations...

 

   En décembre 1909, Saunière reçut à nouveau une lettre l'accusant de recevoir des commandes de messe alors que cela lui était scrupuleusement interdit. Or en 1910, l'existence d'autres factures prouvent que l'abbé continuait tranquillement sont rythme de vie. Des commandes d'alcool, Porto et digestifs, continuaient à arriver. On note également l'achat d'un service de faïence et même un buste à son effigie chez le statuaire Monna. Saunière disposait visiblement encore de quelques revers de fortune.

 

Voici deux courriers très significatifs que reçut Saunière en décembre 1909 et provenant du Vicaire générale :

 

Evêché de Carcassonne, le 18 Décembre 1909
Monsieur l'abbé Saunière,

    La supérieure de l'Hôpital St Joseph, rue Pierre-Larousse n. 7 à Paris, a écrit à Monseigneur, pour lui demander, si elle pouvait vous envoyer des honoraires de Messe, en toute sûreté de conscience. Vous devinez la réponse qui lui a été faite :
"Gardez-vous bien de continuer à faire de pareils envois ; parce que nous n'avons aucune confiance de la manière dont ce Prêtre acquitte les intentions de Messes, qu'il se procure partout où il peut."
 

Monseigneur constate avec peine, que vous continuez à demander des honoraires de Messes en dehors du Diocèse. Et cependant vous aviez promis et protesté que désormais vous n'en demanderiez jamais  plus qu'à lui seul, personnellement.Voilà comment vous tenez votre promesse. Sa Grandeur se demande, si sa conscience ne lui fait pas un devoir de prendre des mesures efficaces pour faire cesser, une manière d'agir si déplorable.
Je vous offre mes sincères salutations.

H. Rodière

 

Et quelques jours plus tard, un second courrier :

 

Evêché de Carcassonne
Carcassonne, le 22 Décembre 1909

     Monsieur l'abbé Saunière,

Vous affirmez, que depuis la promesse que vous avez faite à Mgr vous n'avez plus demandé des honoraires de Messes à la Supérieure de l'Hôpital St Joseph, à Paris. Or voici ce qu'elle nous écrit, à la date de 28 octobre dernier... "Pendant qu'il était encore à Rennes-le-Château, comme Curé, Mr l'abbé Saunière s'était adressé à moi, sans me connaître, (il avait eu mon adresse par quelqu'un), pour me demander si je pourrais lui procurer quelques honoraires de Messes... Il m'a écrit dernièrement, qu'il était maintenant Prêtre en retraite, restant dans son ancienne Paroisse, et qu'il pourrait toujours acquitter les Messes, qu'on lui enverrait. Comme je n'ai pas l'avantage de le connaître, je vous serai reconnaissante de me dire, si on peut en conscience, lui envoyer des honoraires de Messes. "
Voilà, deux affirmations, évidemment contradictoires.
Monseigneur vous sera reconnaissant, si vous voulez bien lui dire, qu'elle est celle, qui est conforme à la vérité.
Recevez Monsieur l'abbé Saunière, mes sincères salutations.

H. Rodiére

 

   Ayant démissionné, la messe lui était impossible dans son église. Aucun problème. Il fit construire une petite véranda fermée attenante à la Villa Béthania. Elle devint la petite chapelle dans laquelle Saunière continua son service de messe. Il est d'ailleurs amusant de voir que les paroissiens abandonnèrent la petite église rénovée, préférant la chapelle. Saunière savait mener les villageois.

 

L'acharnement continue

 

   Au mois de mai 1910, une nouvelle accusation tombe. Saunière se livrerait encore à des trafics de messes, activité qu'il continue de nier en bloc. En fait, il faut comprendre que sa hiérarchie directe était dans l'incapacité de comprendre comment, sans trafic et avec uniquement 75 franc-or par mois, Saunière peut poursuivre sa vie insouciante.

 

L'accusation porte en résumé sur trois points :
1) Trafic de messes
2) Refus de fournir des détails et des justificatifs de ses comptes à sa hiérarchie
3) Poursuite des demandes de messes malgré l’interdiction de l’évêché.

 

   L'affaire ne pouvait en rester là et le 27 mai 1910, Mgr de Beauséjour saisit le tribunal de l'Officialité pour traduire Bérenger Saunière et lui interdire les demandes d'intentions de messes hors du diocèse. Le vicaire général, G. Cantegril et le commis à la Cour, M. Charpentier, vont ainsi amener Saunière à comparaître devant le tribunal ecclésiastique. Il doit faire connaître son avocat avant le 12 juillet 1910 car sa convocation est le samedi 16 juillet au matin. Malgré les conseils de son ami Rouanet, il refusera de s'y rendre, prétextant des ennuis de santé. Et encore une fois il anticipera puisque le 15 juillet il envoie ce courrier :

 

Rennes-le-Château, le 15 juillet 1910
Monseigneur

    Comme j'ai eu l'honneur de le dire à Votre Grandeur dernièrement, ainsi qu'à Monsieur le Vicaire général, pour les motifs que je vous ai exposés, je ne viendrai point demain samedi, 16 courant, devant le tribunal de l'Official, non pas que je ne le veuille point, mais parce que je ne le puis. Pour paraître devant mes juges avec quelque chance de succès, comme m'y invite la citation du 7 juillet, il me faudrait d'abord être autorisé à faire connaître les noms des personnes qui m'ont donné les fonds nécessaires à mes divers travaux, or cette autorisation je ne l'ai point.
Il me faudrait ensuite le courage et l'énergie nécessaire, la présence d'esprit, le sang froid et surtout la facilité de m'exprimer et je ne possède absolument rien de tout cela. - Je sais bien ce que vous allez me dire :
pourquoi ne pas prendre un avocat pour me représenter ? Oui tout cela est fort bien, mais qui choisir ne connaissant, parmi le clergé aucun membre apte à ma défense ? Et puis cet avocat en supposant que j'eusse réussi à en trouver un susceptible d'être agréé par le tribunal, vous aurait-il appris autre chose que ce que vous savez déjà ? Non Enfin, comme je vous l'ai encore dit, les fortes émotions, avec mon naturel impressionnable, étant excessivement contraires et nuisibles à mon état de santé, d'après les conseils et les ordres de mon médecin, je dois à tout prix les éviter, si je ne veux pas m'exposer aux pires catastrophes. Et maintenant quant à la question des honoraires de messes, laissez moi vous redire, Monseigneur, que depuis votre défense, je n'en ai plus demandé, bien que certaines pièces de mon dossier semblent prouver le contraire et que ma conscience n'est pas aussi coupable que ce que vous paraissez croire. Avant de clore ces quelques lignes que j'ai cru bon de vous adresser, je demande à Dieu de pardonner à mes ennemis et à tous ceux qui ont cherché à me nuire et à me faire du mal, et je le prie, en même temps de m'accorder la force nécessaire pour faire sa sainte volonté et accepter en esprit de pénitence, ma condamnation quelle qu'elle soit.
Daignez agréer, etc ..

B. Saunière

P-S- La maison que j'ai construite avec toutes ses dépendances, comme semble l'insinuer un passage de la citation, n'a pas été édifiée pour m'enrichir et pour y couler mes jours dans le luxe et la mollesse, ma pensée, Monseigneur, comme il y a quelques années j'ai eu l'honneur de vous le communiquer, était de vous l'offrir pour une maison de retraite en faveur des prêtres âgés et infirmes - habitation confortable - chapelle, bibliothèque, promenade, jardin, terrasses, bon air, splendide panorama, rien n'aurait manqué aux pauvres vieux, pas même une place réservée dans le cimetière de la paroisse.

Je persiste toujours dans mon idée première, bien que le ciel semble aujourd'hui se mettre en travers de mes projets et ne pas vouloir les agréer.

 

   Mais l'administration judiciaire reste en marche et une nouvelle date est proposée au prêtre : le 23 juillet au matin. Or, toujours conseillé par son entourage et voyant que l'autorité judiciaire ne faiblit pas, Saunière va anticiper le déroulement.

   Le 20 juillet, il écrivit à son évêque que l'abbé Molinier, doyen d'Azille, sera son avocat ainsi que Maître Mis, avocat à Limoux. Il demande également 8 jours supplémentaires afin de préparer sa défense. N'ayant pas de réponse de l'évêché, il renvoie une lettre le 22 juillet.

 

   Saunière ne se rendra pas non plus à la seconde convocation et le 23 juillet une première condamnation tombe. Il la reçoit le 25 juillet avec l'annonce d'une "Suspense a divinis" pour une durée d'un mois. Saunière est désemparé car un premier jugement est tombé sans qu'il est pu se faire représenter par son avocat.


Nouvelle convocation de Saunière
pour le 23 juillet 1910

 

Jugement contre Bérenger Saunière défaillant.

   Nous Official du Diocèse de Carcassonne, au nom de la Sainte Trinité et n'ayant en vue que la gloire de Dieu et le bien de l'Eglise.
Attendu que M. l'abbé Bérenger Saunière cité péremptoirement à comparaître à ce jour devant notre tribunal a fait défaut et a été déclaré contumace ;
Ouï l'acte d'accusation de M. le promoteur reprochant à M. l'abbé Saunière le trafic des messes, la désobéissance à son évêque et des dépenses exagérées et non justifiées auxquelles semblent avoir été consacrés les honoraires des messes non acquittées.
Après avoir pris l'avis de messieurs les assesseurs, jugeant par défaut,
Condamnons M. l'abbé Bérenger Saunière à une suspense a divinis pour le diocèse de Carcassonne d'une durée d'un mois.
De la sentence qui va vous être faite je mets un délai de 15 jours pour la rendre exécutoire.

Votre tout dévoué en N.S
G.Cantagril v.g

 

   Le 31 juillet, la condamnation est levée mais l'évêché continue de plus belle en déclarant contre Saunière une "Restitutio in integrum". Saunière est maintenant assisté d'un avocat et ce dernier utilise la lenteur administrative pour prendre connaissance du dossier déjà bien chargé et surtout plutôt mystérieux. Mgr de Beauséjour accepte finalement que le procès soit repris et il convoque Saunière le 23 août or c'est les vacances et le procès est reporté au 15 octobre 1910.

 

   Saunière va alors fournir des explications à son avocat mais elles seront largement insuffisantes. Selon sa version, depuis 1885 il se serait associé à d'autres curés de campagne pour demander de l'aide à des communautés religieuses. Ces dernières auraient répondu en grand nombre. Pour lui, il n'aurait s'agit que d'une aide ne mettant en aucune façon ces agissements dans l'illégalité et œuvrant pour le bien de l'église. Mais malgré les interdictions de l'évêché il continuera. Surtout il va affirmer que cet argent récolté n'a pas servi à la construction du Domaine. Car Saunière base sa défense sur trois sources de revenus : son salaire de prêtre, ses économies et des dons forts généreux...

   Néanmoins personne n'est dupe et surement pas son avocat. Comment imaginer construire tout un Domaine avec des économies et quelques dons même bien pesés. Alors ? Que croire ? Qui croire ?  

 

   Depuis le début de ce procès, Saunière nage en plein paradoxe et les contradictions s'accumulent. Il avoue avoir participé à un trafic de messe mais la somme reçue est dérisoire. Il avoue recevoir des dons mais ils ne participèrent pas à la construction du Domaine. Il donne même un montant pour ces dons de 71.600 francs-or mais il doublera ce nombre plus tard. Pourtant l'homme est rigoureux et méthodique. Il note toutes ses dépenses dans des carnets que l'on retrouvera d'ailleurs bien plus tard. Il affirme à son avocat ne posséder aucune trace comptable, aucune facture des travaux, aucune trace des demandes de messes. Or nous savons aujourd'hui que tout ceci est faux puisque nous connaissons ses carnets et ses cahiers de messes qu'il tenait scrupuleusement à jour.

   Un trafic de messes existait réellement et il était de très grande ampleur. La question de fond est donc la suivante : pourquoi autant de prêtres et des communautés religieuses choisir d'envoyer des mandats à un unique petit curé de campagne ?

 

Changement d'avocat

 

   Devant l'acharnement de sa hiérarchie et de Mgr de Beauséjour, Saunière s'enfonce dans la déprime. Il est clair qu'il ne pourra plus compter sur ses revenus et envisage même la vente de son Domaine. Mais l'homme est un battant et il fait remplacer Maître Mis par un avocat ecclésiastique, ce qui est en soi une idée de génie : l'abbé Huguet.

 

   Recommandé par l'abbé Grassaud, le recrutement d'un avocat spécialisé dans les affaires de l'église va rendre la tâche de l'évêché plus difficile.


   Mais surtout l'abbé Huguet est une personnalité, non seulement très forte, mais aussi très combative. Il écrit dans plusieurs journaux catholiques et son ton est souvent acéré et contestataire.


L'abbé Huguet, avocat
(Photo P. Jarnac © Pégase)

   Son parcourt est aussi exceptionnel. Docteur en théologie et droit canonique, postulateur de la cause de Pellevoisin devant le Saint-Office, chanoine, curé d'Espiens par Nérac dans le Lot et Garonne, ancien professeur de l'université de Paris. Il est aussi l'auteur de deux thèses et participe à des congrès très réputés. Spécialisé dans le culte marial, Il dirige la formation des prêtres et ses relations vont très haut dans la hiérarchie catholique. Il voyage également beaucoup, surtout à Rome. Il pratique la médecine parallèle et conseillera Saunière à de nombreuses occasions. Enfin et c'est peut-être le point le plus important, il fit ses études au séminaire de Saint-Sulpice. Tiens ? Un Saint Sulpicien, une coïncidence de plus...

   Saunière et Huguet vont alors nouer une certaine complicité. Il est vrai que l'abbé Huguet profite des bons repas du prêtre et de ses alcools.

 

15 octobre 1910 - Le procès

 

   Le procès a finalement lieu en octobre 1910 et avec les accusations suivantes : Trafic de messes, dépenses exagérées et non justifiées, désobéissance formelle à Mgr de Beauséjour. Le jugement est rendu le 5 novembre 1910 et une réponse est donnée pour chaque accusation :

 

1. Pour la désobéissance, Saunière est condamné à se rendre dans une maison de retraite sacerdotale ou dans un monastère de son choix pour y faire les exercices spirituels d'une durée de dix jours et dans un délai de maximum 2 mois.

 

2. Pour le trafic de messe, le tribunal n'a pas été "suffisamment et juridiquement convaincu qu'il y ait eu trafic des honoraires de messe".

 

3. Pour les dépenses excessives, Saunière est condamné à communiquer ses comptes précis à son évêque dans un délai maximum d'un mois.

 

   Le 30 décembre 1910 l'évêché menace le prêtre de censure et en janvier 1911, Huguet décide de porter l'affaire à Rome devant la Sacré Congrégation du Concile. Sa stratégie de défense est de montrer au Pape le calvaire que subit Saunière depuis le début du procès et l'acharnement de son évêque. Il plaide début février 1911, mais malheureusement rien n'y fait et la hiérarchie reste sourde et intransigeante, réclamant des comptes précis pour mieux étayer son accusation.
   Le 9 mars 1911, G. Cantegril, de la Cour de Carcassonne, reçoit de Saunière un certificat médical du docteur Roché, déclarant que la santé de l’abbé ne lui permettrait pas d’entreprendre la retraite à laquelle il a est condamné pour les charges 1 et 3.

 

   Finalement Saunière cède et le 13 mars 1911 il envoie au Vicaire Général Saglio qui dirige maintenant la commission d'enquête, un dossier de 61 pages contenant plusieurs dizaines de justificatifs et propose de faire sa retraite dans le grand séminaire de Carcassonne comme lui conseille son avocat. Mais parallèlement à ce geste, il déclare également qu'il ne pourra fournir les reçus et les certificats d'enregistrement d’hypothèques de ses propriétés, prétextant qu’il les a égarés. Incroyable pour un homme aussi méticuleux que Saunière.

 

  L'analyse par la commission d'enquête de ces papiers permit de justifier environ 36.000 francs-or ce qui est dérisoire. Encore une fois, Saunière tire un rideau de fumée, mais surtout il y a des contradictions avec les pièces fournies à l'époque par Maître Mis. Et que dire des 200.000 francs-or que l'abbé reconnu avoir dépensé ? Où est passé la différence  ? Quelle est son origine exacte ?

 

Une peu de calcul et de bon sens :
Supposons que Saunière pratiquait le trafic de messes entre 1890 et 1902 soit 12 ans et que l'on admette qu'il promettait 3 messes par jour (ce qui est déjà excessif), nous avons :
12 ans x 365 jours x 3 messes =  13140 messes sur 12 ans

Si une messe représente 1,50 francs or le gain est alors de :
13140 x 1,5 = 19.710 francs or

Le principe de trafic de messe est donc un faux problème car comment expliquer l'écart avec les 200.000 francs or que Saunière déclara avoir dépensé ? D'autant que l'estimation actuelle des dépenses s'approche plutôt de 600.000 francs or entre 1887 et 1917 date de sa disparition...

 

   En clair, le tribunal veut non seulement comprendre où a été dépensé la somme de 200.000 francs or, mais surtout qu'elle est sont origine ? Or Saunière pour sa défense ne peut prouver sa version car d'après lui, il aurait jeté les justificatifs de plus de deux ans (Aujourd'hui ce cas aurait été réglé par une commission rogatoire ordonnant une perquisition).

 

   Malgré cela Saunière essayera de justifier l'origine en dressant une liste à la Prévert : fonds de caisse soumise à la générosité des visiteurs de Rennes-le-Château et ses visites guidées, la vente de meubles, une loterie en 1887, la générosité de son frère, la vente de cartes postales, la vente de timbre-poste...

 

Rappelons que :  200.000 francs or = 2,79 (1)  x  200.000 = 558.000 €

 

(1) 1 Franc-or vaut selon l'indice INSEE 2,79 € en 2005. La valeur du Franc-or ramené en euro est un sujet à polémique car cette valeur dépend du type de conversion effectué. En effet, tout dépend si l'on raisonne en poids d'or équivalent, ce qui place le Franc-or à environ 5 € (en 2008), ou si l'on tient compte du coût de la vie et du pouvoir d'achat ce qui donne pour un Franc-or en 1900 environ 18 € en 2008...

 

   Le 4 avril 1911, un autre responsable juridique attaque Saunière : Le chanoine Charpentier, qui exige une nouvelle fois des éclaircissements et des faits précis. La comptabilité présentée par Saunière présente de sérieuses lacunes et l'autorité judiciaire s'impatiente.

 

   Comme l'exige sa condamnation, Saunière est obligé de quitter Rennes-Le-Château pour quelques temps. Or ce n'est pas au séminaire de Carcassonne qu'il décida de méditer mais au monastère de Prouilhe, un lieu qui était cher à Mgr Billard.

 

 

   Saunière y séjournera quelques jours du 25 avril au 3 mai et cette parenthèse permet au prêtre de prendre du recul. Toutefois ce répit est de courte durée.


Mgr de Beauséjour

 

Aussitôt rentré, il reçoit un nouveau courrier du chanoine Saglio qui exige vouloir comprendre la différence des montants qui n'est toujours pas justifiée.

 

   La réponse que prépare Saunière est alors collégiale puisque non seulement son avocat y participe, mais également d'autres prêtres, comme l'abbé Grassaud de Saint Paul de Fenouillé à qui il donna il y a quelques années l'une de ses découvertes : un calice en vermeil.

 

    La lettre comportant de nouveaux justificatifs est envoyée le 14 juillet 1911 :


L'abbé Eugène Grassaud,
l'ami de Saunière

 

Achat de trois terrains.........................................1.550 F
Restauration de l'église.....................................16.293 F
Construction du calvaire ..................................11.200 F
Construction de la Villa Béthanie......................90.000 F
Construction de la Tour Magdala......................40.000 F
Les jardins........................................................19.050 F
Aménagements intérieurs...................................5.000 F
Ameublement....................................................10.000 F


Total...............................................................193.093 Francs or

 

Soit 538.729,47 € si l'on considère que 1 franc or = 2,79 €

 

     Suite à ceci, la commission d'enquête rend son rapport à la fin de l'été à Mgr de Beauséjour et le résultat ne plaide pas pour Saunière. La comptabilité est pleine d'incohérence et d'invraisemblance. Le tribunal prévoit alors une nouvelle convocation le 30 octobre 1911, mais sur le conseil de Huguet, Saunière ne s'y présentera toujours pas.

 

   Le 5 décembre 1911, le prêtre est à nouveau convoqué et à nouveau, personne ne se présentera. Le tribunal déclare alors Saunière indiscipliné et il est jugé comme tel. La Cour confirme que 36.000 francs-or sur 200.000 francs-or ont été dépensés pour l'église et le calvaire. Le reste aurait été dépensé pour des constructions sans but utile et sur des terres qui ne lui appartenaient pas. En effet, une partie de l'argent a été dépensée pour la villa Béthanie construite sur une terre appartenant à Marie Dénarnaud. Par conséquent, Saunière pas plus que l'évêché est propriétaire or cet argent d'après le tribunal proviendrait du trafic de messes et donc de la communauté religieuse. On comprend que le dossier est juridiquement inextricable.

 

    Saunière est finalement déclaré coupable de gaspillage et d'abus de fonds à son bénéfice personnel. Une nouvelle sanction tombe. il est condamné pour dilapidation et détournement de fonds à une "Suspense a divinis" pour 3 mois qui sera définitive s'il ne restitue pas tous les fonds détournés. Notons que la peine est finalement légère comparée à la fraude dont Saunière est accusé.

 

Cette nouvelle décision renforce l'idée pour Huguet que la solution se trouve à Rome. Son objectif reste toujours de démontrer à quel point les procédés de Mgr de Beauséjour sont indignes et déplacés.

 

   Or curieusement en février 1912, le travail de Huguet semble porter ses fruits puisqu'un premier rapport de Rome désapprouve les méthodes de l'évêque et ce dernier est alors obliger de venir s'expliquer. Le vent serait-il en train de tourner ?

 

1913 - Le début de la fin

  

   Comme pour conjurer le sort ou par nostalgie d'un passé heureux, Saunière continue malgré tout sa vie étonnante. En 1913, alors qu'il est nettement dans des difficultés financières, certaines factures montrent qu'il commande encore du vin et du Champagne. Encore plus improbable, on trouve trace de son souhait de commander un curieux kiosque mauresque et une cage pour une salamandre, le tout pour son Domaine. Alors que l'autorité judiciaire cherche par tous les moyens de prouver l'enrichissement anormal du prêtre, ce dernier continue les provocations.
Que cherche t-il ?

 

   Nous sommes en 1914 et la guerre des tranchées éclate. Après des années insouciantes, le siècle bascule lentement dans l'horreur. Saunière malgré ses pires ennuis apporte son aide en donnant quelques messes aux soldats et en leur envoyant de l'argent.
   Cette tourmente entre deux peuples aurait-elle permis de faire oublier l'obsession de Mgr de Beauséjour ? Pas du tout. Le 3 juillet 1915, un article dans "la semaine religieuse" porte des accusations contre Saunière et un peu plus tard une nouvelle convocation en justice arrive à Rennes-le-Château. Sur le conseil de son avocat, Saunière boudera encore le tribunal.

 

   Le Vatican déboutera même Mgr de Beauséjour, mais un contre-recours par ce dernier décide finalement du sort de Saunière. Le 11 avril 1915, le prêtre ne peut plus exercer. Pourtant rien ne parait faiblir la détermination de l'évêché.  L'abbé de Caune, agissant probablement pour Mgr de Beauséjour demandera à Saunière de plaider coupable. Mais le temps passe jusqu'au triste jour du 17 janvier 1917 où Saunière, saisi par un vent glacé, s'écroule à quelques mètres de la Tour Magdala. Il succombera finalement le 22 janvier à 5h du matin après avoir fait le ménage dans ses papiers avec l'aide de Marie Dénarnaud.

 

Comble de l'ironie, l'abbé Huguet enverra une dernière lettre à son client justement le 22 janvier où il signale que ses démarches à Rome commence à porter ses fruits.

 

   Il aura fallu que le dernier Seigneur de Rennes disparaisse pour que Mgr de Beauséjour arrête enfin ses poursuites. Jusqu'au bout, il aura persécuté Bérenger Saunière, sans doute beaucoup plus animé par l'envie de savoir plutôt que par la simple volonté de stopper un trafic de messes.

 

En guise de conclusion

   Faut-il encore souligner ici que Saunière a été manipulé et donc qu'il dut se défendre en toute bonne foi ? Plus que jamais, car cet épisode juridique complexe continue d'alimenter les contradicteurs de l'affaire, persuadés que tout ceci ne sont que les agissements frauduleux d'un petit curé de campagne. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l'angélisme. En fait l'affaire de la comptabilité de Saunière est complexe car elle se divise en deux périodes. L'une se déroule jusqu'en 1899 où le prêtre est financé clairement. Ce sont les jours heureux. La suivante coïncide avec la disparition de Mgr Billard et les fonds s'arrêtent. Saunière entre alors dans une démarche toute différente, celle qui consiste à chercher des financements. Il va continuer le principe du trafic de messe mais à une autre échelle. Saunière va procéder à un réel démarchage national et international en utilisant un annuaire ecclésiastique (1). Voici pourquoi l'origine des fonds est complexe car une partie a été programmée (avant 1899) et une autre a été poursuivie volontairement par Saunière.

(1) Se référer à "L'affaire des carnets" par Franck Daffos

Bérenger Saunière était-il seul dans cette entreprise ?  

  Evidemment non. Bérenger Saunière n'a pas pu effectuer seul un trafic de messes d'une telle ampleur. Les sommes déclarées et dépensées sont trop importantes et c'est ce qui perturba le procès depuis le début. Mgr de Beauséjour, un homme certainement intelligent, avait parfaitement compris que de simples versements de messes, même tous les jours, ne suffisaient pas à expliquer la richesse du prêtre. Les ordres de grandeur en francs-or n'étaient pas respectés en comparaison des sommes engagées. Enfin les sous-entendus utilisés dans certains courriers de ses amis prêtres montrent une certaine complicité.

Bérenger Saunière a t-il été manipulé ?

   Evidemment oui. Tout montre en fait que dans la première période avant 1899, Saunière se comporta comme un trésorier et comme l'exécutant d'une mission de grande importance qu'il devait accomplir. Les hauts et les bas dans ses finances montrent d'autre part que des budgets variés lui étaient alloués pour la réalisation des travaux. Beaucoup d'ombres résident dans l'origine exacte des fonds, mais une chose est certaine.  Une partie de la somme lui été envoyée sous la forme de mandats en provenance de toute la France et par des communautés religieuses ou des prêtres. Mais Saunière gardait bien le secret car il refusa jusqu'au bout de révéler les noms de ses commanditaires.

Quel était l'objectif de ces fonds ?

   En fait, nous connaissons depuis longtemps une partie de la réponse puisque les sommes servirent à rénover l'église et à construire un vaste domaine et les jardins. Mais surtout, il fallut respecter un cahier des charge précis. Car l'architecture, les peintures et les plans devaient répondre à deux objectifs clairs : attirer l'attention et laisser à la postérité un message à qui saura le lire...

Saunière était t-il de bonne foi durant son procès ?

   La réponse est mixte. Saunière se savait sans aucun doute manipulé car comment accepter autant d'argent pour la construction d'un domaine dont il ne maitrisait même pas les plans, sans se poser de sérieuses questions. Rappelons que Saunière était un homme intelligent et prévoyant. Il a donc certainement respecté avec beaucoup d'honnêteté les missions qui lui étaient confiées avant 1899. Et ceci explique son incompréhension face aux acharnements judiciaires. Par contre à partir de 1899, il entre dans un réel trafic, motivé par la recherche de nouveaux financements et son principal souci sera de justifier toutes ces sommes reçues. Malgré les surfacturations et les erreurs grossières, les chiffres ne convainquirent pas les enquêteurs. Saunière et ses avocats le savaient. C'est pourquoi ils refusèrent toujours de présenter une quelconque comptabilité cohérente.

   Le résultat est que Saunière apparaît comme un pitoyable comptable, ne conservant aucun justificatif, se contredisant en permanence et ayant beaucoup de mal à présenter un état des comptes sur ses travaux. Le fait de ne pas pouvoir révéler les noms de ses commanditaires ou d'affirmer qu'il ne gardait pas sa comptabilité alors que des carnets sont connus aujourd'hui, démontrent qu'il manipulait les juges. Car Saunière ne livra jamais ses fameux carnets de comptabilité qui remontèrent jusqu'à nous. Serait-ce la preuve que le prêtre tenait une comptabilité secrète ou s'agissait-il de pièces fabriquées après coup pour préparer une défense ? Soit, ils n'ont jamais servi, soit il avait peur que ces carnets révèlent quelques secrets ou quelques noms ? Les enquêteurs auraient-ils pu remonter jusqu'aux donneurs d'ordres ? 

Que savait exactement l'évêché de Carcassonne ?

   Voici une question réellement passionnante car pleine de paradoxe et d'incertitude. Nous savons par exemple que Mgr Billard était impliqué dans l'affaire, mais à l'opposé, Mgr de Beauséjour voulait connaître la vérité. Nous savons aussi que Saunière recevait des fonds, mais comment imaginer un pareil montage sans une organisation bien instruite et disciplinée. D'autre part et c'est un détail important, dans un carnet de messe on trouve une implication certaine de l'évêché de Carcassonne dans les commandes de messes avant 1899 (2). Tout montre en fait qu'au niveau de la hiérarchie carcassonnaise, on connaissait certains secrets bien protégés et partagés uniquement par quelques initiés. Enfin et c'est certainement le plus troublant, on retrouve à des postes clés proches de l'évêché, tout un petit monde de prêtres qui se connaissaient fort bien comme par exemple : l'abbé Cantegril (1837-1919), vicaire à Saint-Martin de Limoux et qui finira vicaire générale à Carcassonne, Joseph-Théodore Lasserre (1833-1897) vicaire à Saint-Martin de Limoux et copropriétaire à ND de Marceille, etc.... Tous ces prêtres participèrent à des transferts de fond au profit de Saunière...

    De nombreux détails nous montrent que Bérenger Saunière conserva jusqu'au bout ses convictions religieuses et le combat qu'il mena sur dix ans, il le fit contre un système juridique qui d'après lui était incapable de comprendre les réels enjeux. Saunière ne pouvait pas tout révéler, c'est un fait. Ses agissements, bien qu'insolites et contradictoires, ont été guidés par des intentions qui dépassent de loin un simple procès et la volonté d'un évêque. Etait-il conscient de son engagement ? Etait-il guidé par une mission qui l'a dépassé ? Savait-il pourquoi et pour qui il se battait ? Qu'elle était ce serment qu'il l'empêchait de révéler le moindre détail ? Que savait exactement Saunière et que savait l'évêché ? Avaient-ils la même connaissance de l'affaire ? Très probablement non.

Voici encore quelques questions à ajouter à l'énigme...

(2) Se référer à "L'affaire des carnets" par Franck Daffos p50 et 92

 

Un parfum de 17 janvier

   C'est en janvier 2009 qu'un passionné, Corjan de Raaf, Webmaster du site RLC Research & Resource signalait sur le forum la présence d'un nouveau 17 janvier sur la pierre tombale de Mgr de Beauséjour située à la cathédrale de Carcassonne.
Longtemps passé inaperçu car peu visible dans le texte mortuaire, on peut toutefois lire à la 6ième ligne en guise de date de naissance :

 

 XVII  KAL . JANUAR . MDCCCXXXIX

 

   Il n'y a bien sur que les passionnés de Rennes qui pouvaient réagir sur ces nombres très symboliques :

 

 XVII (17)   assorti de JANUAR (Janvier)   et   MDCCCXXXIX (1839)

 

   Or KAL. est l'abréviation de KALENDIS (latin) ou Calendes, ce qui signifie que nous sommes en présence d'une date exprimée dans le calendrier romain.

 

 

HIC  REQUIE . SCIT

ILLM . AO . RP . DD . PAULUS  FELIX

BEUVAIN  DE  BEAUSEJOUR

CARCASSONENSIS  EPISCOPUS

QUI  VESULLI   IN   SEQUANIA  NATUS

XVII  KAL . JANUAR . MDCCCXXXIX

CARCASSI  OBIIT

NON . APRIL . MCMXXX

VIRTUTE  PRAESUL  EGREGIUS

AETATE  PROVECTISSIMUS

CLERO  POPULOQUE  VENERANDUS

IN  LABORIBUS  PLURIMIS

ANNOS  XXVIII

ET  USQUE  AD  ULTIMOS  VITAE  DIES

SUAM  STRENUE  REXIT  ECCLESIAM

 

 

IN                                 SPE


La dalle de Mgr de Beauséjour
dans la cathédrale de Carcassonne

 

Mais d'abord que sont les Calendes ?

   Par définition, c'est le nom que donnaient les Romains au premier jour de chaque mois. Ainsi par exemple le jour des Calendes d'avril est le 1er avril.

   Mais la curiosité ne s'arrête pas là. Car les Romains comptaient aussi les jours du mois à l'envers de notre calendrier actuel. Par conséquent le dernier jour du mois était le premier avant les Calendes du mois suivant. Donc par exemple, le 31 mars était pour les Romains le premier avant les Calendes d'avril.

   En fait, il existe dans le calendrier romain 3 types de jour particulier que l'on retrouvent dans chaque mois :

   Les Calendes : Le 1er jour de chaque mois

   Les Nones : Le 5ième jour du mois excepté pour mars, mai, juillet et octobre où c'est le 7ième jour

   Les Ides : Le 13ième jour du mois excepté pour mars, mai, juillet et octobre où c'est le 15ième jour

Règle : Hormis ces jours particuliers exprimés en Calendes, Nones ou Ides, les autres jours sont numérotés à l'envers et à partir de ces jours repères, ces derniers valant 1.
Le 17 janvier sera donc en romain le 16ième jour avant les Calendes de février
Le 4 mars sera le 3ième jour avant les Nones de mars
et ainsi de suite...

Note : Les CALENDES, se dit aussi de certaines assemblées des curées de campagne, convoquées par ordre de l'évêque.

 

Donc le XVII KAL. JANUAR se traduit par :
Le 17ième jour avant les Calendes de janvier ce qui correspond au 16 décembre
Nous retrouvons donc bien la date de naissance de Mgr de Beauséjour.

   Voici donc que l'un des indices les plus récurrents dans l'affaire de Rennes apparaît sur l'épitaphe de l'évêque qui a le plus combattu pour connaître la vérité sur Bérenger Saunière. Avouons que, s'il s'agit d'une coïncidence, non seulement elle mérite d'être citée, mais elle apparaît aussi comme un superbe clin d'œil de la part de son voisin pour l'éternité : Mgr Billard.


Devant l'autel les sépultures de Mgr Billard et de Mgr de Beauséjour côte à côte

 

 

 

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