> Autres personnages

 

 

Mgr de Beauséjour
Le pire cauchemar de Saunière

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

Mgr Paul‑Felix Beuvain
de Beauséjour

 

Né le 16 décembre 1839
Mort le 4 avril 1930

Évêque de Carcassonne de 1902 à 1930

 

   Connu pour avoir été le successeur de Mgr Billard, il fut celui qui commença à s'intéresser de très près aux agissements étranges de Bérenger Saunière. Les premiers différends entre ces deux hommes d'Église se terminèrent dans un long procès-fleuve qui précipita Bérenger Saunière dans une déprime jusqu'à la fin de sa vie.

 

   Alors que Mgr Billard s'affiche comme un personnage ambigu, complexe et plutôt en faveur de Saunière, Mgr de Beauséjour est tout son contraire. Il représente une hiérarchie droite, brutale, ennemie de Saunière et ne comprenant rien à l'affaire des deux Rennes...


 

Mgr de Beauséjour
(1839‑1930)

 

     Toute l'énigme est émaillée de dualités qui n'en finissent pas de nous étonner. Coïncidences ou facéties de l'histoire, l'affaire est constamment entre le blanc et le noir (l'échiquier), entre le curé d'en haut (Saunière) et le curé d'en bas (Boudet), entre Rennes‑Le‑Château et Rennes‑les‑Bains, entre la Tour Magdala en pierre et la Tour de l'Orangeraie en verre, entre Mgr Billard complice obscur de Saunière et Mgr de Beauséjour son adversaire. Tout balance entre l'endroit et l'envers, le pour et le contre, le vrai et le faux. Nous avons ici encore un exemple. Après une vie luxurieuse et insouciante, voici le revers de la médaille, une autre vie pleine d'amertume, de solitude et d'accusations qui enfoncent un peu plus chaque jour Saunière dans la déprime.

 

   Mgr de Beauséjour ne compris certainement rien à cette affaire mystérieuse et il est admis aujourd'hui que son implication fut surtout juridique. Néanmoins, le procès qu'il déclencha est hautement enrichissant lorsque l'on examine de près les longues procédures et les nombreux échanges de lettres. Pour les détracteurs de l'affaire, il s'agit simplement de la mise en lumière d'un immense trafic de messes, source de la richesse soudaine du prêtre. Pour d'autres, ce n'est que de la poudre aux yeux, car la vérité est ailleurs...

   Derrière l'énigme se cache aussi une fin de vie dont on parle peu. Saunière vécut en effet une véritable descente aux enfers et un acharnement juridique considérable. Jouait‑il un double jeu ? Certainement, mais il le fit en toute bonne foi, persuadé qu'il agissait dans une parfaite honnêteté vis à vis de ses donneurs d'ordre. Ce procès montre surtout qu'il préserva jusqu'au bout un secret qu'il ne pouvait dévoiler à une autorité juridique. Pourquoi ? Pour protéger qui et quoi ? Voici de vraies questions...

 

   Enfin nous verrons que cette dualité va jusqu'aux sépultures de Mgr Billard et Mgr de Beauséjour, où d'ailleurs une surprise attendait les chercheurs depuis longtemps.

 

   Je remercie Christian Doumergue ("L'affaire de Rennes‑Le‑Château" 2006)
et
Franck Daffos ("L'affaire des carnets" 2008) pour leurs recherches fructueuses
sans lesquelles ce thème n'aurait pas pu être aussi complet.

 

Une carrière brillante

   Paul‑Félix Beuvain de Beauséjour naquit à Vésoul (Haute‑Savoie) le 16 décembre 1839. Son père Louis‑Ernst (1811‑1859) exerce la profession d’avocat et sa mère Eugénie, née Fyard de Mercey (1813‑1907), élève ses quatre enfants. Après des études à Saint‑Sulpice, le futur évêque de Carcassonne est ordonné prêtre le 6 janvier 1863 et débute comme professeur à la « Catho ». C’est ainsi que l’on appelle l’Institution Saint‑François‑Xavier de Besançon.

   Son parcours se poursuit à Vitrey en Haute‑Saône, où il devient curé entre 1874 et 1876. Puis c'est comme doyen qu'il occupe une cure à Luxeuil entre 1876 et 1887.    


 

Mgr de Beauséjour

 

   De retour à Besançon, il prend ensuite une nouvelle responsabilité ecclésiastique en devenant archiprêtre de sa cathédrale de 1887 à 1892. Et le 7 mars 1892, il devient vicaire général.

 

   Or, sa carrière va soudainement prendre un tournant inattendu. En mai 1902, suite au décès de Mgr Arsène Billard, il est nommé évêque de Carcassonne, devenant ainsi le responsable hiérarchique direct de Saunière. Cette date, très importante pour notre curé de Rennes‑le‑Château, va sonner non seulement le glas de sa vie fastueuse, mais aussi le début d'un long tourment judiciaire.

 

   Car la fortune du curé attire inévitablement l'attention de ce nouvel évêque de Carcassonne et du nouveau pape Pie X (1903 à 1914) qui considère moins favorablement les activités exubérantes du prêtre. Apprenant la vie de son curé de Rennes‑le‑Château, Mgr de Beauséjour reçoit donc la mission de ramener au bercail cette turbulente brebis. Après une première enquête, il constate que ce qu'on lui avait rapporté est bien en dessous de la vérité. La réaction est alors immédiate. Des comptes sont demandés au prêtre et les réponses vont être plutôt laconiques :

 « J'ai reçu de nombreux dons qui m'ont permis de réaliser l'embellissement de l'église du village...

Mes donateurs souhaitent rester dans l'anonymat »

   Mgr de Beauséjour insiste et demande des comptes précis, mais l'attitude de Saunière reste étrange. Il griffonne rapidement des comptes qu'il remet au prélat et qui de toute évidence semblent truqués. Le plus incroyable est que Bérenger Saunière ne minimise pas ses dépenses. Bien au contraire, au lieu de faire croire qu'il n'avait pas d'argent, il met en évidence, au travers de ces lignes comptables truquées qu'il en possède énormément.

 

   Mgr de Beauséjour lui envoie ordre sur ordre et à chacun d'eux Saunière répond par un regret ou une excuse de ne pouvoir y obéir. Après avoir vu ses ordres et ses requêtes éludés pendant environ une année, l'évêque finira par le prendre de front et lui demandera directement d'où provient sa fabuleuse fortune. Saunière répondra que des legs lui avaient été faits personnellement et que c'était à lui seul de décider comment il dépenserait cet argent. Inutile de dire que l'évêque ne sera ni satisfait ni impressionné par cette réponse et cette attitude désinvolte.

 

   Il n'en fallait pas plus pour courroucer un peu plus l'évêque de Carcassonne et ce successorat n'est décidément pas dans l'intérêt de Bérenger Saunière. Devant l'attitude insolente du prêtre, il attente un procès pour trafic de messes, mais qui n'est qu'un prétexte pour y voir plus claire dans cette affaire bien brumeuse.
Mgr de Beauséjour confira même en particulier :

 

 "... cette accusation de trafic de messes est illusoire

et elle n'a aucun intérêt..."

 

   La remarque est très claire. Mgr de Beauséjour suspecte autre chose. Ce trafic de messes n'est certainement qu'une illusion, qu'un rideau de fumée pour cacher un autre trafic. Quoi qu'il en soit, Bérenger Saunière ne cède pas et tient tête à sa hiérarchie jusqu'au bout. L'évêque, las de ces longues années de procès, demande pourtant une dernière fois à Bérenger Saunière des explications. Et une nouvelle fois, Bérenger Saunière refuse.

 

   Devant cette réaction, les autorités de l'Église prennent la décision de suspendre Bérenger Saunière de ses fonctions sacerdotales. Saunière se retrouve seul face à une hiérarchie implacable. Cette suspension modifiera son attitude et le fera entrer dans une profonde déprime qui lui sera fatale.

 



Mgr de Beauséjour
veut comprendre l'énigme Saunière

 

Un procès-fleuve

   La vie de Bérenger Saunière pourrait se résumer en trois étapes distinctes : une première période pleine de découvertes et de mystères, une seconde luxueuse, mondaine et insouciante, enfin une troisième période sombre, dépressive, nettement moins faste, et surtout assortie d'un procès qui dura plus de 10 ans.

 

   Tout commence quatre ans après la nomination de Mgr de Beauséjour, le 19 novembre 1906, une date à laquelle il visite Rennes‑le‑Château. À cette époque, le Domaine est terminé, flambant neuf. Les jardins sont luxuriants et l'eau coule dans les fontaines. La Villa Béthanie s'impose entre une église Marie‑Madeleine neuve et flamboyante, et le château de Hautpoul en ruine. Le Domaine est une véritable oasis au milieu d'un Haut‑Razès aride et où une tour néogothique étrange nommée Magdala surplombe la vallée.

 


Le Domaine de Saunière en 1904

 

   Et l'histoire montre que sa réaction est complètement à l'opposé de celle de Mgr Billard lorsqu'il vint visiter l'église fraîchement terminée le 6 juin 1897. La vision de ces jardins idylliques et de ces constructions énigmatiques laisse l'évêque de Carcassonne dans une consternation totale. Vient s'ajouter à ceci un mécontentement de la population de Rennes‑le‑Château qui n'a pas oublié la vie insolite de leur curé. Rappelons‑nous ; Saunière commença sa cure par un sermon franchement anti républicain, puis ce fut les coups de pioche la nuit dans le petit cimetière, puis un  incendie dans le village que Saunière refusa d'éteindre en interdisant l'accès à son réservoir d'eau sous le reposoir. Tous ces faits dérangeants appartenant à un prêtre bâtisseur de l'étrange firent naître chez les villageois une certaine incompréhension. Enfin, il y a toutes ces demandes de messes adressées par différents diocèses de France...

 

   Que peut bien conclure Mgr de Beauséjour ? Par quel truchement Saunière est‑il parvenu à monter tout un réseau de trafic de messes ? Pourquoi et pour quelle finalité ? Et surtout, pourquoi son prédécesseur, Mgr Billard, ferma‑t‑il les yeux ?

   Les questions se bousculent et hantent le prélat dès 1906. Il faut prendre une décision, agir pour le bien de l'Église, pour la paix du village et des paroissiens. 

 

15 janvier 1909 ‑ Saunière est nommé à Coustouge

 

   L'année 1909 représentera pour l'abbé une réelle rupture. C'est la charnière entre un passé heureux, insouciant et une nouvelle période austère et pénible. C'est ainsi que le 15 janvier 1909, une nouvelle affectation tombe dans les mains du curé de Rennes : Coustouge près de Dourdan. La lettre est signée par son responsable ecclésiastique et l'ordre laisse une semaine à Saunière pour se préparer avant son exécution. Il est clair que Mgr de Beauséjour cherche par tous les moyens à détacher Saunière de son environnement. La réponse à son évêque sera cinglante : 

 

   « Monseigneur, j'ai lu votre lettre avec le plus extrême respect et j'ai pris connaissance des intentions dont vous voulez bien me faire part.
   Mais, si notre religion nous commande de considérer avant tout nos intérêts spirituels, et si ceux‑ci sont assurément là‑haut, elle ne nous ordonne pas de négliger nos intérêts matériels qui sont ici bas.
   Et les miens sont à Rennes et non ailleurs.
Je vous le déclare, Monseigneur avec toute la fermeté d'un fils respectueux, non Monseigneur je ne m'en irais jamais
»
 

 

   Mgr de Beauséjour qui connaît mal cet homme plein de tempérament ne fait qu'enfoncer une porte ouverte. Et Saunière, persuadé d'être incompris, va immédiatement entrer dans une farouche résistance et entamer une lutte judiciaire qui durera une décennie...

 


La lettre de nomination pour Coustouge


Le titre de nomination à Coustouge

 

Saunière confiera d'ailleurs dans son journal :

 

« Les mesures exceptionnellement rigoureuses,
qui sans aucun avertissement m’ont frappées au début de l’année,

m’ont tellement troublées. Bouleversé, effrayé… »

 

   Coïncidence ou non, il se trouve qu'un autre curé décéda étrangement quelques jours avant cette mutation. Le plus connu reste bien sûr Antoine Gélis du fait de la brutalité de son assassinat. Or, il existe un autre prêtre dont on ne parle jamais et qui décéda le 9 janvier 1909 : l'abbé Gaudissard. Il fut curé d'Antugnac à partir du 1er janvier 1897 et le successeur de Saunière avant que ce dernier ne soit muté à Rennes‑le‑Château. L'abbé Gaudissard disparut jeune à l'âge de 49 ans et on sait très peu de choses sur les circonstances exactes de son décès. On peut en tout cas s'étonner non seulement de cette coïncidence, mais aussi du délai d'une semaine laissé à Saunière pour déménager et quitter définitivement sa colline. Pourquoi tant de hâte ? 

 

Le maire s'en mêle...

 

   Alors qu'à son arrivée à Rennes‑le‑Château, Bérenger Saunière était en opposition radicale avec la mairie, les opinions évoluent. Le jeune curé n'est plus vu comme un fervent politique royaliste et opportuniste, mais comme un prêtre enfant du pays, victime d'acharnement. Saunière recevra d'ailleurs plusieurs lettres de soutien et d'incompréhension de ses amis prêtres.

 

   Devant cet acharnement ecclésiastique, la conséquence est rapide. Le maire de Rennes‑le‑Château, M. Rougé qui ne l'entend pas de cette oreille, prend sa plume et n'hésite pas à écrire à l'évêché pour faire part du mécontentement des habitants du village à propos de cette nomination.  Voici la lettre qu'il écrivit le 6 février tout aussi savoureuse que virulente :   

 

     Le Maire de Rennes‑le‑Château à Monsieur l'Évêque à Carcassonne.

Monsieur,

      En réponse à votre lettre du 31 janvier dernier, j'ai l'honneur de vous faire savoir que je regrette le maintien de la décision prise à l'égard de M. l'abbé Saunière. En ne donnant pas à la démarche que le Conseil municipal de Rennes‑le‑Château a faite auprès de vous, les suites que nous vous demandions vous et votre Conseil avez été mal inspirés. Nous n'obtenons pas satisfaction ; tant pis ! Tant pis aussi que vous ayez retiré à M. Saunière ses pouvoirs. Quant à l'attitude de la population vis à vis de M. le curé d'Espéraza et du successeur de M. Saunière, elle sera tout à fait simple : l'Église désertée et les cérémonies religieuses remplacées par les cérémonies civiles. Vous voyez, Monsieur l'Évêque, que vous n'aurez pas à vous armer contre nous des foudres de l'Eglise. Quant au presbytère, il est loué pour une durée de cinq ans, à partir du 1er janvier 1907 à l'abbé Saunière. Mais je dois vous faire connaître qu'après l'expiration du bail et même actuellement, s'il devenait libre par suite du départ du locataire actuel, le Conseil municipal se refuse formellement à passer un nouveau bail avec le desservant que vous nous enverrez.

Je vous prie, Monsieur l'Evêque, d'agréer l'assurance de ma considération très distinguée.

Rennes‑le‑Château, le 6 février 1909
Le Maire

 

   Une anecdote amusante raconte que le maire n'hésita pas à signer un bail de location du presbytère à Bérenger Saunière de 5 ans, et ce à partir du 1er janvier 1907, empêchant ainsi tout logement à un futur prêtre.

 

   C'est ainsi que le 9 février 1909, le successeur de Saunière, l'abbé Henri Marty, Aumônier des Orphelins à Espéraza, devra se loger à Carderonne et donc sera contraint de monter à pied à Rennes les jours de messe.

   Ce n'est que le 4 juillet 1909 que l'abbé Marty s'installera à Rennes‑le‑Château. Les deux hommes d'Église ne s'entendront guère, Marty apparaissant sans doute à Saunière comme un concurrent à la solde de la hiérarchie.

 

28 janvier 1909 ‑ Saunière donne sa démission

 

   Saunière visitera tout de même Coustouge, sans doute pour démontrer sa bonne foi, mais son plan est ailleurs. Après avoir consulté quelques prêtres des paroisses environnantes qui le soutiennent comme l'abbé Rouanet de Bages‑les‑Flots, Saunière envoie sa démission le 28 janvier 1909, soit 14 jours après la missive.

   Ce choix dut être difficile, car il n'avait que deux options : accepter la mutation ou démissionner en considérant qu'il pourrait être financièrement indépendant jusqu'à la fin de ses jours. La démission s'imposera à lui, son projet étant très simple : rester à Rennes‑le‑Château à tout prix. Considérait‑il que sa vie était là ? Certainement. Voulait‑il continuer cette existence insolite ? Sans aucun doute. Avait‑il des revenus suffisants ? Il faut croire que oui. Il répondra en ces termes :

 

    Monseigneur,


    En présence de la décision maintenue de Votre Grandeur au sujet de mon départ de Rennes, il me reste un parti à prendre suggéré d'ailleurs par Votre Grandeur elle‑même alors que vous avez dit aux représentants de la commune en parlant de moi : "Qu'il prenne sa retraite". C'est pourquoi vous voudrez bien agréer ma démission et ne plus me compter à partir du 1er février au nombre des prêtres de votre diocèse qui exercent le saint ministère..."

 

Des prêtres réagissent de façon étrange

  

    Si nous savons que l'abbé Rouanet encouragea Saunière à entrer en résistance, c'est qu'une lettre datée du 22 janvier 1909 fut retrouvée indiquant à son ami Bérenger qu'il avait craint pour lui dans le passé et qu'à présent il ne comprenait pas ce nouvel acharnement. À quelle affaire l'abbé Rouanet faisait‑il allusion ? Son conseil est en tout cas sans équivoque : démissionner, car l'évêché ne céderait pas...

   Serait‑ce tout ? Non, car d'autres courriers possèdent ce même ton étrange comme celui du 23 janvier de l'abbé Gazel, curé de Floure, et qui écrivit en parlant de l'évêque : Le temps passé lui reviendrait‑il à la mémoire ? "

 

Un peu plus tard, le 1er février, ce même prêtre écrivait à Saunière :

 

" Si les prêtres qui reçoivent un secours de la Caisse sont un peu forcés d'accepter ses volontés [de l'évêque], il n'en est pas de même pour toi.
Tu as tes coudées franches... "

 

   Ces courriers laissent entrevoir derrière Saunière des manipulations et des connivences restées longtemps secrètes et qui étaient en train de remonter à la surface grâce à Mgr de Beauséjour. 

 

D'autres accusations...

 

   En décembre 1909, Saunière reçoit à nouveau une lettre l'accusant de recevoir des commandes de messe alors que cela lui est scrupuleusement interdit. Or, en 1910, l'existence d'autres factures prouve que l'abbé continuait tranquillement son rythme de vie. Des commandes d'alcool, de Porto et de digestifs continuent à arriver. On note également l'achat d'un service de faïence et même d'un buste à son effigie chez le statuaire Monna. Saunière dispose visiblement encore de quelques revers de fortune.

   Voici deux courriers très significatifs que reçut Saunière en décembre 1909 et provenant du Vicaire général :

 

Évêché de Carcassonne, le 18 Décembre 1909
Monsieur l'abbé Saunière,

    La supérieure de l'Hôpital St Joseph, rue Pierre‑Larousse n. 7 à Paris, a écrit à Monseigneur, pour lui demander, si elle pouvait vous envoyer des honoraires de Messe, en toute sûreté de conscience. Vous devinez la réponse qui lui a été faite :
"Gardez‑vous bien de continuer à faire de pareils envois ; parce que nous n'avons aucune confiance de la manière dont ce Prêtre acquitte les intentions de Messes, qu'il se procure partout où il peut."
 

Monseigneur constate avec peine, que vous continuez à demander des honoraires de Messes en dehors du Diocèse. Et cependant vous aviez promis et protesté que désormais vous n'en demanderiez jamais  plus qu'à lui seul, personnellement.Voilà comment vous tenez votre promesse. Sa Grandeur se demande, si sa conscience ne lui fait pas un devoir de prendre des mesures efficaces pour faire cesser, une manière d'agir si déplorable.
Je vous offre mes sincères salutations.

H. Rodière

 

Et quelques jours plus tard, un second courrier :

 

Évêché de Carcassonne
Carcassonne, le 22 Décembre 1909

     Monsieur l'abbé Saunière,

Vous affirmez, que depuis la promesse que vous avez faite à Mgr vous n'avez plus demandé des honoraires de Messes à la Supérieure de l'Hôpital St Joseph, à Paris. Or voici ce qu'elle nous écrit, à la date de 28 octobre dernier... "Pendant qu'il était encore à Rennes‑le‑Château, comme Curé, Mr l'abbé Saunière s'était adressé à moi, sans me connaître (il avait eu mon adresse par quelqu'un), pour me demander si je pourrais lui procurer quelques honoraires de Messes... Il m'a écrit dernièrement qu'il était maintenant Prêtre en retraite, restant dans son ancienne Paroisse, et qu'il pourrait toujours acquitter les Messes, qu'on lui enverrait. Comme je n'ai pas l'avantage de le connaître, je vous serai reconnaissante de me dire, si on peut en conscience, lui envoyer des honoraires de Messes. "
Voilà, deux affirmations, évidemment contradictoires.
Monseigneur vous sera reconnaissant, si vous voulez bien lui dire, qu'elle est celle, qui est conforme à la vérité.
Recevez Monsieur l'abbé Saunière, mes sincères salutations.

H. Rodiére

 

   C'est à partir de mai 1910 qu'une longue et pénible affaire va commencer puis déstabiliser Saunière. Le procès durera près de huit ans et il ne sera clos que le jour de sa mort, du moins pour l'autorité diocésaine... 

 

27 mai 1910 ‑ Citation à comparaître

   Mgr de Beauséjour change alors de stratégie et accuse Saunière de se faire payer pour dire les messes. L'accusation ne tient pas et est peu crédible. Un rapide calcul montre qu'il aurait dû dire une messe pour chaque habitant du village 24h sur 24h et 365 jours par an pendant mille ans pour obtenir une somme qui n'aurait représenté qu'une infime partie de sa fortune. Ces accusations montrent cependant jusqu'où l'Église était prête à aller. En fait, il faut comprendre que sa hiérarchie directe était dans l'incapacité de comprendre comment, sans trafic et avec uniquement 75 francs‑or par mois, Saunière peut‑il poursuivre sa vie insouciante.

   L'affaire ne pouvait en rester là et le 27 mai 1910, Mgr de Beauséjour saisit le tribunal de l'Officialité pour traduire Bérenger Saunière et lui interdire les demandes d'intentions de messes hors du diocèse. Le vicaire général, G. Cantegril et le commis à la Cour, M. Charpentier, vont ainsi amener Saunière à comparaître devant le tribunal ecclésiastique. Il doit faire connaître son avocat avant le 12 juillet 1910, car sa convocation est le samedi 16 juillet au matin. L'officialité du diocèse de Carcassonne adresse à Saunière une citation à comparaître :

Je soussigné S. Pennavaire,
 promoteur de l'officialité du diocèse de Carcassonne :

   Considérant que Monsieur l'Evêque avait à plusieurs reprises ordonné à Monsieur l'abbé Saunière de ne plus avoir à demander des intentions de messes à qui que ce soit en dehors du diocèse ;
   Considérant que Monsieur Saunière avait bien promis de s'en tenir scrupuleusement aux ordres de sa Grandeur ;
   Considérant qu'en fait M. Saunière a continué malgré tout à agir à l'encontre des ordres reçus et des promesses faites à l'honneur de prier Monsieur l'Official de vouloir bien traduire Monsieur Saunière devant le tribunal de l'officialité.
                          Signé Pennavayre, promoteur

 


Mgr de Beauséjour veut un procès

 

16 juillet 1910 ‑ Procès pour trafic de messes

 

En réalité, l'accusation porte sur trois points :
   1) Trafic de messes
   2) Refus de fournir des détails et des justificatifs de ses comptes à sa hiérarchie
   3) Poursuite des demandes de messes malgré l’interdiction de l’évêché.

 

   Malgré les conseils de son ami Rouanet, il refusera de s'y rendre, prétextant des ennuis de santé. Et encore une fois, il anticipera puisque le 15 juillet, il envoie ce courrier :

 

Rennes‑le‑Château, le 15 juillet 1910
Monseigneur

    Comme j'ai eu l'honneur de le dire à Votre Grandeur dernièrement, ainsi qu'à Monsieur le Vicaire général, pour les motifs que je vous ai exposés, je ne viendrai point demain samedi, 16 courant, devant le tribunal de l'Official, non pas que je ne le veuille point, mais parce que je ne le puis. Pour paraître devant mes juges avec quelque chance de succès, comme m'y invite la citation du 7 juillet, il me faudrait d'abord être autorisé à faire connaître les noms des personnes qui m'ont donné les fonds nécessaires à mes divers travaux, or cette autorisation je ne l'ai point.
Il me faudrait ensuite le courage et l'énergie nécessaire, la présence d'esprit, le sang froid et surtout la facilité de m'exprimer et je ne possède absolument rien de tout cela. ‑ Je sais bien ce que vous allez me dire :
pourquoi ne pas prendre un avocat pour me représenter ? Oui tout cela est fort bien, mais qui choisir ne connaissant, parmi le clergé aucun membre apte à ma défense ? Et puis cet avocat en supposant que j'eusse réussi à en trouver un susceptible d'être agréé par le tribunal, vous aurait‑il appris autre chose que ce que vous savez déjà ? Non. Enfin, comme je vous l'ai encore dit, les fortes émotions, avec mon naturel impressionnable, étant excessivement contraires et nuisibles à mon état de santé, d'après les conseils et les ordres de mon médecin, je dois à tout prix les éviter, si je ne veux pas m'exposer aux pires catastrophes. Et maintenant quant à la question des honoraires de messes, laissez-moi vous redire, Monseigneur, que depuis votre défense, je n'en ai plus demandé, bien que certaines pièces de mon dossier semblent prouver le contraire et que ma conscience n'est pas aussi coupable que ce que vous paraissez croire. Avant de clore ces quelques lignes que j'ai cru bon de vous adresser, je demande à Dieu de pardonner à mes ennemis et à tous ceux qui ont cherché à me nuire et à me faire du mal, et je le prie, en même temps de m'accorder la force nécessaire pour faire sa sainte volonté et accepter en esprit de pénitence, ma condamnation quelle qu'elle soit.
Daignez agréer, etc ..

B. Saunière

P‑S‑ La maison que j'ai construite avec toutes ses dépendances, comme semble l'insinuer un passage de la citation, n'a pas été édifiée pour m'enrichir et pour y couler mes jours dans le luxe et la mollesse, ma pensée, Monseigneur, comme il y a quelques années j'ai eu l'honneur de vous le communiquer, était de vous l'offrir pour une maison de retraite en faveur des prêtres âgés et infirmes ‑ habitation confortable ‑ chapelle, bibliothèque, promenade, jardin, terrasses, bon air, splendide panorama, rien n'aurait manqué aux pauvres vieux, pas même une place réservée dans le cimetière de la paroisse.

Je persiste toujours dans mon idée première, bien que le ciel semble aujourd'hui se mettre en travers de mes projets et ne pas vouloir les agréer.

 

   L'administration judiciaire reste en marche et une nouvelle date est proposée au prêtre : le 23 juillet au matin. Or, toujours conseillé par son entourage, et voyant que l'autorité judiciaire ne faiblit pas, Saunière va anticiper le déroulement.

   Le 20 juillet, il écrit à son évêque que l'abbé Molinier, doyen d'Azille, sera son avocat ainsi que Maître Mis, avocat à Limoux. Il demande également 8 jours supplémentaires afin de préparer sa défense. N'ayant pas de réponse de l'évêché, il renvoie une lettre le 22 juillet.

 

   Saunière ne se rendra pas non plus à la seconde convocation, et le 23 juillet une première condamnation tombe. Il la reçoit le 29 juillet avec l'annonce d'une "Suspense a divinis" pour une durée d'un mois. Saunière est désemparé, car un premier jugement est tombé sans qu'il est pu se faire représenter par son avocat.


Nouvelle convocation de Saunière
le 23 juillet 1910

 

Jugement contre Bérenger Saunière défaillant.

   Nous Official du Diocèse de Carcassonne, au nom de la Sainte Trinité et n'ayant en vue que la gloire de Dieu et le bien de l'Église.
Attendu que M. l'abbé Bérenger Saunière cité péremptoirement à comparaître à ce jour devant notre tribunal a fait défaut et a été déclaré contumace ;
Ouï l'acte d'accusation de M. le promoteur reprochant à M. l'abbé Saunière le trafic des messes, la désobéissance à son évêque et des dépenses exagérées et non justifiées auxquelles semblent avoir été consacrés les honoraires des messes non acquittées.
Après avoir pris l'avis de messieurs les assesseurs, jugeant par défaut,
Condamnons M. l'abbé Bérenger Saunière à une suspense a divinis pour le diocèse de Carcassonne d'une durée d'un mois.
De la sentence qui va vous être faite, je mets un délai de 15 jours pour la rendre exécutoire.

Votre tout dévoué en N.S
G.Cantagril v.g

   Saunière demande alors le "Restitutio in integrum" (annulation du jugement) qu'il obtient, et il est de nouveau cité à comparaître le 23 août 1910.

 

Changement d'avocat

 

   Devant l'acharnement de sa hiérarchie et de son évêque Mgr de Beauséjour, Saunière s'enfonce dans la déprime. Il est clair qu'il ne peut plus compter sur ses revenus et envisage même la vente de son Domaine. Mais l'homme est un battant, et il fait remplacer Maître Mis par un avocat ecclésiastique, ce qui est en soi une idée de génie : l'abbé Huguet.

 

   Recommandé et conseillé par son ami l'abbé Grassaud, le recrutement d'un avocat spécialisé dans les affaires de l'église va rendre la tâche de l'évêché plus difficile.

   Surtout, l'abbé Huguet est une personnalité très forte et très combative. Il écrit dans plusieurs journaux catholiques et son ton est souvent acéré et contestataire.


L'abbé Huguet, avocat
(photo P. Jarnac © Pégase)

   Son parcourt est aussi exceptionnel : Docteur en théologie et droit canonique, postulateur de la cause de Pellevoisin devant le Saint‑Office, chanoine, curé d'Espiens par Nérac dans le Lot-et-Garonne, ancien professeur de l'université de Paris. Il est aussi l'auteur de deux thèses et participe à des congrès très réputés. Spécialisé dans le culte marial, il dirige la formation des prêtres et ses relations montent très haut dans la hiérarchie catholique. Il voyage également beaucoup, surtout à Rome. Il pratique la médecine parallèle et conseillera Saunière à de nombreuses occasions. Enfin, et c'est peut‑être le point le plus important, il fit ses études au séminaire de Saint‑Sulpice. Tiens ? Un saint‑sulpicien, une coïncidence de plus... A‑t‑il connu Jean Jourde ?

   Saunière et Huguet vont alors nouer une certaine complicité. Il est vrai que l'abbé Huguet profite des bons repas du prêtre et de ses alcools...

   Saunière est maintenant assisté d'un avocat confirmé et ce dernier va utiliser la lenteur administrative pour prendre connaissance du dossier déjà bien chargé et surtout plutôt mystérieux. Mgr de Beauséjour accepte finalement que le procès soit repris et convoque Saunière le 23 août. Or, ce sont les vacances et le procès est reporté au 15 octobre 1910.
    Le 5 octobre 1910, l'abbé Huguet demande à Saunière de lui fournir tous les renseignements qui pourraient aider à rédiger un mémoire :

   " Afin de bien établir la situation, je désirerais savoir le nombre de messes que vous avez confié à des confrères, peu importent les reçus, donnez-moi seulement les noms et les chiffres approximatifs... "

 

   Saunière va alors fournir des explications à son avocat, mais elles seront largement insuffisantes. Selon sa version, depuis 1885, il se serait associé à d'autres curés de campagne pour demander de l'aide à des communautés religieuses. Ces dernières auraient répondu en grand nombre. Pour lui, il n'aurait s'agit que d'une aide ne mettant en aucune façon ces agissements dans l'illégalité et œuvrant pour le bien de l'Église. Mais malgré les interdictions de l'évêché, il continuera. Surtout, il va affirmer que cet argent récolté n'a pas servi à la construction du Domaine. Car Saunière base sa défense sur trois sources de revenus : son salaire de prêtre, ses économies, et des dons forts généreux...


   Néanmoins, personne n'est dupe, et sûrement pas son avocat. Comment imaginer construire tout un Domaine avec des économies et quelques dons, même bien pesés. Alors ? Que croire ? Qui croire ?  

 

   Depuis le début de ce procès, Saunière nage en plein paradoxe et les contradictions s'accumulent. Il avoue avoir participé à un trafic de messes, mais la somme reçue est dérisoire. Il avoue recevoir des dons, mais qui ne participèrent pas à la construction du Domaine. Il donne même un montant pour ces dons, 71 600 francs‑or, mais il doublera ce nombre plus tard. Pourtant, l'homme est rigoureux et méthodique. Il a noté toutes ses dépenses dans des carnets que l'on retrouvera bien plus tard. Il affirme à son avocat ne posséder aucune trace comptable, aucune facture des travaux, aucune trace des demandes de messes. Or, nous savons aujourd'hui que tout ceci est faux puisque nous connaissons ses carnets et ses cahiers de messes qu'il tenait scrupuleusement à jour.

   Un trafic de messes existait réellement et il était de grande ampleur. Mais alors, pourquoi autant de prêtres et des communautés religieuses choisir d'envoyer des mandats à un unique petit curé de campagne ?

 

15 octobre 1910 ‑ Un second procès

 

   Un nouveau procès a finalement lieu en octobre 1910 et les accusations sont les suivantes : trafic de messes, dépenses exagérées et non justifiées, désobéissance formelle à Mgr de Beauséjour. Saunière n'est toujours pas présent et c'est Huguet qui le représente. Le jugement est rendu le 5 novembre 1910 et une réponse est donnée pour chaque accusation :

 

1. Pour la désobéissance, Saunière est condamné à se rendre dans une maison de retraite sacerdotale ou dans un monastère de son choix pour y faire les exercices spirituels d'une durée de dix jours et dans un délai de maximum 2 mois.

2. Pour le trafic de messes, le tribunal n'a pas été "suffisamment et juridiquement convaincu qu'il y ait eu trafic des honoraires de messes".

3. Pour les dépenses excessives, Saunière est condamné à communiquer ses comptes précis à son évêque dans un délai maximum d'un mois.

   Le 17 novembre 1910, le curé de Couiza notifie à Saunière la sentence, et ce dernier dispose de 10 jours pour faire appel, ce qu'il fait le 30 novembre, mais trop tard. La sentence est malgré tout légère et l'accusation la plus grave retenue, puisque prouvée par Mgr de Beauséjour, est la désobéissance. Saunière doit donc communiquer ses comptes sous peine d'y être contraint par une autre décision de justice.

 

   Le 30 décembre 1910, l'évêché menace le prêtre de censure et en janvier 1911, Huguet décide de porter l'affaire à Rome devant la Sacrée Congrégation du Concile. Sa stratégie de défense est de montrer au Pape le calvaire que subit Saunière depuis le début du procès et l'acharnement de son évêque. Il plaide début février 1911, mais malheureusement rien n'y fait et la hiérarchie reste sourde et intransigeante, réclamant des comptes précis pour mieux étayer son accusation.


   Le 9 mars 1911, G. Cantegril de la Cour de Carcassonne, reçoit de Saunière un certificat médical du docteur Roché, déclarant que la santé de l’abbé ne lui permettrait pas d’entreprendre la retraite à laquelle il a est condamné pour les charges 1. et 3. 

  Finalement, Saunière cède, et le 13 mars 1911, il envoie au Vicaire Général Jean Saglio qui dirige maintenant la commission d'enquête, un dossier de 61 pages contenant plusieurs dizaines de justificatifs et propose de faire sa retraite dans le grand séminaire de Carcassonne comme lui conseille son avocat. Parallèlement à ce geste, il déclare également qu'il ne pourra fournir les reçus et les certificats d'enregistrement d’hypothèques de ses propriétés, prétextant qu’il les a égarés, fait incroyable pour un homme aussi méticuleux que Saunière...

   L'analyse par la commission d'enquête de ces papiers permit de justifier environ
36 000 francs‑or ce qui est dérisoire. Encore une fois, Saunière tire un rideau de fumée. Surtout, des contradictions existent avec les pièces fournies à l'époque par Maître Mis. Et que dire des 200 000 francs‑or que l'abbé reconnut avoir dépensé ? Où est passé la différence  ? Quelle est son origine exacte ?


Jean Saglio

Vicaire général

 

Une peu de calcul et du bon sens :
Supposons que Saunière pratiquait le trafic de messes entre 1890 et 1902 soit 12 ans et que l'on admette qu'il promettait 3 messes par jour (ce qui est déjà excessif), nous avons :
12 ans x 365 jours x 3 messes = 
13140 messes sur 12 ans

Si une messe représente 1,50 francs-or le gain est alors de :
13140 x 1,5 = 19 710 francs‑or

Le principe de trafic de messe est donc un faux problème, car comment expliquer l'écart avec les 200 000 francs‑or que Saunière déclara avoir dépensé ? D'autant que l'estimation actuelle des dépenses s'approche plutôt de 600 000 francs‑or entre 1887 et 1917, date de sa disparition...

 

   En clair, le tribunal veut non seulement comprendre où a été dépensé la somme de 200 000 francs‑or, mais surtout qu'elle est sont origine ? Or Saunière pour sa défense ne peut prouver sa version, car d'après lui, il aurait jeté les justificatifs de plus de deux ans (aujourd'hui, ce cas aurait été réglé par une commission rogatoire ordonnant une perquisition).

 

   Malgré cela Saunière essayera de justifier l'origine en dressant une liste à la Prévert : fonds de caisse soumise à la générosité des visiteurs de Rennes‑le‑Château et ses visites guidées, la vente de meubles, une loterie en 1887, la générosité de son frère, la vente de cartes postales, la vente de timbre‑poste...

 

Rappelons que :  200 000 francs‑or = 2,79 (1)  x  200 000 = 558 000 €

 

(1) Un franc‑or vaut selon l'indice INSEE 2,79 € en 2005. La valeur du franc‑or ramené en euro est un sujet à polémique, car cette valeur dépend du type de conversion effectué. En effet, tout dépend si l'on raisonne en poids d'or équivalent, ce qui place le Franc‑or à environ 5 € (en 2008), ou si l'on tient compte du coût de la vie et du pouvoir d'achat ce qui donne pour un Franc‑or en 1900 environ 18 € en 2008...

 

   Le 4 avril 1911, un autre responsable juridique attaque Saunière : Le chanoine Charpentier qui exige une nouvelle fois des éclaircissements et des faits précis. La comptabilité présentée par Saunière présente de sérieuses lacunes et l'autorité judiciaire s'impatiente.

   Comme l'exige sa condamnation, Saunière est obligé de quitter Rennes‑le‑Château pour quelque temps. Or, ce n'est pas au séminaire de Carcassonne qu'il décide de méditer, mais au monastère de Prouilhe, un lieu qui était cher à Mgr Billard.

   Saunière y séjournera quelques jours du 25 avril au 3 mai et cette parenthèse permet au prêtre de prendre du recul. Toutefois ce répit est de courte durée.


Mgr de Beauséjour

 

   Aussitôt rentré, il reçoit un nouveau courrier du chanoine Saglio qui exige vouloir comprendre la différence des montants qui n'est toujours pas justifiée.

 

   La réponse que prépare Saunière est alors collégiale puisque non seulement son avocat y participe, mais également d'autres prêtres, comme l'abbé Grassaud de Saint Paul de Fenouillé à qui il donna il y a quelques années l'une de ses découvertes : un calice en vermeil.

 

    La lettre comportant de nouveaux justificatifs est envoyée le 14 juillet 1911 :


L'abbé Eugène Grassaud,
l'ami de Saunière

 

Achat de trois terrains.........................................1.550 F
Restauration de l'église.....................................16.293 F
Construction du calvaire ..................................11.200 F
Construction de la Villa Béthanie......................90.000 F
Construction de la Tour Magdala......................40.000 F
Les jardins........................................................19.050 F
Aménagements intérieurs...................................5.000 F
Ameublement....................................................10.000 F


Total...............................................................193.093 Francs-or

 

Soit 538 729,47 € si l'on considère que 1 franc-or = 2,79 €

 

     Suite à ceci, la commission d'enquête rend son rapport à la fin de l'été à Mgr de Beauséjour et le résultat ne plaide pas en faveur de Saunière. La comptabilité est pleine d'incohérence et d'invraisemblance. Le tribunal prévoit alors une nouvelle convocation le 30 octobre 1911, mais sur le conseil de Huguet, Saunière ne s'y présentera toujours pas.

 

   Le 5 décembre 1911, le prêtre est à nouveau convoqué, et à nouveau, personne ne se présente. Le tribunal déclare alors Saunière indiscipliné et il est jugé comme tel. La Cour confirme que 36 000 francs‑or sur 200 000 francs‑or ont été dépensés pour l'église et le calvaire. Le reste aurait été dépensé pour des constructions sans but utile et sur des terres qui ne lui appartenaient pas. En effet, une partie de l'argent a été dépensée pour la Villa Béthanie construite sur une terre appartenant à Marie Dénarnaud. Par conséquent, Saunière pas plus que l'évêché est propriétaire, or cet argent, d'après le tribunal, proviendrait du trafic de messes et donc de la communauté religieuse. On comprend que le dossier est juridiquement inextricable.

 

    Saunière est finalement déclaré coupable de gaspillage et d'abus de fonds à son bénéfice personnel. Une nouvelle sanction tombe. il est condamné pour dilapidation et détournement de fonds à une "Suspense a divinis" pour 3 mois qui sera définitive s'il ne restitue pas tous les fonds détournés. Notons que la peine est finalement légère comparée à la fraude dont Saunière est accusé.

 

   Cette nouvelle décision renforce l'idée pour Huguet que la solution se trouve à Rome. Son objectif reste toujours de démontrer à quel point les procédés de Mgr de Beauséjour sont indignes et déplacés.

 

   Or, curieusement en février 1912, le travail de Huguet semble porter ses fruits puisqu'un premier rapport de Rome désapprouve les méthodes de l'évêque et ce dernier est alors obligé de venir s'expliquer. Le vent serait‑il en train de tourner ?


 
Carte postale envoyée depuis Rome par Huguet à Saunière

 
Carte postale envoyée depuis Rome par Huguet à Saunière

 

1913 ‑ Bientôt la fin...

  

   Comme pour conjurer le sort, ou par nostalgie d'un passé heureux, Saunière continue malgré tout sa vie étonnante. En 1913, alors qu'il est nettement dans des difficultés financières, certaines factures montrent qu'il commande encore du vin et du Champagne. Encore plus improbable, on trouve trace de son souhait de commander un curieux kiosque mauresque et une cage pour une salamandre, le tout pour son Domaine. Alors que l'autorité judiciaire cherche par tous les moyens de prouver l'enrichissement anormal du prêtre, ce dernier continue les provocations... Que cherche‑t‑il ?

 

   Nous sommes en 1914 et la guerre des tranchées éclate. Après des années insouciantes, le siècle bascule lentement dans l'horreur. Saunière, malgré ses pires ennuis, apporte son aide en donnant quelques messes aux soldats et leur envoie de l'argent.
   Cette tourmente entre deux peuples aurait elle permis de faire oublier l'obsession de Mgr de Beauséjour ? Pas du tout. Le 3 juillet 1915, un article dans "La semaine religieuse" porte des accusations contre Saunière, et un peu plus tard, une nouvelle convocation en justice arrive à Rennes‑le‑Château. Sur le conseil de son avocat, Saunière boudera encore une fois le tribunal.

 

   Le Vatican déboutera même Mgr de Beauséjour, mais un contre recours par ce dernier décidera finalement du sort de Saunière. Le 11 avril 1915, le prêtre ne peut plus exercer. Pourtant, rien ne paraît faiblir la détermination de l'évêché. Agissant probablement pour Mgr de Beauséjour, l'abbé de Caune demandera à Saunière de plaider coupable.

 

   Le temps passe alors jusqu'au triste jour du 17 janvier 1917 où Saunière, saisi par un vent glacé, s'écroule à quelques mètres de la Tour Magdala. Il succombera finalement le 22 janvier à 5h du matin après avoir fait le ménage dans ses papiers avec l'aide de Marie Dénarnaud.  


  Comble de l'ironie, l'abbé Huguet enverra une dernière lettre à son client justement le 22 janvier où il signale que ses démarches à Rome commencent à porter ses fruits.

   Il aura fallu que le dernier Seigneur de Rennes disparaisse pour que Mgr de Beauséjour arrête enfin ses poursuites. Jusqu'au bout, l'évêque aura persécuté Bérenger Saunière, sans doute beaucoup plus animé par l'envie de savoir, plutôt que par la simple volonté de stopper un supposé trafic de messes.

    Le 5 avril 1930, Paul‑Félix Beuvain de Beauséjour s’éteint à 5h30 du matin à Carcassonne après une longue agonie. Le doyen de l’épiscopat français avait 91 ans et venait d’écrire un ouvrage sur les Clermont-Tonnerre de Franche- Comté.

 
Mgr de Beauséjour
    Ses obsèques furent célébrées le jeudi 10 avril 1930 dans la cathédrale Saint‑Michel sous la présidence de Mgr Binet, archevêque de Besançon. Coïncidence, celui qui oeuvra dans l'ombre de Saunière disparut la même année, un mois plus tard. Le R. P. Jean Jourde devait effectivement décéder le 17 mai 1930 à Montolieu.
   La dépouille mortelle de Mgr de Beauséjour repose aujourd’hui dans le chœur de la cathédrale de Carcassonne aux côtés de son prédécesseur Mgr Billiard. C’est son coadjuteur, Mgr Emmanuel Costes (1873‑1934) qui lui succédera pour une année, avant d’être nommé à l’archevêché d’Aix‑en‑Provence.

Le cortège funèbre de Mgr de Beauséjour, le 10 avril 1930
place Carnot à Carcassonne
 

 

Que peut‑on en déduire ?

   Les recherches récentes montrent très largement que Bérenger Saunière a été manipulé durant le vaste projet de rénovation et de construction du Domaine. C'est-il défendu en toute bonne foi ? Probablement oui, mais en protégeant ses intérêts et ses amis. Cet épisode juridique complexe continue en tout cas d'alimenter les contradicteurs de l'affaire, persuadés que tout ceci n'est que le résultat d'agissements frauduleux d'un petit curé de campagne animé par l'appât du gain. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l'angélisme. En fait, la comptabilité de Saunière est complexe, car elle se divise en deux périodes. L'une se déroule jusqu'en 1899 où le prêtre est clairement financé. Ce sont les jours heureux d'une vie mondaine où Saunière invite. La seconde période démarre à la disparition de Mgr Billard en 1901 et sa protection s'arrête. Le projet du Domaine se termine en 1904 et les fonds s'arrêtent. Saunière qui veut continuer sa vie mondaine entre alors dans une démarche toute différente, celle qui consiste à chercher des financements. Il va continuer le principe du trafic de messes, mais à une autre échelle. Saunière va alors procéder à un réel démarchage national et international en utilisant un annuaire ecclésiastique (1). Voici pourquoi l'origine des fonds est complexe, car une partie a été programmée avant 1899 et une autre a été poursuivie volontairement par Saunière.

(1) Se référer à "L'affaire des carnets" par Franck Daffos

Saunière était‑il seul dans cette entreprise ?  

   Sans aucun doute non. Bérenger Saunière n'a pas pu effectuer seul un trafic de messes d'une telle ampleur. Les sommes déclarées et dépensées sont trop importantes et c'est ce qui perturba le procès depuis le début. Mgr de Beauséjour, un homme certainement intelligent, avait parfaitement compris que de simples versements de messes, même tous les jours, ne suffisaient pas à expliquer la richesse du prêtre. Les ordres de grandeur en francs‑or n'étaient pas respectés en comparaison des sommes engagées. Enfin, les sous‑entendus utilisés dans certains courriers de ses amis prêtres montrent une large complicité. N'oublions pas non plus que le Domaine respecte une géométrie sacrée complexe servant à calquer un plan. Saunière n'a pas pu réaliser ce projet seul, c'est évident.

Saunière a-t‑il été manipulé ?

   Sans doute oui. Tout montre que dans la première période avant 1899, Saunière se comportait comme un trésorier et comme l'exécutant d'une mission de grande importance qu'il devait accomplir. Les hauts et les bas dans ses finances montrent d'autre part que des budgets variés lui étaient alloués pour la réalisation des travaux. Beaucoup d'ombres résident dans l'origine exacte des fonds, mais une chose est certaine : une partie de la somme lui était envoyée sous la forme de mandats en provenance de toute la France et par des communautés religieuses et des prêtres. Saunière gardera le secret jusqu'à la fin, refusant de révéler les noms de ses commanditaires.

Quel était l'objectif de ces fonds ?

   Nous connaissons depuis longtemps une partie de la réponse puisque les sommes servirent à rénover l'église et à construire un vaste Domaine. Surtout, il fallait respecter un cahier des charges précis, car l'architecture, les peintures et les plans devaient répondre à deux objectifs : attirer l'attention et laisser à la postérité un message à qui saura le lire...

Saunière était‑il de bonne foi durant son procès ?

   La réponse est mitigée. Saunière se savait sans aucun doute manipulé, car comment accepter autant d'argent pour la construction d'un Domaine dont il ne maîtrisait même pas les plans, et sans se poser de sérieuses questions. Rappelons que Saunière était un homme intelligent et prévoyant. Il a donc certainement respecté avec beaucoup d'honnêteté les missions qui lui étaient confiées avant 1899. Ceci explique son incompréhension face aux acharnements judiciaires. Par contre, à partir de 1899, il entre dans un réel trafic, motivé par la recherche de nouveaux financements, et son principal souci sera de justifier toutes les sommes reçues. Malgré les surfacturations et les erreurs grossières, les chiffres ne convainquirent pas les enquêteurs. Saunière et ses avocats le savaient. C'est pourquoi ils refusèrent toujours de présenter une quelconque comptabilité précise et cohérente.

   La conséquence est que Saunière apparaît comme un pitoyable comptable, ne conservant aucun justificatif, se contredisant en permanence, et ayant beaucoup de mal à présenter un état des comptes sur ses travaux. Le fait de ne pas pouvoir révéler les noms de ses commanditaires ou d'affirmer qu'il ne gardait pas sa comptabilité alors que ses carnets sont connus aujourd'hui, démontrent qu'il manipulait les juges. Saunière ne livra jamais ses fameux carnets de comptabilité qui remontèrent jusqu'à nous. Le prêtre tenait-il une comptabilité secrète ? Ou s'agissait‑il de pièces fabriquées après coup pour préparer sa défense ? Soit ils n'ont jamais servi, soit Saunière avait peur que ces carnets révèlent quelques secrets ou quelques noms ? Les enquêteurs auraient‑ils pu remonter jusqu'aux donneurs d'ordres ? 

Que savait exactement l'évêché de Carcassonne ?

   Voici une question réellement passionnante, car la réponse est pleine de paradoxes et d'incertitude. Nous savons par exemple que Mgr Billard était impliqué dans l'affaire et complice. À l'opposé, Mgr de Beauséjour voulait connaître la vérité et la réelle source de financement. Nous savons aussi que Saunière recevait des fonds, mais comment imaginer un pareil montage sans une organisation bien instruite et disciplinée. D'autre part et c'est un détail important, dans un carnet de messe, on trouve une implication certaine de l'évêché de Carcassonne dans les commandes de messes avant 1899 (2). Tout montre en fait qu'au niveau de la hiérarchie carcassonnaise, on connaissait certains secrets bien protégés et partagés uniquement par quelques initiés. Enfin, et c'est certainement le plus troublant, on retrouve à des postes clés proches de l'évêché, tout un petit monde de prêtres qui se connaissaient fort bien comme : l'abbé Cantegril (1837‑1919), vicaire à Saint‑Martin de Limoux et qui finira vicaire général à Carcassonne, Joseph‑Théodore Lasserre (1833‑1897) vicaire à Saint‑Martin de Limoux et copropriétaire à ND de Marceille, etc.... Tous ces prêtres participèrent à des transferts de fonds au profit de Saunière...

    De nombreux détails nous montrent que Bérenger Saunière conserva jusqu'au bout ses convictions religieuses, et le combat qu'il mena sur dix ans, il le fit contre un système juridique qui d'après lui était incapable de comprendre les réels enjeux. Saunière ne pouvait pas tout révéler, c'est un fait. Ses agissements bien qu'insolites et contradictoires ont été guidés par des intentions qui dépassent de loin un simple procès et la volonté d'un évêque. Était‑il conscient de son engagement ? Était‑il guidé par une mission qui l'a dépassé ? Savait‑il pourquoi et pour qui il se battait ? Qu'elle était ce serment qu'il l'empêchait de révéler le moindre détail ? Que savait exactement Saunière et que savait l'évêché ? Avaient‑ils la même connaissance de l'affaire ? Très probablement non et beaucoup de zones d'ombre existent encore...

(2) Se référer à "L'affaire des carnets" par Franck Daffos p50 et p92

 

Un parfum de 17 janvier...

   C'est en janvier 2009 qu'un passionné, Corjan de Raaf, Webmaster, signalait la présence d'un nouveau 17 janvier sur la pierre tombale de Mgr de Beauséjour située à la cathédrale de Carcassonne. Longtemps passé inaperçu, car peu visible dans le texte mortuaire, on peut lire à la 6ème ligne en guise de date de naissance : XVII  KAL . JANUAR . MDCCCXXXIX

 

   Il n'y a bien sûr que les passionnés de Rennes qui pouvaient réagir sur ces nombres très symboliques :

 XVII (17)   assorti de JANUAR (janvier)   et   MDCCCXXXIX (1839)

 

KAL. est l'abréviation de KALENDIS (latin) ou Calendes, ce qui signifie que nous sommes en présence d'une date exprimée dans le calendrier romain.

 

HIC  REQUIE . SCIT

ILLM . AO . RP . DD . PAULUS  FELIX

BEUVAIN  DE  BEAUSEJOUR

CARCASSONENSIS  EPISCOPUS

QUI  VESULLI   IN   SEQUANIA  NATUS

XVII  KAL . JANUAR . MDCCCXXXIX

CARCASSI  OBIIT

NON . APRIL . MCMXXX

VIRTUTE  PRAESUL  EGREGIUS

AETATE  PROVECTISSIMUS

CLERO  POPULOQUE  VENERANDUS

IN  LABORIBUS  PLURIMIS

ANNOS  XXVIII

ET  USQUE  AD  ULTIMOS  VITAE  DIES

SUAM  STRENUE  REXIT  ECCLESIAM

 

IN                                 SPE



La dalle de Mgr de Beauséjour

dans la cathédrale de Carcassonne

 

Que sont les Calendes ?

   Par définition, c'est le nom que donnaient les Romains au premier jour de chaque mois. Ainsi, le jour des Calendes d'avril est le 1er avril. Mais la curiosité ne s'arrête pas là, car les Romains comptaient aussi les jours du mois à l'envers de notre calendrier actuel. Par conséquent le dernier jour du mois était le premier avant les Calendes du mois suivant. Par exemple, le 31 mars était pour les Romains le premier avant les Calendes d'avril.

   En fait, il existe dans le calendrier romain 3 types de jours particuliers que l'on retrouvent dans chaque mois :
   Les Calendes : Le 1er jour de chaque mois
   Les Nones : Le 5ème jour du mois excepté pour mars, mai, juillet et octobre où c'est le 7ème jour.
   Les Ides : Le 13ème jour du mois excepté pour mars, mai, juillet et octobre où c'est le 15ème jour

Règle : Hormis ces jours particuliers exprimés en Calendes, Nones ou Ides, les autres jours sont numérotés à l'envers et à partir de ces jours repères, ces derniers valant 1. Le 17 janvier sera donc en Romain le 16ème jour avant les Calendes de février. Le 4 mars sera le 3ème jour avant les Nones de mars et ainsi de suite...

Note : Les CALENDES se dit aussi de certaines assemblées des curés de campagne, convoquées par ordre de l'évêque.

 

Donc le XVII KAL. JANUAR se traduit par :
Le 17ème jour avant les Calendes de janvier ce qui correspond au 16 décembre. Nous retrouvons donc bien la date de naissance de Mgr de Beauséjour.

   Voici que l'un des indices récurrents dans l'affaire de Rennes apparaît sur l'épitaphe de l'évêque qui a le plus combattu pour connaître la vérité sur Bérenger Saunière. Avouons que, s'il s'agit d'une coïncidence, non seulement elle mérite d'être citée, mais elle apparaît comme un superbe clin d'œil de la part de son voisin pour l'éternité : Mgr Billard.


Ironie du sort, devant l'autel, les sépultures de Mgr Billard
et Mgr de Beauséjour sont côte à côte

 

 

 

Copyright © ‑ Tous droits réservés ‑ Jean‑Pierre Garcia ‑ http://www.rennes‑le‑chateau‑archive.com